Project Gutenberg's Les vrais sous-offs, by Georges Darien and douard Dubus

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Title: Les vrais sous-offs
       Rponse  M. Descaves

Author: Georges Darien and douard Dubus

Release Date: June 17, 2006 [EBook #18611]

Language: French

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*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LES VRAIS SOUS-OFFS ***




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GEORGES DARIEN ET DOUARD DUBUS

LES VRAIS =Sous-Offs=

RPONSE A M. DESCAVES

      Il faut passer par la
    mort pour natre  la
    gloire.

        _Sergent_ Bobillot.

[Illustration]

PARIS

NOUVELLE LIBRAIRIE PARISIENNE

ALBERT SAVINE, DITEUR

12, RUE DES PYRAMIDES, 12

       *       *       *       *       *

AUX SOUS-OFFICIERS

_Des Armes de Terre et de Mer,_

AUX GLORIEUX MUTILS

DONT LES MEMBRES

JONCHENT LES PAGES DE NOTRE HISTOIRE:

AUX INVALIDES, A L'ARME, A LA PATRIE

_Cette OEuvre de Rparation est ddie._

       *       *       *       *       *




LES VRAIS SOUS-OFFS


A l'heure o l'ennemi nous guette par dessus la frontire;  l'heure o
la barbarie teutonne tire ses griffes, encore rouges de sang, vers la
civilisation latine;  l'heure o un adversaire brutal mdite d'touffer
sous le talon de sa botte notre gnie national;  l'heure lugubre o,
devant les ambitions affames du despotisme, va sonner peut-tre le
tocsin vengeur des dernires liberts, un homme s'est rencontr qui n'a
pas craint de lancer la calomnie, comme un blier destructeur, contre
les remparts de la Patrie; qui n'a pas hsit  clabousser de boue le
drapeau tricolore; qui a os se rire de notre honneur et railler nos
esprances:

Il a insult l'arme franaise!

Un livre scandaleux a paru, qui a la prtention de faire un tableau
fidle de la vie des sous-officiers. Dans ce livre, il n'est question ni
de dvouement, ni de courage, ni de dsintressement, ni de loyaut. On
n'y parle que de lchet, que de moeurs honteuses, que de concussions.
A en croire ce livre, du caporal  l'adjudant, on ne trouve dans les
casernes que prvaricateurs, couards, quivoques gredins...

       *       *       *       *       *

Ce n'est pas la premire fois, disons-le, en nous voilant la face, qu'un
crivain sans doute altr de rclame, a dvers l'immonde injure,
l'ignoble outrage, sur les dfenseurs de nos foyers. MM. Pladan,
Huysmans,--il sent son Prussien, ce nom l--Abel Hermant, Perrin, Octave
Mirbeau, Bonnetain, Robert Gaze, ont voulu nous peindre, sous les
couleurs les plus odieuses, cette vie d'abngation, de renoncement et
d'hrosme discret, qui est celle des cadres de notre arme.

L'indiffrence avait jusqu'ici fait justice de ces attaques haineuses
inspires par une basse rancune ou une trange aberration.

Quant aux diffams, ils avaient su montrer sur le terrain qu'on ne se
jouait pas impunment de leur honneur.

Les honntes gens pouvaient croire que la leon avait t comprise et
que c'en tait fini de cette campagne anti-franaise.

Ils se trompaient.

Ramassant toutes les infamies tombes au ruisseau, renchrissant sur
elles, les aggravant encore, M. Lucien Descaves, puisqu'il faut
l'appeler par son nom, est parvenu  forcer l'attention publique, par
une accumulation d'outrages encore sans prcdent.

       *       *       *       *       *

Dans _Sous-Offs_, M. Descaves affiche l'outrecuidante prtention de nous
donner la psychologie du sous-officier.

A cet effet, il imagine un rgiment, tout de fantaisie--et quelle
fantaisie!--un rgiment, o les officiers paraissent  peine, o les
sous-officiers, dchargs de tout contrle suprieur, s'abandonnent 
des instincts mauvais, qu'aucune autorit, ni morale ni hirarchique, ne
vient refrner.

Il en fait des rustres, des manants, sans ducation, sans instruction,
sortis des couches les plus abjectes de la socit, apportant au
rgiment des moeurs de repris de justice, des habitudes de souteneur.

Sans autre souci que celui du bien-tre  satisfaire  tout prix,
remplaant le sentiment du devoir  remplir par un apptit effrn de
jouissance, ils mettent dans la poche des plus misrables cratures, des
doigts crochus qu'ils n'hsitent pas  plonger au besoin dans la caisse
du rgiment.

Sans cesse occups  parfumer d'odeurs canailles, drobes dans des
maisons louches, leur peau qu'effminent chaque jour des contacts
dgradants--une peau qu'ils marchandent sans vergogne au Pays en
danger--ils endorment un temps vol  l'exercice de leurs fonctions dans
la paresse et l'ivrognerie.

Prcisons. tudions le roman de M. Descaves. Portons le scalpel de
l'analyse dans cette production monstrueuse.

Ou plutt; non! Qu'on ne nous accuse point ici de partialit! Refrnons
l'indignation qui fait bondir le coeur de tout bon Franais  la
lecture de ces pages maudites. Laissons la parole aux organes autoriss
de l'opinion publique. Quelque doctrine politique qu'ils dfendent, 
quelque parti qu'ils soient infods, ils se sont rencontrs, cette
fois, dans un sentiment d'unanime rprobation.

       *       *       *       *       *

Monsieur Francisque Sarcey crivait dans le _Parti National_ du 15
novembre 1889:

     Il a paru un volume de M. Descaves, qui a pour titre _Sous-Offs_.
     Je n'ai pu en soutenir la lecture jusqu'au bout. Elle est
     impatientante et parfois mme rvoltante.

Dans la _Libert_ du 17 novembre, M. de Molnes, ce judicieux critique,
s'criait:

     Quant aux moeurs infmes, accompagnes d'escroqueries chez
     certains, laissons les conseils de guerre en faire justice et
     _dtournons les yeux_.

Oui! Mais quel est le conseil de guerre qui fera justice du
calomniateur?

M. Scaramouche, le sosie de M. Henri Fouquier, publiait dans le
_Gaulois_ du 29 novembre, ces lignes o court un grand souffle
patriotique:

     On vole dans la caserne, on s'y saole en payant les
     sous-officiers; et si on en sort, c'est pour vivre en d'ignobles et
     gratuites dbauches dans de mauvais lieux. Et voil l'arme!

     Nous lisons dans l'_Estafette_ du 30 novembre, sous la signature
     transparente d'un anonyme:

     Qui touche  l'arme est un mauvais Franais.

     Vous entendez, M. Descaves?

     M. de Lyden s'exprime ainsi dans la _Patrie_ du 5 novembre:

     Ce livre est un livre contre l'arme; j'ajoute que c'est un livre
     contre la France. Et je ne serais pas surpris que M. de Bismarck
     lui infliget le dshonneur d'tre traduit en allemand, pour la
     plus grande dification de nos implacables ennemis!

     M. de Lyden a t bon prophte: c'est fait!!!

     M. Laisant imprimait dans les colonnes de la _Presse_
     du 6 dcembre l'apprciation suivante:

     Je ne crois gure  l'existence des mauvais livres. Celui dont je
     veux parler aujourd'hui fait exception, car il est de nature 
     ralentir la grande oeuvre de rconciliation nationale autour du
     drapeau, et  rjouir nos ennemis de l'autre ct du Rhin!

     Dans le _Paris_ du 13 dcembre, M. Charles Laurent donne cet
     excellent conseil:

     Avez vous lu _Sous-Offs_? Non. Eh bien, ne le lisez pas!

M. Tony-Rvillon, dans les colonnes du _Radical_ du 15 dcembre,
fltrissait en ces termes les inventions nausabondes de M. Descaves:

     _Sous-Offs_ est une satire de l'arme. C'est la vie  la caserne,
     dans la brasserie de femmes et dans la maison de filles. Tous les
     soldats, dont nous parle l'auteur, sont des brutes... Et tous les
     sous-officiers qu'il nomme sont des voleurs et des souteneurs.

Nous n'avons rien  ajouter  une apprciation aussi judicieuse.

M. Paul de Cassagnac, dans l'_Autorit_ du 13 dcembre, se montrait
svre mais juste:

     Pour ce livre, il ne faut pas de circonstances attnuantes. On
     doit le fltrir comme doivent tre fltries les oeuvres qui
     s'attachent  dtruire ce qu'il y a de plus respectable au monde,
     ce qu'il y a de plus sacr aprs Dieu, aprs la famille, l'Arme
     enfin!

     _Le feu seul peut purer une telle oeuvre en la dtruisant_.

Plus d'un soldat a dj d lancer au feu, aprs en avoir parcouru la
premire page, le volume dont il s'agit.

M. Carle des Perrires, dans le _Gaulois_ du 12 dcembre,
s'adresse  M. le ministre de la guerre:

     Je suppose, M. le ministre, que votre dsir est d'avoir une arme
     vigoureuse, instruite, brave, et fire de son uniforme... Votre
     mission est de la faire respecter sur l'heure, de la mettre 
     l'abri des insultes du ruisseau.

Cet appel loquent a t entendu.

Dans le _XIXe Sicle_ du 15 dcembre, M. Francisque Sarcey crit en
ces termes mus  M. Saint-Genest du _Figaro_:

     Le rgiment a t pour vous, mon cher Saint-Genest, ce qu'a t
     pour moi l'Ecole Normale, avec cette diffrence tout  votre
     avantage que l'Ecole Normale n'est aprs tout qu'une coterie de
     professeurs, tandis que l'arme c'est la France!

Il est rconfortant d'entendre de pareilles vrits exprimes dans un
pareil style.

Dans la _France_ du 17 dcembre, nous trouvons sous la signature de M.
Mermeix:

     Les poursuites contre M. Descaves sont fcheuses, parce que, le
     jour o il se dfendra devant le jury, les CORRESPONDANTS ALLEMANDS
     seront tous  leur poste dans la salle.

Nous trouvons dans le _Petit Journal_ du 17 dcembre:

     On compte dans l'arme 30,000 officiers, 100,000 sous-officiers.
     Si l'auteur du livre en question veut faire un peu de statistique,
     il verra que l'arme, au point de vue du caractre, est encore
     l'cole qui dveloppe au plus haut degr les sentiments d'honneur
     et de moralit.

La statistique: c'est le salut, c'est le droit! Faites-en, M. Descaves.

Aprs avoir cit des passages de _Sous-Offs_, M. Paul Bluysen crivait
dans la _Rpublique Franaise_ du 15 dcembre:

     Ces citations qui font bondir tout Franais appel  servir le
     pays en quelque contre que ce soit, ne suffisent pas encore 
     prouver combien est fausse et coeurante l'oeuvre de M.
     Descaves.

Dans le _Gil Blas_ du 21 dcembre, M. Charles Leser donne cette
apprciation:

     C'est l'arme que M. Descaves a outrage, et l'arme ne peut pas
     avoir d'autre avocat que son chef. C'est une honte dj qu'elle ait
     besoin d'un avocat.

En rponse  une sorte de protestation en faveur de _Sous-Offs_, M. De
Cassagnac, dans l'_Autorit_ du 26 dcembre, revient sur un sujet qui
l'coeure profondment:

     J'ose croire que le gouvernement repoussera honteusement cette
     leve de plumes d'oie. Il nous plait,  nous, de dfendre contre
     vos prtentions exorbitantes l'me de la France! Nous vous
     dfendons d'y toucher, vous entendez.

C'est ce qui s'appelle clouer d'un seul coup le bec  la plume des
folliculaires.

Dans le _Matin_ du 9 janvier 1890, M. Jules Simon, jugeant qu'il n'est
jamais trop tard pour dire une bonne chose, s'crie:

     Le collge prparera la caserne, _c'est parfait_. Que la caserne,
      son tour, RAPPELLE UN PEU ET CONTINUE LE COLLGE.

Dans l'_Eclair_ du 9 janvier, M. Camille Doucet, de l'Acadmie
franaise, dans sa passion pour la considration, reproche  M. Descaves
les moyens qu'il y a employs pour s'assurer un succs de mauvais aloi:

     Je n'ai pas lu _Sous-Offs_. Mais l'auteur a choisi un excellent
     moyen de forcer l'indiffrence et de s'imposer  l'attention
     publique.

Dans la _Rpublique Franaise_ du 9 janvier, M. Albert Delpit, un de nos
illustres romanciers, donne l'apprciation suivante:

     Le roman de M. Descaves n'est qu'une lanterne magique, o passent
     et repassent des bonshommes grotesques et rpugnants. Ce sont des
     caricatures... Je comprends qu'on aille de temps en temps dans un
     mauvais lieu, mais, vrai! a me fatiguerait d'y passer ma vie tout
     entire.

C'est la leon de l'exprience.

       *       *       *       *       *

Assez de citations. Nos lecteurs sont difis sur la porte de
_Sous-Offs_. Personne n'a t dupe de ce roman et l'opinion publique
s'est charge d'infliger  M. Descaves le dmenti le plus svre.

C'est une rude leon, mais elle n'est point complte. A chacune des
accusations chappes  une plume aigrie par la rancune, il ne suffit
pas de rpondre par une ngation: une affirmation est ncessaire.

Il est temps d'lever une digue indestructible devant le flot dbordant
d'injures, d'imputations calomnieuses, qui tente de submerger l'honneur
de notre arme.

Aux faits imaginaires avancs par l'invention malade du malsain
pamphltaire, nous allons opposer des faits historiques, des faits
indiscutables, des faits qui prouveront qu'aujourd'hui, comme par le
pass, il y a dans l'me du _Sous-Offs_ autre chose que de la sanie et
de la boue!

O M. Descaves trouve couardise et lchet, nous allons montrer bravoure
et hrosme.

O M. Descaves trouve concussion et vol, nous allons montrer abngation
et sacrifice.

O M. Descaves trouve des vices honteux et des moeurs infmes, nous
allons montrer une temprance parfois stoque et de gnreuses passions.

O M. Descaves trouve l'gosme le plus abject, nous allons montrer la
France!

       *       *       *       *       *

     On demandait des volontaires pour le Tonkin.

     ... Les grads devaient faire l'objet d'un tat ad hoc.

     Au djeuner des sergents, les fourriers qui venaient d'assister 
     la lecture du rapport, dans les chambres, divulgurent
     l'_impression gnrale_:

     --C'est un four. Un seul sous-officier s'est fait inscrire:
     l'adjudant Rupert.

     --_Parce qu'il sait qu'on ne le prendra pas_, avec sa maladie.

     --Oui, mais vis  vis des chefs, c'est adroit.

     On discutait surtout l'abstention du seul sergent rengag que
     possdt le bataillon, Vaubourgeix.

     --Vaubourgeix! dit quelqu'un, on devrait l'envoyer l-bas
     d'office. C'est son mtier, n'est-ce pas? Mais voil: _ceux qui
     restent au rgiment lui donnent non leur peau_, MAIS LE POIL QU'ILS
     ONT DANS LA MAIN...

     ... Quant aux hommes, les quatre compagnies runies n'en
     fournissaient que huit. On cita deux caporaux rcemment casss de
     leur grade, deux engags volontaires, deux dcoucheurs tenaces,
     actuellement en prison, un ivrogne et une forte tte.

     ...--Leur Tonkin, on l'a quelque part!

     ... Et, sous ce raisonnement en faade, sous ces prtextes
     dcoratifs, une inquite lchet s'amnageait, se terrait dans les
     caves de l'me, ou bien apparaissait aux fentres du for intrieur,
     aux lucarnes du corps, farde, tremblant pour la btisse, criant
     perduement, par la bouche et par les yeux, son _insatiable amour
     de la peau_...

Sans la crainte d'tre accus de parti pris et d'exagration en
affirmant que _Sous-Offs_ reprsente notre arme, comme un ramassis de
lches, jamais nous ne nous serions permis de citer les lignes honteuses
qui prcdent.

Nous ne voulons pas les discuter. Notre histoire militaire tout entire
crie au mensonge et s'inscrit en faux.

Depuis qu'il y a des sous-officiers, les exemples de courage, les traits
d'hrosme ne se comptent pas.

N'tait-ce pas un _sous-off_, ce grenadier qui,  l'assaut de Prague,
monta le premier sur les remparts et assura la capture de la ville par
l'hroque Chevert?

Dans la mme campagne (1745  1748), lorsque Chevert fut oblig
d'abandonner la ville de Moncalvo, il y laissa, dit le duc de Broglie, 
qui nous empruntons ces lignes, ses blesss et ses malades, en les
recommandant  la clmence du vainqueur, qui, entrant dans la ville sans
rsistance, n'aurait eu aucune raison pour maltraiter des infortuns.
Mais avant que les Pimontais eussent paru devant les remparts, un de
ces pauvres abandonns, un sergent, qui portait le nom de guerre de
Va-de-bon-coeur, se soulevant sur son grabat et se retournant vers ses
compagnons: Camarades, leur dit-il, est-ce que nous allons nous rendre
sans souffrir au moins pour _deux liards_ de sige? Et il leur fit
comprendre que, moyennant quelques vieilles pices de canon rouilles,
mises en place sur les remparts, on pouvait faire un simulacre de
dfense qui leur donnerait droit aux conditions d'une capitulation
honorable. Aussitt dit, aussitt fait, et quand le baron de Leutrum
arriva aux portes de la ville, il fut reu,  sa grande surprise, par
une dcharge d'artillerie qui mit quelques-uns de ses hommes hors de
combat. Touch lui-mme de ce trait d'nergie, il fit tout de suite
offrir  ces dfenseurs improviss de leur accorder le traitement qui
leur conviendrait. Non, rpondit Va-de-bon-coeur, nous ne nous
rendrons pas que vous n'ayez fait une tranche, ne ft-elle que de la
longueur de ma pipe. Leutrum se prta  la plaisanterie, et aprs une
heure de bombardement assez mollement opr, il accorda aux assigs
une capitulation qui leur permettait de sortir avec les honneurs de la
guerre. Le rgiment des infirmes dfila alors devant lui, chacun
portant, en guise des armes qu'il n'aurait peut-tre pas t en tat de
soutenir, quelque signe de sa maladie ou de sa blessure: celui-ci
brandissant sa bquille, cet autre le bras en charpe, quelques-uns
monts sur les paules de leurs camarades, et ce fut dans cet appareil
qu'ils rejoignirent l'arme franaise, o ils furent reus avec de
joyeuses acclamations.

N'tait-ce pas un sous-off, encore, que ce sergent Dubois, qui, avec le
chevalier d'Assas, poussa,  Klostercamp, un cri hroque et lgendaire,
qui lui valut la mort: A moi, Auvergne, ce sont les ennemis!

Mais qu'est-il besoin de citer des exemples emprunts  l'histoire du
sicle dernier? Sans parler des quatre sergents de la Rochelle, les
rcentes guerres sont pleines de traits d'hrosme accomplis par des
sous-officiers.

Le 4 juin 1853,  Magenta, l'adjudant Savire du 2e bataillon des
zouaves, s'lance sur un porte-drapeau autrichien et  la gloire de
s'emparer de l'tendard ennemi.

Le 24 juin 1859, c'est le sergent Garnier, de la 1re compagnie du 10e
bataillon de chasseurs, qui s'empare du drapeau du 60e de ligne
autrichien.

Au Mexique,  l'affaire du Borezzo, un drapeau est enlev par le sergent
de grenadiers Picarent. Le fourrier Besanon, le 28 janvier 1865,
s'empare d'un drapeau de la division Rojas.

A la bataille de l'Alma, le sergent-clairon Gesland, le poignet bris
par un boulet, se fait amputer, et revient se placer  la tte de ses
clairons.

Est-il besoin de retracer les exploits du sergent Blandan en Algrie? La
France reconnaissante levait hier un monument  sa mmoire, et le rcit
de ses exploits est encore dans toutes les bouches.

C'tait aussi un sous-off, que ce sergent Bobillot, tomb au champ
d'honneur, dans ce Tonkin dont, au dire de M. Descaves, les Franais ont
peur, et o ils ne vont point.

Savez-vous ce qu'il crivait dans une lettre, la dernire peut-tre
qu'on ait reue de lui:

     Moi, je rve de quelque grand projet irralisable, d'une flche
     iroquoise, d'une fivre jaune ou d'un chemin de fer
     transatlantique.

     ... Il _parat qu'il faut passer par la mort pour natre  la
     gloire_.

     Je voudrais mourir comme Chnier sur l'chafaud, comme Dolet sur
     le bcher, comme Mrger  l'hpital. Mais l'hpital est encore si
     peu. Oh! qu'il vienne une guerre sibrienne, chinoise ou
     patagonienne, mais qu'elle vienne et que j'y tombe: _je me
     relverai roi_.

Dans un court billet, crit  la veille de sa mort, il disait encore:

     J'AI LE PRESSENTIMENT JOYEUX QUE JE NE REVIENDRAI PAS EN
     FRANCE...

Et l'illustre sergent Hoff, le hros du sige de Paris, qui attend
aujourd'hui, entre le revolver d'honneur qui lui a t offert, et ses
bottes dj graisses pour le dpart, l'heure o il faudra marcher pour
la Revanche, savez-vous en quelle estime le tiennent ses chefs
hirarchiques?

Le gnral Le Fl, dans une lettre date de 9 mars 1873 raconte ce qui
suit:

     Chaque fois que je l'ai vu, il m'a touch par sa simplicit, sa
     modestie, et j'ajoute: par son dsintressement. Au moment de
     quitter Paris pour essayer de porter une lettre de moi au marchal
     Bazaine, et ayant reu la promesse d'une rcompense de 20,000
     francs, s'il me rapportait une rponse  cette dpche, il me dit:
     merci, mon gnral, mais permettez-moi de refuser toute rcompense
     pcuniaire, je ne veux pas d'argent.

Nous pourrions multiplier  l'infini de pareils exemples. Il n'est pas
un de nos rgiments qui ne possde les noms de sous-officiers inscrits
sur son livre d'or. Nos annales sont remplies d'actes d'hrosme, car le
soldat franais n'a pas son gal au monde. Il sait obir et mourir pour
son pays et il aura toujours pour devise ces deux mots gravs dans son
coeur: Honneur et Patrie!

Ne vous rappelez-vous point, M. Descaves, vous qui avez eu l'honneur de
porter l'uniforme, avoir entendu, le soir, les conteurs ordinaires des
chambres, enthousiasmer leur auditoire avec le rcit dramatique des
exploits accomplis par quelqu'un des sous-officiers lgendaires dont
nous avons cit les noms?

Ah! Ce n'est pas le vtre qu'ils citeront, soyez en sr! Ceux qu'ils
citent ont trouv la gloire par l'hrosme avant que vous n'ayez atteint
 la clbrit par le scandale...

A votre ge, Monsieur, Bobillot tait mort!!

       *       *       *       *       *

S'il a t facile de convaincre M. Descaves de mauvaise foi, alors qu'il
accusait nos sous-officiers de lchet, il ne sera pas moins ais de le
confondre, alors qu'il essaye de les fltrir en leur reprochant le vol
et la concussion.

     C'tait de la part du fourrier, crit-il  la page 56 de son
     libelle, les semaines de distribution, un rabiau minutieux sur le
     pain, sur le sucre et le caf livrs au percolateur, sur le vin
     fourni par l'ordinaire, sur les tiquettes de paquetage et de
     rtelier d'armes, sur les permissions _tablies_, vendues aux
     _bleus_.

     Toute l'ignominie de l'exploitation des grades, toutes les
     roueries de l'intimidation, des responsabilits esquives,
     dplaces; le CYNISME DANS L'ESCROQUERIE ET LA LCHET DANS LE
     DPOUILLEMENT--les deux nouveaux fourriers firent ce honteux
     apprentissage  bonne cole...

Il faut supposer dans le lecteur l'ignorance la plus profonde des lois
et rglements militaires pour oser lui imposer de pareilles allgations.

Est-ce que, dans l'arme, l'examen le plus rigoureux ne s'tend pas aux
faits les plus minimes?

Les sous-officiers donnent le prt irrgulirement, prtend M. Descaves.

Est-ce que, s'il en tait ainsi, les soldats hsiteraient  rclamer,
avec d'autant plus de certitude d'tre couts, sans courir le moindre
risque, que le sergent-major prvaricateur serait immdiatement cass?

Est-il ncessaire de discuter des histoires de compromissions indignes
avec les fournisseurs? Mais les denres fournies par ces derniers ne
sont-elles pas soumises  l'examen scrupuleux de la commission des
ordinaires?

Est-ce que la sollicitude paternelle des chefs de corps, qui s'intresse
aux plus infimes dtails de l'existence du troupier, ne peut pas
contrler  l'improviste la gestion de l'ordinaire, et rectifier
immdiatement une erreur, d'ailleurs improbable?

Le dcret du 28 dcembre 1883, portant rglement sur le service
intrieur des troupes d'infanterie, porte, en termes exprs au
paragraphe 9, chapitre premier:

     Le colonel a la haute surveillance des ordinaires du rgiment. Il
     dtermine le mode de gestion  suivre d'aprs les instructions du
     commandement et suivant les circonstances locales. Il provoque la
     concurrence entre les fournisseurs, il recourt  l'intervention des
     autorits municipales, du sous-prfet et du prfet, lorsque le
     rgiment prouve des difficults provenant de coalitions ou de
     collusions.

     Il fixe le versement  faire  l'ordinaire, demande des ordres au
     gnral de brigade au sujet du taux du boni, veille  la formation
     judicieuse des fonds d'conomie et s'assure que la somme qui
     dpasse le maximum fix est dpose dans la caisse du trsorier
     (art. 90).

Ainsi, rien n'chappe  l'oeil vigilant du colonel.

N'est-elle pas lgendaire au rgiment, la visite de cet officiel
suprieur dans les cuisines? Qui ne l'a pas vu goter diligemment au
succulent bouillon qu'on prpare pour les hommes?

M. Descaves a vraiment de l'impudeur lorsqu'il vient vous raconter que
sous-officiers et bouchers s'entendent comme larrons en foire pour
empoisonner nos soldats avec des viandes de rebut!

Et d'ailleurs, la condamnation svre qui, tout dernirement encore,
frappait des misrables, coupables d'avoir fourni des vivres avaris aux
troupes du camp d'Avor, est un exemple saisissant, prsent  toutes les
mmoires, de la surveillance exerce par l'autorit militaire pour
rendre impossibles les faits avancs sans vergogne par l'auteur de
_Sous-Offs_.

       *       *       *       *       *

Il n'a pu dissimuler sur ce point, comme sur bien d'autres du reste, la
fragilit de ses arguments. Il a senti trembler sous ses pieds, comme le
sol de l'Etna  la veille d'une ruption, le terrain sur lequel il se
plaait. Aussi a-t-il employ,  l'appui de sa thse, un artifice
subtil, un stratagme de composition, que nous ne saurions trop fltrir.

A ct d'une foule de sous-officiers, qu'il habille en gibier de Cour
d'Assises, et pour nous faire croire  une impartialit dont nous ne
sommes pas dupes, il a trac le portrait d'un adjudant intgre.

Le pige est grossier, et personne n'y a t pris.

Il aurait fallu, pour le tendre avec quelque chance de succs, que M.
Descaves ne couvrit point de ridicule, en nous le peignant comme un
esprit born, le seul honnte homme qu'il ait daign voir dans l'arme.

Ah, certes! en mettant en scne l'adjudant Boisguillaume, qui vit
modestement  la caserne, passant entre son pouse et son sabre les
rares instants que lui laisse l'accomplissement de ses doubles devoirs,
on avait une belle oeuvre  faire.

C'est une oeuvre de haine qu'on a perptre!

Ah! la haine!!...

Combien il eut mieux valu, pourtant, ne pas se laisser aveugler par la
rancune, et voir les choses telles qu'elles sont.

Mais, vous n'avez donc jamais assist, M. Descaves, au dfil
prestigieux de nos braves troupiers,  Longchamps, le 14 juillet?

Le colonel en avant, prcd des tambours et des clairons, les
capitaines  la tte de leurs compagnies, nos braves sous-officiers en
serre-file, les rgiments, sous les plis claquants du drapeau qui semble
rire  la victoire, aux mles accents de la Marseillaise, dfilent
devant les reprsentants de la Patrie!

Si vous aviez assist  ce spectacle grandiose, M. Descaves, vous auriez
appris,  l'allure martiale,  la belle tenue,  la sant radieuse, 
l'hroque gat de nos soldats qu'il ne peut y avoir place dans leurs
rangs pour toutes les plaies honteuses que vous avez voulu nous y
montrer!

Et puis, prenez y garde, M. Descaves. En accusant les moeurs de
l'arme, en taxant d'immoralit ceux qui sont ses vritables
instructeurs, vous jetez l'injure  la France tout entire.

L'uniforme, tout le monde le porte, aujourd'hui. Les galons, ils sont
l'apanage des plus dvous et des plus dignes; tous peuvent y prtendre;
et c'est maintenant surtout, que tout soldat porte dans sa giberne le
bton de marchal!

L'arme n'est plus une caste; c'est l'incarnation du Peuple. Le foss
qui sparait autrefois l'lment militaire de l'lment civil n'existe
plus.

Ce foss, la redingote de M. de Freycinet l'a combl!

       *       *       *       *       *

Admettre la corruption de l'arme, c'est croire  la corruption de la
nation elle-mme. Accuser les sous-officiers de vol et de concussion,
c'est accuser tous ces modestes travailleurs qui, dans nos
administrations, tant prives que publiques, dans nos usines, dans nos
ateliers, sont les plus intelligents et les plus dvous auxiliaires de
cette prosprit dont notre immortelle Exposition a donn un clatant
tmoignage.

Ouvrez les journaux  la _Chronique du Bien_, lisez les comptes-rendus
de ces sances o l'Acadmie franaise rcompense solennellement des
actes de vertu ou de haute probit; prenez connaissance de ces longues
listes de mdailles qui vont briller, clatants tmoignages de
dvouement, sur la poitrine des sauveteurs, et comptez combien de noms
d'anciens sous-officiers figurent sur les palmars de l'honneur!

Pour les besoins de son infme campagne de calomnies, M. Descaves veut
nous faire croire que des gens qui font preuve, aprs avoir quitt
l'uniforme, du dsintressement le plus mritoire, n'ont pas fait sous
les drapeaux l'apprentissage de la vertu!

C'est se moquer de nous!

Non! Les soldats d'aujourd'hui sont les dignes fils de leurs ans et
nous pourrions les voir, si des heures lugubres sonnaient encore pour
les destines de la Patrie, sacrifier jusqu' l'or de leurs galons sur
ses autels, et, semblables aux vtrans de l'An II, porter comme l'a dit
Victor Hugo:

     L'paulette de laine et la dragonne en cuir!

       *       *       *       *       *

M. Descaves ne s'est pas tenu pour satisfait de nous montrer les
sous-officiers lches et cupides, il lui a fallu encore les souffleter
avec une abominable accusation d'ivrognerie et de moeurs infmes.

Alcool et absinthe, voil leurs dieux!

Femmes maries, servantes d'auberges, filles de mauvais lieu, sont
l'objet de leur exploitation honte. Pour en tirer de l'argent, tous
les moyens leur sont bons. Ils s'en vantent entre eux. Ils en rient.
Leur cynisme laisse bien loin derrire lui celui des rdeurs de
barrire. M. Descaves a cousu le galon de leur grade sur une casquette 
trois ponts!

Il nous est douloureux de nous tendre sur un pareil sujet, et, sans
notre dsir ardent de ne pas laisser debout une seule des poutres de cet
chafaudage de carton qu'est _Sous-Offs_, nous nous arrterions ici.

D'ailleurs, le sujet que nous traitons maintenant est d'une gravit
exceptionnelle. Il ne suffit plus de donner un aperu du livre, il faut
en citer des passages entiers, pour n'tre point tax d'invraisemblance
et de parti pris dans sa rfutation.

Laissons la parole  M. Descaves. Puisqu'il a os porter le vilebrequin
du cynisme dans le tonneau de la honte, qu'il en boive l'amre liqueur.

Voici des passages entiers de _Sous-Offs_:

_Page 45:_

     Deux sous-officiers, au moment de rentrer au quartier, heurtrent
     deux vieilles femmes en cheveux, grelottant, l'une dans un paletot
     d'homme, l'autre dans un vaterproof trentenaire.

     --Nous nous retrouverons l, dit Favires.

     Et, sommairement, ils en emmenrent chacun une, droit devant
     soi... Favires tait tomb sur le dos, tout  coup impuissant, les
     yeux dlicieusement frais sous les compresses de nuit pleuvante,
     roul dans le beuglement de cette formidable bouche d'ombre qui
     l'injuriait, crachotait sur sa nudit partielle, tandis que la
     vieille femme rmunre s'escrimait honntement.

     Il retrouva Ttrelle--dlest--qui l'attendait...

_Page 55:_

     C'est drle, notait Favires, chez le soldat, les sentiments
     habitent les parties basses; l'me se rpartit dans la culotte,
     entre la poche, la brayette et le fond...

Dcidment, pour la peinture des tableaux infmes, M. Descaves est sans
rival.

_Page 59:_

     Petitmangin, de ses nuites en ville, ne rapportait que des
     sucreries et des ptisseries lgres, ple-mle avec du tabac, au
     fond de ses poches...

Des gots de petite fille  un militaire? Allons donc!

_Page 5:_

     Alors le sergent, les yeux humides, la face cuite, le nez pareil 
     une langue de feu dans un incendie de faade... A peu prs ivre, il
     parlait seul, faisait des tournes d'inspection dans les
     compartiments voisins. On devait le hisser. On le passait comme un
     colis triomphal qui s'croulait sous les banquettes.

Quelle invraisemblance! Cet ivrogne amne des conscrits au rgiment!

_Page 62:_

     Il s'tait assis en tailleur, par terre, devant la malle bante,
     exposant le premier de ses compartiments superposs: Un capharnam
     o les objets de toilette et d'tagre confondus semblaient
     provenir du pillage d'une chambre de fille.

C'est clair, cela. L'accusation est prcise! Sans une citation
textuelle, on ne l'eut pas cru.

_Page 64:_

     Nous dnons tous les dimanches au restaurant. _Elle_ me donne son
     porte-monnaie avant d'entrer et je le lui rends en sortant, aprs
     avoir pay... par exemple, des cadeaux utiles toujours...

Cela soulve le coeur.

_Page 84:_

     Aucun choix n'tait possible. Ils empoignrent au hasard les
     femmes, la mre et la fille cte  cte, les renversrent sur eux
     toujours assis...

     Favires exulta lorsque ses approches fourragres eurent pressenti
     Gnreuse  l'indulgent accs d'un praticable estuaire.

Sans le devoir de rvler tout entires les turpitudes du livre, jamais
nous ne nous serions permis de reproduire cette abominable scne!

_Page 88:_

Dans une maison publique:

     Des femmes sur les genoux ou colles aux flancs, buvant, chantant
     et fumant, dans une atmosphre de luxure et d'ivresse, DES
     SOLDATS...

Des soldats! M. Descaves ne les a jamais vus que dans un lieu infme. Il
ignore donc ce que c'est qu'un champ de bataille?

_Page 90:_

Une fille parle  un sous-officier:

     Justement mes amies n'ont personne; elles voudraient bien un petit
     homme comme toi, bien gentil, et qui les aimerait bien. Vrai, je
     fais des jalouses.

Cette fille n'avait donc pas vu les deux sardines d'or?

_Page 95:_

     Deux prostitutions se partageaient le soldat sans relche. La
     Maison se couchait quand s'veillait le Quartier.

C'est hideux!

_Page 100:_

     --Comment! Vous payez encore le coucher, s'cria Devouge, en
     rponse  l'numration geignarde faite par Ttrelle des frais
     qu'entranaient les plaisirs tarifs.

     --Ah! Tu ne voudrais pas. C'est dj joli de ne leur rien donner,
     protesta Favires.

     --C'est diffrent... du moment que vous mettez du sentiment dans
     ces choses-l!...

     --Si vous vouliez, je dirais deux mots  Laure, qui parlerait 
     vos femmes... Le Gouvernement ne vous paye pas pour les
     entretenir...

     --C'est vrai, insinua Ttrelle. En somme il ne nous reste rien
     entre les mains...

     --L'argent n'a pas d'odeur, rectifia Devouge.

La langue franaise n'a pas de mots pour fltrir de semblables
indignits!

_Page 102:_

     Pquerette s'tait rassise en face de son amant; elle s'accroupit,
     explora une resserre drobe, parvint  en extraire une pice
     blanche, qu'elle glissa dans la main de Ttrelle:

     --Rgle, dit-elle.

     Il prit l'argent...

! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! ! !

_Page 110:_

Une fille crit  son _sous-off_:

     Ne viens donc pas cette semaine. Je ne pourrais pas payer pour
     toi.

Quel abme de sclratesse!

_Page 111:_

     Autour d'eux, la boue montait, plus dense. Comme les femmes
     continuaient  payer les consommations, et qu'elles ne se
     trouvaient pas toujours l, quand le garon rapportait la monnaie,
     Ttrelle rduisait le pourboire au strict convenable, et empochait
     la diffrence.

     Ce qui tombe au foss est pour le soldat, disait Devouge.

Ce qui tombe  l'got du mpris c'est un roman souill de pareilles
calomnies!!!

_Page 125:_

     C'tait Blanc, le sergent de la classe, se solant effroyablement
     avec les pompiers de Neuville, sous prtexte d'apprendre les
     batteries  leur tambour.

     C'tait Edeline, russissant  s'introduire dans toute une
     famille... Il dnait, flattait le pre, s'insinuait dans les BONNES
     GRACES de la mre, tout prt d'atteindre son but. Le gte, la table
     et... le reste, ce qu'il appelait les accessoires de solde.

L'insulte  la famille, maintenant!

_Page 126:_

     Civil, dans la bouche du soldat, cela n'a d'quivalent que PANTE
     dans l'argot des souteneurs.

Quelles expressions! C'est sans doute dans les carrires d'Amrique que
le pamphltaire les a recueillies.

_Page 193:_

     Des soldats attirs par le fracas de la musique avaient envahi la
     salle, s'y bousculaient pour tarir les bouteilles, recueillir le
     fond des verres, boire au moins l'ivresse des autres, pendant que
     Blanc,  croupetons dans un coin, facilitait paisiblement la
     libration de son estomac.

Cela se passe le 14 Juillet, dans une cantine o nos braves
sous-officiers clbrent par un banquet fraternel notre grande fte
nationale!

_Page 201:_

     C'tait jour de repos officiel, jour de trve. Le gros numro et
     le numro matricule prenaient _campos_. La Prostitue suspendait
     l'adultration du sang franais QUE LA PATRIE LUI ABANDONNE, quand
     ses chantiers de carnage n'en ont pas soif.

C'est encore le 14 juillet, qu'on n'a pas honte de choisir, pour lancer
un crachat  la face de la Patrie!

O jour anniversaire de la prise de la Bastille, jour immortel, o le
sang d'un peuple secouant ses chaines a scell le monument de la Libert
future, c'est en vain que des reptiles visqueux essayent de te souiller
de leur bave; tu es un soleil radieux et sans tache, qui planes trop
haut dans les cieux modernes pour que l'outrage puisse t'atteindre
jamais!

Une imagination en dlire aura beau vouloir te reprsenter, fte
auguste, comme une odieuse saturnale, comme une priape abjecte, tu n'en
resteras pas moins le grand jour, sacr entre tous, o pas un
Franais--si ce n'est peut-tre M. Descaves--n'oserait se dshonorer par
une intemprance qui ferait la joie de nos ennemis!

Ils ne sont pas ns en France, les ivrognes du 14 Juillet!

       *       *       *       *       *

Toutes les concessions qu'on peut accorder  la thse de M. Descaves,
elles ont t numres par la plume trop impartiale peut-tre de M.
Edmond Lepelletier.

     Tous nos sous-officiers, crivait-il dans l'_cho de Paris_ du 15
     dcembre 1889, ne sont pas des anges. Il est parmi eux, comme
     partout, des souteneurs, des hypocrites, des lches, des dbauchs,
     des filous et des Alphonses. Ils _sortent de la socit, les
     sous-offs, avant de sortir du rang_.

     Mais tous des misrables, des gibiers de lupanar, en attendant
     qu'ils deviennent gibier de bagne ou de peloton, allons donc!

     Ce n'est pas seulement calomnier les grads de la jeunesse arme,
     c'est insulter odieusement toute la jeunesse franaise.

L'minent crivain,  qui nous empruntons ces lignes, a d se borner,
dans un article de journal,  montrer l'exagration cynique des
reproches adresss aux moeurs des sous-officiers. Il a montr ce
qu'ils ne sont pas, nous allons faire voir ce qu'ils sont.

Qui n'a pas vu, par un radieux matin de printemps, par une belle
aprs-midi d't, par un beau ciel d'automne clair et rose, le pays et
la payse, ce couple lgendaire, s'avancer  pas lents, cte  cte,
pleins d'affectueux respects mutuels, et chuchotant, avec une passion
contenue, des mots d'amour?--Vision attendrissante que l'un de nos
potes militaires les plus distingus rendait en ces vers mles et
vigoureux, o il rappelle ses modestes plaisirs hors de la caserne:

    Le soir tombait, un soir quivoque d'automne
    Les bonnes se pendant rveuses  nos bras,
    Dirent alors des mots si spciaux, tout bas,
    Que notre me depuis ce temps tremble et s'tonne.

Et ce sont ces gens l qui ne connatraient d'autre distraction que les
plaisirs malsains des maisons de dbauche, dont ils mettraient les
filles en coupe rgles!

Ce n'est pas  dire, certes--et M. Edmond Lepelletier en a fait la
judicieuse remarque--qu'on ne voie jamais la capote  galons tale sur
des canaps suspects. Mais, si certains civils mettaient un peu plus de
discrtion dans les invitations qu'ils adressent  nos sous-officiers,
de pareils faits n'auraient gure d'exemple.

D'ailleurs, une chute n'est jamais irrmdiable. Si bas qu'on soit
entran, on peut toujours s'arracher  l'influence nfaste des mauvais
conseils et rentrer dans le chemin du devoir et de l'honneur.

Nous n'en voulons pour tmoin que cette citation d'un beau livre de
C.-J. Lecour, la _Prostitution  Paris et  Londres_: Le tragique,
c'est ce militaire qui, en 48, entr pendant la nuit dans un lieu de
dbauche, se rveillait le lendemain dans les bras de sa soeur.

L'auteur ne nous donne pas la suite de cet pouvantable rcit, mais
d'autres la connaissent. Le militaire, devenu sous-officier, sut faire
des conomies pour payer les dettes de sa soeur et l'arracher 
l'infamie. Il la maria  un de ses collgues. Elle fut bonne pouse et
bonne mre.

       *       *       *       *       *

Nous n'avons pas parl jusqu'ici du mariage des sous-officiers. C'est un
sujet que M. Descaves a trait avec son venin habituel. Il n'a pas
hsit  nous montrer le cantinier du rgiment qu'il met en scne, mari
avec une coquine de bas tage, dont la seule proccupation est de le
tromper.

Vous tes l pour rpondre, noble plade de Franaises, hrones
modestes, toutes cantinires, qui avez reu la croix de la Lgion
d'honneur: Veuve Perrot dcore en Afrique; Annette Drevon, dcore en
1859, pour action d'clat sur le champ de bataille de Magenta, o vous
avez sauv le drapeau du deuxime zouaves; Perrine Cros, du bataillon
de chasseurs  pieds de la garde impriale, blesse  Palestro et 
Magenta; Jeanne Bonnemre, du 21e rgiment d'infanterie, mdaille en
1870, pour avoir aval une dpche au moment o les Prussiens
s'emparaient de vous!

Si toutes les femmes de sous-officiers ne sont pas arrives  votre
gloire, du moins donnent-elles dans leur mnage l'exemple de toutes les
vertus civiques, qui sont l'apanage de la Franaise.

Celles-ci, lorsque leurs maris, ayant quitt l'arme, occupent une de
ces places accordes si libralement par l'Etat  ses anciens
serviteurs; celles-l apportent dans la vie civile l'exemple de toutes
les qualits militaires. Elles nous prparent une gnration forte et
saine, ornement de nos socits de gymnastique et de nos orphons; et le
jour venu, elles n'hsiteraient pas, comme les mres Spartiates, 
envoyer leurs fils au combat. Elles leur mettraient elles-mmes dans la
main l'arme vengeresse, en criant, sans plir:

--Voil le sabre de ton pre!

       *       *       *       *       *

Il est temps de conclure.

Que reste-t-il de l'oeuvre de M. Descaves?

Dans l'opinion publique, elle est juge. Ce n'est pas seulement un
mauvais livre, c'est une mauvaise action. Les esprits, un instant
troubls par l'audace des attaques contre notre arme, se sont
heureusement rassrns. Le peuple franais tout entier sait qu'il peut
avoir confiance dans ses dfenseurs, et les familles, lorsque leurs
enfants quittent le foyer pour aller payer l'impt du sang, les confient
joyeusement  la Caserne, comme  une cole de dvouement et d'honneur.

La tentative anti-patriotique de M. Descaves a chou. Il n'a plus,
maintenant, devant le flot unanime des rprobations, qu' courber la
tte comme un coupable dmasqu.

S'il lui reste au fond du coeur quelque chose de ce qui constitue un
Franais, il doit faire d'amres rflexions.

Le remords doit hanter vos nuits, M. Descaves. Comme les petits soldats
du magnifique tableau de Detaille regardent passer en rve les grandes
ombres glorieuses des aeux, qui, la face aurole de gloire, agitent
d'illustres drapeaux, vous devez voir, dans vos sommeils troubls de
cauchemars, les spectres des hros que vous avez insults, tendre vers
votre front des bras accusateurs!

Par toutes leurs blessures bantes, ils crient vengeance contre vous.

Puissiez-vous, rentrant enfin en vous mme, faire amende honorable; et,
si vous ne brisez pas votre plume, aprs en avoir fait une arme
empoisonne, l'employer maintenant  cicatriser les plaies qu'elle a
ouvertes.

Quant  vous, sous-officiers, hros modestes, serviteurs obscurs et
dvous de la plus noble des causes, ne vous inquitez pas des viles
attaques diriges contre vous.

La patrie vous couvre de son palladium.

     Voulez-vous mon avis, mes chers sous-offs? crivait M.
     Saint-Genest dans le _Figaro_ du 13 Dcembre 1889; ne vous
     inquitez pas: cela n'est rien. Secouez ddaigneusement la boue que
     l'on vous jette, et continuez  porter la tte haute, car tous ceux
     qui vous attaquent voudraient bien avoir la considration dont vous
     jouissez.

       *       *       *       *       *

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=Biribi=, discipline militaire.

=Bas les Coeurs=, 1870-1871.

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J.-H. ROSNY

=Le Termite=.     =Le Bilatral=.

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Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

*** END: FULL LICENSE ***

