The Project Gutenberg EBook of Relation de l'Islande, by Isaac de La Peyrre

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Title: Relation de l'Islande

Author: Isaac de La Peyrre

Release Date: July 7, 2007 [EBook #22011]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RELATION DE L'ISLANDE ***




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                                RELATION
                                   DE
                               L'ISLANDE.


                                A PARIS,

                     Chez LOUIS BILLAINE, au second
               pillier de la grand' Salle du Palais,  la
                        Palme, & au grand Cesar.

                             M. DC. LXIII.




A SON ALTESSE SERENISSIME MONSEIGNEUR LE PRINCE.


MONSEIGNEUR,

_Si vostre Altesse Serenissime me fait l'honneur de m'acorder la grace
que je luy demnderay quelque jour, d'escrire les Merveilles de sa Vie;
je feray son Panegirique en faisant son Histoire: Et la narration toute
nu des esclatantes actions qu'Elle a faites, efacera tout ce que
l'antiquit a dit & escrit des plus Grns-guerriers & des plus
Grns-hommes des siecles passez. En atndant, MONSEIGNEUR, que j'aye
l'esprit rmply du Genie, qui m'inspire une si haute pnsee; je Vous
suplie tres humblement de trouver bon que je die en ce lieu: Que Vos
inclinations ne sont pas toutes pour la guerre: Que Vous en avez d'aussi
fortes pour les beles letres: Et que l'ardeur incomparable de Vostre
Esprit, Vous porte aussi avant dans les scinces, que cele de Vostre
Coeur Vous engage dans les combats._

_Trouvez bon aussi, MONSEIGNEUR, qu'en Vous donnant le divertissemnt
d'une Relation, que j'ay autrefois escrite  M. de la Mote le Vayer,
illustre par son rare savoir, & par le glorieux employ que sa Vertu luy
a aquis aupres d'un si Grand Prince, qu'est le FRERE UNIQUE DE NOSTRE
GRAND ROY; J'entretiene V. A. ser.^me de quelques reflexions que j'ay
faites, sur ce que les anciens Geografes n'ont presque rien connu du
globe de la terre, ou qu'ils n'en ont connu que de fort petites parties.
Ils ont creu que toute l'estnde de ce globe, qui est entre les deux
Tropiques, & qu'ils ont apele, _Zone Torride_, estoit inhabite &
inhabitable. Ils n'ont seu du levant, que ce qui est au dea du Gange, &
presque rien au del, que par presomption & par oy dire. Ils ont fix
leur couchant aux Isles fortunes, qui sont aparamment nos Canaries. Ils
se sont imaginez que la mer Hiperbore, & que l'Islande, dont je fay icy
la relation, estoient les derniers termes de ce que l'on pouvoit
descouvrir du Septntrion. Et ne sachant que dire de la Terre Australe,
ils l'ont telement ignore, qu'ils se sont figurez que c'estoit la
demeure des Morts, & la fable de leurs Enfers._

    Illam, _dit le Pote,_
    Sub pedibus Stix atra videt,
    Manesque profundi.

_Je ne parleray pas de quelques Peres de l'Eglise, qui ont eu de si
grandes lumieres pour les choses du Ciel, & si peu de connoissance de
celes de la Terre; qu'ils ne se sont peu persuader qu'il y eust des
Antipodes; & n'ont seu comprndre, par queles raisons ils estoient eux
mesmes Antipodes  ceux qui estoient les leurs._

_J'avoe, MONSEIGNEUR, que ntre siecle est beaucoup plus esclair que
n'ont est les precedns. J'avoe que depuis deux cens ans, il y a eu
des Mariniers, & plus hardis, & plus savans sans comparaison, que
n'estoit l'ancien Tifis des Argonautes. Et j'avoe que l'on a penetr le
monde dans toutes ses parties, beaucoup au del de ce que les plus
celebres Geografes de l'antiquit nous en ont apris. Cela n'empesche
pas, MONSEIGNEUR, que nous ne soyons toujours dans une profonde
ignorance de ce qui se peut ancore descouvrir, & qui nous est inconnu de
la Terre universele. Je craindrois de passer pour extravagant, si
j'avanois dterminment, que nous n'en connoissons que la moiti. Mais
je diray sans hesiter, que nous n'en connoissons pas les deux tiers; &
que ce qui reste  descouvrir, va sans contredit au del du tiers._

_Il me sera ais de le dmontrer quand je diray, que nous ne connoissons
presque rien de ce qui est au del des deux cercles polaires. Que le
cercle arctique passe  l'extremit de l'Islande Septntrionale; & que
nous n'avons qu'fleur les bords du Groenland, au del de la mer
Glace, qui separe cete Isle de ce continnt. Cecy est considerable,
MONSEIGNEUR, que le cap Farvel, qui est du Groenland, & au Nor-oest de
l'Escosse, est entre le 60. & 61.^me degr d'elevation: Et que de ce cap
au pole, il y a prs de trnte degrez de latitude, qui nous sont
inconnus. Il est vray que toute la cste du Groenland, soit au Levant,
soit au Couchant du cap Farvel, & dont on ne sauroit dterminer la
longitude, n'est pas si meridionale que ce cap. Mais je suplie
tres-humblement V. A. ser.^me de se represnter, qu'il y a une terre au
Nort du Japon, que nos Geografes apelent, _la terre de Jesso_, tout 
fait inconnu  nos Matelots; quoy qu'elle soit d'une grandeur si
prodigieuse, qu'elle a quarante-six degrez de latitude, sur vint & deux
degrez de longitude._

_Si nous passons du Nort au Sud, il se trouvera, MONSEIGNEUR, que ce qui
est inconnu de la terre Australe, est de plus grande consequnce que ce
que nous ignorons de la Septntrionale. La grandeur de cete terre
Australe, estonnera tous ceux qui la verront descrite dans nos cartes;
s'ils considerent, qu'elle embrasse les deux Emisferes, depuis le Pole
meridional, jusques  la ligne Equinoctiale;  & aux endroits o la
nouvelle Guine unit les deux horisons. Cela seul, MONSEIGNEUR,
emporteroit la moiti du monde, si ce qui est entre les bras de cete
Terre, & au dea du cercle Antartique, soit de l'Asie, soit de
l'Afrique, soit de l'Amerique, n'estoit descouvert, & dans le commerce.
J'adjousteray, MONSEIGNEUR,  ce que j'ay dit: Que l'on ne sait pas
ancore, si le Japon est Isle, ou Terre ferme: Et qu'il y a des espaces
comme infinis au del des Filipines, jusques  la cste du Perou, sur
lesquels nos Geografes font passer la mer Pacifique. Ils inondent ce
qu'ils ne connoissent pas; & noyent dans leurs Cartes, quantit de
peuples qui se portent bien dans les terres qu'ils habitent._

_Pour dire les choses, teles qu'elles pourroient estre, MONSEIGNEUR. Ce
qui resteroit  descouvrir du Globe terrestre, iroit beaucoup au del du
tiers, & aprocheroit bien fort de la moiti, si la nouvele Guine, qui
joint les deux bouts de la terre Australe, joignoit aussi la Tartarie, &
l'Amerique, du cost du Septntrion, comme il y en a qui le croyent.
L'Ocean ne seroit plus en ce cas, la ceinture de la Terre; au contraire,
la Terre seroit la ceinture de l'Ocean. Et ce qui seroit bien
surprenant, pour ne pas dire incroyable; on pourroit frayer divers
chemins, pour aler par terre d'un pole  l'autre._

_Je ne doute pas, MONSEIGNEUR, que tant de Peuples inconnus, ne soient
quelque jour connus, pour avoir la connoissance de Dieu, & cele du
mistere de son Fils, mort pour nos ofnces, & resuscit pour ntre
justification. C'est pour cela qu'il est crit. [En marge: Daniel. 7.]
_Que tous Peuples, que toutes Nations, & que toutes Langues, adoreront
Dieu, & le serviront._ [En marge: Joel. 2.] _Que Dieu versera de son
Esprit sur tous les hommes de la terre._ [En marge: Jeremie 31.] _Et que
tous les hommes de la terre connoitront Dieu, depuis le plus grand
jusques au plus petit._ La mesme Escriture Sainte nous enseigne, que
Dieu establira un Roy, pour estre le Conducteur, & le Souverain, de tous
les Peuples de l'Univers; & pour respndre la Predication de son
Evangile dans toutes les contres du monde. Dieu parlant  ce Roy par
son Profete Isaie, luy dit ces paroles, tres considerables  ce propos.
[En marge: Chap. 55.] _Tu apeleras la Nation que tu ne connoissois pas;
& la Nation qui ne te connoissoit pas, te desirera, & coura apres toy.
Ce sera -cause de moy, qui suis ton Seigneur, & ton Dieu; & -cause de
mon [En marge: Jesus-Christ.] SAINT, qui est le Saint de mon peuple
Israel. C'est pour cela que je t'ay exalt, & c'est pour cela que je
t'ay glorifi._

_Je ne croy pas, MONSEIGNEUR, que l'on doive trouver estrange le zele
que j'ay, estant nay Franois, si je dis que la Profetie se doit
entndre d'un Roy de France. J'ay outre cela beaucoup de raisons qui me
le persuadent. Il me sufira de dire, que toutes les conjectures, &
toutes les aparnces, me font presumer que la Profetie regarde nostre
GRAND ROY. Car il a toutes les qualitez, de Majest, de Justice, & de
Valeur, que l'Escriture Sainte atribu  ce Roy Profetique. S'il n'a pas
tout le temps qui sera requis, pour achever une si vaste entreprise,
qu'est la conqueste du Monde; Il ouvrira sans doute, & aplanira un grand
chemin  son GLORIEUX SUCCESSEUR, pour l'assujetir de bout en bout. Ce
qui me fortifie dans cete croyance, est, que pour seconder les hauts
desseins de nostre VICTORIEUX MONARQUE; le Ciel luy a donn un Prince de
son sang, tel que VOUS, MONSEIGNEUR, dont les Conseils peuvent estre
apelez, CONSEILS DE DIEU, comme l'Histoire Sainte qualifie les conseils
des grns Politiques: Et dont L'ESPE aura la mesme vertu, qu'avoit cele
de GEDEON, contre les enemis du nom Chrestien. Je n'ay pas assez de vie
pour voir de si grandes choses. Mais j'ay toute la passion qu'il faut
pour les souhaiter. J'ay aussi tous les santimns qui m'obligent d'estre
avec respt & soumission,_

MONSEIGNEUR,

de V. A. Ser.^me
Le tres-humble, tres-obessant & tres-fidele serviteur,
LA PEYRERE.




TABLE DES CHOSES
Contenes aux Articles de cete Relation.


I. L'Auteur de cete Relation n'ayant pas est en Islande, escrit ce
qu'il en a leu & ouy dire.

II. De la situation, & de la grandeur de l'Islande.

III. De ses jours, les plus longs, & les plus courts.

IV. De quoy on se nourrit en Islande, & de quoy on s'y chaufe.

V. Des Glaces qui se destachent du Groenland, & ce qu'elles aportent en
Islande, o elles abordent.

VI. Des pturages de l'Islande, du lait, & du beurre; Et des farines qui
se font de poissons secs.

VII. Des Eaux de l'Islande.

VIII. Des Lacs de diverse & d'estrange nature, qui sont en Islande.

IX. Des Minieres de soufre qui y sont. Et du Mont Hecla.

X. Les Islandois croyent, qu'il y a des Ames dannes qui brulent, &
d'autres qui gelent.

XI. Evenemnt extraordinaire avenu en Islande.

XII. Du trafic que l'on fait en Islande. Et des Filles Islandoises.

XIII. Des Festins des Islandois.

XIV. Des coutumes sauvages des Islandois.

XV. Des Demons apelez Droles. Et des Islandois qui vndent le vnt.

XVI. Des sortileges des Islandois.

XVII. De l'ancien Gouvernemnt de l'Islande. De la Justice qui s'y
exerce. ibid.

XVIII. L'Islande assujtie aux Rois de Norvege, & en suite, aux Rois de
Danemark.

XIX. De l'anciene, & nouvele Religion, des Islandois.

XX. Les anciens Islandois estoient grns Pirates, & grns Gladiateurs.

XXI. Des Annales des Islandois.

XXII. Des Potes Islandois.

XXIII. Des Satyres Islandoises.

XXIV. De la Posie Islandoise.

XXV. De l'amour que les Islandois ont pour leur patrie.

XXVI. Les Islandois sont chicaneurs.

XXVII. Des Maisons des Islandois.

XXVIII. Des deux Eveschez, & des deux vilages, qui sont en Islande.

XXIX. Des Evesques Islandois.

XXX. Les Islandois sont joeurs d'Eschets.

XXXI. Continuation du mesme sujet.

XXXII. Le langage Islandois est Runique.

XXXIII. Quels ont est les premiers habitans du Monde Arctique.

XXXIV. Les Geans Cananeens ont peupl le Monde Arctique.

XXXV. Du grand Odin Asiatique.

XXXVI. On nous fait acroire que les anciens Heros ont est Gens.

XXXVII. Les Peuples du Septntrion croyent estre de la race de Jafet.

XXXVIII. La recherche est vaine, des premiers Peuples qui ont habit les
parties du Monde, apres le Deluge.

XXXIX. Preuve du precednt article.

XL. Suite de la mesme preuve.

XLI. Resolution de la mesme preuve.

XLII. Des premieres descouvertes qui ont est faites de l'Islande.

XLIII. D'Ingulfe creu premier fondateur des Islandois.

XLIV. Que cete opinion n'est pas vraye.

XLV. Preuve du precednt article.

XLVI. Suite de la mesme preuve. De l'Islande Payene & Chrestiene.
ibidem.

XLVII. La Tul des Anciens est l'Islande d'aujourd'huy.

XLVIII. De l'Ocean Deucaledonien.

XLIX. L'Islande estoit habite avant l'anne 874.

L. Preuve du precednt article.

LI. Les Gots ont introduit la barbarie dans l'Europe.

LII. De la _Crimoge_, & du _Specimen Islandicum_, d'Angrimus Jonas.


_Fin de la Table._




AVIS,
Touchant mon Ortografe.


_Quoy qu'il n'y ait rien de resolu pour l'Ortografe de nostre Langue, &
qu'il soit permis  qui que ce soit de s'en faire une, comme il
s'imagine qu'elle devroit estre: Je ne veux pourtant pas me servir d'une
libert si publique, sans rndre raison de cele que j'ay prise dans ce
petit Ouvrage._

_Je croy que ntre escriture doit estre l'image de ntre parole, tout
ainsi que ntre parole est l'image de ntre panse. Cela estant. Il me
smble que nostre Ortografe se devroit conformer  nostre prononciation,
qui fait nostre parole; & que l'on ne devroit pas nous obliger d'escrire
par, _e_, ce que nous prononons par, _a_; d'escrire par une letre
double, ce que nous prononons par une letre simple; ni d'escrire par,
_h_, ce que nous prononons sans aspiration._

_Cete raison est fortifie de l'exmple des Italiens, dont la Langue a
une perfection plus anciene que n'est la perfection de la nostre; si
toutefois on doit apeler perfection, ce que l'Usage qui en est le
matre, peut changer comme il luy plat. Or les Italiens qui prononcent
ce qu'ils escrivent, escrivent aussi ce qu'ils prononcent. Et je ne
doute en faon du monde, que nos anciens Peres qui nous ont laiss leur
Ortografe, n'ayent prononc comme ils escrivoient. Ce que j'asseure
d'autant plus librement, que les Valons d'aujourd'huy, qui parlent ce
que nous apelons _Vieux Gaulois_, prononcent ces mots, _commencement_,
_commendement_, _contentement_, &c. comme ils les escrivent par _e_, &
non pas, _commancemant_, _commandemant_, _contantemant_, &c. comme on
les prononce en France, par, _a_. Et par la raison que nous ne
prononons pas aujourd'huy ces mesmes mots, comme on les prononoit le
temps pass; Je m'estonne que l'on n'ait chang leur Ortografe, en mesme
temps que l'on a chang leur prononciation. Car l'escriture estant,
comme j'ay dit, l'image de la parole, l'Ortografe doit suivre la
prononciation, comme l'ombre suit le corps._

_J'avoe que dans ces mots, _commncemnt, commndemnt, contntemnt,
&c._ l'_a_ ne doit pas estre prononc avec toute sa force. Mais il est
constant que ces mots, & leurs smblables, doivent estre prononcez, par,
_a_. Puis donc qu'il ne s'agit que de donner une prononciation moins
forte  cet, _a_; Il sufiroit ce me smble, de marquer cete maniere plus
douce, par un accent grave, tel que je l'ay mis sur tous les, __, que
j'ay changez pour des, _e_._

_Je n'ay pas fait ce changemnt dans tous les mots, o suivant mon
raisonnemnt, il me smbloit que je le pouvois faire: Parce que l'on ne
peut pas changer d'abord, & tout  coup, ce qu'un usage inveter s'est
acquis, par la longueur du temps qui l'autorise. Je me suis impos cete
loy dans ce commncemnt, de ne changer l'_e_, en _a_, par tout o
l'_e_, se prononce par _a_, que dans les noms, & dans les verbes. Dans
les noms, comme, _sntimnt, raisonnemnt, changemnt, &c._ Dans les
verbes, comme, _aprndre, sntir, pnser, &c._ Je laisse l'_e_, dans la
preposition, _en_, & dans les noms, & les verbes o cete preposition
entre, & o elle sert de composition. Dans les noms, comme,
_entndemnt, engagemnt, endommagemnt, &c._ & dans les verbes, comme,
_enseigner, enfanter, enquerir, &c._ o je laisse, _en_, comme on
l'escrit ordinairement, par, _e_. Je laisse l'_e_, aussi, dans tous les
adverbes, qui finissent en, _ment_; dont le nombre est tres-grand. Je le
laisse , _temps, sens, accent, dent, cent, &c._ J'escris _ancore_, par
un _a_; parce qu'il est deriv de _ancra_, que les Italiens escrivent,
& prononcent par un _a_._

_J'ay retranch toutes les letres doubles, de tous les mots, o elles
m'ont smbl inutiles. Si l'on me dit, que ces letres doubles servent 
alonger les voyeles qui precedent les doubles consones. Je respondray
qu'il sufit de metre sur ces voyeles un accent circonflexe, pour marquer
qu'elles sont longues. Et les Estrangers qui aprndront nostre langue, y
seront bien moins embarassez, qu' leur donner  deviner, quand il
faudra prononcer les letres doubles, comme des letres simples._

_Je croy qu'il n'est pas necessaire de metre aucun accent sur l'_e_, de
ces mots, _tele, quele, bele, fidele, nouvele, mortele, naturele,
eternele, &c._ Parce que l'_e_ qui devance la consone dans tous ces
mots, se doit prononcer comme l'_e_ de leurs masculins, _cet, tel, quel,
bel, fidel, nouvel, mortel, naturel, eternel, &c._ _Cele_, doit estre
prononc comme, _tele, quele, bele, &c._ Je laisse la double _ll._ aux
pronoms, _elle_, & _laquelle_._

_J'ay retranch l'_h_, de beaucoup de mots que nous prononons sans
aspiration. Je l'ay retene  _Christ_, &  _Chrestien_, son deriv.
J'ay fait scrupule, pour ne pas dire religion, de toucher  un usage
qu'un nom si saint a comme sanctifi. Et nostre, _f_, ayant la mesme
force, que le [Grec: ph.] des Grecs, qui est nostre, ph, j'ay chang le
ph, en f._

_Quelque raison pourtant que j'aye alegue; je n'ay pris cete libert
qu'en atndant le Dictionaire que Messieurs de l'Academie nous ont
promis; o j'espere qu'ils fixeront nostre Ortografe. Et  quoy je me
fixeray aussi._




[Illustration: L'ISLANDE
Par P. Du Val Geographe du Roy A PARIS.]




RELATION DE L'ISLANDE.

A MONSIEUR DE _LA MOTHE LE VAYER_.


MONSIEUR,

I. Vous m'avez pri de vous escrire de ce pas du Nort, o nous errons
depuis quelque temps, ce que j'ay pe aprndre de l'Islande, & du
Groenland. Je n'ay point de plus grande passion au monde, que de vous
servir, & de vous plaire. Je vous escriray ce que je say de l'un & de
l'autre, le mieux qu'il me sera possible; mais ce sera s'il vous plaist,
l'un apres l'autre. L'Islande est une Isle celebre. Le Groenland est un
pas de tres-grande, & de tres vaste estndu. Je commnceray la
premiere des deux Relations, que je vous ay destines, par cele de
l'Islande: Dans laquelle vous verrez ce que j'ay leu de particulier
touchant cete Isle, chez divers Auteurs: Et principalement dans les
oeuvres d'Angrimus Jonas, Escrivain Islandois. J'escris _Angrimus_,
comme on le prononce, & non pas _Arngrimus_, comme il est imprim; parce
qu'on a trop de pne  le lire. Je vous raporteray ce que j'ay oy dire
de plus curieux sur ce sujt, dans les conversations que j'ay eus en
Danemark, avec des personnes de condition, & de savoir. Et ce que m'en a
dit bien particulierement, le Docteur Olaus Vormius, Medecin de la
facult de Copenhague, qui possede les plus beles & les plus doctes
connoissances de tout le Septntrion. Je vous diray aussi ce que
Blefkenius Danois, qui a eu la curiosit d'aler en Islande, a escrit de
plus remarcable, dans la Relation qu'il en a faite. Je ne croy pas tout
ce qu'il a escrit, & ne m'arresteray qu'aux choses qu'il dit y avoir
vees. Car j'y adjoute la mesme foy que je fay  Herodote, aux endroits
o Herodote dit qu'il a veu. N'estant pas croyable que des gens
d'honneur & de letres, ayent voulu prostituer la verit, & leur
reputation, de propos si deliber, que de dire qu'ils ont veu ce qu'ils
n'ont pas veu. Quoy qu'il en soit, je feray comme Saluste; & diray, soit
de Blefkenius, soit d'Angrimus Jonas, soit du Docteur Vormius, soit de
tous ceux dont je vous alegueray ce que j'ay leu, & oy dire; car je
n'en puis parler que pour avoir leu, & oy dire: _Fides penes auctores
sit._

II. L'Islande est une Isle de l'Ocean Deucaledonien, a 13. degrez, 30.
minutes de longitude, & a 65. degrez 44. minutes de latitude. Cete
situation est prise, sur l'Evesch Septntrional de l'Isle, nomm,
_Hole_, qu'Angrimus Jonas raporte dans sa Crimoge Islandique; o il
dit, qu'il la tient de l'Evesque mesme de Hole, Gundebrand de Thorlac,
son compatriote, & intime amy, auditeur de Ticho-Brah, & grand
Astrologue. Les limites de l'Islande sont; du Levant, la mer Hyperbore;
du Midy, l'Ocean Deucaledonien; le Couchant regarde le Groenland, vers
le cap Farvel; & le Nort est expos  la mer glace du mesme Groenland.
La longueur de l'Isle, s'estnd du Levant au Couchant, en autant de
chemin qu'un homme en peut faire en vint jours. Et sa largeur du Midy au
Nort,  l'endroit le plus large, en autant de pas, qu'un homme en peut
traverser en quatre jours. Le mesme Angrimus de qui je tiens cete
mesure, ne sait, si ces journes sont d'un homme  cheval, ou  pied.

III. Pour bien juger de l'estndu de l'Islande; on croit qu'elle est
deux fois plus grande que la Sicile. On connotra aussi par la Sfere, &
par l'elevation que j'ay raporte de cete Isle, que ce que l'on en dit
est veritable: Qu'au Solstice d'Est, & tant que le Soleil est dans les
signes de Gemini, & de l'Escrevice; c'est  dire, deux mois durant; le
Soleil ne se couche pas tout entier sous l'horison de l'Islande
Septntrionale; Que l'on en voit toujours quelque peu, & la moiti aux
jours les plus longs depuis les dix heures du soir, jusques  deux
heures du matin, qu'il se leve tout a fait. D'o, il s'ensuit, qu'au
Solstice d'hyver, & tant que le Soleil est dans les signes du
Sagittaire, & du Capricorne; c'est  dire, deux mois durant; le Soleil
ne se leve pas tout entier sur le mesme horison; & qu'il n'en parot que
la moiti, aux jours les plus courts, depuis les dix heures du matin,
jusques  deux heures apres midy, qu'il se couche tout  fait.

IV. Cete Isle est nomme _Islande_,  cause de la blancheur de ses
glaces. On dit qu'elle a est fertile autrefois; qu'elle a port de
beaux bleds, & qu'elle a est couverte de grns bois, dont les Islandois
batissoient de beaux, & grns navires; & dont il se trouve ancore
aujourd'huy de grandes & profondes racines, aux mesmes lieux o estoient
jadis leurs forests, mais brules & noires comme de l'ebene. L'Islande
est maintenant si infertile, que le bled n'y sauroit natre. Et il n'y
croist pas un arbre, quel qu'il soit, que du petit & meschant bouleau.
Si bien que l'on y mourroit de faim & de froit, si l'on n'y aportoit des
farines des provinces voisines: Et si les glaces qui se destachent au
mois de May des terres qui sont ancore plus proches du Pole, ne leur
portoient une si grande quantit de bois, qu'ils en ont sufisamment pour
se chaufer, & pour se faire des maisons,  la mode des autres peuples du
Nort. Ils se servent outre cela, pour l'un & pour l'autre, d'os de
balene, & d'autres grns poissons. Comme aussi de deux sortes de tourbes
pour se chaufer; l'une, faite de gazons, qui est le _Cespes
bituminosus_; & l'autre, que l'on tire de la terre, comme d'une
carriere, qu'Angrimus Jonas apele _Glebam fossilem_; que l'on fait cuire
au Soleil, & qui brle, quand elle est seche, comme le gazon. L'une &
l'autre espece de tourbe, tesmoigne assez le vice de la terre, qui la
rnd incapable de porter ni bled, ni arbre. Ces glaces qui abordent en
Islande des terres Septntrionales, sont quelques fois charges d'arbres
prodigieusement grns. Et les Annales Islandiques font mntion d'un
entr'autres, qui avoit soixante-trois coudes de longueur, & sept de
grosseur.

V. Lors que ces glaces destaches du Nort, sont jointes  celes de
l'Islande, les habitns de l'Isle courent  la queste du bois, &  la
chasse de quantit de bestes, qui s'estant trop avant engages dans la
mer glace, voguent dessus, & abordent o les glaces les portent: comme
des Renards, roux & blancs; des Los Cerviers; des Ours blancs & noirs;
& des Licornes. La grande & precieuse corne que le Roy de Danemark garde
 Frederisbourg, qui est son Fontaine-bleau, est d'une Licorne ( ce que
l'on ma dit) prise sur les glaces d'Islande. Elle est plus longue & plus
grosse, que cele de S. Denis. Monsieur le Conte Wlfeld, Grand Maistre de
Danemark, en a une entiere, & petite, de deux pieds de long, prise sur
les mesmes glaces. Il m'a fait l'honneur de me la montrer, & de me dire,
que lors qu'on la luy donna, il y avoit ancore  la racine, de la chair,
& du poil de la beste.

VI. L'Islande est montagneuse, & pierreuse. Les pasturages y sont si
excellns, qu'il en faut chasser le bestial, de peur qu'il ne crve. Et
l'herbe y snt si bon, que les estrangers la recueillent, & la font
secher, pour la metre parmy leur linge. On dit neanmoins que leurs
chairs de boeuf ne sont pas bonnes, & que leurs moutons punt le bouc.
Les Islandois y sont accoustumez. Ils durcissent & conservent leurs
viandes, en les exposant au vnt, & au Soleil. Ce qui les rnd & de
meilleur goust, & de meilleure garde, que si on les avoit sales. Ils
font quantit de beurres, qu'ils reservent dans des vaisseaux; & a
defaut de vaisseaux, ils l'amoncelent dans leurs maisons, comme des
piles de chaux. Leur bruvage ordinaire est de lait, & de petit lait,
qu'ils boivent pur, ou mesl avec de l'eau. L'Isle porte de bons
chevaux, que l'on nourrit en hyver, de poissons secs, aussi bien que les
boeufs, & les moutons, quand le foin leur a manqu: Et dont les hommes
mesme font de la farine, & du pain, quand ils n'ont plus de farines de
bled; & que les rigueurs d'un long hyver empeschent l'abord de leur
Isle, aux estrangers qui ont commerce avec eux. Si bien que l'on peut
dire des bestes de ce pas l, qu'elles sont _Ictiofages_, aussi bien
que les hommes.

VII. Il y a dans l'Islande quantit de fontaines froides, dont les eaux
sont claires, & agreables  boire; d'autres, qui sont saines &
nourrissantes comme de la biere; quantit de sources chaudes &
salutaires, pour les bains; quantit de beaux & grns Estangs
poissonneux; quantit de beles, & grandes Rivieres navigables; dont je
ne vous escriray pas les noms, non plus que des Ports, & des
Promontoires, parce qu'ils sont imprimez dans les livres.

VIII. Blefkenius raconte, qu'il y a dans la partie Occidntale de
l'Islande, un Lac qui fume toujours; & qui est neanmoins si froid, qu'il
petrifie tout ce que l'on y jete. Si l'on y fiche un baston, le baston
devient fer  l'endroit qu'il est fich dans la terre; ce qui touche
l'eau, se petrifie; & ce qui est au dessus de l'eau, demeure bois.
Blefkenius dit l'avoir esprouv par deux fois: Et qu'ayant mis au feu ce
qui luy smbloit fer, ce fer brla comme du charbon. Il dit aussi, qu'au
milieu de l'Islande, il y a un autre Lac, qui exhale une vapeur si
dangereuse, qu'elle tu les Oiseaux qui volent par dessus. Et ce Lac est
comme l'Averne des Grecs, dont Virgile parle au 6. de l'Enede.

    _Quem super haud ull poterant impune volantes
    Tendere iter pennis, talis sese halitus atris
    Faucibus effundens, supera ad convexa ferebat.
    Unde locum Graii dixerunt nomine Aornon._

Blefkenius adjoute, a ce qu' dit Angrimus des fontaines chaudes de
l'Islande, qu'il y en a de si chaudes en des endroits, que qui les
touche s'y brule. Quand cete eau se rafroidit, elle laisse du soufre au
dessus de sa superficie; tout ainsi qu'aux marais salans, l'eau de la
mer y laisse du sel. On voit des plongeons rouges sur ces eaux, que l'on
perd de veu, si tost que l'on s'en aproche, & qui remontent sur l'eau
pour peu que l'on s'en esloigne. Le mesme dit ancore, qu'en un endroit
de l'Isle, que l'on apele _Turloskhaven_, il y a deux fontaines, l'une
froide, & l'autre chaude, que l'on fait venir par divers canaux dans un
mesme bassin. Et que les eaux de ces deux fontaines mesles ensmble,
composent un bain tres excellant. Assez pres de l, dit-il, il y a un
autre fontaine, dont l'eau a le goust du bl: Et qui a cete vertu, de
guerir les maux veneriens, que Blefkenius asseure estre fort ordinaires
dans cete Isle.

IX. Il n'y a dans toute l'Islande aucune miniere de quelque metal ou
mineral que ce soit, si ce n'est de soufre, qui est tres commun dans
toute l'Isle; mais que l'on tire en plus grande abondance d'une Montagne
nomme _Hecla_, qui est le Montgibel de l'Islande; car elle jete des
flames qui causent de grns embrazemns aux environs. Cete Montagne est
du cost de la partie Orintale, declinant  la Meridionale, & assez
proche de la mer. Blefkenius dit, que ce Mont ne jete pas seulement des
flames, mais des torrns d'eau, qui brulent comme eau de vie. Il jete
par fois aussi, des cendres noires, & une quantit prodigieuse de
pierres ponce. La tmpeste qui agite ce Mont, cesse au vnt d'Oest, qui
est le Zephire des anciens. Tant que ce vnt soufle, ceux qui
connoissent ce Mont, & qui en savent les chemins seurs, montent
hardiment  son plus haut sommet, &  l'endroit par o il rnd ses
flames; o ils jetent de grosses pierres, que le Mont rejete avec furie,
& comme une Mine fait voler les esclats d'un mur qu'elle emporte. Il est
tres dangereux d'en aprocher,  ceux qui n'en connoissent pas les
avenes. Parce que la terre qui brule au dessous, venant  fondre, a
bien souvent englouti des hommes vivans, dans des fournaises ardntes.

X. Les habitans de l'Isle croyent que cete Montagne est le lieu o les
ames des dannez sont tourmntes. Dequoy ils font de plaisns contes.
Car ils voyent quelque fois,  ce qu'ils disent, comme des fourmilieres
de Diables, qui entrent dans la gueule de ce Mont, chargez d'ames
dannes; & qui en ressortent, pour en aler chercher d'autres. Et
Blefkenius raporte, que lors que cela a paru, on a remarqu qu'il s'est
donn une sanglante bataille en quelque endroit. Les Islandois croyent
aussi, que le bruit que font les glaces, quand elles heurtent &
s'atachent  leurs rivages, sont les cris & les gemissemns des dannez,
pour le grand froit qu'ils endurent. Car ils croyent qu'il y a des ames
condannes  geler eternelement, comme il y en a qui brulent
eternelement. Et le suplice seroit egal; en ce que, _penetrabile frigus
adurit_; & qu'il est vray qu'un grand froit brule comme du feu.

XI. Le mesme Blefkenius dit, qu'estant en Islande, sur la fin du mois de
Novmbre, &  minuit; on vit un grand feu sur la mer du Mont Hecla, &
que ce feu esclaira toute l'Isle. Ce qui estonna tous les habitans. Les
plus experimntez & les plus snsez asseuroient, que cete lueur venoit
du Mont Hecla. Une heure apres l'Isle trmbla. Et ce trmblemnt fut
suivy d'un esclat comme de tonnerre, si espouvntable & si terrible, que
tous ceux qui l'ourent, crurent que ce devoit estre la cheute du monde.
On st peu de jours apres, que la mer avoit tary  l'endroit o le feu
avoit paru; & qu'elle s'estoit retire  deux liees de l.

XII. Les Islandois ne vndent & n'achetent quoy que ce soit, car il n'y
a pas d'argent monnoy parmy eux. On leur aporte des farines, de la
biere, du vin, de l'eau de vie, du fer, des drs, & du linge. Ils
baillent en eschange ce qu'ils ont, qui est; des poissons secs, du
beurre, des suifs, des drs grossiers, du soufre, & des peaux de renrs,
d'ours, & de los cerviers. Blefkenius dit, que les Alemans qui
trafiquent en Islande, dressent des tntes pres des havres o ils ont
abord, & qu'ils y estalent leurs Marchandises, qui sont; manteaux,
souliers, miroirs, couteaux, & quantit de bagateles, qu'ils eschangent
avec ce que les Islandois leur aportent. Des filles qui sont fort beles
dans cete Isle, mais fort mal vestes, vont voir ces Alemans; & ofrent 
ceux qui n'ont pas de fme, de coucher avec eux, pour du pain, pour du
biscuit, & pour quelqu'autre chose de peu de valeur. Les Peres mesmes
presntent leurs filles aux Estrangers. Et si leurs filles deviennent
grosses, ce leur est un grand honneur. Car elles sont plus consideres,
& plus recherches par les Islandois, que les autres: Et il y a de la
presse  les avoir.

XIII. Quand les Islandois ont achet, (c'est  dire eschang) du vin, ou
de la biere, des Marchns estrangers: Ils convient leurs parns, leurs
amis, & leurs voisins,  boire l'un & l'autre: Et ne se quitent point
que tout ne soit beu. Ils chantent en beuvant, les faits heroques de
leurs Capitaines. Leur musique est sans regle, & sans art, que l'on
apele, _Musique enrage_. C'est une incivilit parmy eux, que de sortir
de table, quand ils boivent, pour aler faire de l'eau. Des filles qui ne
sont pas laides en ce pas-l, comme j'ay dit, coulent sous les
treteaux, & presntent des pots de chambre aux beuveurs.

XIV. Angrimus Jonas traite cete raillerie d'imposture, & s'emporte avec
colere contre Blefkenius, pour l'outrage qu'il dit avoir fait 
l'honneur des filles Islandoises. Le bon homme ne peut soufrir, qu'on
parle avec mespris de ses compatriotes, & qu'on les traite de barbares.
Sur tout, l o le mesme Blefkenius dit, que les Islandois se
gargarisent tous les matins de leur urine, & s'en frotent les dents.
Catulle a dit la mesme chose des Celtiberes.

    _Nunc Celtiber in Celtiberi terr,
    Quod quisque minxit, hoc sibi solet mane
    Dentem, & russam defricare gingivam._

Pour vous dire, Monsieur, ce que j'en pnse. Je croy que les Islandois
ne sont pas maintenant si sauvages qu'il ont est. Mais il est 
presumer que des peuples si esloignez des clims tmperez, ne sont pas
des plus polis, ni des plus raisonnables du monde. Je parle pour le
commun, dans lequel je ne comprns pas les honnestes gens qui y peuvent
estre, & qui y sont sans doute. Car il y a par tout des honnestes gens.
Et il n'y a pour cela de la differnce, que du plus au moins.

XV. Blefkenius dit, que les Islandois ont des Esprits familiers. Que ces
Esprits les servent comme des valets, & les avertissent la nuit, quand
il fait bon le lndemain aler  la chasse, ou  la pesche. Ortelius va
plus avant, & nous aprnd, que les Islandois apelent cete sorte de
Demons: _Drollos_. Ce qui a du raport  ce que _Troll_, en Danois, est
un Diable en franois; Et me persuade que ce que l'on apele en France
_un bon drole_, est mesme chose _qu'un bon Diable_, en Islandois, & en
Danois. Blefkenius dit aussi, que les mesmes Islandois vndent le vnt,
& l'asseure, comme l'ayant,  ce qu'il dit, experimnt. De quoy le bon
Angrimus se moque plaisamment. Car il dit, que le Matelot Islandois
connot le soir par la disposition de l'air, quel temps, & quel vnt il
fera le lndemain; Et que quand il conjecture qu'il doit faire le vnt
que l'Estranger atnd pour partir, il le va trouver, & s'engage de luy
vndre ce vnt. Ce qu'il fait de cete sorte. Il demnde  l'Estranger
son mouchoir, dans lequel il fait smblant de murmurer quelques paroles;
& noe promptement le mouchoir, comme de peur que les paroles qu'il a
prononces ne s'envolent. Il luy rnd apres cela son mouchoir no, &
luy recommande de le garder tel qu'il le reoit avec grand soin:
l'asseurant qu'il aura le vnt bon, durant tout son voyage. Or il arrive
quelque fois, que ce vnt soufle le lndemain. Mais le plus souvent ce
mesme vnt change apres que l'Estranger est party, & qu'il est engag en
pleine mer. Ou s'il est assailly de quelque tmpeste, comme il arrive
bien souvent aussi, l'Estranger se trouve fort ambarass des Diables
qu'il croit porter dans sa poche: Car il n'ose les jeter dans la mer, &
fait conscince de les garder. Que si, dit Angrimus, il est arriv de
cent fois une, que le vnt ait conduit l'Estranger l o il devoit aler;
cete seule fois autorise l'erreur contre cent autres experinces
contraires. Et l'erreur se respnd par celuy qui dit hardiment, parce
qu'il le croit ainsi, qu'il a achet le vnt en Islande, & que ce vnt
l'a men  bon port chez luy.

XVI. Quoy que ces sortes de contes ne fassent aucune impression sur des
Esprits raisonnables, ils ne laissent pas d'estre divertissns. Et il y
a du plaisir d'entndre ce que l'on en dit, & ce que l'on en croit. Car
on ne le diroit pas, si on ne le croyoit. Blefkenius raconte, qu'il y a
des Magiciens en Islande, qui ont le pouvoir d'arrester en plne mer,
des vaisseaux qui vont  plnes voiles. Il narre aussi, que ceux qui
sont arrestez, se servent pour contrecharme, de certaines sufumigations
puantes, dont il fait les descriptions; avec lesqueles, dit-il, ceux qui
sont retenus chassent les Demons qui les retiennent; & les vaisseaux
desenchantez reprenent leur cours. Si le charme est bien invnt, le
contre-charme ne l'est pas moins. Revenons  ce qui est de plus serieux
dans l'histoire de l'Islande.

XVII. L'ancine Islande estoit divise en quatre Provinces, selon les
quatre parties du monde. Chaque Province estoit divise en trois
Bailliages, que les Islandois apelent _Repes_: except la Province
Septntrionale, laquelle comme la plus grande, & la plus importante, en
avoit quatre. Et chaque Bailliage estoit subdivis en six, sept, huit,
ou dix Judicatures, selon son estnde. Chaque Province assmbloit ses
Bailliages une fois l'anne. Et la convocation se faisoit par de petites
croix de bois, que le Gouverneur de la Province envoyoit  ses Baillifs,
que les Baillifs distribuoient  leurs Juges, & que les Juges faisoient
courir par les familles de ceux qui se devoient trouver  ces
assmbles. Le Chef de la Justice de l'Islande, qui presidoit aux quatre
Provinces, & qui estoit comme le Souverain de l'Islande, son
_Nomophylax_, & le conservateur de ses loix, assmbloit aussi en certain
temps les Estats generaux de l'Isle. Et la convocation se faisoit par
quatre haches de bois, que ce Chef envoyoit aux Gouverneurs des quatre
Provinces.

XVII. Il y avoit dans chaque Bailliage trois Tmples principaux, o la
Justice se rndoit, & o le culte de leurs Dieux se faisoit;  cause de
quoy la charge de Baillif s'apeloit _Godorp_, qui signifie divine. Leur
principal soin estoit, de pourvoir  la necessit des pauvres, qui est
tres grande dans un pas pauvre. D'empescher que les pauvres d'une Repe,
ne courussent  l'autre; & de refrener la lince des Mandians
volontaires, contre lesquels les loix estoient rigoureuses. Car il
estoit permis de les tuer, ou de les chastrer, impunment; de peur
qu'ils ne multipliassent, & ne fissent d'autres coquins comme eux. Il
estoit mesme defndu, sur pne de l'exil,  un homme pauvre de se marier
avec une fme pauvre comme luy. Et il n'estoit pas permis sur la mesme
pne,  celuy qui n'avoit dequoy que pour luy seul, de prndre une fme
qui n'avoit pas dequoy pour elle.

XVIII. Cet ordre Aristocratique de gouvernemnt, & de Justice, a dur
parmy les Islandois, jusques  l'an de Grace 1263. que les Roys de
Norvege se firent matres de l'Isle, & la rndirent tributaire, par la
mauvaise intelligence des Islandois, qui faisoient entr'eux, des
brigues, & des seditions, pour le gouvernemnt. Les Roys de Danemarck,
ayant reduit en suite le Royaume de Norvege en Province, ont donn des
Viceroys  ces peuples, qui n'ont retenu depuis ce temps-l, qu'une
ombre legere de leur anciene forme d'Estat. La demeure de ces Viceroys
est  la partie Occidntale de l'Islande, dans un Chasteau, nomm
_Besestat_. Ils ne sont pourtant pas obligez  faire residnce actuele
dans l'Isle, qu'en cas de necessit; & n'y vont qu'une fois l'anne,
pour en recevoir les tribs, qui consistent aux mesmes choses, dont j'ay
dit cy dessus que les Islandois font commerce & eschange avec les
Estrangers: Et dont le Roy de Danemark pourvoit une bonne partie de ses
navires, soit pour nourrir, soit pour habiller ses matelots. Le dernier
Viceroy d'Islande, estoit M. Prosmont, Amiral de la derniere flote
Danoise, que les Suedois dfirent sur cete mer, il y a environ trois
mois. Il se batit vaillamment, & mourut sur son bord l'espe  la main,
ayant refus le quartier que les Enemis de son Roy luy voulurent donner.

XIX. Angrimus Jonas ne pose l'Islande Chrestiene, qu'en l'an 1000. de
ntre salut. Ce n'est pas qu'il n'y ait eu des Chrestiens long temps
devant, dans cete Isle. Mais il dit que le Paganisme n'en ft absolument
bany qu'en ce temps-l. Les Islandois payens ont ador entr'autres
Dieux, _Thor_, & _Odin_. _Thor_, estoit comme le Jupiter; & _Odin_,
comme le Mercure des anciens Grecs & Latins. Ils nomment encore leur
Jeudy, _Thorsdag_, qui est le _dies Jouis_, & le Mercredy, _Odensdagur_,
qui est le _dies Mercurii_. Les Autels consacrez  ces Dieux estoient
revestus de fer, o bruloit un feu perpetuel. Et sur l'Autel, il y avoit
un vase d'airain, dans lequel on versoit le sang des sacrifices, & dont
on aspergeoit les assistans. Il y avoit au cost de ce vase un aneau
d'argent, du poids de vint onces, qu'ils frotoient du sang de l'hostie,
& qu'ils empoignoient quand ils vouloient faire quelque sermnt, ou
solnnel, ou d'importance. Leurs Annales portent, qu'ils ont sacrifi
des hommes  leurs Idoles. Ils les escrasoient sur des rochers, ou les
jetoient dans des puis profons, creusez, & destinez pour cela, 
l'entre de leurs Tmples. Et comme les Islandois payens avoient basty
deux principaux Tmples, dediez  leurs faux Dieux, aux deux parties,
Septntrionale, & Meridionale, de leur Isle. Les Islandois Chrestiens
ont estably les deux, & les seuls Eveschez qu'ils ont, aux mesmes
endroits de leur Isle: Savoir, l'Evesch de _Hole_, au Nort; & celuy de
_Schalhold_, au Midy. Ils professent maintenant la mesme confession
d'Ausbourg, que professe tout le Danemarck.

XX. Les anciens Islandois estoient de haute stature, forts, adroits, &
vaillans; grns gladiateurs, & grns Pyrates. La Monomachie estoit
autorise parmi eux; & ils ne refusoient qui que ce fust, qui les
voulust combatre seul  seul. Ils vuidoient leurs procez par le duel;
Auquel celuy qui estoit vaincu, perdoit la chose conteste; & qui
refusoit le combat, la perdoit comme s'il eust est vaincu. C'estoit un
moyen legitime pour aquerir des possessions parmi eux. Car de deux
Gladiateurs qui se batoient, celuy qui avoit tu ou vaincu son homme,
estoit matre de son bien. Il n'y avoit qu'une resource pour les
heritiers legitimes du defunt, ou du vaincu, qui estoit; que l'on menoit
un grand Toreau au victorieux, & s'il ne l'assommoit pas d'un seul coup,
il ne tenoit rien.

XXI. Avec ce que les Islandois estoient de grande force, & de grand
coeur; ils estoient spirituels, & si curieux, qu'ils conservoient avec
soin les memoires qu'ils recueilloient de toutes parts, des choses
memorables qui se passoient dans tous les Royaumes voisins. Ce qui a
oblig le bon Angrimus  dire dans son _Specimen Islandicum_, parlant de
ses compatriotes, qu'ils sont, _Ad totius Europ res historicas lyncei._
Et de fait, Saxo Grammaticus dans la preface de son histoire Danoise,
avoe qu'il s'est tres utilement servy des memoires qu'il a pris dans
les Annales des Islandois, qu'il apele, _Tylenses_. Le Docteur Vormius
m'a asseur que ces Annales sont tres-curieuses, & qu'il y a des raretez
exquises des choses ancienes qui se sont faites dans les Orcades, dans
les Hebrides, dans l'Escosse, & dans l'Angleterre; & mesme chez les
anciens Ducs de Normandie; par cete raison sans doute, que les Islandois
ont est autrefois puissans sur la mer Deucaledoniene, ou Escossoise, &
qu'ils ont peu avoir aussi des commerces particuliers dans notre
Normandie.

XXII. Les plus ancienes histoires Islandoises & auquelles les Islandois
adjoutent plus de foy, sont celes qui sont composes en vers. Sur quoy,
Monsieur, vous remarquerez, s'il vous plaist, que les anciens Rois, &
Capitaines du Nort, qui aloient  la guerre, menoient toujours quelque
Pote avec eux, pour composer des vers sur le sujt de leurs victoires.
Ces Vers se chantoient par les soldats de l'arme, & se repndoient par
toutes les contres voisines. Or les Islandois ont est de tout temps
renommez excellns Potes, par tous leurs voisins. Et l'on a creu qu'il
y avoit une certaine vertu Magique dans leurs vers, capable d'evoquer
les Demons des Enfers, & d'arracher les Planetes du Ciel. Leurs Potes
naissent Potes, & ne le devienent pas par estude. Car le meilleur
esprit qui soit parmi eux, ne sauroit composer des vers, s'il n'a le don
naturel de les faire, tant les regles de leur Posie sont severes &
contraintes. Mais ceux qui ont cete vertu naturele, les composent avec
tant de facilit, que leurs discours ordinaires sont des vers. La Verve
prnd ces Potes aux nouveles Lunes. Et quand cete fureur les saisit,
ils ont le visage esgar, les yeux enfoncez, la couleur pasle; &
ressmblent  la Sibile Cume, tele que Virgile nous l'a descrite. Il
fait en ce temps-l tres mauvais avoir  faire avec ces possedez. Car la
morsure des chiens enragez, n'est pas plus dangereuse, que la mdisance
de ces Potes.

XXIII. Je vous diray  ce propos, ce que le Docteur Vormius m'en a
racont. Il y a quelques annes, qu'estant Recteur de l'Academie de
Copenhague, un Escolier Islandois se plaignit  luy, que son Lansman &
camarade, l'avoit outrag dans des vers difamatoires. Le Recteur apela
le Pote, qui avoa les vers, mais nia qu'ils fussent faits contre son
camarade. Et de fait M. Vormius n'y voyoit quoy que ce soit, dont le
Lansman se dt ofncer, selon la connoissance qu'il a du langage
Islandois, qui est fond sur l'anciene langue Runique. L'Escolier ofnc
voyant que le Recteur croyoit ce que luy disoit le Pote, se mit 
pleurer chaudement, &  luy dire, qu'il estoit perdu s'il l'abandonnoit.
Et l dessus luy fit comprndre, par un destour estrange de figures, &
de fables, les mdisances qui estoient contenes dans cete Satyre. Luy
dit, qu'il passeroit pour un infame en Islande, si ces vers y estoient
portez; que ses biens en dperiroient; & que cete posie estoit tele,
qu'en quelque lieu du monde o il st aller, le charme, ou le sortilege
de ces vers le suivroit par tout, & le feroit mourir. Le Docteur Vormius
esmeu de la frayeur de ce jeune homme, tira le Pote  part; luy mit
devant les yeux les devoirs de la charit Chrestiene, & les rigueurs des
loix de Danemarck, qui punissent les sorciers de suplices tres cruels:
Et l'ayant menac de le metre entre les mains de la Justice, si par
malheur son camarade tomboit malade de l'aprehnsion qu'il avoit; il luy
imprima une tele peur, qu'il avoa la malice de ses vers, les deschira,
promit de ne les dire  personne, & courut embrasser son camarade, qui
tesmoigna une joye non-pareille d'avoir fait sa paix avec le Pote.

XXIV. Les Potes Islandois ont un Mitologique de leurs fables, qu'ils
apelent _Edda_: Dans lequel ils posent pour Principe eternel, un Geant
qu'ils apelent _Immer_. Et disent, que du Caos sortirent de petits
hommes, qui se jeterent sur le Geant, & le mirent en pieces. Que de son
crane, ils firent le Ciel; de son oeil droit, le Soleil; de son oeil
gauche, la Lune; de ses espaules, les Montagnes; de ses os, les Rochers;
de sa vessie, la Mer; de son urine, les Rivieres; Et ainsi de toutes les
autres parties de son corps. De sorte, que ces Potes apelent le Ciel,
le crane d'Immer; le Soleil, son oeil droit; la Lune, son oeil gauche;
les Rochers, ses os; les Montagnes, ses espaules; la Mer, sa vessie; les
Rivieres, son urine, &c. Le Docteur Vormius m'a fait voir une vieille
copie de l'Edda, escrite en Islandois, de la main d'un Islandois, & dont
il m'a expliqu les galanteries que j'ay recueillies, pour vous les
escrire.

XXV. Les Islandois,  ce que disent leurs Annales, ont mis autrefois de
grandes flotes sur la mer, qui donnoient de la jalousie aux Rois de
Norvege, & de Danemark. Ils n'ont pas maintenant dequoy faire de petits
bateaux de pescheurs. Ils ont eu le temps pass de grns commerces dans
tous les Royaumes voisins. Ils ne sortent maintenant de leur Isle, que
pour venir estudier  Copenhague; avec un desir si violnt de retourner
en leur pas, que les Danois n'en peuvent retenir pas un pour leur
servir de Prestres, ou de Prescheurs. Ce qu'ils ont tnt diverses fois,
parce qu'il y en a qui ont l'esprit bon, & qui ressissent dans leurs
estudes. On a beau leur represnter la pauvret de leur Isle, & les
delices des climats qui sont plus doux. Ils sont acoquinez  leur
misere, & la preferent  tous les autres plaisirs. Il y a douze ou
quinze Escoliers dans cete Academie, que nous voyons quelque fois. Ils
sont communment petits & floets, quoy que Blefkenius die, qu'il a veu
en Islande un Islandois si fort, qu'il prenot une tonne de biere,
mesure de Hambourg, & la portoit  sa bouche pour boire, comme il auroit
pris un de nos barils.

XXVI. Les Islandois retienent, comme j'ay dit, quelque ombre legere de
l'ancien gouvernemnt de leurs peres. Mais leurs loix sont mesles de
tant d'autres loix, de Norvege, & de Danemark; qu'estant forcez
d'observer les dernieres, & voulant garder les premieres, ils s'engagent
dans mille chicanes, sur l'explication, & concordance de leur droit,
avec celuy de Danemark. Ce qui a oblig le bon Angrimus  dire de fort
bonne grace, qu'il n'y a pas moins de Pantimomies dans le droit
Islandois, qu'il y a d'antinomies dans le droit Romain.

XXVII. Les Islandois de ce temps habitent leur Isle comme leurs Peres
l'habitoient, dans des maisons esparses, qui a, qui l, de peur du feu,
estant basties de bois. Leurs fenestres sont d'ordinaire, des trous sur
les toits, parce que leurs maisons sont fort basses, & qu'il y en a
mesme plusieurs d'enfonces dans la terre, -cause des vns. Leurs toits
sont couverts, comme ceux de Suede, d'escorces de bouleau, combles de
gazons. Tele estoit la cabane de Titire, dans les Bucoliques de Virgile.

    _Pauperis & tuguri congestum cespite culmen._

Les Islandois sont cachez comme des blereaux dans ces maisons, o ils
vivent au del de cent ans, & ne se servent ni de Medecins, ni de
medecines.

XXVIII. Il n'y a dans toute l'Islande que deux vilages, aux deux
Eveschez, de Hole, & de Schalholt; dont le plus grand, qui est celuy de
Hole, ne consiste qu'en fort peu de maisons contigus. Et comme il n'y a
ni viles, ni vilages dans l'Islande, il n'y a point de grns chemins. Ce
qui oblige ceux qui voyagent dans cete Isle,  se servir de boussoles,
pour aler d'une Province  l'autre, &  planter des balises aux endroits
o il y a des goufres de nege, & o l'on tomberoit, si l'on n'y metoit
ces marques. Les Islandois n'habitent d'ordinaire, que sur les rivages
de la mer, ou prs des rivieres, -cause de la pesche, & des pasturages,
& le milieu de l'Isle est comme desert. Il y a un Colege  Hole, o les
enfans estudient jusques  la Retorique, & vienent  Copenhague, faire
leur cours de Filosofie, & de Teologie. Il y a une Imprimerie, o depuis
peu l'on a imprim le vieux Testamnt, traduit en Islandois. Le nouveau
n'est pas achev, faute de papier; apres lequel il y a long temps que
les Imprimeurs crient, mais ils crient de si loin, qu'on ne les entnd
point.

XXIX. L'Evesch de Hole a est pourveu de grns Evesques, dont le
Catalogue est escrit, dans la Crimoge d'Angrimus Jonas. Et entre
autres, du dernier mort Gundebrand de Torlac, que j'ay cy-dessus
mntionn, homme de grand savoir, & de grande probit. Angrimus Jonas a
est son Coadjuteur, & a refus l'Evesch qu'il devoit avoir apres la
mort de Gundebrand, & que le Roy de Danemark luy vouloit donner. Il a
pri le Roy de l'en dispnser, tant pour se retirer de l'envie, que pour
vaquer  ses estudes avec plus de repos. Le bon homme est vivant. Le
Docteur Vormius son bon amy, m'a assur qu'il a plus de quatre-vints dix
ans: Et m'a dit de plus, qu'il n'y a que quatre ans qu'il s'est remari
avec une jeune fille. Il est savant, & fort homme de bien, en grande
estime parmy tous les doctes, & tous les curieux de la contre du Nort;
& le sera de tous ceux qui le connoitront, par les beaux livres qu'il a
faits.

XXX. J'obmetois de vous dire une particularit de l'Esprit des
Islandois, qui n'est pas  mespriser. C'est qu'ils sont tous joeurs
d'eschets, & qu'il n'est point de si chetif pasan en Islande, qui n'ait
chez luy son jeu d'eschets, faits de sa main, & d'os de poisson, taill
 la  pointe de son couteau. La difernce qu'il y a de leurs pieces aux
ntres, est, que nos Fous sont des Evesques parmy eux; & qu'ils tienent
que les Eclesiastiques doivent estre prs de la personne des Rois. Leurs
Rocs sont de petits Capitaines, que les Escoliers Islandois qui sont
icy, apelent _Centuriones_. Ils sont represntez, l'espe au cost, les
joes enfles, & sonnant du Cor, qu'ils tienent des deux mains. J'aurois
 vous faire un long discours sur le sujet des Cors, que les Capitaines
du Nort portoient  la guerre, pareils  celuy de nostre Roland: Et pour
prndre la chose de plus haut, tel qu'estoit le Cor, ou la Trompete de
Misene, de qui Virgile a dit; _Hectoris hic magni fuerat comes._ O l'on
voit un Trompete camarade d'Hector. C'est de l sans doute, que les
Trompetes Alemans, & de toutes ces contres, ne passent pas pour valets,
comme ils font ordinairement en France; mais pour oficiers des
compagnies o ils servent. Je reserve de vous en parler  une autre
ocasion. Reprenons le discours de nos Eschets.

XXXI. Ce jeu n'est pas seulement ancien, & commun, chez les Islandois,
mais dans tous les pas du Nort. La Cronique de Norvege raporte, que le
Geant Drofon, qui avoit nourry Heralde le Chevelu, tout ainsi que Chiron
avoit nourry Achile, ayant oy parler des grns exploits que faisoit son
Nourrisson, estant Roy de Norvege, luy envoya des presns de grand prix:
Et entr'autres, la Cronique fait mntion d'un jeu d'eschets, tres riche,
& tres beau. Ce Heralde regnoit environ l'an de Grace, 870. Et si
Encolpe dans Petrone, a eu la curiosit d'escrire, qu'il avoit veu joer
Trimalcion aux dames, sur un Tablier de Terebinte & de Cristal, avec des
dames d'or & d'argent: Je vous diray que j'ay eu l'honneur de joer aux
Eschets avec Madame la Contesse Eleonor, fille du Roy de Danemark, &
fme de Monsieur le Conte Wlfeld, Grand Maitre, & premier Ministre du
Royaume, sur un Tablier d'Ambre blanc & jaune, avec des pieces d'or,
esmailles de mesmes couleurs que le Tablier, & tres curieusement
travailles. Les Rois & les Reines, sont assis sur des Trnes, avec le
Manteau Royal, la Couronne en teste, & le Septre  la main. Les Evesques
sont richement mitrez. Les Chevaliers sont montez sur des chevaux bien
faits, & bien harnachez. Les Rocs, sont des Elefans sur lesquels il y a
des Tours. Et les Pions sont de petits Mousquetaires qui ont couch en
joe, & qui smblent atndre le commndemnt pour tirer.

XXXII. Je vous ay dit, que la langue des Islandois est fonde sur
l'anciene langue Runique. Le Docteur Vormius, qui entnd ce Runique, &
qui en a fait un livre, m'a asseur que l'Islandois est le plus pur
Runique que nous ayons. Pour preuve de cela, les caracteres Islandois
dont Blefkenius a donn un Alfabet dans sa Relation, sont Runiques: Et
le mesme dit, que parmy ces caracteres, il y en a d'hyeroglifiques, qui
signifient des mots entiers. Le bon homme Angrimus s'est estndu sur ce
chapitre dans sa Crimoge. Et parce que ce livre est fort rare en ce
pas, & qu'il l'est sans doute au lieu o vous estes; vous aurez
agreable que je vous entretiene de la lecture que j'en ay faite: Car en
vous descouvrant l'antiquit de la langue Islandoise, elle nous donne
une grande connoissance des antiquitez du Nort.

XXXIII. Angrimus dit, que les Annales d'Islande, qui parlent des
premiers habitans du monde Arctique, les font venir d'un Prince
Asiatique, nomm _Odin_, que d'autres ont dit _Ottin_; lequel pouss par
les armes Romaines, que Pompe commndoit dans la Frigie mineure, prit
la route du Nort, & se vint rndre en ces quartiers, avec des troupes
Frigienes qui le suivirent. Et le bon Angrimus avoe, que l'epoque de
ses Annales Islandiques, ne s'estnd pas plus avant que d'Odin. Il
assure neanmoins, que beaucoup d'autres peuples du Nort, en ont de plus
ancienes: & que leurs Histoires font mntion d'un Prince apel _Norus_,
qui donna les premieres loix  la Norvege, & l'erigea en Royaume. Que
Norus estoit fils de Thorr, Roy de Gotland, & de Finland, le plus
grand, le plus vertueux, & le plus excellnt Prince de son siecle. Que
ses peuples l'adorerent comme un Dieu apres sa mort. Que la Norvege
apela le mois de Janvier, _Thorr_, de son nom. Et que ce nom est ancore
aujourd'huy retenu dans l'Islande. Que le Roy Thorr eut une fille d'une
grande beaut, nomme _Goa_, qui fut enleve par un Prince estranger.
Que son frere Norus courut apres le ravisseur. Et que le mois suivant
celuy de Janvier fut nomm, _Goa_; qui est le mesme nom dont se servent
ancore aujourd'huy les Islandois, pour le mois de Fvrier. Angrimus fait
en suite une carte genealogique des predecesseurs de Norus, qui ont est
mis par les peuples du Nort au nombre des Dieux, qui de la mer, qui des
vns, qui de la nege, qui du froid; Et d'un entr'autres qu'ils adorerent
sous le nom de Dieu du feu, qui n'estoit pas mal fait, & boiteux comme
le Vulcan des Grecs, mais le mieux form, & le plus beau de tous les
hommes; qu'ils apelerent pour sa grande beaut, _Halogie_; c'est  dire
grande & bele flame. La genealogie dessnd jusques  un neveu de Norus,
apel _Gilve_: Auquel temps, dit la Cronique, le grand Odin Asiatique
entra dans le Nort.

XXXIV. Cete diversit d'Annales a oblig Angrimus d'aler ancore plus
avant, que ces premiers Rois de Norvege: Et de raporter l'origine des
peuples du Septntrion aux anciens Geans Cananeens, que Josu chassa de
la terre promise, & qui vindrent peupler cete contre, de Geans, tels
qu'ont est les premiers habitans du Monde Arctique, & d'o l'on croit
que sont derivez les premiers Gots, qui signifient, _Geans_. Or,
Monsieur, il ne sera pas hors de propos, que je vous die deux mots en
ct endroit, & de ce grand Odin Asiatique, & de l'opinion recee en ce
pas, que les premiers hommes du Nort ont est Cananeens.

XXXV. Le grand Odin Asiatique a est ador dans tout le Septntrion,
sous le nom de Mercure,  cause de son excellnt esprit. On croit que
c'est le premier Auteur de la Posie, & de la Magie Septntrionale, si
celebre, & si renomme, par tout ailleurs. Je vous ay parl de sa
Posie; & j'aurois beaucoup de choses  vous dire de sa Magie: Mais le
sujet merite une narration particuliere, que je reserve  une autre
fois. Je me contnteray de vous dire maintenant, que je ne me puis assez
estonner de la negligeance de quantit d'honnestes gens, qui suivent
avec si peu de reflexion des erreurs inveteres, & s'y laissent emporter
sans resistnce. Jusques l mesme, que plus ces erreurs choquent le bon
sens, & moins elles ont de vray-smblance, plus ils les croyent, & plus
ils taschent de les faire acroire aux autres. Car, Monsieur, quele
aparnce y a-t'il de pouvoir acommoder tous les contes que l'on fait
d'Odin Asiatique; & quel raport peuvent avoir des fables si fables, avec
le siecle de Pompe, qui est un siecle si connu, & si historique.

XXXVI. Mais n'admirez vous pas ceux qui parlent des premiers fondateurs
des Nations, ou des Grns hommes de l'antiquit, & qui les font Geans.
On diroit qu'ils parlent de quelques Los, que l'on fait toujours plus
grns qu'ils ne sont. Hercule  ce qu'on dit, estoit trois fois plus
grand que les autres hommes. Virgile fait Ene & Turne, hauts comme des
montagnes. _Quantus Athos, aut quantus Erix._ Le mesme compare Pandarus,
& Bitias,  deux grns chesnes. Tous les Portraits, & toutes les status
qui se voyent de Charlemagne, dans les Tmples des Alemns, sont
beaucoup plus grandes que l'ordinaire des hommes. Et j'ay veu un Roland
lev en colosse de bois, au milieu de la place de Breme, de la hauteur
d'une Pique. Saxo Grammaticus a fait ses premiers Danois, Geans.
Joannes, & Olaus Magnus, freres, & Historiens Suedois, ont fait leurs
premiers Suedois, Geans. Angrimus Jonas Islandois, a fait ses premiers
Islandois Geans. Il dit que, _Got_, signifie, _Geant_. Et que les
premiers Gots estoient Geans. Et parce que les premiers Geans, dont la
Bible parle depuis le deluge, sont les Geans Cananeens, que Josu dfit,
& chassa de la Terre Sainte: Il veut que ces Geans se soient retirez
dans les pas froids du Septntrion; parce qu'il faisoit trop chaud pour
eux dans la Palestine.

XXXVII. Les deux freres Suedois, & qui ont est l'un apres l'autre
Archevesques d'Upsal, vont plus avant qu'Angrimus Jonas; & dterminent,
que les premiers Suedois sont dessndus des enfans de Jafet. Ils
pretndent mesme avoir demontr que la ville d'Upsal a est bastie du
temps d'Abraham. Je m'estonne qu'Angrimus Jonas ne les ait suivis; &
qu'il n'ait fait sortir les premiers habitans de son Isle, de la mesme
tige de Jafet. Et cela avec d'autant plus de vray-smblance, qu'il est
escrit des enfans de Jafet au chap. 10. de la Genese. _Ab his divis
sunt Insul gentium, in regionibus suis, unusquisque secundum linguam
suam, & familias suas, in nationibus suis._ Car l'opinion estant recee
& ortodoxe, que les enfans de No ont repeupl le monde apres le deluge,
& que les enfans de Jafet ont particulierement repeupl toutes les Isles
du monde; Angrimus pouvoit dire avec plus de certitude des premiers
habitans de son Isle, ce que Joannes & Olaus Magnus, avoient dit des
premiers habitans de la Suede: & les faire sortir sans hesiter, de la
branche de Jafet, puis que la Genese autorisoit plus fortement sa
conjecture pour son Isle, qu'elle n'autorisoit cele des Suedois pour
leur terre ferme. Et il s'ensuivroit de cela aussi, que l'Islande auroit
peu estre habite long temps devant la vene des Geans Cananeens, dans
le pas du Nort.

XXXVIII. A vous dire ce que je pnse de ceux qui recherchent trop
exactement, quels ont est les premiers hommes qui ont repeupl le monde
apres le deluge: Je croy, Monsieur, que leur curiosit est vaine &
inutile, parce qu'on ne le peut savoir: & que toute sorte d'histoire
nous manquant pour cela, ce que l'on en peut dire, n'est fond que sur
des conjectures, ou sur le raport de quelque Cronique, fabuleuse, ou
historique, mal concee, & plus mal explique. En quoy je ne pretns pas
contredire le seul M. Angrimus, que j'honore, & que j'estime infiniment.
Le vice est general. Il n'est pas le premier qui a fait sortir les
premiers hommes du Nort, des Geans Cananeens. Et ce qui l'a d'autant
plus engag dans cete erreur, sur l'opinion recee; est, qu'il a creu
avoir trouv quelques mots Islandois, qui avoient du raport avec
quelques mots de la langue Hebraque, que l'on a apele, _le langage de
Canaan_, depuis que les Juifs se rndirent matres de la terre promise,
& qu'ils en chasserent les Geans Cananeens. Mais le bon homme n'a pas
consider, que ces Geans ne parloient pas Hebreu, que l'Hebreu leur
estoit estranger: Et qu'ils n'ont peu porter dans le Septntrion, quand
mesme ils l'auroient habit, l'usage d'une langue, qu'ils n'entndoient,
& qu'ils ne parloient pas.

XXXIX. Ce que je dis vous fera remarquer de smblables bvees, dans les
escrits de quelques savns hommes, & grns Critiques de nostre siecle,
qui ont cherch l'origine des premiers peuples, dans l'origine, ou dans
l'etimologie de certains mots, Alemns, ou Hebreux, qu'ils ont creu
avoir quelque raport, ou avec le langage, ou avec les noms de ces mesmes
peuples. M. Grotius a escrit dans la dissertation qu'il a faite de
l'origine des peuples de l'Amerique, que les Americains ont est Alemns
d'origine; par cete raison, qu'ils ont beaucoup des mots, qui finissent
en _lan_: & que _land_, est un mot Alemn. Et parce qu'il y a des
peuples dans l'Amerique, que l'on apele _Alavardes_; que M. Laet dit
avoir est ainsi apelez, d'un Capitaine Espagnol, nomm _Alvarado_, qui
les conquit. M. Grotius asseure, que les Americains _Alavardes_, ont
est originaires Lombards, & qu'ils ont est apelez, _Alavardes_, de
Lombards qu'ils estoient, par la mesme corruption de langage,  ce qu'il
dit, que les Franois d'aujourd'huy apelent _Halebardes_, les armes des
Lombards, que les anciens Franois apeloient, _Lombardes_.

XXXX. C'est sur de pareilles origines, & sur de smblables conjectures,
que M. Bochard, non moins savant que M. Grotius, a compos le docte
livre qu'il a fait, & qu'il a intitul, _Phaleg_, parce qu'il contient
le partage, & les premieres habitations de toutes les terres du monde.
Et je ne puis assez admirer la subtilit de son esprit, dans la
connoissance qu'il a des langues Orintales, d'avoir trouv dans la
langue Hebraque, l'interpretation des vers Cartaginois qui se lisent
dans le Poenulus de Plaute. Mais quoy que ses conjectures soient fort
ingenieuses, je ne saurois croire que ce Cartaginois ait est de
l'hebreu. La raison est, que Didon qui a basti Cartage, estoit
Feniciene: Que le langage Fenicien a est difernt de l'Hebraque; &
qu'il ne se peut que le Cartaginois que l'on parloit du temps de Plaute,
ait est, je ne dis pas de l'Hebreu, difernt du Fenicien; mais que
'ait est le mesme Fenicien, que l'on parloit du temps de Didon. M.
Samuel Petit autre savnt homme, & grand Critique, avoit trouv avant M.
Bochard, une autre explication de Plaute, dans la mesme Comedie, &
d'autres paroles que celes de M. Bochard. Ce qui me fait croire qu'un
troisiesme intelligent comme eux dans la langue Hebraque, trouveroit
s'il vouloit, un troisiesme sens dans le mesme Cartaginois de Plaute,
par des transpositions de letres, & de poincts, dont ces Messieurs se
sont servis, & que l'usage permet aux Critiques de la langue Hebraque;
a qui l'on fait dire, comme a des cloches, tout ce que l'on veut, par
une smblable lince.

XXXXI. Vous excuserez, Monsieur, la digression que j'ay faite, parce que
je ne l'ay pas cree esloigne de mon sujet. Et que le bon homme,
Angrimus dans l'etimologie qu'il a cherche de quelques mots Islandois
chez les Hebreux, a suivi une erreur ordinaire aux Doctes comme luy. Il
n'en doit pas estre creu, non plus que les autres; puis qu'il n'est rien
de si trompeur, ni de moins solide, que des conjectures fondes sur de
smblables etimologies.

XXXXII. Je croyois qu'Angrimus Jonas feroit sortir ses premiers
Islandois des mesmes Geans Cananeens, qui avoient peupl selon
luy-mesme, toutes les contres du Nort. Mais il n'a pas voulu que
l'Islande ait est habite de ce temps-l. Ce qu'il en a dit est
curieux, & merite de vous estre escrit. Il dit que l'Islande a est
premierement descouverte par un Naddocus, qui aloit aux Isles de Fare, &
fut jet par la tmpeste  la cste Orintale de l'Islande, qu'il nomma,
_Snelande_,  cause des hautes neges qu'il y trouva. Mais Naddocus ne
s'y arresta pas. Le second qui la descouvrit, fut un Suedois nomm
Gardarus, qui ala chercher cete Isle, sur ce qu'il en avoit oy dire 
Naddocus, & l'ayant trouve en l'an 864. y passa l'Hyver, & apela l'Isle
_Gardarsholm_: c'est  dire, l'Isle de Gardarus. Le troisiesme qui la
descouvrit, fut un Pirate renomm, de Norvege, nomm _Flocco_, qui se
servit d'une invntion tres-bele, pour trouver cete Isle, sur le raport
qui luy en avoit est fait. On ne savoit encore en ce temps-l quoy que
ce soit de l'aiguille aimante, ni de l'usage du compas. Et comme il
aloit d'une Isle  une autre, sans descouvrir cele qu'il cherchoit. Il
prit trois Corbeaux, en partant de l'Isle de Hetland, une des Orcades; &
en lascha un, lors qu'il crt estre bien avant en mer. Mais il connut
qu'il n'estoit pas si esloign de terre qu'il pnsoit, parce que le
Corbeau reprit la route de Hetland, & s'y envola. Il poussa plus avant
dans la mer, & lascha le second Corbeau, qui roda de tous costez, & ne
voyant pas de terre retourna dans le vaisseau. Il ne fut pas tromp au
troisiesme Corbeau, qui descouvrit l'Isle, & fondit dessus. Flocco
l'ayant suivy des yeux & des voiles; car il avoit le vnt favorable;
aborda heureusement  la partie Orintale de Gardarsholm, o il passa
l'Hyver; & le Printemps venu, se voyant assieg des glaces, que les
Islandois apelent Groenlandiques, il donna le nom _d'Islande_,  cete
Isle, qui signifie le pas des glaces. Et ce troisiesme nom luy est
demeur. Flocco passa un autre hyver dans la partie Meridionale de
l'Islande; mais n'y ayant pas trouv son conte, non plus qu'
l'Orintale, il retourna en Norvege, o il fut apell, _Rafnafloke_:
c'est  dire Flocco le Corbeau, -cause des Corbeaux dont il s'estoit
servy pour descouvrir l'Islande.

XXXXIII. Le premier fondateur des Islandois, est un Ingulfe, Baron de
Norvege; qui se retira en Islande avec son beau-frere Hiorleifus, pour
avoir tu deux freres des plus grns Seigneurs de leur contre. Et comme
c'estoit la cotume des banis de Norvege, d'arracher les portes des
maisons qu'ils laissoient en leurs pas, & de les emporter avec eux;
Ingulfe estant  la veu de l'Islande, jeta ses portes dans la mer, pour
aborder o le hazard, & les flots, les pousseroient. Mais il arriva  un
autre endroit, quoy qu' la mesme partie Meridionale de l'Isle. Il ne
trouva ses portes que trois ans apres. Ce qui l'obligea  changer de
demeure, &  s'arrester au lieu o ses portes s'estoient arrestes.
Ingulfe & son beau-frere, visiterent premierement l'Islande, en l'an de
Grace 870. Et ne l'habiterent que quatre ans apres, en l'an 874. qui est
l'Epoque determine & definie, dans les Annales de l'Islande, pour la
premiere habitation de cete Isle. Et les mesmes Annales asseurent,
qu'Ingulfe trouva l'Islande _Inculte & deserte_, lors qu'il y arriva. On
remarqua neanmoins, que quelques Mariniers Anglois, ou Irlandois,
avoient mis autre fois pied  terre aux rivages de l'Isle, par quelques
cloches, par quelques croix, & par quelques autres ouvrages faits  la
mode d'Irlande & d'Angleterre, que l'on y avoit laissez, & quelques
livres qui y furent trouvez. On demeure aussi d'acord, que les Irlandois
avoient fait diverses dessntes dans cete Isle, avant la vene
d'Ingulfe. Et leurs Annales raportent, que les anciens Islandois
apeloient ces Irlandois, _Papas_. Et nommerent la partie Occidntale de
l'Islande, _Papey_, parce que les Irlandois avoient acoustum d'y
aborder, comme  la plus proche, &  la plus commode.

XXXXIV. Or, Monsieur, sur ce que les Annales d'Islande asseurent
constamment, que l'Islande estoit _inculte & deserte_, lors qu'Ingulfe y
arriva; Angrimus Jonas asseure fortement aussi, que l'Islande n'a jamais
est habite avant ce temps-l. Et le bon homme s'emporte avec passion
contre tous ceux qui disent le contraire. C'est un plaisir de lire ce
qu'il a escrit dans son _Specimen Islandicum_, contre Pontanus, & contre
les Auteurs que Pontanus a aleguez, pour prouver que l'Islande estoit
l'anciene Thul, de laquelle Virgile disoit  Auguste. _Tibi serviat
ultima Thule_. Car dit-il, si nostre Islande estoit cete _ultima Thule_,
elle auroit est habite au temps d'Auguste. Et que deviendroit la foy
de nos Annales, qui asseurent qu'elle n'a est habite qu'au temps
d'Ingulfe?

XXXXV. Mais je le prie de se ressouvenir de ce qu'il a luy mesme escrit,
& que je viens d'aleguer; que des mariniers Irlandois avoient acotum
de metre pied  terre en Islande, avant la venu d'Ingulfe, & que les
anciens Islandois apeloient ces Irlandois, _Papas_. Je le prie de me
dire, qui estoient ces anciens Islandois? J'acorde  Angrimus que
l'Islande ne fut absolument Chrestiene, que quelques annes apres la
dessnte d'Ingulfe. Mais il ne peut pas nier, qu'il n'y eust en ce
temps-l beaucoup de Chrestiens dans la contre du Nort. Les Irlandois
l'estoient. Et Ingulfe en trouva des marques, en arrivant  l'Isle. La
Crimoge remarque, que le beau-frere mesme d'Ingulfe, qui aborda
l'Islande avec luy, s'il n'estoit pas Chrestien, avoit des sntimns
Chrestiens. Et il est certain que le Christianisme estoit en ce temps-l
respndu dans toutes les contres du Septntrion, & dans l'Islande
nommment. Ce que je demontreray un peu plus bas. Or cela estant, quel
temps veut donner Angrimus  ces Islandois payens, qui estoient si fort
atachez  leurs ancienes Religions? & principalement  cele de leur
Odin, par lequel ils juroient, & qu'ils apeloient le grand Protecteur
Asiatique. Il est certain que de toutes les superstitions Payenes, les
plus ancienes, sont les sacrifices des hommes; Et j'ay fait voir
cy-dessus, qu'ils ont est pratiquez avec grande devotion parmy les
Islandois. Leurs Annales disent qu'en la partie Occidntale de
l'Islande, il y avoit un Cirque, au milieu duquel s'levoit un grand
Rocher, o ils escrasoient les hommes, & versoient le sang en sacrifice
 leurs Idoles. Ces mesmes Annales remarquent, que cete coutume ayant
est abolie dans l'Islande, comme elle fut par tout ailleurs, le Rocher
retint plusieurs siecles apres, la couleur rouge du sang humain qui y
avoit est respandu. Je demande  Angrimus: quel temps il veut donner 
ces _Plusieurs siecles_, dont ses Annales mesmes font mntion? Et je luy
demande, en quel temps ont est invntes les Fables de l'Edda, qui sont
si ancienes, & si nes avec les Islandois, qu'elles ne sont presque
point connes des autres peuples du Nort, & du tout point de toutes les
autres Nations du monde.

XXXXVI. Adjotons  cela, Monsieur, que les Annales d'Islande, o se
lisent les voyages de Naddocus, de Gardarus, & de Flocco, avant celuy
d'Ingulfe, ne disent point que l'Islande estoit deserte lors qu'ils y
arriverent. Flocco y a vescu deux ans entiers. Et il est  presumer
qu'il y a vescu des commoditez qui se trouvoient dans un pas habit.
Mais que dira Angrimus  ce qu'il a dit: Que les Islandois ont est si
curieux, qu'ils ont recueilly dans leurs Annales toutes les histoires
des peuples de l'Europe: Et pour me servir de ses propres termes; Qu'ils
ont est, _Ad totius Europ res historicas Lyncei._ C'est ce qu'Herodote
& Platon ont escrit des Egyptiens: Qu'ils avoient dans leurs
Biblioteques les ancienes Histoires de toutes les contres du monde; Et
que c'estoit par cela mesme que les Egyptiens pretndoient prouver
l'antiquit prodigieuse de leur nation. Pour autoriser ce qu'Angrimus a
dit de ses Islandois; je vous diray  ce propos, que le Docteur Vormius
a une copie Islandoise des Annales de la partie Occidntale de
l'Islande, qu'il m'a lee & explique en divers endroits. J'y ay
remarqu diverses histoires de Norvege, de Danemark, de l'Angleterre,
des Orcades, & des Hebrides; & entr'autres, l'irruption des Normns dans
nostre Normandie, qui est sans date. Apres laquelle vient la dessnte
d'Ingulfe dans l'Islande. D'o il s'ensuit, qu'il y avoit des
Escrivains, & des Croniqueurs dans l'Islande, avant la venu d'Ingulfe.
Et que l'Islande estoit par consequant habite avant ce temps-l.

XXXXVI. Je croy que les Annales d'Islande qui font mntion d'Ingulfe, &
que cite Angrimus, sont veritables. Je croy qu'Ingulfe n'est venu en
Islande qu'en l'an de Grace 874. Et il s'est peu faire que les endroits
de l'Isle Meridionale o il aborda estoient inhabitez, ou par quelque
grande mortalit, ou parce que des Pirates en avoient extermin les
habitans: Mais il ne s'ensuit pas de l, que toute l'Isle fust
inhabite. Il est certain qu'Ingulfe seul ne l'a pas peuple. Car les
Annales mesmes d'Islande asseurent, que diverses Nations voisines &
Meridionales, en ont peupl diverses parties. Entre lesquels Angrimus
specifie un habitant des Hebrides nomm _Kalmannus_, & dit expressment,
que ce fut le premier qui s'arresta  la partie Occidantale de
l'Islande. Il est remarcable, qu'Angrimus ne raporte aucune date de la
venu de Kalmannus, non plus que de quantit d'autres Irlandois,
Escossois, & Orcades, qui ont habit les autres parties de nostre Isle.
Et cecy me fait croire, qu'il faut distinguer les Annales de l'Islande,
selon qu'elle a est Payene, ou Chrestiene. Les Annales de l'Islande
Chrestiene, se doivent prndre  la vene d'Ingulfe. Ce que l'Ere
Chrestiene marque evidmment, par l'an de Grace 874. Les Annales de
l'Islande Payene, n'ont pas de date, & sont d'un temps indfini.

XXXXVII. Cela pos, & entndu de cete sorte, il n'est rien de si ais
que de concilier l'Islande Payene avec l'Islande Chrestiene, que
d'acommoder les Annales de l'une avec les Annales de l'autre; que
d'acorder Angrimus avec Angrimus mesme; & de l'acorder particulierement
avec Pontanus, qui veut que l'Islande d'aujourd'huy soit la _Thule_ des
Anciens: & le prouve par quantit, d'autoritez, prises de divers Auteurs
Grecs, & Latins; de l'Histoire d'Adam de Breme, qui a escrit en l'an de
Grace 1067. de Saxo Grammaticus, qui l'a suivy de prs; d'Andreas
Velleius, qui a traduit le Saxo en Danois, & qui a toujours pris dans sa
traduction les _Tylenses_ de Saxo, pour les Islandois d'aujourd'huy.
Qu'Angrimus ne die pas qu'Adam de Breme a escrit des sotises dans son
Histoire. Et cele-cy entr'autres. Que de son temps cete vieille
tradition estoit recee, qu'il y avoit en Islande des glaces si
ancienes, & si seches, qu'elles bruloient quand on les jettoit dans le
feu, comme le charbon que les Flamans apelent _Hoille_. Il ne s'agit
pas icy de la sotise simplement. Il n'est question que de l'antiquit de
la sotise, & du temps qu'elle a este cree. Car plus la sotise est
grande, plus nous devons presumer que le temps est vieil, qui l'a mise
en credit. Et cele-cy nous oblige d'autant plus  croire, que l'Islande
estoit conne de toute ancienet. Angrimus dira que les Auteurs Gres &
Latins se seroient trompez en la situation precise de l'Isle de Thul,
s'ils l'avoient prise pour l'Islande. A quoy je respons, que les mesmes
Auteurs ne se sont pas moins trompez dans la description de beaucoup
d'autres endroits, dont eux & nous demeurons d'acord. Il n'est pas icy
question de savoir, si ces Auteurs ont descrit precisment l'Islande,
tele qu'elle a est, ou qu'elle est maintenant: Mais si l'Islande qu'ils
ont voulu descrire a est cele dont il s'agit: Et si l'Islande qu'ils
ont cherche, a est cele que nous avons.

XXXXVIII.  Ce qui m'oblige d'autant plus  croire, que c'est la mesme
dont nous parlons, est, que Casaubon le croit ainsi: Et qu'il a decid
dans les doctes Commntaires qu'il a faits sur Strabon, que la Thul de
ce grand Geografe, est l'Islande d'aujourd'huy. La chose mesme autorise
cete croyance: En ce que l'Islande est mise aujourd'huy, comme autre
fois, par tous les Geografes,  l'extremit de l'Ocean Deucaledonien, ou
d'Escosse, qui est le Britannique. Et que la Thul des Anciens a est
cree la derniere des Isles Britanniques. C'est une chose connu de
tous, que l'Escosse a est apele Caledoniene, du nom de la grande
forest Caledoniene, de qui il ne reste maintenant que le nom, & pas un
arbre dans toute l'Escosse. Seldenus a escrit, que les Escossois
Septntrionaux ont est apelez, _Deucaledoniens_: C'est  dire en leur
langue, noirs & sombres Caledoniens. Et c'est de l sans doute, que
l'Ocean qui lave l'Escosse Septntrionale, & ses Isles voisines, a est
apel _Deucaledonien_; soit pour les ombres perpetueles qui couvrent
cete mer, soit pour l'espaisseur de l'air qui la rnd pesante. A cause
dequoy Pline l'a apele, _Mare pigrum_. Et Adam de Breme, _Mare
jecoreum, & pulmoneum_. Parce que cete mer a de la pne  s'mouvoir; &
qu'elle ne court non plus que si elle estoit asmatique. C'est dans ce
mesme sens que Plaute a dit d'un mauvais pieton, qu'il avoit des pieds
pulmoniques.

    _Pedibus pulmoneis mihi advenisti._

XXXXIX. Angrimus se laisseroit persuader que l'Islande seroit la mesme
que l'anciene Thul, s'il pouvoit estre convaincu, que son Isle eust
est habite avant la vene d'Ingulfe. Et quoy que les preuves que j'en
ay raportes le deussent plnement satisfaire; Je luy vay d'abondant
faire voir, que l'Islande estoit habite avant ce temps-l, par d'autres
raisons bien pressantes. J'ay deux Croniques du Groenland en langage
Danois. L'une est en vers, & l'autre en prose. La Cronique en vers
commnce son Histoire par l'an de Grace, 770. que le Groenland fut
descouvert. Et la Cronique en prose raporte, que celuy qui partit de
Norvege pour aler en Groenland, passa par l'Islande: Et marque
expressment, que l'Islande estoit habite en ce temps-l. D'o il
s'ensuit, que l'Islande n'a pas commnc d'estre habite en l'an de
Grace 874.

L. Angrimus dira, que ma Cronique Danoise ne s'acorde pas avec sa
Cronique Islandoise, qui porte que le Groenland ne fut descouvert qu'en
l'an de Grace, 982. ni habite qu'en 986. Mais j'apuyeray ma Cronique
Danoise de l'autorit d'Ansgarius, grand Prelat, & Franois de nation,
que tout le monde Arctique reconnoit pour son premier Apostre.
L'Empereur Louis le Debonnaire, le fit Archevesque de Hambourg: Et
estndit la jurisdiction de son Archevesch, par toutes les contres du
Nort, depuis l'Elbe, jusques  la mer glaciale, & au del. Les Letres
patntes de l'Empereur, qui erigerent Hambourg en Archevesch, & qui
firent Ansgarius Archevesque de Hambourg, sont de l'anne 834. Elles
furent confirmes & ratifies par le Pape Gregoire IV. l'anne apres,
835. Pontanus raporte l'original des Letres patantes de l'Empereur, & de
la Bulle du Pape, confirmative de ces Letres, dans le livre 4. & dans
l'anne 834. de son Histoire Danoise. Or il est dit expressment dans
les Letres patantes. _Que la porte de l'Evangile avoit est ouverte; Et
que Jesus-Christ avoit est annonc dans l'Islande, & dans le
Groenland_, dequoy l'Empereur rnd particulierement graces  Dieu, dans
ces mesmes Letres.

LI. Ce qui prouve deux choses. L'une, que l'Islande estoit habite &
Chrestiene, avant l'anne 834. & quarante ans avant cele de 874.
qu'Ingulfe l'habita. L'autre, que le Groenland estoit habit, &
Chrestien, avant la mesme anne 834. Et se raporte avec ma Cronique
Danoise, qui pose la descouverte du Groenland, en 770. Angrimus ne
sachant que dire  cela, dit neanmoins, qu'il doute que la Bulle de
Gregoire IV. alegue par Pontanus, soit originale, & croit que ce n'est
qu'une meschante copie. Il me permetra de luy repliquer; Qu'il n'a pas
fait consister le veritable honneur de l'Islande, l o il le devoit
poser. Il a creu qu'il estoit oblig  soutenir la verit pretnde de
ses Annales. Et il auroit est beaucoup plus avantageux pour luy,
d'avoir renonc  ses Annales, que d'avoir voulu oster  son Isle, qui
est sa patrie, cete bele Couronne de vieillesse, qui a blanchy dans les
glaces qui l'environnent depuis tant de siecles. Qui ne sait que le
siecle d'Ingulfe estoit un siecle de barbarie pour les Letres? Les Gots
ont est acusez de l'avoir introduite en ce temps-l par toute l'Europe.
Et les mesmes Gots ne se doivent pas scandaliser, si on leur dit,
qu'elle estoit en ce temps-l chez eux, comme dans son Thrne. Qui me
voudroit obliger  croire tout ce qui est escrit dans les Croniques d'un
siecle si peu esclair, me persuaderoit aussi aisment toutes les folies
qui se lisent dans nos Romans, d'Oger le Danois, des quatre fils Aymon,
& de l'Archevesque Turpin, qui sont, ou de ce mesme temps, ou qui n'en
sont pas esloignez.

LII. Je souhaiterois, Monsieur, que vous eussiez leu les livres
d'Angrimus Jonas, que je n'ay eu le moyen que de parcourir. Vous y
remarqueriez sans doute, beaucoup de raisons que j'ay obmises, pour
l'antiquit de l'Islande. Il vous sera ais d'avoir le _Specimen
Islandicum_, imprim  Amsterdam, en 1643. Je ne say si la Crimoge sera
si facile  recouvrer. Cele que j'ay lee a est imprime  Hambourg, en
1609. Vous prndrez plaisir de lire ces livres, si l'un & l'autre vous
tombent en main. Et je vous y renvoye pour avoir une connoissance plus
exacte de ce que je vous ay succinctement escrit: Qui est tout ce que
j'ay peu aprndre de l'Islande, digne comme j'ay creu, de vous estre
communiqu. Je vous envoyeray la Relation du Groenland, si vous me
tesmoignez que cele-cy ne vous a pas est desagreable. J'avoe,
Monsieur, que pour la presnter  une personne de la haute estime, & de
la grande reputation que vostre vertu, & les livres excellns que vous
donnez tous les jours au public vous ont acquise, je devois aporter plus
de soin que je n'ay employ  la polir. Mais je devois avoir aussi plus
de temps, & plus de repos, que je n'ay eu pour cela. Souvenez vous je
vous prie, que vous m'avez oblig d'entreprndre ct Ouvrage; & que vous
estes par cela mesme oblig d'en excuser les defauts. Faites moy
l'honneur aussi de me croire,

MONSIEUR,

Vostre tres humbble & tres obessant serviteur LA PEYRERE.

Escrit la premiere fois, de Copenhague, le 18. Decembre, 1644.




PERMISSION
_de Monsieur le Lieutenant Civil_.


Il est permis  Thomas Jolly, & Louis Billaine, Marchands Libraires,
d'imprimer la Relation de l'Islande: Compose par le Sieur LA PEYRERE.
Fait ce 3. Septembre, 1663.

Sign, D'AUBRAY.




----------------------
NOTES DU TRANSCRIPTEUR

On a conserv l'orthographe de l'original avec toutes ses
particularits. On a cependant introduit la distinction entre u/v, et
i/j, selon l'usage moderne. On a galement rsolu quelques abrviations
par signes conventionnels (ex. "Comme" au lieu de "Cme").

Les corrections suivantes ont t effectues:

    dans ce commncemnt ("commnmnt" dans l'original)
    o ie laisse ("o")
    Ie le laisse  ("a")
     l'honneur ("lhonneur")
    Filosofie ("Filosfie")
    partie Orintale de Gardarsholm ("Gadarslhom")
    qu'en la partie Occidntale ("Occidentle")
    le Docteur Vormius a vne copie ("")
    ne l'a pas peuple ("ne la")
    vn habitant ("ha//tant" sur un saut de page)
    qui laue l'Escosse ("qui l'aue")
    a est apel Deucaledonien ("Deucalodonien")
    profons ("profos")






End of Project Gutenberg's Relation de l'Islande, by Isaac de La Peyrre

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK RELATION DE L'ISLANDE ***

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