The Project Gutenberg EBook of Lettres persanes, tome II, by 
Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu

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Title: Lettres persanes, tome II

Author: Charles-Louis de Secondat, baron de Montesquieu

Release Date: October 12, 2010 [EBook #33856]

Language: French

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LETTRES PERSANES

PAR

MONTESQUIEU

AVEC

PRFACE, NOTES ET VARIANTES,

INDEX

PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE, LITTRAIRE,

PAR

ANDR LEFVRE

TOME II

PARIS

ALPHONSE LEMERRE, DITEUR

27, PASSAGE CHOISEUL, 29

M DCCC LXXIII

_Tous droits rservs_.

E. Picard.


IMP. EUGNE HEUTTE ET Ce, A SAINT-GERMAIN.




LETTRE LXXXIX.

USBEK A RHDI.

A Venise.


A Paris rgne la libert et l'galit. La naissance, la vertu, le
mrite mme de la guerre, quelque brillant qu'il soit, ne sauve pas
un homme de la foule dans laquelle il est confondu. La jalousie des
rangs y est inconnue. On dit que le premier de Paris est celui qui a
les meilleurs chevaux  son carrosse.

Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, qui parle aux
ministres, qui a des anctres, des dettes et des pensions. S'il peut
avec cela cacher son oisivet par un air empress, ou par un feint
attachement pour les plaisirs, il croit tre le plus heureux de tous
les hommes.

En Perse, il n'y a de grands que ceux  qui le monarque donne
quelque part au gouvernement. Ici, il y a des gens qui sont grands
par leur naissance; mais ils sont sans crdit. Les rois font comme
ces ouvriers habiles qui, pour excuter leurs ouvrages, se servent
toujours des machines les plus simples.

La faveur est la grande divinit des Franois. Le ministre est le
grand prtre, qui lui offre bien des victimes. Ceux qui l'entourent
ne sont point habills de blanc: tantt sacrificateurs, et tantt
sacrifis, ils se dvouent eux-mmes  leur idole avec tout le
peuple.

    A Paris, le 9 de la lune de Gemmadi 2, 1715.




LETTRE XC.

USBEK A IBBEN.

A Smyrne.


Le dsir de la gloire n'est point diffrent de cet instinct que
toutes les cratures ont pour leur conservation. Il semble que nous
augmentons notre tre, lorsque nous pouvons le porter dans la
mmoire des autres: c'est une nouvelle vie que nous acqurons, et
qui nous devient aussi prcieuse que celle que nous avons reue du
ciel.

Mais comme tous les hommes ne sont pas galement attachs  la vie,
ils ne sont pas aussi galement sensibles  la gloire. Cette noble
passion est bien toujours grave dans leur coeur; mais l'imagination
et l'ducation la modifient de mille manires.

Cette diffrence, qui se trouve d'homme  homme, se fait encore plus
sentir de peuple  peuple.

On peut poser pour maxime que, dans chaque tat, le dsir de la
gloire crot avec la libert des sujets, et diminue avec elle: la
gloire n'est jamais compagne de la servitude.

Un homme de bon sens me disoit l'autre jour: On est en France, 
bien des gards, plus libre qu'en Perse; aussi y aime-t-on plus la
gloire. Cette heureuse fantaisie fait faire  un Franois, avec
plaisir et avec got, ce que votre sultan n'obtient de ses sujets
qu'en leur mettant sans cesse devant les yeux les supplices et les
rcompenses.

Aussi, parmi nous, le prince est-il jaloux de l'honneur du dernier
de ses sujets. Il y a pour le maintenir des tribunaux respectables:
c'est le trsor sacr de la nation, et le seul dont le souverain
n'est pas le matre, parce qu'il ne peut l'tre sans choquer ses
intrts. Ainsi, si un sujet se trouve bless dans son honneur par
son prince, soit par quelque prfrence, soit par la moindre marque
de mpris, il quitte sur-le-champ sa cour, son emploi, son service,
et se retire chez lui.

La diffrence qu'il y a des troupes franoises aux vtres, c'est que
les unes, composes d'esclaves naturellement lches, ne surmontent
la crainte de la mort que par celle du chtiment; ce qui produit
dans l'me un nouveau genre de terreur qui la rend comme stupide: au
lieu que les autres se prsentent aux coups avec dlice, et
bannissent la crainte par une satisfaction qui lui est suprieure.

Mais le sanctuaire de l'honneur, de la rputation et de la vertu,
semble tre tabli dans les rpubliques, et dans les pays o l'on
peut prononcer le mot de patrie. A Rome,  Athnes,  Lacdmone,
l'honneur payoit seul les services les plus signals. Une couronne
de chne ou de laurier, une statue, un loge, toit une rcompense
immense pour une bataille gagne ou une ville prise.

L, un homme qui avoit fait une belle action se trouvoit
suffisamment rcompens par cette action mme. Il ne pouvoit voir un
de ses compatriotes qu'il ne ressentit le plaisir d'tre son
bienfaiteur; il comptoit le nombre de ses services par celui de ses
concitoyens. Tout homme est capable de faire du bien  un homme:
mais c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une
socit entire.

Mais cette noble mulation ne doit-elle point tre entirement
teinte dans le coeur de vos Persans, chez qui les emplois et les
dignits ne sont que des attributs de la fantaisie du souverain? La
rputation et la vertu y sont regardes comme imaginaires, si elles
ne sont accompagnes de la faveur du prince, avec laquelle elles
naissent et meurent de mme. Un homme qui a pour lui l'estime
publique n'est jamais sr de ne pas tre dshonor demain: le voil
aujourd'hui gnral d'arme; peut-tre que le prince le va faire son
cuisinier, et qu'il n'aura plus  esprer d'autre loge que celui
d'avoir fait un bon ragot.

    A Paris, le 15 de la lune de Gemmadi 2, 1715.




LETTRE XCI.

USBEK AU MME.

A Smyrne.


De cette passion gnrale que la nation franoise a pour la gloire,
il s'est form dans l'esprit des particuliers un certain je ne sais
quoi qu'on appelle point d'honneur: c'est proprement le caractre de
chaque profession; mais il est plus marqu chez les gens de guerre,
et c'est le point d'honneur par excellence. Il me seroit bien
difficile de te faire sentir ce que c'est; car nous n'en avons point
prcisment d'ide.

Autrefois les Franois, surtout les nobles, ne suivoient gure
d'autres lois que celles de ce point d'honneur: elles rgloient
toute la conduite de leur vie; et elles toient si svres qu'on ne
pouvoit, sans une peine plus cruelle que la mort, je ne dis pas les
enfreindre, mais en luder la plus petite disposition.

Quand il s'agissoit de rgler les diffrends, elles ne prescrivoient
gure qu'une manire de dcision, qui toit le duel, qui tranchoit
toutes les difficults; mais ce qu'il y avoit de mal, c'est que
souvent le jugement se rendoit entre d'autres parties que celles qui
y toient intresses.

Pour peu qu'un homme ft connu d'un autre, il falloit qu'il entrt
dans la dispute, et qu'il payt de sa personne, comme s'il avoit t
lui-mme en colre. Il se sentoit toujours honor d'un tel choix et
d'une prfrence si flatteuse; et tel qui n'auroit pas voulu donner
quatre pistoles  un homme pour le sauver de la potence, lui et
toute sa famille, ne faisoit aucune difficult d'aller risquer pour
lui mille fois sa vie.

Cette manire de dcider toit assez mal imagine, car de ce qu'un
homme toit plus adroit ou plus fort qu'un autre, il ne s'ensuivoit
pas qu'il et de meilleures raisons.

Aussi les rois l'ont-ils dfendue sous des peines trs-svres; mais
c'est en vain: l'honneur, qui veut toujours rgner, se rvolte, et
il ne reconnot point de lois.

Ainsi les Franois sont dans un tat bien violent: car les mmes
lois de l'honneur obligent un honnte homme de se venger quand il a
t offens; mais, d'un autre ct, la justice le punit des plus
cruelles peines lorsqu'il se venge. Si l'on suit les lois de
l'honneur, on prit sur un chafaud; si l'on suit celles de la
justice, on est banni pour jamais de la socit des hommes: il n'y a
donc que cette cruelle alternative, ou de mourir, ou d'tre indigne
de vivre.

    A Paris, le 18 de la lune de Gemmadi 2, 1715.




LETTRE XCII.

USBEK A RUSTAN.

A Ispahan.


Il parot ici un personnage travesti en ambassadeur de Perse, qui se
joue insolemment des deux plus grands rois du monde. Il apporte au
monarque des Franois des prsents que le ntre ne sauroit donner 
un roi d'Irimette ou de Gorgie; et, par sa lche avarice, il a
fltri la majest des deux empires.

Il s'est rendu ridicule devant un peuple qui prtend tre le plus
poli de l'Europe, et il a fait dire en Occident que le roi des rois
ne domine que sur des barbares.

Il a reu des honneurs qu'il sembloit avoir voulu se faire refuser
lui-mme; et, comme si la cour de France avoit eu plus  coeur la
grandeur persane que lui, elle l'a fait parotre avec dignit devant
un peuple dont il est le mpris.

Ne dis point ceci  Ispahan: pargne la tte d'un malheureux. Je ne
veux pas que nos ministres le punissent de leur propre imprudence,
et de l'indigne choix qu'ils ont fait.

    De Paris, le dernier de la lune de Gemmadi 2, 1715.




LETTRE XCIII.

USBEK A RHDI.

A Venise.


Le monarque qui a si longtemps rgn n'est plus[A]. Il a bien fait
parler des gens pendant sa vie; tout le monde s'est t  sa mort.
Ferme et courageux dans ce dernier moment, il a paru ne cder qu'au
destin. Ainsi mourut le grand Cha-Abas, aprs avoir rempli toute la
terre de son nom.

[Note A: Il mourut le 1er septembre 1715.]

Ne crois pas que ce grand vnement n'ait fait faire ici que des
rflexions morales. Chacun a pens  ses affaires, et  prendre ses
avantages dans ce changement. Le roi, arrire-petit-fils du monarque
dfunt, n'ayant que cinq ans, un prince son oncle a t dclar
rgent du royaume.

Le feu roi avoit fait un testament qui bornoit l'autorit du rgent.
Ce prince habile a t au parlement; et, y exposant tous les droits
de sa naissance, il a fait casser la disposition du monarque, qui,
voulant se survivre  lui-mme, sembloit avoir prtendu rgner
encore aprs sa mort.

Les parlements ressemblent  ces ruines que l'on foule aux pieds,
mais qui rappellent toujours l'ide de quelque temple fameux par
l'ancienne religion des peuples. Ils ne se mlent gure plus que de
rendre la justice; et leur autorit est toujours languissante, 
moins que quelque conjoncture imprvue ne vienne lui rendre la force
et la vie. Ces grands corps ont suivi le destin des choses humaines:
ils ont cd au temps, qui dtruit tout;  la corruption des
moeurs, qui a tout affoibli;  l'autorit suprme, qui a tout
abattu.

Mais le rgent, qui a voulu se rendre agrable au peuple, a paru
d'abord respecter cette image de la libert publique; et, comme s'il
avoit pens  relever de terre le temple et l'idole, il a voulu
qu'on les regardt comme l'appui de la monarchie et le fondement de
toute autorit lgitime.

    A Paris, le 4 de la lune de Rhgeb, 1715.




LETTRE XCIV.

USBEK A SON FRRE, SANTON AU MONASTRE DE CASBIN.


Je m'humilie devant toi, sacr santon, et je me prosterne: je
regarde les vestiges de tes pieds comme la prunelle de mes yeux. Ta
saintet est si grande, qu'il semble que tu aies le coeur de notre
saint prophte; tes austrits tonnent le ciel mme; les anges
t'ont regard du sommet de la gloire, et ont dit: Comment est-il
encore sur la terre, puisque son esprit est avec nous, et vole
autour du trne qui est soutenu par les nues?

Et comment ne t'honorerois-je pas, moi qui ai appris de nos docteurs
que les dervis, mme infidles, ont toujours un caractre de
saintet qui les rend respectables aux vrais croyants; et que Dieu
s'est choisi dans tous les coins de la terre des mes plus pures que
les autres, qu'il a spares du monde impie, afin que leurs
mortifications et leurs prires ferventes suspendissent sa colre
prte  tomber sur tant de peuples rebelles?

Les chrtiens disent des merveilles de leurs premiers santons, qui
se rfugirent  milliers dans les dserts affreux de la Thbade,
et eurent pour chefs Paul, Antoine et Pacme. Si ce qu'ils en disent
est vrai, leurs vies sont aussi pleines de prodiges que celles de
nos plus sacrs immaums. Ils passoient quelquefois dix ans entiers
sans voir un seul homme: mais ils habitoient la nuit et le jour avec
des dmons; ils toient sans cesse tourments par ces esprits
malins; ils les trouvoient au lit, ils les trouvoient  table;
jamais d'asile contre eux. Si tout ceci est vrai, santon vnrable,
il faudroit avouer que personne n'auroit jamais vcu en plus
mauvaise compagnie.

Les chrtiens senss regardent toutes ces histoires comme une
allgorie bien naturelle, qui nous peut servir  nous faire sentir
le malheur de la condition humaine. En vain cherchons-nous dans le
dsert un tat tranquille; les tentations nous suivent toujours: nos
passions, figures par les dmons, ne nous quittent point encore;
ces monstres du coeur, ces illusions de l'esprit, ces vains
fantmes de l'erreur et du mensonge, se montrent toujours  nous
pour nous sduire, et nous attaquent jusque dans les jenes et les
cilices, c'est--dire jusque dans notre force mme.

Pour moi, santon vnrable, je sais que l'envoy de Dieu a enchan
Satan, et l'a prcipit dans les abmes: il a purifi la terre,
autrefois pleine de son empire, et l'a rendue digne du sjour des
anges et des prophtes.

    A Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1715.




LETTRE XCV

USBEK A RHDI.

A Venise.


Je n'ai jamais ou parler du droit public, qu'on n'ait commenc par
rechercher soigneusement quelle est l'origine des socits; ce qui
me parot ridicule. Si les hommes n'en formoient point, s'ils se
quittoient et se fuyoient les uns les autres, il faudroit en
demander la raison, et chercher pourquoi ils se tiennent spars:
mais ils naissent tous lis les uns aux autres; un fils est n
auprs de son pre, et il s'y tient: voil la socit, et la cause
de la socit.

Le droit public est plus connu en Europe qu'en Asie: cependant on
peut dire que les passions des princes, la patience des peuples, la
flatterie des crivains, en ont corrompu tous les principes.

Ce droit, tel qu'il est aujourd'hui, est une science qui apprend aux
princes jusqu' quel point ils peuvent violer la justice sans
choquer leurs intrts. Quel dessein, Rhdi, de vouloir, pour
endurcir leur conscience, mettre l'iniquit en systme, d'en donner
des rgles, d'en former des principes, et d'en tirer des
consquences!

La puissance illimite de nos sublimes sultans, qui n'a d'autre
rgle qu'elle-mme, ne produit pas plus de monstres que cet art
indigne qui veut faire plier la justice, tout inflexible qu'elle
est.

On diroit, Rhdi, qu'il y a deux justices toutes diffrentes: l'une
qui rgle les affaires des particuliers, qui rgne dans le droit
civil; l'autre qui rgle les diffrends qui surviennent de peuple 
peuple, qui tyrannise dans le droit public: comme si le droit public
n'toit pas lui-mme un droit civil, non pas  la vrit d'un pays
particulier, mais du monde.

Je t'expliquerai dans une autre lettre mes penses l-dessus.

    A Paris, le 1er de la lune de Zilhag, 1716.




LETTRE XCVI.

USBEK AU MME.


Les magistrats doivent rendre la justice de citoyen  citoyen:
chaque peuple la doit rendre lui-mme de lui  un autre peuple. Dans
cette seconde distribution de justice, on ne peut employer d'autres
maximes que dans la premire.

De peuple  peuple, il est rarement besoin de tiers pour juger,
parce que les sujets de disputes sont presque toujours clairs et
faciles  terminer. Les intrts de deux nations sont ordinairement
si spars, qu'il ne faut qu'aimer la justice pour la trouver: on ne
peut gure se prvenir dans sa propre cause.

Il n'en est pas de mme des diffrends qui arrivent entre
particuliers. Comme ils vivent en socit, leurs intrts sont si
mls et si confondus, il y en a tant de sortes diffrentes, qu'il
est ncessaire qu'un tiers dbrouille ce que la cupidit des parties
cherche  obscurcir.

Il n'y a que deux sortes de guerres justes: les unes qui se font
pour repousser un ennemi qui attaque; les autres pour secourir un
alli qui est attaqu.

Il n'y auroit point de justice de faire la guerre pour des querelles
particulires du prince,  moins que le cas ne ft si grave qu'il
mritt la mort du prince, ou du peuple qui l'a commis. Ainsi un
prince ne peut faire la guerre parce qu'on lui aura refus un
honneur qui lui est d, ou parce qu'on aura eu quelque procd peu
convenable  l'gard de ses ambassadeurs, et autres choses
pareilles; non plus qu'un particulier ne peut tuer celui qui lui
refuse le pas. La raison en est que, comme la dclaration de guerre
doit tre un acte de justice, dans lequel il faut toujours que la
peine soit proportionne  la faute, il faut voir si celui  qui on
dclare la guerre mrite la mort. Car faire la guerre  quelqu'un,
c'est vouloir le punir de mort.

Dans le droit public, l'acte de justice le plus svre c'est la
guerre: puisque son but est la destruction de la socit.

Les reprsailles sont du second degr. C'est une loi que les
tribunaux n'ont pu s'empcher d'observer, de mesurer la peine par le
crime.

Un troisime acte de justice est de priver un prince des avantages
qu'il peut tirer de nous, proportionnant toujours la peine 
l'offense.

Le quatrime acte de justice, qui doit tre le plus frquent, est la
renonciation  l'alliance du peuple dont on a  se plaindre. Cette
peine rpond  celle du bannissement tablie dans les tribunaux, qui
retranche les coupables de la socit. Ainsi un prince  l'alliance
duquel nous renonons est retranch par l de notre socit, et
n'est plus un de nos membres.

On ne peut pas faire de plus grand affront  un prince que de
renoncer  son alliance, ni lui faire de plus grand honneur que de
la contracter. Il n'y a rien parmi les hommes qui leur soit plus
glorieux, et mme plus utile, que d'en voir d'autres toujours
attentifs  leur conservation.

Mais pour que l'alliance nous lie, il faut qu'elle soit juste: ainsi
une alliance faite entre deux nations pour en opprimer une troisime
n'est pas lgitime, et on peut la violer sans crime.

Il n'est pas mme de l'honneur et de la dignit du prince de
s'allier avec un tyran. On dit qu'un monarque d'gypte fit avertir
le roi de Samos de sa cruaut et de sa tyrannie, et le somma de s'en
corriger: comme il ne le fit pas, il lui envoya dire qu'il renonoit
 son amiti et  son alliance.

La conqute ne donne point un droit par elle-mme. Lorsque le peuple
subsiste, elle est un gage de la paix et de la rparation du tort;
et, si le peuple est dtruit ou dispers, elle est le monument d'une
tyrannie.

Les traits de paix sont si sacrs parmi les hommes, qu'il semble
qu'ils soient la voix de la nature, qui rclame ses droits. Ils sont
tous lgitimes, lorsque les conditions en sont telles que les deux
peuples peuvent se conserver: sans quoi, celle des deux socits qui
doit prir, prive de sa dfense naturelle par la paix, la peut
chercher dans la guerre.

Car la nature, qui a tabli les diffrents degrs de force et de
foiblesse parmi les hommes, a encore souvent gal la foiblesse  la
force par le dsespoir.

    A Paris, le 4 de la lune de Zilhag, 1716.




LETTRE XCVII.

LE PREMIER EUNUQUE A USBEK.

A Paris.


Il est arriv ici beaucoup de femmes jaunes du royaume de Visapour:
j'en ai achet une pour ton frre le gouverneur de Mazenderan, qui
m'envoya il y a un mois son commandement sublime et cent tomans.

Je me connois en femmes, d'autant mieux qu'elles ne me surprennent
pas, et qu'en moi les yeux ne sont point troubls par les mouvements
du coeur.

Je n'ai jamais vu de beaut si rgulire et si parfaite: ses yeux
brillants portent la vie sur son visage, et relvent l'clat d'une
couleur qui pourroit effacer tous les charmes de la Circassie.

Le premier eunuque d'un ngociant d'Ispahan la marchandoit avec moi;
mais elle se droboit ddaigneusement  ses regards, et sembloit
chercher les miens, comme si elle avoit voulu me dire qu'un vil
marchand n'toit pas digne d'elle, et qu'elle toit destine  un
plus illustre poux.

Je te l'avoue, je sens dans moi-mme une joie secrte quand je pense
aux charmes de cette belle personne: il me semble que je la vois
entrer dans le srail de ton frre; je me plais  prvoir
l'tonnement de toutes ses femmes; la douleur imprieuse des unes;
l'affliction muette, mais plus douloureuse, des autres; la
consolation maligne de celles qui n'esprent plus rien, et
l'ambition irrite de celles qui esprent encore.

Je vais d'un bout du royaume  l'autre faire changer tout un srail
de face. Que de passions je vais mouvoir! Que de craintes et de
peines je prpare!

Cependant, dans le trouble du dedans, le dehors ne sera pas moins
tranquille: les grandes rvolutions seront caches dans le fond du
coeur; les chagrins seront dvors, et les joies contenues;
l'obissance ne sera pas moins exacte, et les rgles moins
inflexibles; la douceur, toujours contrainte de parotre, sortira du
fond mme du dsespoir.

Nous remarquons que, plus nous avons de femmes sous nos yeux, moins
elles nous donnent d'embarras. Une plus grande ncessit de plaire,
moins de facilit de s'unir, plus d'exemples de soumission, tout
cela leur forme des chanes. Les unes sont sans cesse attentives sur
les dmarches des autres: il semble que, de concert avec nous, elles
travaillent  se rendre plus dpendantes; elles font presque la
moiti de notre office, et nous ouvrent les yeux quand nous les
fermons. Que dis-je? elles irritent sans cesse le matre contre
leurs rivales; et elles ne voient pas combien elles se trouvent prs
de celles qu'on punit.

Mais tout cela, magnifique seigneur, tout cela n'est rien sans la
prsence du matre. Que pouvons-nous faire avec ce vain fantme
d'une autorit qui ne se communique jamais tout entire? Nous ne
reprsentons que foiblement la moiti de toi-mme: nous ne pouvons
que leur montrer une odieuse svrit. Toi, tu tempres la crainte
par les esprances: plus absolu quand tu caresses, que tu ne l'es
quand tu menaces.

Reviens donc, magnifique seigneur, reviens dans ces lieux porter
partout les marques de ton empire. Viens adoucir des passions
dsespres: viens ter tout prtexte de faillir; viens apaiser
l'amour qui murmure, et rendre le devoir mme aimable; viens enfin
soulager tes fidles eunuques d'un fardeau qui s'appesantit chaque
jour.

    Du srail d'Ispahan, le 8 de la lune de Zilhag, 1716.




LETTRE XCVIII.

USBEK A HASSEIN, DERVIS DE LA MONTAGNE DE JARON.


O toi, sage dervis, dont l'esprit curieux brille de tant de
connoissances, coute ce que je vais te dire.

Il y a ici des philosophes qui,  la vrit, n'ont point atteint
jusqu'au fate de la sagesse orientale: ils n'ont point t ravis
jusqu'au trne lumineux; ils n'ont, ni entendu les paroles
ineffables dont les concerts des anges retentissent, ni senti les
formidables accs d'une fureur divine: mais, laisss  eux-mmes,
privs des saintes merveilles, ils suivent dans le silence les
traces de la raison humaine.

Tu ne saurois croire jusqu'o ce guide les a conduits. Ils ont
dbrouill le chaos; et ont expliqu, par une mcanique simple,
l'ordre de l'architecture divine. L'auteur de la nature a donn du
mouvement  la matire: il n'en a pas fallu davantage pour produire
cette prodigieuse varit d'effets, que nous voyons dans l'univers.

Que les lgislateurs ordinaires nous proposent des lois pour rgler
les socits des hommes; des lois aussi sujettes au changement que
l'esprit de ceux qui les proposent et des peuples qui les observent:
ceux-ci ne nous parlent que des lois gnrales, immuables,
ternelles, qui s'observent sans aucune exception, avec un ordre,
une rgularit, et une promptitude infinie, dans l'immensit des
espaces.

Et que crois-tu, homme divin, que soient ces lois? Tu t'imagines
peut-tre qu'entrant dans le conseil de l'ternel, tu vas tre
tonn par la sublimit des mystres: tu renonces par avance 
comprendre; tu ne te proposes que d'admirer.

Mais tu changeras bientt de pense: elles n'blouissent point par
un faux respect; leur simplicit les a fait longtemps mconnotre,
et ce n'est qu'aprs bien des rflexions qu'on en a connu toute la
fcondit et toute l'tendue.

La premire est que tout corps tend  dcrire une ligne droite, 
moins qu'il ne rencontre quelque obstacle qui l'en dtourne; et la
seconde, qui n'en est qu'une suite, c'est que tout corps qui tourne
autour d'un centre tend  s'en loigner, parce que, plus il en est
loin, plus la ligne qu'il dcrit approche de la ligne droite.

Voil, sublime dervis, la clef de la nature: voil des principes
fconds, dont on tire des consquences  perte de vue, comme je te
le ferai voir dans une lettre particulire.

La connoissance de cinq ou six vrits a rendu leur philosophie
pleine de miracles, et leur a fait faire plus de prodiges et de
merveilles que tout ce qu'on nous raconte de nos saints prophtes.

Car enfin je suis persuad qu'il n'y a aucun de nos docteurs qui
n'et t embarrass, si on lui et dit de peser dans une balance
tout l'air qui est autour de la terre, ou de mesurer toute l'eau qui
tombe chaque anne sur sa surface; et qui n'et pens plus de quatre
fois, avant de dire combien de lieues le son fait dans une heure;
quel temps un rayon de lumire emploie  venir du soleil  nous;
combien de toises il y a d'ici  Saturne; quelle est la courbe selon
laquelle un vaisseau doit tre taill, pour tre le meilleur voilier
qu'il soit possible.

Peut-tre que si quelque homme divin avoit orn les ouvrages de ces
philosophes de paroles hautes et sublimes; s'il y avoit ml des
figures hardies et des allgories mystrieuses, il auroit fait un
bel ouvrage qui n'auroit cd qu'au saint Alcoran.

Cependant, s'il te faut dire ce que je pense, je ne m'accommode
gures du style figur. Il y a dans notre Alcoran un grand nombre de
choses puriles, qui me paroissent toujours telles, quoiqu'elles
soient releves par la force et la vie de l'expression. Il semble
d'abord que les livres inspirs ne sont que les ides divines
rendues en langage humain: au contraire, dans nos livres saints, on
trouve le langage de Dieu, et les ides des hommes; comme si, par un
admirable caprice, Dieu y avoit dict les paroles, et que l'homme
et fourni les penses.

Tu diras peut-tre que je parle trop librement de ce qu'il y a de
plus saint parmi nous; tu croiras que c'est le fruit de
l'indpendance o l'on vit dans ce pays. Non, grces au ciel,
l'esprit n'a pas corrompu le coeur; et, tandis que je vivrai, Ali
sera mon prophte.

    A Paris, le 15 de la lune de Chahban, 1716.




LETTRE XCIX.

USBEK A IBBEN.

A Smyrne.


Il n'y a point de pays au monde o la fortune soit si inconstante
que dans celui-ci. Il arrive tous les dix ans des rvolutions qui
prcipitent le riche dans la misre, et enlvent le pauvre avec des
ailes rapides au comble des richesses. Celui-ci est tonn de sa
pauvret; celui-l l'est de son abondance. Le nouveau riche admire
la sagesse de la providence; le pauvre, l'aveugle fatalit du
destin.

Ceux qui lvent les tributs nagent au milieu des trsors: parmi eux
il y a peu de Tantales. Ils commencent pourtant ce mtier par la
dernire misre: ils sont mpriss comme de la boue pendant qu'ils
sont pauvres; quand ils sont riches, on les estime assez: aussi ne
ngligent-ils rien pour acqurir de l'estime.

Ils sont  prsent dans une situation bien terrible. On vient
d'tablir une chambre qu'on appelle de justice, parce qu'elle va
leur ravir tout leur bien. Ils ne peuvent ni dtourner ni cacher
leurs effets; car on les oblige de les dclarer au juste, sous peine
de la vie: ainsi on les fait passer par un dfil bien troit, je
veux dire entre la vie et leur argent. Pour comble d'infortune, il y
a un ministre connu par son esprit, qui les honore de ses
plaisanteries, et badine sur toutes les dlibrations du conseil. On
ne trouve pas tous les jours des ministres disposs  faire rire le
peuple; et l'on doit savoir bon gr  celui-ci de l'avoir entrepris.

Le corps des laquais est plus respectable en France qu'ailleurs:
c'est un sminaire de grands seigneurs; il remplit le vide des
autres tats. Ceux qui le composent prennent la place des grands
malheureux, des magistrats ruins, des gentilshommes tus dans les
fureurs de la guerre; et quand ils ne peuvent pas suppler par
eux-mmes, ils relvent toutes les grandes maisons par le moyen de
leurs filles, qui sont comme une espce de fumier qui engraisse les
terres montagneuses et arides.

Je trouve, Ibben, la providence admirable dans la manire dont elle
a distribu les richesses: si elle ne les avoit accordes qu'aux
gens de bien, on ne les auroit pas assez distingues de la vertu, et
on n'en auroit plus senti tout le nant. Mais quand on examine qui
sont les gens qui en sont les plus chargs,  force de mpriser les
riches, on vient enfin  mpriser les richesses.

    A Paris, le 26 de la lune de Maharram, 1717.




LETTRE C.

RICA A RHDI.

A Venise.


Je trouve les caprices de la mode, chez les Franois, tonnants. Ils
ont oubli comment ils toient habills cet t; ils ignorent encore
plus comment ils le seront cet hiver: mais surtout on ne sauroit
croire combien il en cote  un mari, pour mettre sa femme  la
mode.

Que me serviroit de te faire une description exacte de leur
habillement et de leurs parures? une mode nouvelle viendroit
dtruire tout mon ouvrage, comme celui de leurs ouvriers; et, avant
que tu eusses reu ma lettre, tout seroit chang.

Une femme qui quitte Paris pour aller passer six mois  la campagne
en revient aussi antique que si elle s'y toit oublie trente ans.
Le fils mconnot le portrait de sa mre, tant l'habit avec lequel
elle est peinte lui parot tranger; il s'imagine que c'est quelque
Amricaine qui y est reprsente; ou que le peintre a voulu exprimer
quelqu'une de ses fantaisies.

Quelquefois les coiffures montent insensiblement; et une rvolution
les fait descendre tout  coup. Il a t un temps que leur hauteur
immense mettoit le visage d'une femme au milieu d'elle-mme: dans un
autre, c'toit les pieds qui occupoient cette place; les talons
faisoient un pidestal, qui les tenoit en l'air. Qui pourroit le
croire? les architectes ont t souvent obligs de hausser, de
baisser et d'largir leurs portes, selon que les parures des femmes
exigeoient d'eux ce changement; et les rgles de leur art ont t
asservies  ces fantaisies. On voit quelquefois sur un visage une
quantit prodigieuse de mouches, et elles disparoissent toutes le
lendemain. Autrefois les femmes avoient de la taille, et des dents;
aujourd'hui il n'en est pas question. Dans cette changeante nation,
quoi qu'en dise le critique, les filles se trouvent autrement faites
que leurs mres.

Il en est des manires et de la faon de vivre comme des modes: les
Franois changent de moeurs selon l'ge de leur roi. Le monarque
pourroit mme parvenir  rendre la nation grave, s'il l'avoit
entrepris. Le prince imprime le caractre de son esprit  la cour,
la cour  la ville, la ville aux provinces. L'me du souverain est
un moule qui donne la forme  toutes les autres.

    De Paris, le 8 de la lune de Saphar, 1717.




LETTRE CI.

RICA AU MME.


Je te parlois l'autre jour de l'inconstance prodigieuse des Franois
sur leurs modes. Cependant il est inconcevable  quel point ils en
sont entts: c'est la rgle avec laquelle ils jugent de tout ce qui
se fait chez les autres nations; ils y rappellent tout; ce qui est
tranger leur parot toujours ridicule. Je t'avoue que je ne saurois
gures ajuster cette fureur pour leurs costumes avec l'inconstance
avec laquelle ils en changent tous les jours.

Quand je te dis qu'ils mprisent tout ce qui est tranger, je ne te
parle que des bagatelles; car, sur les choses importantes, ils
semblent s'tre mfis d'eux-mmes jusqu' se dgrader. Ils avouent
de bon coeur que les autres peuples sont plus sages, pourvu qu'on
convienne qu'ils sont mieux vtus: ils veulent bien s'assujettir aux
lois d'une nation rivale, pourvu que les perruquiers franois
dcident en lgislateurs sur la forme des perruques trangres. Rien
ne leur parot si beau que de voir le got de leurs cuisiniers
rgner du septentrion au midi; et les ordonnances de leurs
coiffeuses portes dans toutes les toilettes de l'Europe.

Avec ces nobles avantages, que leur importe que le bon sens leur
vienne d'ailleurs, et qu'ils aient pris de leurs voisins tout ce qui
concerne le gouvernement politique et civil?

Qui peut penser qu'un royaume, le plus ancien et le plus puissant de
l'Europe, soit gouvern, depuis plus de dix sicles, par des lois
qui ne sont pas faites pour lui? Si les Franois avoient t
conquis, ceci ne seroit pas difficile  comprendre: mais ils sont
les conqurants.

Ils ont abandonn les lois anciennes, faites par leurs premiers rois
dans les assembles gnrales de la nation; et ce qu'il y a de
singulier, c'est que les lois romaines, qu'ils ont prises  la
place, toient en partie faites et en partie rdiges par des
empereurs contemporains de leurs lgislateurs.

Et afin que l'acquisition ft entire, et que tout le bon sens leur
vnt d'ailleurs, ils ont adopt toutes les constitutions des papes,
et en ont fait une nouvelle partie de leur droit: nouveau genre de
servitude.

Il est vrai que, dans les derniers temps, on a rdig par crit
quelques statuts des villes et des provinces: mais ils sont presque
tous pris du droit romain.

Cette abondance de lois adoptes, et pour ainsi dire naturalises,
est si grande qu'elle accable galement la justice et les juges.
Mais ces volumes de lois ne sont rien en comparaison de cette arme
effroyable de glossateurs, de commentateurs, de compilateurs; gens
aussi foibles par le peu de justesse de leur esprit qu'ils sont
forts par leur nombre prodigieux.

Ce n'est pas tout: ces lois trangres ont introduit des formalits
qui sont la honte de la raison humaine. Il seroit assez difficile de
dcider si la forme s'est rendue plus pernicieuse, lorsqu'elle est
entre dans la jurisprudence, ou lorsqu'elle s'est loge dans la
mdecine; si elle a fait plus de ravages sous la robe d'un
jurisconsulte que sous le large chapeau d'un mdecin; et si dans
l'une elle a plus ruin de gens qu'elle n'en a tu dans l'autre.

    De Paris, le 17 de la lune de Saphar, 1717.




LETTRE CII.

USBEK A ***.


On parle toujours ici de la constitution. J'entrai l'autre jour dans
une maison o je vis d'abord un gros homme avec un teint vermeil,
qui disoit d'une voix forte: J'ai donn mon mandement; je n'irai
point rpondre  tout ce que vous dites; mais lisez-le, ce
mandement; et vous verrez que j'y ai rsolu tous vos doutes. Il m'a
fallu bien suer pour le faire, dit-il en portant la main sur le
front; j'ai eu besoin de toute ma doctrine; et il m'a fallu lire
bien des auteurs latins. Je le crois, dit un homme qui se trouva l,
car c'est un bel ouvrage; et je dfie ce jsuite qui vient si
souvent vous voir d'en faire un meilleur. Eh bien, lisez-le donc,
reprit-il, et vous serez plus instruit sur ces matires dans un
quart d'heure, que si je vous en avois parl deux heures. Voil
comme il vitoit d'entrer en conversation, et de commettre sa
suffisance. Mais, comme il se vit press, il fut oblig de sortir de
ses retranchements; et il commena  dire thologiquement force
sottises, soutenu d'un dervis qui les lui rendoit trs-respectueusement.
Quand deux hommes qui toient l lui nioient quelque principe, il disoit
d'abord: Cela est certain, nous l'avons jug ainsi; et nous sommes des
juges infaillibles. Et comment, lui dis-je pour lors, tes-vous des
juges infaillibles? Ne voyez-vous pas, reprit-il, que le Saint-Esprit
nous claire? Cela est heureux, lui rpondis-je; car, de la manire dont
vous avez parl tout aujourd'hui, je reconnois que vous avez grand
besoin d'tre clair.

    De Paris, le 18 de la lune de Rebiab 1, 1717.




LETTRE CIII.

USBEK A IBBEN.

A Smyrne.


Les plus puissants tats de l'Europe sont ceux de l'empereur, des
rois de France, d'Espagne et d'Angleterre. L'Italie et une grande
partie de l'Allemagne sont partages en un nombre infini de petits
tats, dont les princes sont,  proprement parler, les martyrs de la
souverainet. Nos glorieux sultans ont plus de femmes que la plupart
de ces princes n'ont de sujets. Ceux d'Italie, qui ne sont pas si
unis, sont plus  plaindre: leurs tats sont ouverts comme des
caravansrails, o ils sont obligs de loger les premiers qui
viennent: il faut donc qu'ils s'attachent aux grands princes, et
leur fassent part de leur frayeur, plutt que de leur amiti.

La plupart des gouvernements d'Europe sont monarchiques, ou plutt
sont ainsi appels: car je ne sais pas s'il y en a jamais eu
vritablement de tels; au moins est-il impossible qu'ils aient
subsist longtemps dans leur puret. C'est un tat violent, qui
dgnre toujours en despotisme, ou en rpublique: la puissance ne
peut jamais tre galement partage entre le peuple et le prince;
l'quilibre est trop difficile  garder: il faut que le pouvoir
diminue d'un ct pendant qu'il augmente de l'autre; mais l'avantage
est ordinairement du ct du prince, qui est  la tte des armes.

Aussi le pouvoir des rois d'Europe est-il bien grand, et on peut
dire qu'ils l'ont tel qu'ils le veulent: mais ils ne l'exercent
point avec tant d'tendue que nos sultans; premirement, parce
qu'ils ne veulent point choquer les moeurs et la religion des
peuples; secondement, parce qu'il n'est pas de leur intrt de le
porter si loin.

Rien ne rapproche plus les princes de la condition de leurs sujets,
que cet immense pouvoir qu'ils exercent sur eux; rien ne les soumet
plus aux revers, et aux caprices de la fortune.

L'usage o ils sont de faire mourir tous ceux qui leur dplaisent,
au moindre signe qu'ils font, renverse la proportion qui doit tre
entre les fautes et les peines, qui est comme l'me des tats et
l'harmonie des empires; et cette proportion, scrupuleusement garde
par les princes chrtiens, leur donne un avantage infini sur nos
sultans.

Un Persan qui, par imprudence ou par malheur, s'est attir la
disgrce du prince, est sr de mourir: la moindre faute ou le
moindre caprice le met dans cette ncessit. Mais s'il avoit attent
 la vie de son souverain, s'il avoit voulu livrer ses places aux
ennemis, il en seroit aussi quitte pour perdre la vie: il ne court
donc pas plus de risque dans ce dernier cas que dans le premier.

Aussi, dans la moindre disgrce, voyant la mort certaine, et ne
voyant rien de pis, il se porte naturellement  troubler l'tat, et
 conspirer contre le souverain; seule ressource qui lui reste.

Il n'en est pas de mme des grands d'Europe,  qui la disgrce n'te
rien que la bienveillance et la faveur. Ils se retirent de la cour,
et ne songent qu' jouir d'une vie tranquille et des avantages de
leur naissance. Comme on ne les fait gures prir que pour le crime
de lse-majest, ils craignent d'y tomber, par la considration de
ce qu'ils ont  perdre, et du peu qu'ils ont  gagner: ce qui fait
qu'on voit peu de rvoltes, et peu de princes morts d'une mort
violente.

Si, dans cette autorit illimite qu'ont nos princes, ils
n'apportoient pas tant de prcautions pour mettre leur vie en
sret, ils ne vivroient pas un jour; et s'ils n'avoient  leur
solde un nombre innombrable de troupes, pour tyranniser le reste de
leurs sujets, leur empire ne subsisteroit pas un mois.

Il n'y a que quatre ou cinq sicles qu'un roi de France prit des
gardes, contre l'usage de ces temps-l, pour se garantir des
assassins qu'un petit prince d'Asie avoit envoys pour le faire
prir: jusque-l les rois avoient vcu tranquilles au milieu de
leurs sujets, comme des pres au milieu de leurs enfants.

Bien loin que les rois de France puissent de leur propre mouvement
ter la vie  un de leurs sujets, comme nos sultans, ils portent au
contraire toujours avec eux la grce de tous les criminels; il
suffit qu'un homme ait t assez heureux pour voir l'auguste visage
de son prince, pour qu'il cesse d'tre indigne de vivre. Ces
monarques sont comme le soleil, qui porte partout la chaleur et la
vie.

    De Paris, le 8 de la lune de Rebiab 2, 1717.




LETTRE CIV.

USBEK AU MME.


Pour suivre l'ide de ma dernire lettre, voici  peu prs ce que me
disoit l'autre jour un Europen assez sens:

Le plus mauvais parti que les princes d'Asie aient pu prendre, c'est
de se cacher comme ils font. Ils veulent se rendre plus
respectables: mais ils font respecter la royaut, et non pas le roi;
et attachent l'esprit des sujets  un certain trne, et non pas 
une certaine personne.

Cette puissance invisible qui gouverne est toujours la mme pour le
peuple. Quoique dix rois, qu'il ne connot que de nom, se soient
gorgs l'un aprs l'autre, il ne sent aucune diffrence: c'est
comme s'il avoit t gouvern successivement par des esprits.

Si le dtestable parricide de notre grand roi Henri IV avoit port
ce coup sur un roi des Indes, matre du sceau royal et d'un trsor
immense, qui auroit sembl amass pour lui, il auroit pris
tranquillement les rnes de l'empire, sans qu'un seul homme et
pens  rclamer son roi, sa famille et ses enfants.

On s'tonne de ce qu'il n'y a presque jamais de changement dans le
gouvernement des princes d'Orient; et d'o vient cela, si ce n'est
de ce qu'il est tyrannique et affreux?

Les changements ne peuvent tre faits que par le prince, ou par le
peuple; mais l, les princes n'ont garde d'en faire, parce que, dans
un si haut degr de puissance, ils ont tout ce qu'ils peuvent avoir;
s'ils changeoient quelque chose, ce ne pourroit tre qu' leur
prjudice.

Quant aux sujets, si quelqu'un d'eux forme quelque rsolution, il ne
sauroit l'excuter sur l'tat; il faudroit qu'il contre-balant
tout  coup une puissance redoutable et toujours unique; le temps
lui manque comme les moyens: mais il n'a qu' aller  la source de
ce pouvoir; et il ne lui faut qu'un bras et qu'un instant.

Le meurtrier monte sur le trne pendant que le monarque en descend,
tombe, et va expirer  ses pieds.

Un mcontent en Europe songe  entretenir quelque intelligence
secrte,  se jeter chez les ennemis,  se saisir de quelque place,
 exciter quelques vains murmures parmi les sujets. Un mcontent en
Asie va droit au prince, tonne, frappe, renverse: il en efface
jusqu' l'ide; dans un instant l'esclave et le matre; dans un
instant usurpateur et lgitime.

Malheureux le roi qui n'a qu'une tte! il semble ne runir sur elle
toute sa puissance, que pour indiquer au premier ambitieux l'endroit
o il la trouvera tout entire.

    De Paris, le 17 de la lune de Rebiab 2, 1717.




LETTRE CV.

USBEK AU MME.


Tous les peuples d'Europe ne sont pas galement soumis  leurs
princes: par exemple, l'humeur impatiente des Anglois ne laisse
gure  leur roi le temps d'appesantir son autorit; la soumission
et l'obissance sont les vertus dont ils se piquent le moins. Ils
disent l-dessus des choses bien extraordinaires. Selon eux, il n'y
a qu'un lien qui puisse attacher les hommes, qui est celui de la
gratitude: un mari, une femme, un pre et un fils, ne sont lis
entre eux que par l'amour qu'ils se portent, ou par les bienfaits
qu'ils se procurent; et ces motifs divers de reconnoissance sont
l'origine de tous les royaumes, et de toutes les socits.

Mais si un prince, bien loin de faire vivre ses sujets heureux, veut
les accabler et les dtruire, le fondement de l'obissance cesse;
rien ne les lie, rien ne les attache  lui; et ils rentrent dans
leur libert naturelle. Ils soutiennent que tout pouvoir sans bornes
ne sauroit tre lgitime, parce qu'il n'a jamais pu avoir d'origine
lgitime. Car nous ne pouvons pas, disent-ils, donner  un autre
plus de pouvoir sur nous que nous n'en avons nous-mmes: or nous
n'avons pas sur nous-mmes un pouvoir sans bornes; par exemple, nous
ne pouvons pas nous ter la vie: personne n'a donc, concluent-ils,
sur la terre un tel pouvoir.

Le crime de lse-majest n'est autre chose, selon eux, que le crime
que le plus foible commet contre le plus fort, en lui dsobissant,
de quelque manire qu'il lui dsobisse. Aussi le peuple
d'Angleterre, qui se trouva le plus fort contre un de leurs rois,
dclara-t-il que c'tait un crime de lse-majest  un prince de
faire la guerre  ses sujets. Ils ont donc grande raison, quand ils
disent que le prcepte de leur Alcoran, qui ordonne de se soumettre
aux puissances, n'est pas bien difficile  suivre, puisqu'il leur
est impossible de ne le pas observer: d'autant que ce n'est pas au
plus vertueux qu'on les oblige de se soumettre, mais  celui qui est
le plus fort.

Les Anglois disent qu'un de leurs rois, qui avoit vaincu et pris
prisonnier un prince qui s'toit rvolt et lui disputoit la
couronne, ayant voulu lui reprocher son infidlit et sa perfidie:
Il n'y a qu'un moment, dit le prince infortun, qu'il vient d'tre
dcid lequel de nous deux est le tratre.

Un usurpateur dclare rebelles tous ceux qui n'ont point opprim la
patrie comme lui: et, croyant qu'il n'y a pas de loi l o il ne
voit point de juges, il fait rvrer, comme des arrts du ciel, les
caprices du hasard et de la fortune.

    De Paris, le 20 de la lune de Rebiab 2, 1717.




LETTRE CVI.

RHDI A USBEK.

A Paris.


Tu m'as beaucoup parl, dans une de tes lettres, des sciences et des
arts cultivs en Occident. Tu me vas regarder comme un barbare; mais
je ne sais si l'utilit que l'on en retire ddommage les hommes du
mauvais usage que l'on en fait tous les jours.

J'ai ou dire que la seule invention des bombes avoit t la libert
 tous les peuples d'Europe. Les princes ne pouvant plus confier la
garde des places aux bourgeois, qui,  la premire bombe, se
seroient rendus, ont eu un prtexte pour entretenir de gros corps de
troupes rgles, avec lesquelles ils ont dans la suite opprim leurs
sujets.

Tu sais que, depuis l'invention de la poudre, il n'y a plus de
places imprenables; c'est--dire, Usbek, qu'il n'y a plus d'asile
sur la terre contre l'injustice et la violence.

Je tremble toujours qu'on ne parvienne  la fin  dcouvrir quelque
secret qui fournisse une voie plus abrge pour faire prir les
hommes, dtruire les peuples et les nations entires.

Tu as lu les historiens; fais-y bien attention: presque toutes les
monarchies n'ont t fondes que sur l'ignorance des arts, et n'ont
t dtruites que parce qu'on les a trop cultivs. L'ancien empire
de Perse peut nous en fournir un exemple domestique.

Il n'y a pas longtemps que je suis en Europe; mais j'ai ou parler 
des gens senss des ravages de la chimie: il semble que ce soit un
quatrime flau qui ruine les hommes et les dtruit en dtail, mais
continuellement; tandis que la guerre, la peste, la famine, les
dtruisent en gros, mais par intervalles.

Que nous a servi l'invention de la boussole, et la dcouverte de
tant de peuples, qu' nous communiquer leurs maladies plutt que
leurs richesses? L'or et l'argent avoient t tablis, par une
convention gnrale, pour tre le prix de toutes les marchandises et
un gage de leur valeur, par la raison que ces mtaux toient rares,
et inutiles  tout autre usage: que nous importoit-il donc qu'ils
devinssent plus communs, et que, pour marquer la valeur d'une
denre, nous eussions deux ou trois signes au lieu d'un? Cela n'en
toit que plus incommode.

Mais, d'un autre ct, cette invention a t bien pernicieuse aux
pays qui ont t dcouverts. Les nations entires ont t dtruites;
et les hommes qui ont chapp  la mort ont t rduits  une
servitude si rude, que le rcit en a fait frmir les musulmans.

Heureuse l'ignorance des enfants de Mahomet! Aimable simplicit, si
chrie de notre saint prophte, vous me rappelez toujours la navet
des anciens temps, et la tranquillit qui rgnoit dans le coeur de
nos premiers pres.

    De Venise, le 2 de la lune de Rhamazan, 1717.




LETTRE CVII.

USBEK A RHDI.

A Venise.


Ou tu ne penses pas ce que tu dis, ou bien tu fais mieux que tu ne
penses. Tu as quitt ta patrie pour t'instruire, et tu mprises
toute instruction: tu viens pour te former dans un pays o l'on
cultive les beaux-arts, et tu les regardes comme pernicieux. Te le
dirai-je, Rhdi? je suis plus d'accord avec toi que tu ne l'es avec
toi-mme.

As-tu bien rflchi  l'tat barbare et malheureux o nous
entraneroit la perte des arts? Il n'est pas ncessaire de se
l'imaginer, on peut le voir. Il y a encore des peuples sur la terre
chez lesquels un singe passablement instruit pourroit vivre avec
honneur; il s'y trouveroit  peu prs  la porte des autres
habitants: on ne lui trouveroit point l'esprit singulier, ni le
caractre bizarre; il passeroit tout comme un autre, et seroit
distingu mme par sa gentillesse.

Tu dis que les fondateurs des empires ont presque tous ignor les
arts. Je ne te nie pas que des peuples barbares n'aient pu, comme
des torrents imptueux, se rpandre sur la terre, et couvrir de
leurs armes froces les royaumes les mieux polics. Mais, prends-y
garde, ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux peuples
vaincus; sans cela leur puissance auroit pass comme le bruit du
tonnerre et des temptes.

Tu crains, dis-tu, que l'on n'invente quelque manire de destruction
plus cruelle que celle qui est en usage. Non: si une fatale
invention venoit  se dcouvrir, elle seroit bientt prohibe par le
droit des gens; et le consentement unanime des nations enseveliroit
cette dcouverte. Il n'est point de l'intrt des princes de faire
des conqutes par de pareilles voies: ils doivent chercher des
sujets, et non pas des terres.

Tu te plains de l'invention de la poudre et des bombes; tu trouves
trange qu'il n'y ait plus de place imprenable: c'est--dire que tu
trouves trange que les guerres soient aujourd'hui termines plus
tt qu'elles ne l'toient autrefois.

Tu dois avoir remarqu, en lisant les histoires, que, depuis
l'invention de la poudre, les batailles sont beaucoup moins
sanglantes qu'elles ne l'toient, parce qu'il n'y a presque plus de
mle.

Et quand il se seroit trouv quelque cas particulier o un art
auroit t prjudiciable, doit-on pour cela le rejeter? Penses-tu,
Rhdi, que la religion que notre saint prophte a apporte du ciel
soit pernicieuse, parce qu'elle servira quelque jour  confondre les
perfides chrtiens?

Tu crois que les arts amollissent les peuples, et par l sont cause
de la chute des empires. Tu parles de la ruine de celui des anciens
Perses, qui fut l'effet de leur mollesse; mais il s'en faut bien que
cet exemple dcide, puisque les Grecs, qui les subjugurent,
cultivoient les arts avec infiniment plus de soin qu'eux.

Quand on dit que les arts rendent les hommes effmins, on ne parle
pas du moins des gens qui s'y appliquent, puisqu'ils ne sont jamais
dans l'oisivet, qui, de tous les vices, est celui qui amollit le
plus le courage.

Il n'est donc question que de ceux qui en jouissent. Mais comme dans
un pays polic ceux qui jouissent des commodits d'un art sont
obligs d'en cultiver un autre,  moins que de se voir rduits  une
pauvret honteuse, il s'ensuit que l'oisivet et la mollesse sont
incompatibles avec les arts.

Paris est peut-tre la ville du monde la plus sensuelle, et o l'on
raffine le plus sur les plaisirs; mais c'est peut-tre celle o l'on
mne une vie plus dure. Pour qu'un homme vive dlicieusement, il
faut que cent autres travaillent sans relche. Une femme s'est mis
dans la tte qu'elle devoit parotre  une assemble avec une
certaine parure; il faut que ds ce moment cinquante artisans ne
dorment plus, et n'aient plus le loisir de boire et de manger: elle
commande, et elle est obie plus promptement que ne seroit notre
monarque; parce que l'intrt est le plus grand monarque de la
terre.

Cette ardeur pour le travail, cette passion de s'enrichir, passe de
condition en condition, depuis les artisans jusqu'aux grands.
Personne n'aime  tre plus pauvre que celui qu'il vient de voir
immdiatement au-dessous de lui. Vous voyez  Paris un homme qui a
de quoi vivre jusqu'au jour du jugement, qui travaille sans cesse,
et court risque d'accourcir ses jours pour amasser, dit-il, de quoi
vivre.

Le mme esprit gagne la nation; on n'y voit que travail et
qu'industrie: o est donc ce peuple effmin dont tu parles tant?

Je suppose, Rhdi, qu'on ne souffrt dans un royaume que les arts
absolument ncessaires  la culture des terres, qui sont pourtant en
grand nombre, et qu'on en bannt tous ceux qui ne servent qu' la
volupt ou  la fantaisie, je le soutiens, cet tat seroit le plus
misrable qu'il y et au monde.

Quand les habitants auroient assez de courage pour se passer de tant
de choses qu'ils doivent  leurs besoins, le peuple dpriroit tous
les jours; et l'tat deviendroit si foible, qu'il n'y auroit si
petite puissance qui ne ft en tat de le conqurir.

Je pourrois entrer ici dans un long dtail, et te faire voir que les
revenus des particuliers cesseroient presque absolument, et par
consquent ceux du prince. Il n'y auroit presque plus de relation de
facults entre les citoyens; cette circulation de richesses et cette
progression de revenus, qui vient de la dpendance o sont les arts
les uns des autres, cesseroient absolument; chacun ne tireroit de
revenu que de sa terre, et n'en tireroit prcisment que ce qu'il
lui faut pour ne pas mourir de faim. Mais, comme ce n'est pas la
centime partie du revenu d'un royaume, il faudroit que le nombre
des habitants diminut  proportion, et qu'il n'en restt que la
centime partie.

Fais bien attention jusqu'o vont les revenus de l'industrie. Un
fonds ne produit annuellement  son matre que la vingtime partie
de sa valeur; mais, avec une pistole de couleur, un peintre fera un
tableau qui lui en vaudra cinquante. On en peut dire de mme des
orfvres, des ouvriers en laine, en soie, et de toutes sortes
d'artisans.

De tout ceci il faut conclure, Rhdi, que pour qu'un prince soit
puissant, il faut que ses sujets vivent dans les dlices; il faut
qu'il travaille  leur procurer toutes sortes de superfluits avec
autant d'attention que les ncessits de la vie.

    De Paris, le 14 de la lune de Chalval, 1717.




LETTRE CVIII.

RICA A IBBEN.

A Smyrne.


J'ai vu le jeune monarque: sa vie est bien prcieuse  ses sujets;
elle ne l'est pas moins  toute l'Europe, par les grands troubles
que sa mort pourroit produire. Mais les rois sont comme les dieux;
et, pendant qu'ils vivent, on doit les croire immortels. Sa
physionomie est majestueuse, mais charmante: une belle ducation
semble concourir avec un heureux naturel, et promet dj un grand
prince.

On dit que l'on ne peut jamais connotre le caractre des rois
d'Occident jusqu' ce qu'ils aient pass par les deux grandes
preuves, de leur matresse, et de leur confesseur. On verra bientt
l'un et l'autre travailler  se saisir de l'esprit de celui-ci; et
il se livrera pour cela de grands combats. Car, sous un jeune
prince, ces deux puissances sont toujours rivales; mais elles se
concilient et se runissent sous un vieux. Sous un jeune prince, le
dervis a un rle bien difficile  soutenir: la force du roi fait sa
foiblesse; mais l'autre triomphe galement de sa foiblesse et de sa
force.

Lorsque j'arrivai en France, je trouvai le feu roi absolument
gouvern par les femmes; et cependant, dans l'ge o il toit, je
crois que c'toit le monarque de la terre qui en avoit le moins de
besoin. J'entendis un jour une femme qui disoit: Il faut que l'on
fasse quelque chose pour ce jeune colonel, sa valeur m'est connue;
j'en parlerai au ministre. Une autre disoit: Il est surprenant que
ce jeune abb ait t oubli; il faut qu'il soit vque: il est
homme de naissance, et je pourrois rpondre de ses moeurs. Il ne
faut pas pourtant que tu t'imagines que celles qui tenoient ces
discours fussent des favorites du prince; elles ne lui avoient
peut-tre pas parl deux fois en leur vie: chose pourtant
trs-facile  faire chez les princes europens. Mais c'est qu'il n'y
a personne qui ait quelque emploi  la cour, dans Paris ou dans les
provinces, qui n'ait une femme par les mains de laquelle passent
toutes les grces et quelquefois les injustices qu'il peut faire.
Ces femmes ont toutes des relations les unes avec les autres, et
forment une espce de rpublique, dont les membres toujours actifs
se secourent et se servent mutuellement: c'est comme un nouvel tat
dans l'tat; et celui qui est  la cour,  Paris, dans les
provinces, qui voit agir des ministres, des magistrats, des prlats,
s'il ne connot les femmes qui les gouvernent, est comme un homme
qui voit bien une machine qui joue, mais qui n'en connot point les
ressorts.

Crois-tu, Ibben, qu'une femme s'avise d'tre la matresse d'un
ministre pour coucher avec lui? Quelle ide! c'est pour lui
prsenter cinq ou six placets tous les matins; et la bont de leur
naturel parot dans l'empressement qu'elles ont de faire du bien 
une infinit de gens malheureux, qui leur procurent cent mille
livres de rente.

On se plaint en Perse de ce que le royaume est gouvern par deux ou
trois femmes: c'est bien pis en France, o les femmes en gnral
gouvernent, et prennent non-seulement en gros, mais mme se
partagent en dtail, toute l'autorit.

    De Paris, le dernier de la lune de Chalval, 1717.




LETTRE CIX.

USBEK A ***.


Il y a une espce de livres que nous ne connoissons point en Perse,
et qui me paroissent ici fort  la mode: ce sont les journaux. La
paresse se sent flatte en les lisant: on est ravi de pouvoir
parcourir trente volumes en un quart d'heure.

Dans la plupart des livres, l'auteur n'a pas fait les compliments
ordinaires, que les lecteurs sont aux abois: il les fait entrer 
demi morts dans une matire noye au milieu d'une mer de paroles.
Celui-ci veut s'immortaliser par un in-douze; celui-l, par un
in-quarto; un autre, qui a de plus belles inclinations, vise 
l'in-folio; il faut donc qu'il tende son sujet  proportion; ce
qu'il fait sans piti, comptant pour rien la peine du pauvre
lecteur, qui se tue  rduire ce que l'auteur a pris tant de peine 
amplifier.

Je ne sais, ***, quel mrite il y a  faire de pareils ouvrages:
j'en ferois bien autant si je voulois ruiner ma sant et un
libraire.

Le grand tort qu'ont les journalistes, c'est qu'ils ne parlent que
des livres nouveaux: comme si la vrit toit jamais nouvelle. Il me
semble que, jusqu' ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens,
il n'a aucune raison de leur prfrer les nouveaux.

Mais lorsqu'ils s'imposent la loi de ne parler que des ouvrages
encore tout chauds de la forge, ils s'en imposent un autre, qui est
d'tre trs-ennuyeux. Ils n'ont garde de critiquer les livres dont
ils font les extraits, quelque raison qu'ils en aient; et, en effet,
quel est l'homme assez hardi pour vouloir se faire dix ou douze
ennemis tous les mois?

La plupart des auteurs ressemblent aux potes, qui souffriront une
vole de coups de bton sans se plaindre; mais qui, peu jaloux de
leurs paules, le sont si fort de leurs ouvrages, qu'ils ne
sauroient soutenir la moindre critique. Il faut donc bien se donner
de garde de les attaquer par un endroit si sensible; et les
journalistes le savent bien. Ils font donc tout le contraire; ils
commencent par louer la matire qui est traite: premire fadeur; de
l ils passent aux louanges de l'auteur; louanges forces: car ils
ont affaire  des gens qui sont encore en haleine, tout prts  se
faire faire raison, et  foudroyer  coups de plume un tmraire
journaliste.

    De Paris, le 5 de la lune de Zilcad, 1718.




LETTRE CX.

RICA A ***.


L'universit de Paris est la fille ane des rois de France, et
trs-ane; car elle a plus de neuf cents ans: aussi rve-t-elle
quelquefois.

On m'a cont qu'elle eut, il y a quelque temps, un grand dml avec
quelques docteurs  l'occasion de la lettre Q[B], qu'elle vouloit
que l'on pronont comme un K. La dispute s'chauffa si fort, que
quelques-uns furent dpouills de leurs biens: il fallut que le
parlement termint le diffrend; et il accorda permission, par un
arrt solennel,  tous les sujets du roi de France de prononcer
cette lettre  leur fantaisie. Il faisoit beau voir les deux corps
de l'Europe les plus respectables occups  dcider du sort d'une
lettre de l'alphabet.

[Note B: Il veut parler de la querelle de Ramus.]

Il semble, mon cher ***, que les ttes des plus grands hommes
s'trcissent lorsqu'elles sont assembles; et que, l o il y a
plus de sages, il y ait aussi moins de sagesse. Les grands corps
s'attachent toujours si fort aux minuties, aux formalits, aux vains
usages, que l'essentiel ne va jamais qu'aprs. J'ai ou dire qu'un
roi d'Arragon[C] ayant assembl les tats d'Arragon et de Catalogne,
les premires sances s'employrent  dcider en quelle langue les
dlibrations seroient conues: la dispute toit vive, et les tats
se seroient rompus mille fois, si l'on n'avoit imagin un expdient,
qui toit que la demande seroit faite en langage catalan, et la
rponse en arragonois.

[Note C: C'tait en 1610.]

    De Paris, le 25 de la lune de Zilhag, 1718.




LETTRE CXI.

RICA A ***.


Le rle d'une jolie femme est beaucoup plus grave que l'on ne pense.
Il n'y a rien de plus srieux que ce qui se passe le matin  sa
toilette, au milieu de ses domestiques; un gnral d'arme n'emploie
pas plus d'attention  placer sa droite ou son corps de rserve,
qu'elle en met  poster une mouche qui peut manquer, mais dont elle
espre ou prvoit le succs.

Quelle gne d'esprit, quelle attention, pour concilier sans cesse
les intrts de deux rivaux, pour parotre neutre  tous les deux,
pendant qu'elle est livre  l'un et  l'autre, et se rendre
mdiatrice sur tous les sujets de plainte qu'elle leur donne!

Quelle occupation pour faire venir parties de plaisir sur parties,
les faire succder et renatre sans cesse, et prvenir tous les
accidents qui pourroient les rompre!

Avec tout cela, la plus grande peine n'est pas de se divertir; c'est
de le parotre: ennuyez-les tant que vous voudrez, elles vous le
pardonneront, pourvu que l'on puisse croire qu'elles se sont bien
rjouies.

Je fus, il y a quelques jours, d'un souper que des femmes firent 
la campagne. Dans le chemin elles disoient sans cesse: Au moins, il
faudra bien rire et bien nous divertir.

Nous nous trouvmes assez mal assortis, et par consquent assez
srieux. Il faut avouer, dit une de ces femmes, que nous nous
divertissons bien: il n'y a pas aujourd'hui dans Paris une partie
aussi gaie que la ntre. Comme l'ennui me gagnoit, une femme me
secoua, et me dit: Eh bien! ne sommes-nous pas de bonne humeur? Oui,
lui rpondis-je en billant; je crois que je crverai  force de
rire. Cependant la tristesse triomphoit toujours des rflexions; et,
quant  moi, je me sentis conduit de billement en billement dans
un sommeil lthargique, qui finit tous mes plaisirs.

    De Paris, le 11 de la lune de Maharram, 1718.




LETTRE CXII.

USBEK A ***.


Le rgne du feu roi a t si long, que la fin en avoit fait oublier
le commencement. C'est aujourd'hui la mode de ne s'occuper que des
vnements arrivs dans sa minorit; et on ne lit plus que les
mmoires de ces temps-l.

Voici le discours qu'un des gnraux de la ville de Paris pronona
dans un conseil de guerre: et j'avoue que je n'y comprends pas
grand'chose.

Messieurs, quoique nos troupes aient t repousses avec perte, je
crois qu'il nous sera facile de rparer cet chec. J'ai six couplets
de chanson tout prts  mettre au jour, qui, je m'assure, remettront
toutes choses dans l'quilibre. J'ai fait choix de quelques voix
trs-nettes, qui, sortant de la cavit de certaines poitrines
trs-fortes, mouvront merveilleusement le peuple. Ils sont sur un
air qui a fait, jusqu' prsent, un effet tout particulier.

Si cela ne suffit pas, nous ferons parotre une estampe qui fera
voir Mazarin pendu.

Par bonheur pour nous, il ne parle pas bien franois; et il
l'corche tellement, qu'il n'est pas possible que ses affaires ne
dclinent. Nous ne manquons pas de faire bien remarquer au peuple le
ton ridicule dont il prononce[D]. Nous relevmes, il y a quelques
jours, une faute de grammaire si grossire, qu'on en fit des farces
par tous les carrefours.

[Note D: (Note de l'auteur, extraite de l'_dition_ 1721 2e,
Cologne, Pierre Marteau.)

Le cardinal Mazarin, voulant prononcer l'_arrt d'Union_, dit devant
les dputs du parlement: l'_Arrt_ d'_Ognon_, de quoi le peuple fit
force plaisanteries.]

J'espre qu'avant qu'il soit huit jours, le peuple fera du nom de
Mazarin un mot gnrique pour exprimer toutes les btes de somme, et
celles qui servent  tirer.

Depuis notre dfaite, notre musique l'a si furieusement vex sur le
pch originel, que, pour ne pas voir ses partisans rduits  la
moiti, il a t oblig de renvoyer tous ses pages.

Ranimez-vous donc; reprenez courage, et soyez srs que nous lui
ferons repasser les monts  coups de sifflets.

    De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1718.




LETTRE CXIII.

RHDI A USBEK.

A Paris.


Pendant le sjour que je fais en Europe, je lis les historiens
anciens et modernes: je compare tous les temps; j'ai du plaisir 
les voir passer, pour ainsi dire, devant moi; et j'arrte surtout
mon esprit  ces grands changements qui ont rendu les ges si
diffrents des ges, et la terre si peu semblable  elle-mme.

Tu n'as peut-tre pas fait attention  une chose qui cause tous les
jours ma surprise. Comment le monde est-il si peu peupl, en
comparaison de ce qu'il toit autrefois? Comment la nature a-t-elle
pu perdre cette prodigieuse fcondit des premiers temps?
seroit-elle dj dans sa vieillesse, et tomberoit-elle de langueur?

J'ai rest plus d'un an en Italie, o je n'ai vu que le dbris de
cette ancienne Italie si fameuse autrefois. Quoique tout le monde
habite les villes, elles sont entirement dsertes et dpeuples: il
semble qu'elles ne subsistent encore, que pour marquer le lieu o
toient ces cits puissantes dont l'histoire a tant parl.

Il y a des gens qui prtendent que la seule ville de Rome contenoit
autrefois plus de peuple que le plus grand royaume de l'Europe n'en
a aujourd'hui. Il y a eu tel citoyen romain, qui avoit dix, et mme
vingt mille esclaves, sans compter ceux qui travailloient dans les
maisons de campagne; et, comme on y comptoit quatre ou cinq cent
mille citoyens, on ne peut fixer le nombre de ses habitants sans que
l'imagination ne se rvolte.

Il y avoit autrefois dans la Sicile de puissants royaumes, et des
peuples nombreux, qui en ont disparu depuis: cette le n'a plus rien
de considrable que ses volcans.

La Grce est si dserte, qu'elle ne contient pas la centime partie
de ses anciens habitants.

L'Espagne, autrefois si remplie, ne fait voir aujourd'hui que des
campagnes inhabites; et la France n'est rien, en comparaison de
cette ancienne Gaule dont parle Csar.

Les pays du Nord sont fort dgarnis; et il s'en faut bien que les
peuples y soient, comme autrefois, obligs de se partager, et
d'envoyer dehors, comme des essaims, des colonies et des nations
entires chercher de nouvelles demeures.

La Pologne et la Turquie en Europe n'ont presque plus de peuples.

On ne sauroit trouver dans l'Amrique la deux-centime partie des
hommes qui y formoient de si grands empires.

L'Asie n'est gures en meilleur tat. Cette Asie mineure, qui
contenoit tant de puissantes monarchies, et un nombre si prodigieux
de grandes villes, n'en a plus que deux ou trois. Quant  la grande
Asie, celle qui est soumise au Turc n'est pas plus pleine; et pour
celle qui est sous la domination de nos rois, si on la compare 
l'tat florissant o elle toit autrefois, on verra qu'elle n'a
qu'une trs-petite partie des habitants qui y toient sans nombre du
temps des Xerxs et des Darius.

Quant aux petits tats qui sont autour de ces grands empires, ils
sont rellement dserts: tels sont les royaumes d'Irimette, de
Circassie et de Guriel. Tous ces princes, avec de vastes tats,
comptent  peine cinquante mille sujets.

L'gypte n'a pas moins manqu que les autres pays.

Enfin je parcours la terre, et je n'y trouve que dlabrement: je
crois la voir sortir des ravages de la peste et de la famine.

L'Afrique a toujours t si inconnue, qu'on ne peut en parler si
prcisment que des autres parties du monde: mais,  ne faire
attention qu'aux ctes de la Mditerrane connues de tout temps, on
voit qu'elle a extrmement dchu de ce qu'elle toit, lorsqu'elle
toit province romaine. Aujourd'hui ses princes sont si foibles, que
ce sont les plus petites puissances du monde.

Aprs un calcul aussi exact qu'il peut l'tre dans ces sortes de
choses, j'ai trouv qu'il y a  peine sur la terre la cinquantime
partie des hommes qui y toient du temps de Csar. Ce qu'il y a
d'tonnant, c'est qu'elle se dpeuple tous les jours; et si cela
continue, dans dix sicles, elle ne sera qu'un dsert.

Voil, mon cher Usbek, la plus terrible catastrophe qui soit jamais
arrive dans le monde; mais  peine s'en est-on aperu, parce
qu'elle est arrive insensiblement, et dans le cours d'un grand
nombre de sicles; ce qui marque un vice intrieur, un venin secret
et cach, une maladie de langueur, qui afflige la nature humaine.

    De Venise, le 10 de la lune de Rhgeb, 1718.




LETTRE CXIV.

USBEK A RHDI.

A Venise.


Le monde, mon cher Rhdi, n'est point incorruptible; les cieux mmes
ne le sont pas: les astronomes sont des tmoins oculaires de tous
leurs changements, qui sont les effets bien naturels du mouvement
universel de la matire.

La terre est soumise, comme les autres plantes, aux mmes lois des
mouvements; elle souffre au dedans d'elle un combat perptuel de ses
principes: la mer et le continent semblent tre dans une guerre
ternelle; chaque instant produit de nouvelles combinaisons.

Les hommes, dans une demeure si sujette aux changements, sont dans
un tat aussi incertain: cent mille causes peuvent agir, dont la
plus petite peut les dtruire, et  plus forte raison augmenter ou
diminuer leur nombre.

Je ne te parlerai pas de ces catastrophes particulires, si communes
chez les historiens, qui ont dtruit des villes et des royaumes
entiers: il y en a de gnrales, qui ont mis bien des fois le genre
humain  deux doigts de sa perte.

Les histoires sont pleines de ces pestes universelles, qui ont tour
 tour dsol l'univers. Elles parlent d'une, entr'autres, qui fut
si violente qu'elle brla jusqu' la racine des plantes, et se fit
sentir dans tout le monde connu, jusqu' l'empire du Catay: un degr
de plus de corruption auroit peut-tre, dans un seul jour, dtruit
toute la nature humaine.

Il n'y a pas deux sicles que la plus honteuse de toutes les
maladies se fit sentir en Europe, en Asie et en Afrique; elle fit
dans trs-peu de temps des effets prodigieux: c'toit fait des
hommes, si elle avoit continu ses progrs avec la mme furie.
Accabls de maux ds leur naissance, incapables de soutenir le poids
des charges de la socit, ils auroient pri misrablement.

Qu'auroit-ce t si le venin et t un peu plus exalt? et il le
seroit devenu sans doute, si l'on n'avoit t assez heureux pour
trouver un remde aussi puissant que celui qu'on a dcouvert.
Peut-tre que cette maladie, attaquant les parties de la gnration,
auroit attaqu la gnration mme.

Mais pourquoi parler de la destruction qui auroit pu arriver au
genre humain? n'est-elle pas arrive en effet, et le dluge ne le
rduisit-il pas  une seule famille?

Ceux qui connoissent la nature, et qui ont de Dieu une ide
raisonnable, peuvent-ils comprendre que la matire et les choses
cres n'aient que six mille ans? que Dieu ait diffr pendant toute
l'ternit ses ouvrages, et n'ait us que d'hier de sa puissance
cratrice? Seroit-ce parce qu'il ne l'auroit pas pu, ou parce qu'il
ne l'auroit pas voulu? Mais s'il ne l'a pas pu dans un temps, il ne
l'a pas pu dans l'autre. C'est donc parce qu'il ne l'a pas voulu.
Mais, comme il n'y a pas de succession dans Dieu, si l'on admet
qu'il ait voulu quelque chose une fois, il l'a voulu toujours, et
ds le commencement.

Il ne faut donc pas compter les annes du monde; le nombre des
grains de sable de la mer ne leur est pas plus comparable qu'un
instant.

Cependant tous les historiens nous parlent d'un premier pre: ils
nous font voir la nature humaine naissante. N'est-il pas naturel de
penser qu'Adam fut sauv d'un malheur commun, comme No le fut du
dluge; et que ces grands vnements ont t frquents sur la terre,
depuis la cration du monde?

Mais toutes les destructions ne sont pas violentes. Nous voyons
plusieurs parties de la terre se lasser de fournir  la subsistance
des hommes: que savons-nous si la terre entire n'a pas des causes
gnrales, lentes, et imperceptibles, de lassitude?

J'ai t bien aise de te donner ces ides gnrales, avant de
rpondre plus particulirement  ta lettre sur la diminution des
peuples, arrive depuis dix-sept  dix-huit sicles. Je te ferai
voir dans une lettre suivante, qu'indpendamment des causes
physiques, il y en a de morales qui ont produit cet effet.

    De Paris, le 8 de la lune de Chahban, 1718.




LETTRE CXV.

USBEK AU MME.


Tu cherches la raison pourquoi la terre est moins peuple qu'elle ne
l'toit autrefois: et si tu y fais bien attention, tu verras que la
grande diffrence vient de celle qui est arrive dans les moeurs.

Depuis que la religion chrtienne et la mahomtane ont partag le
monde romain, les choses sont bien changes: il s'en faut bien que
ces deux religions soient aussi favorables  la propagation de
l'espce que celle de ces matres de l'univers.

Dans cette dernire, la polygamie toit dfendue: et en cela elle
avoit un trs-grand avantage sur la religion mahomtane; le divorce
y toit permis: ce qui lui en donnoit un autre, non moins
considrable, sur la chrtienne.

Je ne trouve rien de si contradictoire que cette pluralit des
femmes permise par le saint Alcoran, et l'ordre de les satisfaire
ordonn par le mme livre. Voyez vos femmes, dit le prophte, parce
que vous leur tes ncessaire comme leurs vtements, et qu'elles
vous sont ncessaires comme vos vtements. Voil un prcepte qui
rend la vie d'un vritable musulman bien laborieuse. Celui qui a les
quatre femmes tablies par la loi, et seulement autant de concubines
et d'esclaves, ne doit-il pas tre accabl de tant de vtements?

Vos femmes sont vos labourages, dit encore le prophte;
approchez-vous donc de vos labourages: faites du bien pour vos mes;
et vous le trouverez un jour.

Je regarde un bon musulman comme un athlte, destin  combattre
sans relche; mais qui bientt, foible et accabl de ses premires
fatigues, languit dans le champ mme de la victoire; et se trouve,
pour ainsi dire, enseveli sous ses propres triomphes.

La nature agit toujours avec lenteur, et pour ainsi dire avec
pargne: ses oprations ne sont jamais violentes; jusque dans ses
productions elle veut de la temprance; elle ne va jamais qu'avec
rgle et mesure; si on la prcipite, elle tombe bientt dans la
langueur: elle emploie toute la force qui lui reste  se conserver,
perdant absolument sa vertu productrice et sa puissance gnrative.

C'est dans cet tat de dfaillance que nous met toujours ce grand
nombre de femmes, plus propres  nous puiser qu' nous satisfaire.
Il est trs-ordinaire parmi nous de voir un homme dans un srail
prodigieux avec un trs-petit nombre d'enfants: ces enfants mmes
sont la plupart du temps foibles et malsains, et se sentent de la
langueur de leur pre.

Ce n'est pas tout: ces femmes, obliges  une continence force, ont
besoin d'avoir des gens pour les garder, qui ne peuvent tre que des
eunuques: la religion, la jalousie, et la raison mme, ne permettent
pas d'en laisser approcher d'autres; ces gardiens doivent tre en
grand nombre, soit afin de maintenir la tranquillit au dedans parmi
les guerres que ces femmes se font sans cesse, soit enfin pour
empcher les entreprises du dehors. Ainsi un homme qui a dix femmes
ou concubines n'a pas trop d'autant d'eunuques pour les garder. Mais
quelle perte pour la socit que ce grand nombre d'hommes morts ds
leur naissance! quelle dpopulation ne doit-il pas s'ensuivre!

Les filles esclaves qui sont dans le srail pour servir avec les
eunuques ce grand nombre de femmes, y vieillissent presque toujours
dans une affligeante virginit: elles ne peuvent pas se marier
pendant qu'elles y restent; et leurs matresses, une fois
accoutumes  elles, ne s'en dfont presque jamais.

Voil comme un seul homme occupe lui seul tant de sujets de l'un et
l'autre sexe  ses plaisirs, les fait mourir pour l'tat, et les
rend inutiles  la propagation de l'espce.

Constantinople et Ispahan sont les capitales des deux plus grands
empires du monde: c'est l que tout doit aboutir, et que les
peuples, attirs de mille manires, se rendent de toutes parts.
Cependant elles prissent d'elles-mmes, et elles seroient bientt
dtruites, si les souverains n'y faisoient venir, presque  chaque
sicle, des nations entires pour les repeupler. J'puiserai ce
sujet dans une autre lettre.

    De Paris, le 13 de la lune de Chahban, 1718.




LETTRE CXVI.

USBEK AU MME.


Les Romains n'avoient pas moins d'esclaves que nous; ils en avoient
mme plus: mais ils en faisoient un meilleur usage.

Bien loin d'empcher, par des voies forces, la multiplication de
ces esclaves, ils la favorisoient au contraire de tout leur pouvoir;
ils les associoient le plus qu'ils pouvoient par des espces de
mariages: par ce moyen, ils remplissoient leurs maisons de
domestiques de tous les sexes, de tous les ges, et l'tat d'un
peuple innombrable.

Ces enfants, qui faisoient  la longue la richesse d'un matre,
naissoient sans nombre autour de lui: il toit seul charg de leur
nourriture et de leur ducation; les pres, libres de ce fardeau,
suivoient uniquement le penchant de la nature, et multiplioient sans
craindre une trop nombreuse famille.

Je t'ai dit que, parmi nous, tous les esclaves sont occups  garder
nos femmes, et  rien de plus; qu'ils sont,  l'gard de l'tat,
dans une perptuelle lthargie: de manire qu'il faut restreindre 
quelques hommes libres,  quelques chefs de familles, la culture des
arts et des terres, lesquels mme s'y donnent le moins qu'ils
peuvent.

Il n'en toit pas de mme chez les Romains: la rpublique se servoit
avec un avantage infini de ce peuple d'esclaves. Chacun d'eux avoit
son pcule, qu'il possdoit aux conditions que son matre lui
imposoit; avec ce pcule il travailloit et se tournoit du ct o le
portoit son industrie. Celui-ci faisoit la banque; celui-l se
donnoit au commerce de la mer; l'un vendoit des marchandises en
dtail; l'autre s'appliquoit  quelque art mcanique, ou bien
affermoit et faisoit valoir des terres: mais il n'y en avoit aucun
qui ne s'attacht de tout son pouvoir  faire profiter ce pcule,
qui lui procuroit en mme temps l'aisance dans la servitude
prsente, et l'esprance d'une libert future: cela faisoit un
peuple laborieux, animoit les arts et l'industrie.

Ces esclaves, devenus riches par leurs soins et leur travail, se
faisoient affranchir, et devenoient citoyens. La rpublique se
rparoit sans cesse, et recevoit dans son sein de nouvelles
familles,  mesure que les anciennes se dtruisoient.

J'aurai peut-tre, dans mes lettres suivantes, occasion de te
prouver que plus il y a d'hommes dans un tat, plus le commerce y
fleurit; je prouverai aussi facilement que plus le commerce y
fleurit, plus le nombre des hommes y augmente: ces deux choses
s'entr'aident, et se favorisent ncessairement.

Si cela est, combien ce nombre prodigieux d'esclaves, toujours
laborieux, devoit-il s'accrotre et s'augmenter! L'industrie et
l'abondance les faisoient natre; et eux, de leur ct, faisoient
natre l'abondance et l'industrie.

    De Paris, le 16 de la lune de Chahban, 1718.




LETTRE CXVII.

USBEK AU MME.


Nous avons jusqu'ici parl des pays mahomtans, et cherch la raison
pourquoi ils toient moins peupls que ceux qui toient soumis  la
domination des Romains: examinons  prsent ce qui a produit cet
effet chez les chrtiens.

Le divorce toit permis dans la religion paenne, et il fut dfendu
aux chrtiens. Ce changement, qui parut d'abord de si petite
consquence, eut insensiblement des suites terribles, et telles
qu'on peut  peine les croire.

On ta non-seulement toute la douceur du mariage, mais aussi l'on
donna atteinte  sa fin: en voulant resserrer ses noeuds, on les
relcha; et au lieu d'unir les coeurs, comme on le prtendoit, on
les spara pour jamais.

Dans une action si libre, et o le coeur doit avoir tant de part,
on mit la gne, la ncessit, et la fatalit du destin mme. On
compta pour rien les dgots, les caprices, et l'insociabilit des
humeurs; on voulut fixer le coeur, c'est--dire ce qu'il y a de
plus variable et de plus inconstant dans la nature: on attacha sans
retour et sans esprance des gens accabls l'un de l'autre, et
presque toujours mal assortis; et l'on fit comme ces tyrans qui
faisoient lier des hommes vivants  des corps morts.

Rien ne contribuoit plus  l'attachement mutuel que la facult du
divorce: un mari et une femme toient ports  soutenir patiemment
les peines domestiques, sachant qu'ils toient matres de les faire
finir: et ils gardoient souvent ce pouvoir en main toute leur vie
sans en user, par cette seule considration qu'ils toient libres de
le faire.

Il n'en est pas de mme des chrtiens, que leurs peines prsentes
dsesprent pour l'avenir: ils ne voient, dans les dsagrments du
mariage, que leur dure et, pour ainsi dire, leur ternit: de l
viennent les dgots, les discordes, les mpris; et c'est autant de
perdu pour la postrit. A peine a-t-on trois ans de mariage, qu'on
en nglige l'essentiel; on passe ensemble trente ans de froideur: il
se forme des sparations intestines aussi fortes, et peut-tre plus
pernicieuses, que si elles toient publiques: chacun vit et reste de
son ct, et tout cela au prjudice des races futures. Bientt un
homme dgot d'une femme ternelle, se livrera aux filles de joie:
commerce honteux et si contraire  la socit; lequel, sans remplir
l'objet du mariage, n'en reprsente tout au plus que les plaisirs.

Si, de deux personnes ainsi lies, il y en a une qui n'est pas
propre au dessein de la nature et  la propagation de l'espce, soit
par son temprament, soit par son ge, elle ensevelit l'autre avec
elle, et la rend aussi inutile qu'elle l'est elle-mme.

Il ne faut donc pas s'tonner si l'on voit chez les chrtiens tant
de mariages fournir un si petit nombre de citoyens. Le divorce est
aboli: les mariages mal assortis ne se raccommodent plus; les femmes
ne passent plus, comme chez les Romains, successivement dans les
mains de plusieurs maris, qui en tiroient, dans le chemin, le
meilleur parti qu'il toit possible.

J'ose le dire: si, dans une rpublique comme Lacdmone, o les
citoyens toient sans cesse gns par des lois singulires et
subtiles, et dans laquelle il n'y avoit qu'une famille, qui toit la
rpublique, il avoit t tabli que les maris changeassent de femme
tous les ans, il en seroit n un peuple innombrable.

Il est assez difficile de faire bien comprendre la raison qui a
port les chrtiens  abolir le divorce. Le mariage, chez toutes les
nations du monde, est un contrat susceptible de toutes les
conventions, et on n'en a d bannir que celles qui auroient pu en
affoiblir l'objet; mais les chrtiens ne le regardent pas dans ce
point de vue: aussi ont-ils bien de la peine  dire ce que c'est.
Ils ne le font pas consister dans le plaisir des sens; au contraire,
comme je te l'ai dj dit, il semble qu'ils veulent l'en bannir
autant qu'ils le peuvent: mais c'est une image, une figure, et
quelque chose de mystrieux, que je ne comprends point.

    De Paris, le 19 de la lune de Chahban, 1718.




LETTRE CXVIII.

USBEK AU MME.


La prohibition du divorce n'est pas la seule cause de la
dpopulation des pays chrtiens: le grand nombre d'eunuques qu'ils
ont parmi eux n'en est pas une moins considrable.

Je parle des prtres et des dervis de l'un et de l'autre sexe, qui
se vouent  une continence ternelle: c'est chez les chrtiens la
vertu par excellence; en quoi je ne les comprends pas, ne sachant ce
que c'est qu'une vertu dont il ne rsulte rien.

Je trouve que leurs docteurs se contredisent manifestement quand ils
disent que le mariage est saint, et que le clibat, qui lui est
oppos, l'est encore davantage, sans compter qu'en fait de prceptes
et de dogmes fondamentaux, le bien est toujours le mieux.

Le nombre de ces gens faisant profession de clibat est prodigieux.
Les pres y condamnoient autrefois les enfants ds le berceau;
aujourd'hui ils s'y vouent eux-mmes ds l'ge de quatorze ans: ce
qui revient  peu prs  la mme chose.

Ce mtier de continence a ananti plus d'hommes que les pestes et
les guerres les plus sanglantes n'ont jamais fait. On voit dans
chaque maison religieuse une famille ternelle, o il ne nat
personne, et qui s'entretient aux dpens de toutes les autres. Ces
maisons sont toujours ouvertes, comme autant de gouffres o
s'ensevelissent les races futures.

Cette politique est bien diffrente de celle des Romains, qui
tablissoient des lois pnales contre ceux qui se refusoient aux
lois du mariage, et vouloient jouir d'une libert si contraire 
l'utilit publique.

Je ne te parle ici que des pays catholiques. Dans la religion
protestante, tout le monde est en droit de faire des enfants: elle
ne souffre ni prtres ni dervis; et si, dans l'tablissement de
cette religion qui ramenoit tout aux premiers temps, ses fondateurs
n'avoient t accuss sans cesse d'intemprance, il ne faut pas
douter qu'aprs avoir rendu la pratique du mariage universelle, ils
n'en eussent encore adouci le joug, et achev d'ter toute la
barrire qui spare, en ce point, le Nazaren et Mahomet.

Mais, quoi qu'il en soit, il est certain que la religion donne aux
protestants un avantage infini sur les catholiques.

J'ose le dire: dans l'tat prsent o est l'Europe, il n'est pas
possible que la religion catholique y subsiste cinq cents ans.

Avant l'abaissement de la puissance d'Espagne, les catholiques
toient beaucoup plus forts que les protestants. Ces derniers sont
peu  peu parvenus  un quilibre, et aujourd'hui la balance
commence  l'emporter de leur ct. Cette supriorit augmentera
tous les jours: les protestants deviendront plus riches et plus
puissants, et les catholiques plus foibles.

Les pays protestants doivent tre, et sont rellement, plus peupls
que les catholiques: d'o il suit, premirement, que les tributs y
sont plus considrables, parce qu'ils augmentent  proportion de
ceux qui les payent; secondement, que les terres y sont mieux
cultives; enfin que le commerce y fleurit davantage, parce qu'il y
a plus de gens qui ont une fortune  faire, et qu'avec plus de
besoins on y a plus de ressources pour les remplir. Quand il n'y a
que le nombre de gens suffisants pour la culture des terres, il faut
que le commerce prisse; et lorsqu'il n'y a que celui qui est
ncessaire pour entretenir le commerce, il faut que la culture des
terres manque, c'est--dire il faut que tous les deux tombent en
mme temps, parce que l'on ne s'attache jamais  l'un, que ce ne
soit aux dpens de l'autre.

Quant aux pays catholiques, non seulement la culture des terres y
est abandonne, mais mme l'industrie y est pernicieuse; elle ne
consiste qu' apprendre cinq ou six mots d'une langue morte. Ds
qu'un homme a cette provision par devers lui, il ne doit plus
s'embarrasser de sa fortune: il trouve dans le clotre une vie
tranquille, qui dans le monde lui auroit cot des sueurs et des
peines.

Ce n'est pas tout: les dervis ont en leurs mains presque toutes les
richesses de l'tat; c'est une socit de gens avares, qui prennent
toujours, et ne rendent jamais: ils accumulent sans cesse des
revenus pour acqurir des capitaux. Tant de richesses tombent, pour
ainsi dire, en paralysie; plus de circulation, plus de commerce,
plus d'arts, plus de manufactures.

Il n'y a point de prince protestant qui ne lve sur ses peuples dix
fois plus d'impts que le pape n'en lve sur ses sujets; cependant
ces derniers sont misrables, pendant que les autres vivent dans
l'opulence. Le commerce ranime tout chez les uns, et le monachisme
porte la mort partout chez les autres.

    De Paris, le 26 de la lune de Chahban, 1718.




LETTRE CXIX.

USBEK AU MME.


Nous n'avons plus rien  dire de l'Asie et de l'Europe; passons 
l'Afrique. On ne peut gure parler que de ses ctes, parce qu'on
n'en connot pas l'intrieur.

Celles de Barbarie, o la religion mahomtane est tablie, ne sont
plus si peuples qu'elles toient du temps des Romains, par les
raisons que nous avons dj dites. Quant aux ctes de la Guine,
elles doivent tre furieusement dgarnies depuis deux cents ans que
les petits rois, ou chefs de villages, vendent leurs sujets aux
princes d'Europe, pour les porter dans leurs colonies en Amrique.

Ce qu'il y a de singulier, c'est que cette Amrique, qui reoit tous
les ans tant de nouveaux habitants, est elle-mme dserte, et ne
profite point des pertes continuelles de l'Afrique. Ces esclaves,
qu'on transporte dans un autre climat, y prissent par milliers; et
les travaux des mines, o l'on occupe sans cesse et les naturels du
pays et les trangers, les exhalaisons malignes qui en sortent, le
vif-argent dont il faut faire un continuel usage, les dtruisent
sans ressource.

Il n'y a rien de si extravagant que de faire prir un nombre
innombrable d'hommes pour tirer du fond de la terre l'or et
l'argent, ces mtaux d'eux-mmes absolument inutiles, et qui ne sont
des richesses que parce qu'on les a choisis pour en tre les signes.

    De Paris, le dernier de la lune de Chahban, 1718.




LETTRE CXX.

USBEK AU MME.


La fcondit d'un peuple dpend quelquefois des plus petites
circonstances du monde: de manire qu'il ne faut souvent qu'un
nouveau tour dans son imagination pour le rendre beaucoup plus
nombreux qu'il n'toit.

Les Juifs, toujours extermins et toujours renaissants, ont rpar
leurs pertes et leurs destructions continuelles, par cette seule
esprance qu'ont parmi eux toutes les familles, d'y voir natre un
roi puissant qui sera le matre de la terre.

Les anciens rois de Perse n'avoient tant de milliers de sujets qu'
cause de ce dogme de la religion des mages, que les actes les plus
agrables  Dieu que les hommes puissent faire, c'toit de faire un
enfant, labourer un champ, et planter un arbre.

Si la Chine a dans son sein un peuple si prodigieux, cela ne vient
que d'une certaine manire de penser: car, comme les enfants
regardent leurs pres comme des dieux, qu'ils les respectent comme
tels ds cette vie, qu'ils les honorent aprs leur mort par des
sacrifices dans lesquels ils croient que leurs mes, ananties dans
le Tyen, reprennent une nouvelle vie, chacun est port  augmenter
une famille si soumise dans cette vie, et si ncessaire dans
l'autre.

D'un autre ct, les pays des mahomtans deviennent tous les jours
dserts,  cause d'une opinion qui, toute sainte qu'elle est, ne
laisse pas d'avoir des effets trs-pernicieux lorsqu'elle est
enracine dans les esprits. Nous nous regardons comme des voyageurs
qui ne doivent penser qu' une autre patrie; les travaux utiles et
durables, les soins pour assurer la fortune de nos enfants, les
projets qui tendent au del d'une vie courte et passagre, nous
paroissent quelque chose d'extravagant. Tranquilles pour le prsent,
sans inquitude pour l'avenir, nous ne prenons la peine ni de
rparer les difices publics, ni de dfricher les terres incultes,
ni de cultiver celles qui sont en tat de recevoir nos soins: nous
vivons dans une insensibilit gnrale, et nous laissons tout faire
 la providence.

C'est un esprit de vanit qui a tabli chez les Europens l'injuste
droit d'anesse, si dfavorable  la propagation, en ce qu'il porte
l'attention d'un pre sur un seul de ses enfants, et dtourne ses
yeux de tous les autres; en ce qu'il l'oblige, pour rendre solide la
fortune d'un seul, de s'opposer  l'tablissement de plusieurs;
enfin en ce qu'il dtruit l'galit des citoyens, qui en fait toute
l'opulence.

    De Paris, le 4 de la lune de Rhamazan, 1718.




LETTRE CXXI.

USBEK AU MME.


Les pays habits par les sauvages sont ordinairement peu peupls,
par l'loignement qu'ils ont presque tous pour le travail et la
culture de la terre. Cette malheureuse aversion est si forte que,
lorsqu'ils font quelque imprcation contre quelqu'un de leurs
ennemis, ils ne lui souhaitent autre chose que d'tre rduit 
labourer un champ, croyant qu'il n'y a que la chasse et la pche qui
soit un exercice noble et digne d'eux.

Mais, comme il y a souvent des annes o la chasse et la pche
rendent trs-peu, ils sont dsols par des famines frquentes; sans
compter qu'il n'y a pas de pays si abondant en gibier et en poisson
qui puisse donner la subsistance  un grand peuple, parce que les
animaux fuient toujours les endroits trop habits.

D'ailleurs, les bourgades de sauvages, au nombre de deux ou trois
cents habitants, isoles les unes des autres, ayant des intrts
aussi spars que ceux de deux empires, ne peuvent pas se soutenir,
parce qu'elles n'ont pas la ressource des grands tats, dont toutes
les parties se rpondent et se secourent mutuellement.

Il y a chez les sauvages une autre coutume qui n'est pas moins
pernicieuse que la premire: c'est la cruelle habitude o sont les
femmes de se faire avorter, afin que leur grossesse ne les rende pas
dsagrables  leurs maris.

Il y a ici des lois terribles contre ce dsordre; elles vont jusqu'
la fureur. Toute fille qui n'a point t dclarer sa grossesse au
magistrat est punie de mort si son fruit prit: la pudeur et la
honte, les accidents mme, ne l'excusent jamais.

    De Paris, le 9 de la lune de Rhamazan, 1718.




LETTRE CXXII.

USBEK AU MME.


L'effet ordinaire des colonies est d'affoiblir les pays d'o on les
tire, sans peupler ceux o on les envoie.

Il faut que les hommes restent o ils sont: il y a des maladies qui
viennent de ce qu'on change un bon air contre un mauvais; d'autres
qui viennent prcisment de ce qu'on en change.

L'air se charge, comme les plantes, des particules de la terre de
chaque pays. Il agit tellement sur nous, que notre temprament en
est fix. Lorsque nous sommes transports dans un autre pays, nous
devenons malades. Les liquides tant accoutums  une certaine
consistance, les solides  une certaine disposition, tous les deux,
 un certain degr de mouvement, n'en peuvent plus souffrir
d'autres, et ils rsistent  un nouveau pli.

Quand un pays est dsert, c'est un prjug de quelque vice
particulier de la nature du climat: ainsi, quand on te les hommes
d'un ciel heureux pour les envoyer dans un tel pays, on fait
prcisment le contraire de ce qu'on se propose.

Les Romains savoient cela par exprience; ils relguoient tous les
criminels en Sardaigne, et ils y faisoient passer des Juifs. Il
fallut se consoler de leur perte; chose que le mpris qu'ils avoient
pour ces misrables rendoit trs-facile.

Le grand Cha-Abas, voulant ter aux Turcs, le moyen d'entretenir de
grosses armes sur les frontires, transporta presque tous les
Armniens hors de leur pays, et en envoya plus de vingt mille
familles dans la province de Guilan, qui prirent presque toutes en
trs-peu de temps.

Tous les transports de peuples faits  Constantinople n'ont jamais
russi.

Ce nombre prodigieux de ngres dont nous avons parl n'a point
rempli l'Amrique.

Depuis la destruction des Juifs sous Adrien, la Palestine est sans
habitants.

Il faut donc avouer que les grandes destructions sont presque
irrparables, parce qu'un peuple qui manque  un certain point reste
dans le mme tat; et si, par hasard il se rtablit, il faut des
sicles pour cela.

Que si, dans un tat de dfaillance, la moindre des circonstances
dont nous avons parl vient  concourir, non-seulement il ne se
rpare pas, mais il dprit tous les jours, et tend  son
anantissement.

L'expulsion des Maures d'Espagne se fait encore sentir comme le
premier jour: bien loin que ce vide se remplisse, il devient tous
les jours plus grand.

Depuis la dvastation de l'Amrique, les Espagnols, qui ont pris la
place de ses anciens habitants, n'ont pu la repeupler; au contraire,
par une fatalit que je ferois mieux de nommer une justice divine,
les destructeurs se dtruisent eux-mmes, et se consument tous les
jours.

Les princes ne doivent donc point songer  peupler de grands pays
par des colonies. Je ne dis pas qu'elles ne russissent quelquefois;
il y a des climats si heureux, que l'espce s'y multiplie toujours:
tmoin ces les[E] qui ont t peuples par des malades que quelques
vaisseaux y avoient abandonns, et qui y recouvroient aussitt la
sant.

[Note E: L'auteur parle peut-tre de l'le de Bourbon.]

Mais quand ces colonies russiroient, au lieu d'augmenter la
puissance, elles ne feroient que la partager,  moins qu'elles
n'eussent trs-peu d'tendue, comme sont celles que l'on envoie pour
occuper quelque place pour le commerce.

Les Carthaginois avoient, comme les Espagnols, dcouvert l'Amrique,
ou au moins de grandes les dans lesquelles ils faisoient un
commerce prodigieux: mais quand ils virent le nombre de leurs
habitants diminuer, cette sage rpublique dfendit  ses sujets ce
commerce et cette navigation.

J'ose le dire: au lieu de faire passer les Espagnols dans les Indes,
il faudroit faire repasser les Indiens et les mtifs en Espagne; il
faudroit rendre  cette monarchie tous ses peuples disperss; et, si
la moiti seulement de ces grandes colonies se conservoit, l'Espagne
deviendroit la puissance de l'Europe la plus redoutable.

On peut comparer les empires  un arbre dont les branches trop
tendues tent tout le suc du tronc, et ne servent qu' faire de
l'ombrage.

Rien ne devrait corriger les princes de la fureur des conqutes
lointaines que l'exemple des Portugais et des Espagnols.

Ces deux nations ayant conquis, avec une rapidit inconcevable, des
royaumes immenses, plus tonnes de leurs victoires que les peuples
vaincus de leur dfaite, songrent aux moyens de les conserver, et
prirent chacune pour cela une voie diffrente.

Les Espagnols, dsesprant de retenir les nations vaincues dans la
fidlit, prirent le parti de les exterminer, et d'y envoyer
d'Espagne des peuples fidles: jamais dessein horrible ne fut plus
ponctuellement excut. On vit un peuple, aussi nombreux que tous
ceux de l'Europe ensemble, disparotre de la terre  l'arrive de
ces barbares, qui semblrent, en dcouvrant les Indes, avoir voulu
en mme temps dcouvrir aux hommes quel toit le dernier priode de
la cruaut.

Par cette barbarie, ils conservrent ce pays sous leur domination.
Juge par l combien les conqutes sont funestes, puisque les effets
en sont tels: car enfin ce remde affreux toit unique. Comment
auroient-ils pu retenir tant de millions d'hommes dans l'obissance?
Comment soutenir une guerre civile de si loin? Que seroient-ils
devenus, s'ils avoient donn le temps  ces peuples de revenir de
l'admiration o ils toient de l'arrive de ces nouveaux dieux et de
la crainte de leurs foudres?

Quant aux Portugais, ils prirent une voie tout oppose; ils
n'employrent pas les cruauts: aussi furent-ils bientt chasss de
tous les pays qu'ils avoient dcouverts. Les Hollandois favorisrent
la rbellion de ces peuples, et en profitrent.

Quel prince envieroit le sort de ces conqurants? Qui voudroit de
ces conqutes  ces conditions? Les uns en furent aussitt chasss;
les autres en firent des dserts, et rendirent de mme leur propre
pays.

C'est le destin des hros de se ruiner  conqurir des pays qu'ils
perdent soudain, ou  soumettre des nations qu'ils sont obligs
eux-mmes de dtruire; comme cet insens qui se consumoit  acheter
des statues qu'il jetoit dans la mer, et des glaces qu'il brisoit
aussitt.

    De Paris, le 18 de la lune de Rhamazan, 1718.




LETTRE CXXIII.

USBEK AU MME.


La douceur du gouvernement contribue merveilleusement  la
propagation de l'espce. Toutes les rpubliques en sont une preuve
constante; et, plus que toutes, la Suisse et la Hollande, qui sont
les deux plus mauvais pays de l'Europe, si l'on considre la nature
du terrain, et qui cependant sont les plus peupls.

Rien n'attire plus les trangers que la libert, et l'opulence qui
la suit toujours: l'une se fait rechercher par elle-mme, et les
besoins attirent dans les pays o l'on trouve l'autre.

L'espce se multiplie dans un pays o l'abondance fournit aux
enfants, sans rien diminuer de la subsistance des pres.

L'galit mme des citoyens, qui produit ordinairement de l'galit
dans les fortunes, porte l'abondance et la vie dans toutes les
parties du corps politique, et la rpand partout.

Il n'en est pas de mme des pays soumis au pouvoir arbitraire: le
prince, les courtisans, et quelques particuliers, possdent toutes
les richesses, pendant que tous les autres gmissent dans une
pauvret extrme.

Si un homme est mal  son aise, et qu'il sente qu'il fera des
enfants plus pauvres que lui, il ne se mariera pas; ou s'il se
marie, il craindra d'avoir un trop grand nombre d'enfants, qui
pourroient achever de dranger sa fortune, et qui descendroient de
la condition de leur pre.

J'avoue que le rustique ou paysan, tant une fois mari, peuplera
indiffremment, soit qu'il soit riche, soit qu'il soit pauvre; cette
considration ne le touche pas: il a toujours un hritage sr 
laisser  ses enfants, qui est son hoyau; et rien ne l'empche
jamais de suivre aveuglment l'instinct de la nature.

Mais  quoi sert dans un tat ce nombre d'enfants qui languissent
dans la misre? Ils prissent presque tous  mesure qu'ils naissent;
ils ne prosprent jamais: foibles et dbiles, ils meurent en dtail
de mille manires, tandis qu'ils sont emports en gros par les
frquentes maladies populaires, que la misre et la mauvaise
nourriture produisent toujours; ceux qui en chappent atteignent
l'ge viril sans en avoir la force, et languissent tout le reste de
leur vie.

Les hommes sont comme les plantes, qui ne croissent jamais
heureusement si elles ne sont bien cultives: chez les peuples
misrables, l'espce perd, et mme quelquefois dgnre.

La France peut fournir un grand exemple de tout ceci. Dans les
guerres passes, la crainte o toient tous les enfants de famille
qu'on ne les enrlt dans la milice les obligeoit de se marier, et
cela dans un ge trop tendre, et dans le sein de la pauvret. De
tant de mariages il naissoit bien des enfants, que l'on cherche
encore en France, et que la misre, la famine et les maladies en ont
fait disparotre.

Que si, dans un ciel aussi heureux, dans un royaume aussi polic que
la France, on fait de pareilles remarques, que sera-ce dans les
autres tats?

    De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1718.




LETTRE CXXIV.

USBEK AU MOLLAK MHMET ALI,

Gardien des trois tombeaux

A Com.


Que nous servent les jenes des immaums et les cilices des mollaks?
La main de Dieu s'est deux fois appesantie sur les enfants de la
loi, le soleil s'obscurcit, et semble n'clairer plus que leurs
dfaites; leurs armes s'assemblent, et elles sont dissipes comme
la poussire.

L'empire des Osmanlins est branl par les deux plus grands checs
qu'il ait jamais reus: un moufti chrtien ne le soutient qu'avec
peine; le grand vizir d'Allemagne est le flau de Dieu, envoy pour
chtier les sectateurs d'Omar; il porte partout la colre du ciel,
irrit contre leur rbellion et leur perfidie.

Esprit sacr des immaums, tu pleures nuit et jour sur les enfants du
prophte que le dtestable Omar a dvoys; tes entrailles s'meuvent
 la vue de leurs malheurs; tu dsires leur conversion, et non pas
leur perte; tu voudrois les voir runis sous l'tendard d'Ali, par
les larmes des saints; et non pas disperss dans les montagnes et
dans les dserts par la terreur des infidles.

    De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718.




LETTRE CXXV.

USBEK A RHDI.

A Venise.


Quel peut tre le motif de ces libralits immenses que les princes
versent sur leurs courtisans? veulent-ils se les attacher? ils leur
sont dj acquis autant qu'ils peuvent l'tre. Et d'ailleurs, s'ils
acquirent quelques-uns de leurs sujets en les achetant, il faut
bien, par la mme raison, qu'ils en perdent une infinit d'autres en
les appauvrissant.

Quand je pense  la situation des princes, toujours entours
d'hommes avides et insatiables, je ne puis que les plaindre: et je
les plains encore davantage lorsqu'ils n'ont pas la force de
rsister  des demandes toujours onreuses  ceux qui ne demandent
rien.

Je n'entends jamais parler de leurs libralits, des grces et des
pensions qu'ils accordent, que je ne me livre  mille rflexions:
une foule d'ides se prsente  mon esprit; il me semble que
j'entends publier cette ordonnance:

Le courage infatigable de quelques-uns de nos sujets  nous
demander des pensions ayant exerc sans relche notre magnificence
royale, nous avons enfin cd  la multitude des requtes qu'ils
nous ont prsentes, lesquelles ont fait jusqu'ici la plus grande
sollicitude du trne. Ils nous ont reprsent qu'ils n'ont point
manqu, depuis notre avnement  la couronne, de se trouver  notre
lever; que nous les avons toujours vus sur notre passage immobiles
comme des bornes; et qu'ils se sont extrmement levs pour
regarder, sur les paules les plus hautes, notre srnit. Nous
avons mme reu plusieurs requtes de la part de quelques personnes
du beau sexe, qui nous ont suppli de faire attention qu'il toit
notoire qu'elles sont d'un entretien trs-difficile; quelques-unes
mme trs-surannes nous ont pri, branlant la tte, de faire
attention qu'elles ont fait l'ornement de la cour des rois nos
prdcesseurs; et que, si les gnraux de leurs armes ont rendu
l'tat redoutable par leurs faits militaires, elles n'ont point
rendu la cour moins clbre par leurs intrigues. Ainsi, dsirant
traiter les suppliants avec bont, et leur accorder toutes leurs
prires, nous avons ordonn ce qui suit:

Que tout laboureur ayant cinq enfants retranchera journellement la
cinquime partie du pain qu'il leur donne. Enjoignons aux pres de
famille de faire la diminution, sur chacun d'eux, aussi juste que
faire se pourra.

Dfendons expressment  tous ceux qui s'appliquent  la culture de
leurs hritages, ou qui les ont donns  titre de ferme, d'y faire
aucune rparation, de quelque espce qu'elle soit.

Ordonnons que toutes personnes qui s'exercent  des travaux vils et
mcaniques, lesquelles n'ont jamais t au lever de notre majest,
n'achtent dsormais d'habits,  eux,  leurs femmes et  leurs
enfants, que de quatre ans en quatre ans; leur interdisons en outre
trs-troitement ces petites rjouissances qu'ils avoient coutume de
faire, dans leurs familles, les principales ftes de l'anne.

Et, d'autant que nous demeurons averti que la plupart des bourgeois
de nos bonnes villes sont entirement occups  pourvoir 
l'tablissement de leurs filles, lesquelles ne se sont rendues
recommandables, dans notre tat, que par une triste et ennuyeuse
modestie, nous ordonnons qu'ils attendront  les marier, jusqu' ce
qu'ayant atteint l'ge limit par les ordonnances, elles viennent 
les y contraindre. Dfendons  nos magistrats de pourvoir 
l'ducation de leurs enfants.

    De Paris, le 1er de la lune de Chalval, 1718.




LETTRE CXXVI.

RICA A ***.


On est bien embarrass dans toutes les religions, quand il s'agit de
donner une ide des plaisirs qui sont destins  ceux qui ont bien
vcu. On pouvante facilement les mchants par une longue suite de
peines, dont on les menace: mais, pour les gens vertueux, on ne sait
que leur promettre. Il semble que la nature des plaisirs soit d'tre
d'une courte dure; l'imagination a peine  en reprsenter d'autres.

J'ai vu des descriptions du paradis, capables d'y faire renoncer
tous les gens de bon sens: les uns font jouer sans cesse de la flte
ces ombres heureuses; d'autres les condamnent au supplice de se
promener ternellement; d'autres enfin, qui les font rver l-haut
aux matresses d'ici-bas, n'ont pas cru que cent millions d'annes
fussent un terme assez long pour leur ter le got de ces
inquitudes amoureuses.

Je me souviens  ce propos d'une histoire que j'ai ou raconter  un
homme qui avoit t dans le pays du Mogol; elle fait voir que les
prtres indiens ne sont pas moins striles que les autres dans les
ides qu'ils ont des plaisirs du paradis.

Une femme qui venoit de perdre son mari vint en crmonie chez le
gouverneur de la ville lui demander permission de se brler: mais,
comme, dans les pays soumis aux mahomtans, on abolit tant qu'on
peut cette cruelle coutume, il la refusa absolument.

Lorsqu'elle vit ses prires impuissantes, elle se jeta dans un
furieux emportement. Voyez, disoit-elle, comme on est gn! Il ne
sera seulement pas permis  une pauvre femme de se brler quand elle
en a envie! A-t-on jamais vu rien de pareil? Ma mre, ma tante, mes
soeurs, se sont bien brles? Et, quand je vais demander
permission  ce maudit gouverneur, il se fche, et se met  crier
comme un enrag.

Il se trouva l, par hasard, un jeune bonze: Homme infidle, lui dit
le gouverneur, est-ce toi qui a mis dans l'esprit de cette femme
cette fureur? Non, dit-il, je ne lui ai jamais parl: mais, si elle
m'en croit, elle consommera son sacrifice; elle fera une action
agrable au dieu Brama: aussi en sera-t-elle bien rcompense; car
elle retrouvera dans l'autre monde son mari, et elle recommencera
avec lui un second mariage. Que dites-vous? dit la femme surprise.
Je retrouverai mon mari? Ah! je ne me brle pas. Il toit jaloux,
chagrin, et d'ailleurs si vieux, que, si le dieu Brama n'a point
fait sur lui quelque rforme, srement il n'a pas besoin de moi. Me
brler pour lui!... pas seulement le bout du doigt pour le retirer
du fond des enfers. Deux vieux bonzes, qui me sduisoient, et qui
savoient de quelle manire je vivois avec lui, n'avoient garde de me
tout dire: mais si le Dieu Brama n'a que ce prsent  me faire, je
renonce  cette batitude. Monsieur le gouverneur, je me fais
mahomtane. Et pour vous, dit-elle en regardant le bonze, vous
pouvez, si vous voulez, aller dire  mon mari que je me porte fort
bien.

    De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1718.




LETTRE CXXVII.

RICA A USBEK.

A ***.


Je t'attends ici demain: cependant je t'envoie tes lettres
d'Ispahan. Les miennes portent que l'ambassadeur du Grand Mogol a
reu ordre de sortir du royaume. On ajoute qu'on a fait arrter le
prince, oncle du roi, qui est charg de son ducation; qu'on l'a
fait conduire dans un chteau, o il est trs-troitement gard, et
qu'on l'a priv de tous ses honneurs. Je suis touch du sort de ce
prince, et je le plains.

Je te l'avoue, Usbek, je n'ai jamais vu couler les larmes de
personne sans en tre attendri: je sens de l'humanit pour les
malheureux, comme s'il n'y avoit qu'eux qui fussent hommes; et les
grands mme, pour lesquels je trouve dans mon coeur de la duret
quand ils sont levs, je les aime sitt qu'ils tombent.

En effet, qu'ont-ils  faire, dans la prosprit, d'une inutile
tendresse? elle approche trop de l'galit: ils aiment bien mieux du
respect, qui ne demande point de retour. Mais, sitt qu'ils sont
dchus de leur grandeur, il n'y a que nos plaintes qui puissent leur
en rappeler l'ide.

Je trouve quelque chose de bien naf, et mme de bien grand, dans
les paroles d'un prince qui, prs de tomber entre les mains de ses
ennemis, voyant ses courtisans autour de lui qui pleuroient: Je
sens, leur dit-il,  vos larmes que je suis encore votre roi.

    De Paris, le 3 de la lune de Chalval, 1718.




LETTRE CXXVIII.

RICA A IBBEN.

A Smyrne.


Tu as ou parler mille fois du fameux roi de Sude: il assigeoit
une place dans un royaume qu'on nomme la Norwge; comme il visitoit
la tranche, seul avec un ingnieur, il a reu un coup dans la tte,
dont il est mort. On a fait sur-le-champ arrter son premier
ministre: les tats se sont assembls, et l'ont condamn  perdre la
tte.

Il toit accus d'un grand crime: c'toit d'avoir calomni la
nation, et de lui avoir fait perdre la confiance de son roi: forfait
qui, selon moi, mrite mille morts.

Car enfin, si c'est une mauvaise action de noircir dans l'esprit du
prince le dernier de ses sujets, qu'est-ce, lorsque l'on noircit la
nation entire, et qu'on lui te la bienveillance de celui que la
providence a tabli pour faire son bonheur?


Je voudrois que les hommes parlassent aux rois comme les anges
parlent  notre saint prophte.

Tu sais que, dans les banquets sacrs o le seigneur des seigneurs
descend du plus sublime trne du monde pour se communiquer  ses
esclaves, je me suis fait une loi svre de captiver une langue
indocile; on ne m'a jamais vu abandonner une seule parole qui pt
tre amre au dernier de ses sujets. Quand il m'a fallu cesser
d'tre sobre, je n'ai point cess d'tre honnte homme; et, dans
cette preuve de notre fidlit, j'ai risqu ma vie, et jamais ma
vertu.

Je ne sais comment il arrive qu'il n'y a presque jamais de prince si
mchant, que son ministre ne le soit encore davantage; s'il fait
quelque action mauvaise, elle a presque toujours t suggre; de
manire que l'ambition des princes n'est jamais si dangereuse que la
bassesse d'me de ses conseillers. Mais comprends-tu qu'un homme,
qui n'est que d'hier dans le ministre, qui peut-tre n'y sera pas
demain, puisse devenir dans un moment l'ennemi de lui-mme, de sa
famille, de sa patrie, et du peuple qui natra  jamais de celui
qu'il va faire opprimer?

Un prince a des passions; le ministre les remue: c'est de ce ct-l
qu'il dirige son ministre; il n'a point d'autre but, ni n'en veut
connotre. Les courtisans le sduisent par leurs louanges; et lui le
flatte plus dangereusement par ses conseils, par les desseins qu'il
lui inspire, et par les maximes qu'il lui propose.

    De Paris, le 25 de la lune de Saphar, 1719.




LETTRE CXXIX.

RICA A USBEK.

A ***.


Je passois l'autre jour sur le Pont-Neuf avec un de mes amis: il
rencontra un homme de sa connoissance, qu'il me dit tre un
gomtre; et il n'y avoit rien qui n'y part, car il toit d'une
rverie profonde; il fallut que mon ami le tirt longtemps par la
manche, et le secout pour le faire descendre jusqu' lui; tant il
toit occup d'une courbe qui le tourmentoit peut-tre depuis plus
de huit jours. Ils se firent tous deux beaucoup d'honntets, et
s'apprirent rciproquement quelques nouvelles littraires. Ces
discours les menrent jusque sur la porte d'un caff o j'entrai
avec eux.

Je remarquai que notre gomtre y fut reu de tout le monde avec
empressement, et que les garons du caff en faisoient beaucoup plus
de cas que de deux mousquetaires qui toient dans un coin. Pour lui,
il parut qu'il se trouvoit dans un lieu agrable: car il drida un
peu son visage, et se mit  rire comme s'il n'avoit pas eu la
moindre teinture de gomtrie.

Cependant son esprit rgulier toisoit tout ce qui se disoit dans la
conversation. Il ressembloit  celui qui, dans un jardin, coupoit
avec son pe la tte des fleurs qui s'levoient au-dessus des
autres: martyr de sa justesse, il toit offens d'une saillie, comme
une vue dlicate est offense par une lumire trop vive. Rien pour
lui n'toit indiffrent, pourvu qu'il ft vrai: aussi sa
conversation toit-elle singulire. Il toit arriv ce jour-l de la
campagne avec un homme qui avoit vu un chteau superbe et des
jardins magnifiques; et il n'avoit vu, lui, qu'un btiment de
soixante pieds de long sur trente-cinq de large, et un bosquet
barlong de dix arpents: il auroit fort souhait que les rgles de la
perspective eussent t tellement observes, que les alles des
avenues eussent paru partout de mme largeur; et il auroit donn
pour cela une mthode infaillible. Il parut fort satisfait d'un
cadran qu'il y avoit dml, d'une structure fort singulire; et il
s'chauffa fort contre un savant qui toit auprs de moi, qui lui
demanda si ce cadran marquoit les heures babyloniennes. Un
nouvelliste parla du bombardement du chteau de Fontarabie; et il
nous donna soudain les proprits de la ligne que les bombes avoient
dcrite en l'air; et, charm de savoir cela, il voulut en ignorer
entirement le succs. Un homme se plaignoit d'avoir t ruin
l'hiver d'auparavant par une inondation. Ce que vous me dites l
m'est fort agrable, dit alors le gomtre: je vois que je ne me
suis pas tromp dans l'observation que j'ai faite, et qu'il est au
moins tomb sur la terre deux pouces d'eau plus que l'anne passe.

Un moment aprs il sortit, et nous le suivmes. Comme il alloit
assez vite, et qu'il ngligeoit de regarder devant lui, il fut
rencontr directement par un autre homme: ils se choqurent
rudement; et de ce coup ils rejaillirent, chacun de son ct, en
raison rciproque de leur vitesse et de leurs masses. Quand ils
furent un peu revenus de leur tourdissement, cet homme, portant la
main sur le front, dit au gomtre: Je suis bien aise que vous
m'ayez heurt; car j'ai une grande nouvelle  vous apprendre: je
viens de donner mon Horace au public. Comment! dit le gomtre, il y
a deux mille ans qu'il y est. Vous ne m'entendez pas, reprit
l'autre: c'est une traduction de cet ancien auteur, que je viens de
mettre au jour; il y a vingt ans que je m'occupe  faire des
traductions.

Quoi! monsieur, dit le gomtre, il y a vingt ans que vous ne pensez
pas! Vous parlez pour les autres, et ils pensent pour vous!
Monsieur, dit le savant, croyez-vous que je n'aie pas rendu un grand
service au public, de lui rendre la lecture des bons auteurs
familire? Je ne dis pas tout  fait cela: j'estime autant qu'un
autre les sublimes gnies que vous travestissez; mais vous ne leur
ressemblerez point; car si vous traduisez toujours, on ne vous
traduira jamais.

Les traductions sont comme ces monnoies de cuivre qui ont bien la
mme valeur qu'une pice d'or, et mme sont d'un plus grand usage
pour le peuple; mais elles sont toujours foibles et d'un mauvais
aloi.

Vous voulez, dites-vous, faire renatre parmi nous ces illustres
morts; et j'avoue que vous leur donnez bien un corps: mais vous ne
leur rendez pas la vie; il y manque toujours un esprit pour les
animer.

Que ne vous appliquez-vous plutt  la recherche de tant de belles
vrits qu'un calcul facile nous fait dcouvrir tous les jours?
Aprs ce petit conseil, ils se sparrent, je crois, trs-mcontents
l'un de l'autre,

    De Paris, le dernier de la lune de Rebiab 2, 1719.




LETTRE CXXX.

RICA A ***.


Je te parlerai dans cette lettre d'une certaine nation qu'on appelle
les nouvellistes, qui s'assemblent dans un jardin magnifique, o
leur oisivet est toujours occupe. Ils sont trs-inutiles  l'tat,
et leurs discours de cinquante ans n'ont pas un effet diffrent de
celui qu'auroit pu produire un silence aussi long: cependant ils se
croient considrables, parce qu'ils s'entretiennent de projets
magnifiques, et traitent de grands intrts.

La base de leurs conversations est une curiosit frivole et
ridicule: il n'y a point de cabinet si mystrieux qu'ils ne
prtendent pntrer; ils ne sauroient consentir  ignorer quelque
chose; ils savent combien notre auguste sultan a de femmes, combien
il fait d'enfants toutes les annes; et quoiqu'ils ne fassent aucune
dpense en espions, ils sont instruits des mesures qu'il prend pour
humilier l'empereur des Turcs et celui des Mogols.

A peine ont-ils puis le prsent, qu'ils se prcipitent dans
l'avenir; et, marchant au-devant de la providence, la prviennent
sur toutes les dmarches des hommes. Ils conduisent un gnral par
la main; et, aprs l'avoir lou de mille sottises qu'il n'a pas
faites, ils lui en prparent mille autres qu'il ne fera pas.

Ils font voler les armes comme les grues, et tomber les murailles
comme des cartons; ils ont des ponts sur toutes les rivires, des
routes secrtes dans toutes les montagnes, des magasins immenses
dans les sables brlants: il ne leur manque que le bon sens.

Il y a un homme avec qui je loge, qui reut cette lettre d'un
nouvelliste; comme elle m'a paru singulire, je la gardai; la voici:


    Monsieur,

Je me trompe rarement dans mes conjectures sur les affaires du
temps. Le 1er janvier 1711, je prdis que l'empereur Joseph mourroit
dans le cours de l'anne: il est vrai que, comme il se portoit fort
bien, je crus que je me ferois moquer de moi si je m'expliquois
d'une manire bien claire; ce qui fit que je me servis de termes un
peu nigmatiques; mais les gens qui savent raisonner m'entendirent
bien. Le 17 avril de la mme anne, il mourut de la petite vrole.

Ds que la guerre fut dclare entre l'empereur et les Turcs,
j'allai chercher nos messieurs dans tous les coins des Tuileries; je
les assemblai prs du bassin, et leur prdis qu'on feroit le sige
de Belgrade, et qu'il seroit pris. J'ai t assez heureux pour que
ma prdiction ait t accomplie. Il est vrai que, vers le milieu du
sige, je pariai cent pistoles qu'il seroit pris le 18 aot[F]; il
ne fut pris que le lendemain: peut-on perdre  si beau jeu?

[Note F: 1717.]

Lorsque je vis que la flotte d'Espagne dbarquoit en Sardaigne, je
jugeai qu'elle en ferait la conqute: je le dis, et cela se trouva
vrai. Enfl de ce succs, j'ajoutai que cette flotte victorieuse
iroit dbarquer  Final pour faire la conqute du Milans. Comme je
trouvai de la rsistance  faire recevoir cette ide, je voulus la
soutenir glorieusement: je pariai cinquante pistoles, et je les
perdis encore; car ce diable d'Alberoni, malgr la foi des traits,
envoya sa flotte en Sicile, et trompa tout  la fois deux grands
politiques, le duc de Savoie et moi.

Tout cela, monsieur, me droute si fort, que j'ai rsolu de prdire
toujours et de ne parier jamais. Autrefois nous ne connoissions
point aux Tuileries l'usage des paris, et feu M. le comte de L. ne
les souffrait gure; mais, depuis qu'une troupe de petits-matres
s'est mle parmi nous, nous ne savons plus o nous en sommes. A
peine ouvrons-nous la bouche pour dire une nouvelle, qu'un de ces
jeunes gens propose de parier contre.

L'autre jour, comme j'ouvrois mon manuscrit, et accommodois mes
lunettes sur mon nez, un de ces fanfarons, saisissant justement
l'intervalle du premier mot au second, me dit: Je parie cent
pistoles que non. Je fis semblant de n'avoir pas fait d'attention 
cette extravagance; et, reprenant la parole d'une voix plus forte,
je dis: M. le marchal de *** ayant appris... Cela est faux, me
dit-il, vous avez toujours des nouvelles extravagantes; il n'y a pas
le sens commun  tout cela. Je vous prie, monsieur, de me faire le
plaisir de me prter trente pistoles; car je vous avoue que ces
paris m'ont fort drang. Je vous envoie la copie de deux lettres
que j'ai crites au ministre. Je suis, etc.


LETTRE D'UN NOUVELLISTE AU MINISTRE.

    Monseigneur,

Je suis le sujet le plus zl que le roi ait jamais eu: c'est moi
qui obligeai un de mes amis d'excuter le projet que j'avois form
d'un livre pour dmontrer que Louis le Grand toit le plus grand de
tous les princes qui ont mrit le nom de Grand. Je travaille depuis
longtemps  un autre ouvrage qui fera encore plus d'honneur  notre
nation, si Votre Grandeur veut m'accorder un privilge: mon dessein
est de prouver que, depuis le commencement de la monarchie, les
Franois n'ont jamais t battus, et que ce que les historiens ont
dit jusqu'ici de nos dsavantages sont de vritables impostures. Je
suis oblig de les redresser en bien des occasions; et j'ose me
flatter que je brille surtout dans la critique. Je suis,
monseigneur, etc.

    Monseigneur,

Depuis la perte que nous avons faite de M. le comte de L., nous
vous supplions d'avoir la bont de nous permettre d'lire un
prsident. Le dsordre se met dans nos confrences, et les affaires
d'tat n'y sont pas traites avec la mme discussion que par le
pass; nos jeunes gens vivent absolument sans gard pour les
anciens, et entre eux sans discipline: c'est le vritable conseil de
Roboam, o les jeunes imposent aux vieillards. Nous avons beau leur
reprsenter que nous tions paisibles possesseurs des Tuileries
vingt ans avant qu'ils fussent au monde; je crois qu'ils nous en
chasseront  la fin, et qu'obligs de quitter ces lieux o nous
avons tant de fois voqu les ombres de nos hros franois, il
faudra que nous allions tenir nos confrences au Jardin du Roi ou
dans quelque lieu plus cart. Je suis...

    De Paris, le 7 de la lune de Gemmadi 2, 1719.




LETTRE CXXXI.

RHDI A RICA.

A Paris.


Une des choses qui a le plus exerc ma curiosit en arrivant en
Europe, c'est l'histoire et l'origine des rpubliques. Tu sais que
la plupart des Asiatiques n'ont pas seulement d'ide de cette sorte
de gouvernement, et que l'imagination ne les a pas servis jusqu'
leur faire comprendre qu'il puisse y en avoir sur la terre d'autre
que le despotique.

Les premiers gouvernements du monde furent monarchiques: ce ne fut
que par hasard et par la succession des sicles que les rpubliques
se formrent.

La Grce ayant t abme par un dluge, de nouveaux habitants
vinrent la peupler: elle tira presque toutes ses colonies d'gypte
et des contres de l'Asie les plus voisines; et, comme ces pays
toient gouverns par des rois, les peuples qui en sortirent furent
gouverns de mme. Mais la tyrannie de ces princes devenant trop
pesante, on secoua le joug; et du dbris de tant de royaumes
s'levrent ces rpubliques qui firent si fort fleurir la Grce,
seule polie au milieu des barbares.

L'amour de la libert, la haine des rois, conserva longtemps la
Grce dans l'indpendance, et tendit au loin le gouvernement
rpublicain. Les villes grecques trouvrent des allies dans l'Asie
mineure: elles y envoyrent des colonies aussi libres qu'elles, qui
leur servirent de remparts contre les entreprises des rois de Perse.
Ce n'est pas tout: la Grce peupla l'Italie; l'Italie, l'Espagne, et
peut-tre les Gaules. On sait que cette grande Hesprie, si fameuse
chez les anciens, toit au commencement la Grce, que ses voisins
regardoient comme un sjour de flicit: les Grecs qui ne trouvoient
point chez eux ce pays heureux, l'allrent chercher en Italie; ceux
de l'Italie, en Espagne; ceux d'Espagne, dans la Btique ou le
Portugal: de manire que toutes ces rgions portrent ce nom chez
les anciens. Ces colonies grecques apportrent avec elles un esprit
de libert qu'elles avoient pris dans ce doux pays. Ainsi, on ne
voit gure, dans ces temps reculs, de monarchies dans l'Italie,
l'Espagne, les Gaules. On verra bientt que les peuples du Nord et
d'Allemagne n'toient pas moins libres: et, si l'on trouve des
vestiges de quelque royaut parmi eux, c'est qu'on a pris pour des
rois les chefs des armes ou des rpubliques.

Tout ceci se passoit en Europe: car, pour l'Asie et l'Afrique, elles
ont toujours t accables sous le despotisme, si vous en exceptez
quelques villes de l'Asie mineure dont nous avons parl, et la
rpublique de Carthage en Afrique.

Le monde fut partag entre deux puissantes rpubliques: celle de
Rome et celle de Carthage. Il n'y a rien de si connu que les
commencements de la rpublique romaine, et rien qui le soit si peu
que l'origine de celle de Carthage. On ignore absolument la suite
des princes africains depuis Didon, et comment ils perdirent leurs
puissance. C'et t un grand bonheur pour le monde que
l'agrandissement prodigieux de la rpublique romaine, s'il n'y avoit
pas eu cette diffrence injuste entre les citoyens romains et les
peuples vaincus; si l'on avoit donn au gouverneur des provinces une
autorit moins grande; si les lois si saintes pour empcher leur
tyrannie avoient t observes, et s'ils ne s'toient pas servis,
pour les faire taire, des mmes trsors que leur injustice avoit
amasss.

Il semble que la libert soit faite pour le gnie des peuples
d'Europe, et la servitude pour celui des peuples d'Asie. C'est en
vain que les Romains offrirent aux Cappadociens ce prcieux trsor:
cette nation lche le refusa, et elle courut  la servitude avec le
mme empressement que les autres peuples couroient  la libert.

Csar opprima la rpublique romaine, et la soumit  un pouvoir
arbitraire.

L'Europe gmit longtemps sous un gouvernement militaire et violent,
et la douceur romaine fut change en une cruelle oppression.

Cependant une infinit de nations inconnues sortirent du Nord, se
rpandirent comme des torrents dans les provinces romaines; et,
trouvant autant de facilit  faire des conqutes qu' exercer leurs
pirateries, les dmembrrent et en firent des royaumes. Ces peuples
toient libres et ils bornoient si fort l'autorit de leurs rois,
qu'ils n'toient proprement que des chefs ou des gnraux. Ainsi ces
royaumes, quoique fonds par la force, ne sentirent point le joug du
vainqueur. Lorsque les peuples d'Asie, comme les Turcs et les
Tartares, firent des conqutes, soumis  la volont d'un seul, ils
ne songrent qu' lui donner de nouveaux sujets, et  tablir par
les armes son autorit violente: mais les peuples du Nord, libres
dans leur pays, s'emparant des provinces romaines, ne donnrent
point  leurs chefs une grande autorit. Quelques-uns mme de ces
peuples, comme les Vandales en Afrique, les Goths en Espagne,
dposoient leurs rois ds qu'ils n'en toient pas satisfaits; et,
chez les autres, l'autorit du prince toit borne de mille manires
diffrentes: un grand nombre de seigneurs la partageoient avec lui;
les guerres n'toient entreprises que de leur consentement; les
dpouilles toient partages entre le chef et les soldats; aucun
impt en faveur du prince; les lois toient faites dans les
assembles de la nation. Voil le principe fondamental de tous ces
tats, qui se formrent des dbris de l'empire romain.

    De Venise, le 20 de la lune de Rhgeb, 1719.




LETTRE CXXXII.

RICA A ***.


Je fus, il y a cinq ou six mois, dans un caff; j'y remarquai un
gentilhomme assez bien mis qui se faisoit couter: il parloit du
plaisir qu'il y avoit de vivre  Paris; il dploroit sa situation
d'tre oblig de vivre dans la province. J'ai, dit-il, quinze mille
livres de rente en fonds de terre, et je me croirois plus heureux si
j'avois le quart de ce bien-l en argent et en effets portables
partout. J'ai beau presser mes fermiers, et les accabler de frais de
justice, je ne fais que les rendre plus insolvables: je n'ai jamais
pu voir cent pistoles  la fois. Si je devois dix mille francs, on
me feroit saisir toutes mes terres, et je serois  l'hpital.

Je sortis sans avoir fait grande attention  tout ce discours; mais,
me trouvant hier dans ce quartier, j'entrai dans la mme maison, et
j'y vis un homme grave, d'un visage ple et allong, qui, au milieu
de cinq ou six discoureurs, paroissoit morne et pensif, jusques  ce
que, prenant brusquement la parole: Oui, messieurs, dit-il en
haussant la voix, je suis ruin; je n'ai plus de quoi vivre; car
j'ai actuellement chez moi deux cent mille livres en billets de
banque, et cent mille cus d'argent: je me trouve dans une situation
affreuse; je me suis cru riche, et me voil  l'hpital: au moins si
j'avois seulement une petite terre o je pusse me retirer, je serois
sr d'avoir de quoi vivre; mais je n'ai pas grand comme ce chapeau
en fonds de terre.

Je tournai par hasard la tte d'un autre ct, et je vis un autre
homme qui faisoit des grimaces de possd. A qui se fier dsormais?
s'crioit-il. Il y a un tratre que je croyois si fort de mes amis
que je lui avois prt mon argent: et il me l'a rendu! quelle
perfidie horrible! Il a beau faire; dans mon esprit il sera toujours
dshonor.

Tout prs de l toit un homme trs-mal vtu, qui, levant les yeux
au ciel, disoit: Dieu bnisse les projets de nos ministres!
puiss-je voir les actions  deux mille, et tous les laquais de
Paris plus riches que leurs matres! J'eus la curiosit de demander
son nom. C'est un homme extrmement pauvre, me dit-on; aussi a-t-il
un pauvre mtier: il est gnalogiste, et il espre que son art
rendra, si les fortunes continuent; et que tous ces nouveaux riches
auront besoin de lui pour rformer leur nom, dcrasser leurs
anctres, et orner leurs carrosses; il s'imagine qu'il va faire
autant de gens de qualit qu'il voudra; il tressaille de joie de
voir multiplier ses pratiques.

Enfin, je vis entrer un vieillard ple et sec, que je reconnus pour
nouvelliste avant qu'il se ft assis; il n'toit pas du nombre de
ceux qui ont une assurance victorieuse contre tous les revers, et
prsagent toujours les victoires et les trophes: c'toit au
contraire un de ces trembleurs qui n'ont que des nouvelles tristes.
Les affaires vont bien mal du ct d'Espagne, dit-il: nous n'avons
point de cavalerie sur la frontire, et il est  craindre que le
prince Pio, qui en a un gros corps, ne fasse contribuer tout le
Languedoc. Il y avoit vis--vis de moi un philosophe assez mal en
ordre qui prenoit le nouvelliste en piti, et haussoit les paules 
mesure que l'autre haussoit la voix; je m'approchai de lui, et il me
dit  l'oreille: Vous voyez que ce fat nous entretient, il y a une
heure, de sa frayeur pour le Languedoc; et moi, j'aperus hier au
soir une tache dans le soleil, qui, si elle augmentoit, pourroit
faire tomber toute la nature en engourdissement; et je n'ai pas dit
un seul mot.

    De Paris, le 17 de la lune de Rhamazan, 1719.




LETTRE CXXXIII.

RICA A ***.


J'allai l'autre jour voir une grande bibliothque dans un couvent de
dervis, qui en sont comme les dpositaires, mais qui sont obligs
d'y laisser entrer tout le monde  certaines heures.

En entrant, je vis un homme grave qui se promenoit au milieu d'un
nombre innombrable de volumes qui l'entouroient. J'allai  lui, et
le priai de me dire quels toient quelques-uns de ces livres que je
voyois mieux relis que les autres. Monsieur, me dit-il, j'habite
ici une terre trangre: je n'y connois personne: bien des gens me
font de pareilles questions; mais vous voyez bien que je n'irai pas
lire tous ces livres pour les satisfaire; mais j'ai mon
bibliothcaire qui vous donnera satisfaction, car il s'occupe nuit
et jour  dchiffrer tout ce que vous voyez l; c'est un homme qui
n'est bon  rien, et qui nous est trs  charge, parce qu'il ne
travaille point pour le couvent. Mais j'entends l'heure du
rfectoire qui sonne. Ceux qui comme moi sont  la tte d'une
communaut doivent tre les premiers  tous les exercices. En disant
cela, le moine me poussa dehors, ferma la porte, et, comme s'il et
vol, disparut  mes yeux.

    De Paris, le 21 de la lune de Rhamazan, 1719.




LETTRE CXXXIV.

RICA AU MME.


Je retournai le lendemain  cette bibliothque, o je trouvai tout
un autre homme que celui que j'avois vu la premire fois: son air
toit simple, sa physionomie spirituelle, et son abord trs-affable.
Ds que je lui eus fait connotre ma curiosit, il se mit en devoir
de la satisfaire, et mme en qualit d'tranger, de m'instruire.

Mon pre, lui dis-je, quels sont ces gros volumes qui tiennent tout
ce ct de bibliothque? Ce sont, me dit-il, les interprtes de
l'criture. Il y en a un grand nombre! lui repartis-je; il faut que
l'criture ft bien obscure autrefois, et bien claire  prsent;
reste-t-il encore quelques doutes? peut-il y avoir des points
contests? S'il y en a, bon Dieu! s'il y en a! me rpondit-il; il y
en a presque autant que de lignes. Oui, lui dis-je! Et qu'ont donc
fait tous ces auteurs! Ces auteurs, me repartit-il, n'ont point
cherch dans l'criture ce qu'il faut croire, mais ce qu'ils croient
eux-mmes; ils ne l'ont point regarde comme un livre o toient
contenus les dogmes qu'ils devoient recevoir, mais comme un ouvrage
qui pourroit donner de l'autorit  leurs propres ides: c'est pour
cela qu'ils en ont corrompu tous les sens, et ont donn la torture 
tous les passages. C'est un pays o les hommes de toutes les sectes
font des descentes, et vont comme au pillage; c'est un champ de
bataille o les nations ennemies qui se rencontrent livrent bien des
combats, o l'on s'attaque, o l'on s'escarmouche de bien des
manires.

Tout prs de l vous voyez les livres asctiques ou de dvotion;
ensuite les livres de morale, bien plus utiles; ceux de thologie,
doublement inintelligibles, et par la matire qui y est traite, et
par la manire de la traiter; les ouvrages des mystiques,
c'est--dire des dvots qui ont le coeur tendre. Ah! mon pre, lui
dis-je, un moment; n'allez pas si vite; parlez-moi de ces mystiques.
Monsieur, dit-il, la dvotion chauffe un coeur dispos  la
tendresse, et lui fait envoyer des esprits au cerveau qui
l'chauffent de mme, d'o naissent les extases et les ravissements.
Cet tat est le dlire de la dvotion; souvent il se perfectionne,
ou plutt dgnre en quitisme: vous savez qu'un quitiste n'est
autre chose qu'un homme fou, dvot et libertin.

Voyez les casuistes, qui mettent au jour les secrets de la nuit; qui
forment dans leur imagination tous les monstres que le dmon d'amour
peut produire, les rassemblent, les comparent, et en font l'objet
ternel de leurs penses: heureux si leur coeur ne se met pas de
la partie, et ne devient pas lui-mme complice de tant d'garements
si navement dcrits et si nuement peints!

Vous voyez, monsieur, que je pense librement, et que je vous dis
tout ce que je pense. Je suis naturellement naf, et plus encore
avec vous, qui tes un tranger, qui voulez savoir les choses, et
les savoir telles qu'elles sont. Si je voulois, je ne vous parlerois
de tout ceci qu'avec admiration; je vous dirois sans cesse: Cela est
divin, cela est respectable; il y a du merveilleux. Et il en
arriveroit de deux choses l'une, ou que je vous tromperois, ou que
je me dshonorerois dans votre esprit.

Nous en restmes l; une affaire qui survint au dervis rompit notre
conversation jusqu'au lendemain.

    De Paris, le 23 de la lune de Rhamazan, 1719.




LETTRE CXXXV.

RICA AU MME.


Je revins  l'heure marque, et mon homme me mena prcisment dans
l'endroit o nous nous tions quitts. Voici, me dit-il, les
grammairiens, les glossateurs, et les commentateurs. Mon pre, lui
dis-je, tous ces gens-l ne peuvent-ils pas se dispenser d'avoir du
bon sens? Oui, dit-il, ils le peuvent; et mme il n'y parot pas,
leurs ouvrages n'en sont pas plus mauvais; ce qui est trs-commode
pour eux. Cela est vrai, lui dis-je; et je connois bien des
philosophes qui feroient bien de s'appliquer  ces sortes de
sciences-l.

Voil, poursuivit-il, les orateurs, qui ont le talent de persuader
indpendamment des raisons; et les gomtres, qui obligent un homme
malgr lui d'tre persuad, et le convainquent avec tyrannie.

Voici les livres de mtaphysique, qui traitent de si grands
intrts, et dans lesquels l'infini se rencontre partout; les livres
de physique, qui ne trouvent pas plus de merveilleux dans l'conomie
du vaste univers que dans la machine la plus simple de nos artisans;
les livres de mdecine, ces monuments de la fragilit de la nature
et de la puissance de l'art; qui font trembler quand ils traitent
des maladies mme les plus lgres, tant ils nous rendent la mort
prsente; mais qui nous mettent dans une scurit entire quand ils
parlent de la vertu des remdes, comme si nous tions devenus
immortels.

Tout prs de l sont les livres d'anatomie, qui contiennent bien
moins la description des parties du corps humain que les noms
barbares qu'on leur a donns: chose qui ne gurit ni le malade de
son mal, ni le mdecin de son ignorance.

Voici la chimie, qui habite tantt l'hpital et tantt les
petites-maisons, comme des demeures qui lui sont galement propres.

Voici les livres de science, ou plutt d'ignorance occulte: tels
sont ceux qui contiennent quelque espce de diablerie; excrables
selon la plupart des gens; pitoyables selon moi. Tels sont encore
les livres d'astrologie judiciaire. Que dites-vous, mon pre? Les
livres d'astrologie judiciaire, repartis-je avec feu! Et ce sont
ceux dont nous faisons plus de cas en Perse: ils rglent toutes les
actions de notre vie, et nous dterminent dans toutes nos
entreprises; les astrologues sont proprement nos directeurs; ils
font plus, ils entrent dans le gouvernement de l'tat. Si cela est,
me dit-il, vous vivez sous un joug bien plus dur que celui de la
raison: voil ce qui s'appelle le plus trange de tous les empires;
je plains bien une famille, et encore plus une nation, qui se laisse
si fort dominer par les plantes. Nous nous servons, lui
repartis-je, de l'astrologie, comme vous vous servez de l'algbre.
Chaque nation a sa science, selon laquelle elle rgle sa politique:
tous les astrologues ensemble n'ont jamais fait tant de sottises en
notre Perse qu'un seul de vos algbristes en a fait ici. Croyez-vous
que le concours fortuit des astres ne soit pas une rgle aussi sre
que les beaux raisonnements de votre faiseur de systme? Si l'on
comptoit les voix l-dessus en France et en Perse, ce seroit un beau
sujet de triomphe pour l'astrologie; vous verriez les mathmaticiens
bien humilis: quel accablant corollaire en pourroit-on tirer contre
eux!

Notre dispute fut interrompue, et il fallut nous quitter.

    De Paris, le 26 de la lune de Rhamazan, 1719.




LETTRE CXXXVI.

RICA AU MME.


Dans l'entrevue suivante, mon savant me mena dans un cabinet
particulier. Voici les livres d'histoire moderne, me dit-il. Voyez
premirement les historiens de l'glise et des papes; livres que je
lis pour m'difier, et qui font souvent en moi un effet tout
contraire.

L, ce sont ceux qui ont crit de la dcadence du formidable empire
romain, qui s'toit form du dbris de tant de monarchies, et sur la
chute duquel il s'en forma tant de nouvelles. Un nombre infini de
peuples barbares, aussi inconnus que les pays qu'ils habitoient,
parurent tout  coup, l'inondrent, le ravagrent, le dpecrent, et
fondrent tous les royaumes que vous voyez  prsent en Europe. Ces
peuples n'toient point proprement barbares, puisqu'ils toient
libres: mais ils le sont devenus depuis que, soumis pour la plupart
 une puissance absolue, ils ont perdu cette douce libert si
conforme  la raison,  l'humanit, et  la nature.

Vous voyez ici les historiens de l'Allemagne, laquelle n'est qu'une
ombre du premier empire, mais qui est, je crois, la seule puissance
qui soit sur la terre, que la division n'a point affoiblie; la
seule, je crois encore, qui se fortifie  mesure de ses pertes; et
qui, lente  profiter des succs, devient indomptable par ses
dfaites.

Voici les historiens de France, o l'on voit d'abord la puissance
des rois se former, mourir deux fois, renatre de mme, languir
ensuite pendant plusieurs sicles; mais, prenant insensiblement des
forces, accrue de toutes parts, monter  son dernier priode:
semblable  ces fleuves qui dans leur course perdent leurs eaux, ou
se cachent sous terre; puis reparoissant de nouveau, grossis par les
rivires qui s'y jettent, entranent avec rapidit tout ce qui
s'oppose  leur passage.

L, vous voyez la nation espagnole sortir de quelques montagnes: les
princes mahomtans subjugus aussi insensiblement qu'ils avoient
rapidement conquis; tant de royaumes runis dans une vaste
monarchie, qui devint presque la seule; jusqu' ce qu'accable de sa
fausse opulence, elle perdit sa force et sa rputation mme, et ne
conserva que l'orgueil de sa premire puissance.

Ce sont ici les historiens d'Angleterre, o l'on voit la libert
sortir sans cesse des feux de la discorde et de la sdition; le
prince toujours chancelant sur un trne inbranlable; une nation
impatiente, sage dans sa fureur mme; et qui, matresse de la mer
(chose inoue jusqu'alors), mle le commerce avec l'empire.

Tout prs de l sont les historiens de cette autre reine de la mer,
la rpublique de Hollande, si respecte en Europe, et si formidable
en Asie, o ses ngociants voient tant de rois prosterns devant
eux.

Les historiens d'Italie vous reprsentent une nation autrefois
matresse du monde, aujourd'hui esclave de toutes les autres; ses
princes diviss et foibles, et sans autre attribut de souverainet
qu'une vaine politique.

Voil les historiens des rpubliques: de la Suisse, qui est l'image
de sa libert; de Venise, qui n'a de ressources qu'en son conomie;
et de Gnes, qui n'est superbe que par ses btiments.

Voici ceux du nord, et entre autres de la Pologne, qui use si mal de
sa libert et du droit qu'elle a d'lire ses rois, qu'il semble
qu'elle veuille consoler par l les peuples ses voisins, qui ont
perdu l'un et l'autre.

L-dessus, nous nous sparmes jusqu'au lendemain.

    De Paris, le 2 de la lune de Chalval, 1719.




LETTRE CXXXVII.

RICA AU MME.


Le lendemain, il me mena dans un autre cabinet. Ce sont ici les
potes, me dit-il; c'est--dire ces auteurs dont le mtier est de
mettre des entraves au bon sens, et d'accabler la raison sous les
agrments comme on ensevelissoit autrefois les femmes sous leurs
parures et leurs ornements. Vous les connoissez; ils ne sont pas
rares chez les Orientaux, o le soleil, plus ardent, semble
chauffer les imaginations mmes.

Voil les pomes piques. H! qu'est-ce que les pomes piques? En
vrit, me dit-il, je n'en sais rien; les connoisseurs disent qu'on
n'en a jamais fait que deux, et que les autres qu'on donne sous ce
nom ne le sont point: c'est aussi ce que je ne sais pas. Ils disent
de plus qu'il est impossible d'en faire de nouveaux; et cela est
encore plus surprenant.

Voici les potes dramatiques, qui, selon moi, sont les potes par
excellence, et les matres des passions. Il y en a de deux sortes:
les comiques, qui nous remuent si doucement; et les tragiques, qui
nous troublent et nous agitent avec tant de violence.

Voici les lyriques, que je mprise autant que je fais cas des
autres, et qui font de leur art une harmonieuse extravagance.

On voit ensuite les auteurs des idylles et des glogues, qui
plaisent mme aux gens de cour, par l'ide qu'ils leur donnent d'une
certaine tranquillit qu'ils n'ont pas, et qu'ils leur montrent dans
la condition des bergers.

De tous les auteurs que nous avons vus, voici les plus dangereux: ce
sont ceux qui aiguisent les pigrammes, qui sont de petites flches
dlies qui font une plaie profonde et inaccessible aux remdes.

Vous voyez ici les romans, qui sont des espces de potes, et qui
outrent galement le langage de l'esprit et celui du coeur; qui
passent leur vie  chercher la nature, et la manquent toujours; et
qui font des hros, qui y sont aussi trangers que les dragons ails
et les hippocentaures.

J'ai vu, lui dis-je, quelques-uns de vos romans: et, si vous voyiez
les ntres, vous en seriez encore plus choqu. Il sont aussi peu
naturels, et d'ailleurs extrmement gns par nos moeurs: il faut
dix annes de passion avant qu'un amant ait pu voir seulement le
visage de sa matresse. Cependant les auteurs sont forcs de faire
passer les lecteurs dans ces ennuyeux prliminaires. Or, il est
impossible que les incidents soient varis: on a recours  un
artifice pire que le mal mme qu'on veut gurir; c'est aux prodiges.
Je suis sr que vous ne trouverez pas bon qu'une magicienne fasse
sortir une arme de dessous terre; qu'un hros lui seul en dtruise
une de cent mille hommes. Cependant voil nos romans: ces aventures
froides et souvent rptes nous font languir, et ces prodiges
extravagants nous rvoltent.

    De Paris, le 6 de la lune de Chalval, 1719.




LETTRE CXXXVIII.

RICA A IBBEN.

A Smyrne.


Les ministres se succdent et se dtruisent ici comme les saisons:
depuis trois ans j'ai vu changer quatre fois de systme sur les
finances. On lve aujourd'hui, en Perse et en Turquie, les subsides
de la mme manire que les fondateurs de ces monarchies les
levoient: il s'en faut bien qu'il en soit ici de mme. Il est vrai
que nous n'y mettons pas tant d'esprit que les Occidentaux: nous
croyons qu'il n'y a pas plus de diffrence entre l'administration
des revenus du prince et de ceux d'un particulier qu'il y en a entre
compter cent mille tomans ou en compter cent. Mais il y a ici bien
plus de finesse et de mystre. Il faut que de grands gnies
travaillent nuit et jour; qu'ils enfantent sans cesse, et avec
douleur, de nouveaux projets; qu'ils coutent les avis d'une
infinit de gens qui travaillent pour eux sans en tre pris; qu'ils
se retirent et vivent dans le fond d'un cabinet impntrable aux
grands et sacr aux petits; qu'ils aient toujours la tte remplie de
secrets importants, de desseins miraculeux, de systmes nouveaux; et
qu'absorbs dans les mditations, ils soient privs non-seulement de
l'usage de la parole, mais mme quelquefois de la politesse.

Ds que le feu roi eut ferm les yeux, on pensa  tablir une
nouvelle administration. On sentoit qu'on toit mal, mais ne savoit
comment faire pour tre mieux. On s'toit mal trouv de l'autorit
sans bornes des ministres prcdents: on la voulut partager. On cra
pour cet effet six ou sept conseils; et ce ministre est peut-tre
celui de tous qui a gouvern la France avec plus de sens: la dure
en fut courte, aussi bien que celle du bien qu'il produisit.

La France,  la mort du feu roi, toit un corps accabl de mille
maux: N*** prit le fer  la main, retrancha les chairs inutiles, et
appliqua quelques remdes topiques; mais il restoit toujours un vice
intrieur  gurir. Un tranger est venu, qui a entrepris cette
cure. Aprs bien des remdes violents, il a cru lui avoir rendu son
embonpoint; et il l'a seulement rendue bouffie.

Tous ceux qui toient riches il y a six mois sont  prsent dans la
pauvret, et ceux qui n'avoient pas de pain regorgent de richesses.
Jamais ces deux extrmits ne se sont touches de si prs.
L'tranger a tourn l'tat comme un fripier tourne un habit: il fait
parotre dessus ce qui toit dessous; et ce qui toit dessus, il le
met  l'envers. Quelles fortunes inespres, incroyables mme  ceux
qui les ont faites! Dieu ne tire pas plus rapidement les hommes du
nant. Que de valets servis par leurs camarades, et peut-tre demain
par leurs matres!

Tout ceci produit souvent des choses bizarres. Les laquais qui
avoient fait fortune sous le rgne pass vantent aujourd'hui leur
naissance: ils rendent  ceux qui viennent de quitter leur livre
dans une certaine rue tout le mpris qu'on avoit pour eux il y a six
mois; ils crient de toute leur force: La noblesse est ruine, quel
dsordre dans l'tat! quelle confusion dans les rangs! On ne voit
que des inconnus faire fortune! Je te promets que ceux-ci prendront
bien leur revanche sur ceux qui viendront aprs eux; et que, dans
trente ans, ces gens de qualit feront bien du bruit.

    De Paris, le 1er de la lune de Zilcad, 1720.




LETTRE CXXXIX.

RICA AU MME.


Voici un grand exemple de la tendresse conjugale, non-seulement dans
une femme, mais dans une reine. La reine de Sude, voulant  toute
force associer le prince son poux  la couronne, pour aplanir
toutes les difficults, a envoy aux tats une dclaration par
laquelle elle se dsiste de la rgence, en cas qu'il soit lu.

Il y a soixante et quelques annes qu'une autre reine, nomme
Christine, abdiqua la couronne pour se donner tout entire  la
philosophie. Je ne sais lequel de ces deux exemples nous devons
admirer davantage.

Quoique j'approuve assez que chacun se tienne ferme dans le poste o
la nature l'a mis; et que je ne puisse louer la foiblesse de ceux
qui, se trouvant au-dessous de leur tat, le quittent comme par une
espce de dsertion; je suis cependant frapp de la grandeur d'me
de ces deux princesses, et de voir l'esprit de l'une et le coeur
de l'autre suprieurs  leur fortune. Christine a song  connotre
dans le temps que les autres ne songent qu' jouir; et l'autre ne
veut jouir que pour mettre tout son bonheur entre les mains de son
auguste poux.

    De Paris, le 27 de la lune de Maharram, 1720.




LETTRE CXL.

RICA A USBEK.

A ***.


Le parlement de Paris vient d'tre relgu dans une petite ville
qu'on appelle Pontoise. Le conseil lui a envoy enregistrer ou
approuver une dclaration qui le dshonore; et il l'a enregistre
d'une manire qui dshonore le conseil.

On menace d'un pareil traitement quelques parlements du royaume.

Ces compagnies sont toujours odieuses: elles n'approchent des rois
que pour leur dire de tristes vrits; et pendant qu'une foule de
courtisans leur reprsentent sans cesse un peuple heureux sous leur
gouvernement, elles viennent dmentir la flatterie, et apporter au
pied du trne les gmissements et les larmes dont elles sont
dpositaires.

C'est un pesant fardeau, mon cher Usbek, que celui de la vrit,
lorsqu'il faut la porter jusqu'aux princes: ils doivent bien penser
que ceux qui le font y sont contraints, et qu'ils ne se rsoudroient
jamais  faire des dmarches si tristes et si affligeantes pour ceux
qui les font, s'ils n'y toient forcs par leur devoir, leur
respect, et mme leur amour.

    De Paris, le 21 de la lune de Gemmadi 1, 1720.




LETTRE CXLI.

RICA AU MME.

A ***.


J'irai te voir sur la fin de la semaine: que les jours couleront
agrablement avec toi!

Je fus prsent, il y a quelques jours,  une dame de la cour, qui
avoit quelque envie de voir ma figure trangre. Je la trouvai
belle, digne des regards de notre monarque, et d'un rang auguste
dans le lieu sacr o son coeur repose.

Elle me fit mille questions sur les moeurs des Persans, et sur la
manire de vivre des Persanes: il me parut que la vie du srail
n'toit pas de son got, et qu'elle trouvoit de la rpugnance  voir
un homme partag entre dix ou douze femmes. Elle ne put voir sans
envie le bonheur de l'un, et sans piti la condition des autres.
Comme elle aime la lecture, surtout celle des potes et des romans,
elle souhaita que je lui parlasse des ntres: ce que je lui en dis
redoubla sa curiosit; elle me pria de lui faire traduire un
fragment de quelques-uns de ceux que j'ai apports. Je le fis, et je
lui envoyai, quelques jours aprs, un conte persan: peut-tre
seras-tu, bien aise de le voir travesti.

       *       *       *       *       *

Du temps de Cheik-Ali-Can, il y avoit en Perse une femme nomme
Zulma: elle savoit par coeur tout le saint Alcoran; il n'y avoit
point de dervis qui entendt mieux qu'elle les traditions des saints
prophtes; les docteurs arabes n'avoient rien dit de si mystrieux
qu'elle n'en comprt tous les sens; et elle joignoit  tant de
connoissances un certain caractre d'esprit enjou, qui laissoit 
peine deviner si elle vouloit amuser ceux  qui elle parloit, ou les
instruire.

Un jour qu'elle toit avec ses compagnes dans une des salles du
srail, une d'elles lui demanda ce qu'elle pensoit de l'autre vie,
et si elle ajoutoit foi  cette ancienne tradition de nos docteurs,
que le paradis n'est fait que pour les hommes.

C'est le sentiment commun, leur dit-elle; il n'y a rien que l'on
n'ait fait pour dgrader notre sexe. Il y a mme une nation rpandue
par toute la Perse, qu'on appelle la nation juive, qui soutient, par
l'autorit de ses livres sacrs, que nous n'avons point d'me.

Ces opinions si injurieuses n'ont d'autre origine que l'orgueil des
hommes, qui veulent porter leur supriorit au del mme de leur
vie; et ne pensent pas que, dans le grand jour, toutes les cratures
parotront devant Dieu comme le nant, sans qu'il y ait entre elles
de prrogatives que celles que la vertu y aura mises.

Dieu ne se bornera point dans ses rcompenses: et comme les hommes
qui auront bien vcu, et bien us de l'empire qu'ils ont ici-bas sur
nous, seront dans un paradis plein de beauts clestes et
ravissantes, et telles que, si un mortel les avoit vues, il se
donneroit aussitt la mort, dans l'impatience d'en jouir; aussi les
femmes vertueuses iront dans un lieu de dlices, o elles seront
enivres d'un torrent de volupts, avec des hommes divins qui leur
seront soumis: chacune d'elles aura un srail, dans lequel ils
seront enferms; et des eunuques, encore plus fidles que les
ntres, pour les garder.

J'ai lu, ajouta-t-elle, dans un livre arabe, qu'un homme, nomm
Ibrahim, toit d'une jalousie insupportable. Il avoit douze femmes
extrmement belles, qu'il traitoit d'une manire trs-dure: il ne se
fioit plus  ses eunuques, ni aux murs de son srail; il les tenoit
presque toujours sous la clef, enfermes dans leur chambre, sans
qu'elles pussent se voir ni se parler; car il toit mme jaloux
d'une amiti innocente: toutes ses actions prenoient la teinture de
sa brutalit naturelle; jamais une douce parole ne sortit de sa
bouche; et jamais il ne fit un moindre signe qui n'ajoutt quelque
chose  la rigueur de leur esclavage.

Un jour qu'il les avoit toutes assembles dans une salle de son
srail, une d'entre elles, plus hardie que les autres, lui reprocha
son mauvais naturel. Quand on cherche si fort les moyens de se faire
craindre, lui dit-elle, on trouve toujours auparavant ceux de se
faire har. Nous sommes si malheureuses, que nous ne pouvons nous
empcher de dsirer un changement: d'autres,  ma place,
souhaiteroient votre mort; je ne souhaite que la mienne: et, ne
pouvant esprer d'tre spare de vous que par l, il me sera encore
bien doux d'en tre spare. Ce discours, qui auroit d le toucher,
le fit entrer dans une furieuse colre; il tira son poignard, et le
lui plongea dans le sein. Mes chres compagnes, dit-elle d'une voix
mourante, si le ciel a piti de ma vertu, vous serez venges. A ces
mots, elle quitta cette vie infortune, pour aller dans le sjour
des dlices, o les femmes qui ont bien vcu jouissent d'un bonheur
qui se renouvelle toujours.

D'abord elle vit une prairie riante, dont la verdure toit releve
par les peintures des fleurs les plus vives: un ruisseau, dont les
eaux toient plus pures que le cristal, y faisoit un nombre infini
de dtours. Elle entra ensuite dans des bocages charmants, dont le
silence n'toit interrompu que par le doux chant des oiseaux; de
magnifiques jardins se prsentrent ensuite; la nature les avoit
orns avec sa simplicit, et toute sa magnificence. Elle trouva
enfin un palais superbe prpar pour elle, et rempli d'hommes
clestes destins  ses plaisirs.

Deux d'entre eux se prsentrent aussitt pour la dshabiller;
d'autres la mirent dans le bain, et la parfumrent des plus
dlicieuses essences; on lui donna ensuite des habits infiniment
plus riches que les siens; aprs quoi on la mena dans une grande
salle, o elle trouva un feu fait avec des bois odorifrants, et une
table couverte des mets les plus exquis. Tout sembloit concourir au
ravissement de ses sens: elle entendoit d'un ct une musique
d'autant plus divine qu'elle toit plus tendre; de l'autre, elle ne
voyoit que des danses de ces hommes divins, uniquement occups  lui
plaire. Cependant tant de plaisirs ne devoient servir qu' la
conduire insensiblement  des plaisirs plus grands. On la mena dans
sa chambre; et, aprs l'avoir encore une fois dshabille, on la
porta dans un lit superbe, o deux hommes d'une beaut charmante la
reurent dans leurs bras. C'est pour lors qu'elle fut enivre, et
que ses ravissements passrent mme ses dsirs. Je suis toute hors
de moi, leur disoit-elle; je croirois mourir, si je n'tois sre de
mon immortalit. C'en est trop, laissez-moi; je succombe sous la
violence des plaisirs. Oui, vous rendez un peu le calme  mes sens;
je commence  respirer et  revenir  moi-mme. D'o vient que l'on
a t les flambeaux? Que ne puis-je  prsent considrer votre
beaut divine? Que ne puis-je voir... Mais pourquoi voir? Vous me
faites rentrer dans mes premiers transports. O dieux! que ces
tnbres sont aimables! Quoi! je serai immortelle, et immortelle
avec vous! je serai... Non, je vous demande grce, car je vois bien
que vous tes gens  n'en demander jamais.

Aprs plusieurs commandements ritrs, elle fut obie: mais elle ne
le fut que lorsqu'elle voulut l'tre bien srieusement. Elle se
reposa languissamment, et s'endormit dans leurs bras. Deux moments
de sommeil rparrent sa lassitude: elle reut deux baisers qui
l'enflammrent soudain, et lui firent ouvrir les yeux. Je suis
inquite, dit-elle; je crains que vous ne m'aimiez plus. C'toit un
doute dans lequel elle ne vouloit pas rester longtemps: aussi
eut-elle avec eux tous les claircissements qu'elle pouvoit dsirer.
Je suis dsabuse, s'cria-t-elle; pardon, pardon; je suis sre de
vous. Vous ne me dites rien, mais vous prouvez mieux que tout ce que
vous me pourriez dire: oui, oui, je vous le confesse, on n'a jamais
tant aim. Mais quoi! vous vous disputez tous deux l'honneur de me
persuader! Ah! si vous vous disputez, si vous joignez l'ambition au
plaisir de ma dfaite, je suis perdue; vous serez tous deux
vainqueurs, il n'y aura que moi de vaincue; mais je vous vendrai
bien cher la victoire.

Tout ceci ne fut interrompu que par le jour. Ses fidles et aimables
domestiques entrrent dans sa chambre, et firent lever ces deux
jeunes hommes, que deux vieillards ramenrent dans les lieux o ils
toient gards pour ses plaisirs. Elle se leva ensuite, et parut
d'abord  cette cour idoltre dans les charmes d'un dshabill
simple, et ensuite couverte des plus somptueux ornements. Cette nuit
l'avoit embellie; elle avoit donn de la vie  son teint, et de
l'expression  ses grces. Ce ne fut pendant tout le jour que
danses, que concerts, que festins, que jeux, que promenades; et l'on
remarquoit qu'Anas se droboit de temps en temps, et voloit vers
ses deux jeunes hros; aprs quelques prcieux instants d'entrevue,
elle revenoit vers la troupe qu'elle avoit quitte, toujours avec un
visage plus serein. Enfin, sur le soir, on la perdit tout  fait:
elle alla s'enfermer dans le srail, o elle vouloit, disoit-elle,
faire connoissance avec ces captifs immortels qui devoient  jamais
vivre avec elle. Elle visita donc les appartements de ces lieux les
plus reculs et les plus charmants o elle compta cinquante esclaves
d'une beaut miraculeuse: elle erra toute la nuit de chambre en
chambre, recevant partout des hommages toujours diffrents, et
toujours les mmes.

Voil comment l'immortelle Anas passoit sa vie, tantt dans des
plaisirs clatants, tantt dans des plaisirs solitaires; admire
d'une troupe brillante, ou bien aime d'un amant perdu: souvent
elle quittoit un palais enchant pour aller dans une grotte
champtre; les fleurs sembloient natre sous ses pas, et les jeux se
prsentoient en foule au-devant d'elle.

Il y avoit plus de huit jours qu'elle toit dans cette demeure
heureuse, que, toujours hors d'elle-mme, elle n'avoit pas fait une
seule rflexion: elle avoit joui de son bonheur sans le connotre,
et sans avoir eu un seul de ces moments tranquilles, o l'me se
rend, pour ainsi dire, compte  elle-mme, et s'coute dans le
silence des passions.

Les bienheureux ont des plaisirs si vifs, qu'ils peuvent rarement
jouir de cette libert d'esprit: c'est pour cela qu'attachs
invinciblement aux objets prsents, ils perdent entirement la
mmoire des choses passes, et n'ont plus aucun souci de ce qu'ils
ont connu ou aim dans l'autre vie.

Mais Anas, dont l'esprit toit vraiment philosophe, avoit pass
presque toute sa vie  mditer: elle avoit pouss ses rflexions
beaucoup plus loin qu'on n'auroit d l'attendre d'une femme laisse
 elle-mme. La retraite austre que son mari lui avoit fait garder
ne lui avoit laiss que cet avantage. C'est cette force d'esprit qui
lui avoit fait mpriser la crainte dont ses compagnes toient
frappes, et la mort, qui devoit tre la fin de ses peines et le
commencement de sa flicit.

Ainsi elle sortit peu  peu de l'ivresse des plaisirs, et s'enferma
seule dans un appartement de son palais. Elle se laissa aller  des
rflexions bien douces sur sa condition passe, et sur sa flicit
prsente; elle ne put s'empcher de s'attendrir sur le malheur de
ses compagnes: on est sensible  des tourments que l'on a partags.
Anas ne se tint pas dans les simples bornes de la compassion: plus
tendre envers ces infortunes, elle se sentit porte  les secourir.

Elle donna ordre  un de ces jeunes hommes qui toient auprs d'elle
de prendre la figure de son mari; d'aller dans son srail de s'en
rendre matre: de l'en chasser, et d'y rester  sa place jusqu' ce
qu'elle le rappelt.

L'excution fut prompte: il fendit les airs, arriva  la porte du
srail d'Ibrahim, qui n'y toit pas. Il frappe, tout lui est ouvert;
les eunuques tombent  ses pieds: il vole vers les appartements o
les femmes d'Ibrahim toient enfermes. Il avoit, en passant, pris
les clefs dans la poche de ce jaloux,  qui il s'toit rendu
invisible. Il entre, et les surprend d'abord par son air doux et
affable; et, bientt aprs, il les surprend davantage par ses
empressements et par la rapidit de ses entreprises. Toutes eurent
leur part de l'tonnement; et elles l'auroient pris pour un songe,
s'il y et eu moins de ralit.

Pendant que ces nouvelles scnes se jouent dans le srail, Ibrahim
heurte, se nomme, tempte, et crie. Aprs avoir essuy bien des
difficults, il entre, et jette les eunuques dans un dsordre
extrme. Il marche  grands pas; mais il recule en arrire, et tombe
comme des nues, quand il voit le faux Ibrahim, sa vritable image,
dans toutes les liberts d'un matre. Il crie au secours; il veut
que les eunuques lui aident  tuer cet imposteur; mais il n'est pas
obi. Il n'a plus qu'une foible ressource, c'est de s'en rapporter
au jugement de ses femmes. Dans une heure le faux Ibrahim avoit
sduit tous ses juges. Il est chass et tran indignement hors du
srail, et il auroit reu la mort mille fois, si son rival n'avoit
ordonn qu'on lui sauvt la vie. Enfin, le nouvel Ibrahim, rest
matre du champ de bataille, se montra de plus en plus digne d'un
tel choix, et se signala par des miracles jusqu'alors inconnus. Vous
ne ressemblez pas  Ibrahim, disoient ces femmes. Dites, dites
plutt que cet imposteur ne me ressemble pas, disoit le triomphant
Ibrahim: comment faut-il faire pour tre votre poux, si ce que je
fais ne suffit pas?

Ah! nous n'avons garde de douter, dirent les femmes. Si vous n'tes
pas Ibrahim, il nous suffit que vous ayez si bien mrit de l'tre:
vous tes plus Ibrahim en un jour qu'il ne l'a t dans le cours de
dix annes. Vous me promettez donc, reprit-il, que vous vous
dclarerez en ma faveur contre cet imposteur? N'en doutez pas,
dirent-elles d'une commune voix; nous vous jurons une fidlit
ternelle: nous n'avons t que trop longtemps abuses: le tratre
ne souponnoit point notre vertu, il ne souponnoit que sa
foiblesse; nous voyons bien que les hommes ne sont point faits comme
lui; c'est  vous sans doute qu'ils ressemblent: si vous saviez
combien vous nous le faites har! Ah! je vous donnerai souvent de
nouveaux sujets de haine, reprit le faux Ibrahim: vous ne connoissez
point encore tout le tort qu'il vous a fait. Nous jugeons de son
injustice par la grandeur de votre vengeance, reprirent-elles. Oui,
vous avez raison, dit l'homme divin; j'ai mesur l'expiation au
crime: je suis bien aise que vous soyez contentes de ma manire de
punir. Mais, dirent ces femmes, si cet imposteur revient, que
ferons-nous? Il lui seroit, je crois, difficile de vous tromper,
rpondit-il: dans la place que j'occupe auprs de vous, on ne se
soutient gure par la ruse; et d'ailleurs je l'enverrai si loin, que
vous n'entendrez plus parler de lui, pour lors je prendrai sur moi
le soin de votre bonheur. Je ne serai point jaloux; je saurai
m'assurer de vous, sans vous gner; j'ai assez bonne opinion de mon
mrite pour croire que vous me serez fidles: si vous n'tiez pas
vertueuses avec moi, avec qui le seriez-vous? Cette conversation
dura longtemps entre lui et ces femmes, qui, plus frappes de la
diffrence des deux Ibrahims que de leur ressemblance, ne songeoient
pas mme  se faire claircir de tant de merveilles. Enfin le mari
dsespr revint encore les troubler; il trouva toute sa maison dans
la joie, et les femmes plus incrdules que jamais. La place n'toit
pas tenable pour un jaloux; il sortit furieux; et un instant aprs
le faux Ibrahim le suivit, le prit, le transporta dans les airs, et
le laissa  quatre cents lieues de l.

O dieux! dans quelle dsolation se trouvrent ces femmes dans
l'absence de leur cher Ibrahim! Dj leurs eunuques avoient repris
leur svrit naturelle; toute la maison toit en larmes; elles
s'imaginoient quelquefois que tout ce qu'il leur toit, arriv
n'toit qu'un songe; elles se regardoient toutes les unes les
autres, et se rappeloient les moindres circonstances de ces tranges
aventures. Enfin, Ibrahim revint, toujours plus aimable; il leur
parut que son voyage n'avoit pas t pnible. Le nouveau matre prit
une conduite si oppose  celle de l'autre qu'elle surprit tous les
voisins. Il congdia tous les eunuques, rendit sa maison accessible
 tout le monde: il ne voulut pas mme souffrir que ses femmes se
voilassent. C'toit une chose singulire de les voir dans les
festins, parmi des hommes, aussi libres qu'eux. Ibrahim crut avec
raison que les coutumes du pays n'toient pas faites pour des
citoyens comme lui. Cependant il ne se refusoit aucune dpense: il
dissipa avec une immense profusion les biens du jaloux, qui, de
retour trois ans aprs des pays lointains o il avoit t
transport, ne trouva plus que ses femmes et trente-six enfants.

    De Paris, le 26 de la lune de Gemmadi 1, 1720.




LETTRE CXLII.

RICA A USBEK.

A ***.


Voici une lettre que je reus hier d'un savant: elle te parotra
singulire.

    Monsieur,

Il y a six mois que j'ai recueilli la succession d'un oncle
trs-riche, qui m'a laiss cinq ou six cent mille livres, et une
maison superbement meuble. Il y a plaisir d'avoir du bien lorsqu'on
en sait faire un bon usage. Je n'ai point d'ambition ni de got pour
les plaisirs: je suis presque toujours enferm dans un cabinet, o
je mne la vie d'un savant. C'est dans ce lieu que l'on trouve un
curieux amateur de la vnrable antiquit.

Lorsque mon oncle eut ferm les yeux, j'aurois fort souhait de le
faire enterrer avec les crmonies observes par les anciens Grecs
et Romains: mais je n'avois pour lors ni lacrymatoires, ni urnes, ni
lampes antiques.

Mais depuis je me suis bien pourvu de ces prcieuses rarets. Il y
a quelques jours que je vendis ma vaisselle d'argent pour acheter
une lampe de terre qui avoit servi  un philosophe stocien. Je me
suis dfait de toutes les glaces dont mon oncle avoit couvert
presque tous les murs de ses appartements, pour avoir un petit
miroir un peu fl, qui fut autrefois  l'usage de Virgile: je suis
charm d'y voir ma figure reprsente, au lieu de celle du cygne de
Mantoue. Ce n'est pas tout: j'ai achet cent louis d'or cinq ou six
pices de monnoie de cuivre qui avoit cours il y a deux mille ans.
Je ne sache pas avoir  prsent dans ma maison un seul meuble qui
n'ait t fait avant la dcadence de l'empire. J'ai un petit cabinet
de manuscrits fort prcieux et fort chers: quoique je me tue la vue
 les lire, j'aime beaucoup mieux m'en servir que des exemplaires
imprims, qui ne sont pas si corrects, et que tout le monde a entre
les mains. Quoique je ne sorte presque jamais, je ne laisse pas
d'avoir une passion dmesure de connotre tous les anciens chemins
qui toient du temps des Romains. Il y en a un qui est prs de chez
moi, qu'un proconsul des Gaules fit faire il y a environ douze cents
ans: lorsque je vais  ma maison de campagne, je ne manque jamais
d'y passer, quoiqu'il soit trs incommode, et qu'il m'allonge de
plus d'une lieue; mais ce qui me fait enrager, c'est qu'on y a mis
des poteaux de bois de distance en distance, pour marquer
l'loignement des villes voisines; je suis dsespr de voir ces
misrables indices, au lieu des colonnes milliaires qui y toient
autrefois: je ne doute pas que je ne les fasse rtablir par mes
hritiers, et que je ne les engage  cette dpense par mon
testament. Si vous avez, monsieur, quelque manuscrit persan, vous me
ferez plaisir de m'en accommoder: je vous le payerai tout ce que
vous voudrez; et je vous donnerai par-dessus le march quelques
ouvrages de ma faon, par lesquels vous verrez que je ne suis point
un membre inutile de la rpublique des lettres. Vous y remarquerez
entre autres une dissertation, o je prouve que la couronne dont on
se servoit autrefois dans les triomphes toit de chne, et non pas
de laurier: vous en admirerez une autre, o je prouve, par de doctes
conjectures tires des plus graves auteurs grecs, que Cambyses fut
bless  la jambe gauche, et non pas  la droite; une autre, o je
prouve qu'un petit front toit une beaut recherche par les
Romains. Je vous enverrai encore un volume in-quarto, en forme
d'explication d'un vers du sixime livre de l'Enide de Virgile.
Vous ne recevrez tout ceci que dans quelques jours; et quant 
prsent, je me contente de vous envoyer ce fragment d'un ancien
mythologiste grec, qui n'avoit point paru jusques ici, et que j'ai
dcouvert dans la poussire d'une bibliothque. Je vous quitte pour
une affaire importante que j'ai sur les bras: il s'agit de restituer
un beau passage de Pline le naturaliste, que les copistes du
cinquime sicle ont trangement dfigur. Je suis, etc.


FRAGMENT D'UN ANCIEN MYTHOLOGISTE.


Dans une le prs des Orcades, il naquit un enfant qui avoit pour
pre ole, dieu des vents, et pour mre une nymphe de Caldonie. On
dit de lui qu'il apprit tout seul  compter avec ses doigts; et que,
ds l'ge de quatre ans, il distinguoit si parfaitement les mtaux,
que sa mre ayant voulu lui donner une bague de laiton au lieu d'une
d'or, il reconnut la tromperie, et la jeta par terre.

Ds qu'il fut grand, son pre lui apprit le secret d'enfermer les
vents dans une outre, qu'il vendoit ensuite  tous les voyageurs;
mais comme la marchandise n'toit pas fort prise dans son pays, il
le quitta, et se mit  courir le monde en compagnie de l'aveugle
dieu du hasard.

Il apprit dans ses voyages que dans la Btique l'or reluisoit de
toutes parts: cela fit qu'il y prcipita ses pas. Il y fut fort mal
reu de Saturne, qui rgnoit pour lors; mais ce dieu ayant quitt la
terre, il s'avisa d'aller dans tous les carrefours, o il crioit
sans cesse d'une voix rauque: Peuples de Btique, vous croyez tre
riches parce que vous avez de l'or et de l'argent; votre erreur me
fait piti: croyez-moi, quittez le pays des vils mtaux; venez dans
l'empire de l'imagination; et je vous promets des richesses qui vous
tonneront vous-mmes. Aussitt il ouvrit une grande partie des
outres qu'il avoit apportes, et il distribua de sa marchandise 
qui en voulut.

Le lendemain il revint dans les mmes carrefours, et il s'cria:
Peuples de Btique, voulez-vous tre riches? Imaginez-vous que je le
suis beaucoup, et que vous l'tes beaucoup aussi; mettez-vous tous
les matins dans l'esprit que votre fortune a doubl pendant la nuit;
levez-vous ensuite; et, si vous avez des cranciers, allez les payer
de ce que vous aurez imagin; et dites-leur d'imaginer  leur tour.

Il reparut quelques jours aprs, et il parla ainsi: Peuples de
Btique, je vois bien que votre imagination n'est pas si vive que
les premiers jours; laissez-vous conduire  la mienne; je mettrai
tous les matins devant vos yeux un criteau qui sera pour vous la
source des richesses: vous n'y verrez que quatre paroles; mais elles
seront bien significatives, car elles rgleront la dot de vos
femmes, la lgitime de vos enfants, le nombre de vos domestiques. Et
quant  vous, dit-il  ceux de la troupe qui toient le plus prs de
lui; quant  vous, mes chers enfants (je puis vous appeler de ce
nom, car vous avez reu de moi une seconde naissance), mon criteau
dcidera de la magnificence de vos quipages, de la somptuosit de
vos festins, du nombre et de la pension de vos matresses.

A quelques jours de l il arriva dans le carrefour, tout essouffl;
et, transport de colre, il s'cria: Peuples de Btique, je vous
avois conseill d'imaginer, et je vois que vous ne le faites pas: eh
bien!  prsent je vous l'ordonne. L-dessus, il les quitta
brusquement; mais la rflexion le rappela sur ses pas. J'apprends
que quelques-uns de vous sont assez dtestables pour conserver leur
or et leur argent. Encore passe pour l'argent; mais pour de l'or....
pour de l'or... Ah! cela me met dans une indignation... Je jure par
mes outres sacres que, s'ils ne viennent me l'apporter, je les
punirai svrement. Puis il ajouta d'un air tout  fait persuasif:
Croyez-vous que ce soit pour garder ces misrables mtaux que je
vous les demande? Une marque de ma candeur, c'est que, lorsque vous
me les apporttes il y a quelques jours, je vous en rendis
sur-le-champ la moiti.

Le lendemain on l'aperut de loin, et on le vit s'insinuer avec une
voix douce et flatteuse: Peuples de Btique, j'apprends que vous
avez une partie de vos trsors dans les pays trangers; je vous
prie, faites-les-moi venir; vous me ferez plaisir, et je vous en
aurai une reconnoissance ternelle.

Le fils d'ole parloit  des gens qui n'avoient pas grande envie de
rire; ils ne purent pourtant s'en empcher: ce qui fit qu'il s'en
retourna bien confus. Mais, reprenant courage, il hasarda encore une
petite prire: je sais que vous avez des pierres prcieuses; au nom
de Jupiter, dfaites-vous-en: rien ne vous appauvrit comme ces
sortes de choses; dfaites-vous-en, vous dis-je: si vous ne le
pouvez pas par vous-mmes, je vous donnerai des hommes d'affaires
excellents. Que de richesses vont couler chez vous, si vous faites
ce que je vous conseille! Oui, je vous promets tout ce qu'il y aura
de plus pur dans mes outres.

Enfin il monta sur un trteau, et, prenant une voix plus assure,
il dit: Peuples de Btique, j'ai compar l'heureux tat dans lequel
vous tes, avec celui o je vous trouvai lorsque j'arrivai ici; je
vous vois le plus riche peuple de la terre: mais, pour achever votre
fortune, souffrez que je vous te la moiti de vos biens. A ces
mots, d'une aile lgre le fils d'Eole disparut, et laissa ses
auditeurs dans une consternation inexprimable; ce qui fit qu'il
revint le lendemain, et parla ainsi: Je m'aperus hier que mon
discours vous dplut extrmement. Eh bien! prenez que je ne vous aie
rien dit. Il n'y a qu' prendre d'autres expdients pour arriver au
but que je me suis propos. Assemblons nos richesses dans un mme
endroit; nous le pouvons facilement, car elles ne tiennent pas un
gros volume. Aussitt il en disparut les trois quarts.

    De Paris, le 9 de la lune de Chahban, 1720.




LETTRE CXLIII.

RICA A NATHANAEL LVI, MDECIN JUIF.

A Livourne.


Tu me demandes ce que je pense de la vertu des amulettes, et de la
puissance des talismans. Pourquoi t'adresses-tu  moi? tu es Juif,
et je suis mahomtan: c'est--dire que nous sommes tous deux bien
crdules.

Je porte toujours sur moi plus de deux mille passages du saint
Alcoran; j'attache  mes bras un petit paquet, o sont crits les
noms de plus de deux cents dervis: ceux d'Ali, de Fatm, et de tous
les Purs, sont cachs en plus de vingt endroits de mes habits.

Cependant je ne dsapprouve point ceux qui rejettent cette vertu que
l'on attribue  de certaines paroles: il nous est bien plus
difficile de rpondre  leurs raisonnements, qu' eux de rpondre 
nos expriences.

Je porte tous ces chiffons sacrs par une longue habitude, pour me
conformera une pratique universelle: je crois que, s'ils n'ont pas
plus de vertu que les bagues et les autres ornements dont on se
pare, ils n'en ont pas moins. Mais toi, tu mets toute ta confiance
sur quelques lettres mystrieuses, et, sans cette sauvegarde, tu
serois dans un effroi continuel.

Les hommes sont bien malheureux! ils flottent sans cesse entre de
fausses esprances et des craintes ridicules: et, au lieu de
s'appuyer sur la raison, ils se font des monstres qui les
intimident, ou des fantmes qui les sduisent.

Quel effet veux-tu que produise l'arrangement de certaines lettres?
Quel effet veux-tu que leur drangement puisse troubler? quelle
relation ont-elles avec les vents, pour apaiser les temptes; avec
la poudre  canon, pour en vaincre l'effort; avec ce que les
mdecins appellent l'humeur peccante et la cause morbifique des
maladies, pour les gurir?

Ce qu'il y a d'extraordinaire, c'est que ceux qui fatiguent leur
raison pour lui faire rapporter de certains vnements  des vertus
occultes, n'ont pas un moindre effort  faire pour s'empcher d'en
voir la vritable cause.

Tu me diras que de certains prestiges ont fait gagner une bataille:
et moi je te dirai qu'il faut que tu t'aveugles, pour ne pas trouver
dans la situation du terrain, dans le nombre ou dans le courage des
soldats, dans l'exprience des capitaines, des causes suffisantes
pour produire cet effet dont tu veux ignorer la cause.

Je te passe pour un moment qu'il y ait des prestiges: passe-moi 
mon tour, pour un moment, qu'il n'y en ait point; car cela n'est pas
impossible. Cette concession que tu me fais n'empche pas que deux
armes ne puissent se battre: veux-tu que, dans ce cas-l, aucune
des deux ne puisse remporter la victoire?

Crois-tu que leur sort restera incertain jusqu' ce que quelque
puissance invisible vienne le dterminer? que tous les coups seront
perdus, toute la prudence vaine, et tout le courage inutile?

Penses-tu que la mort, dans ces occasions, rendue prsente de mille
manires, ne puisse pas produire dans les esprits ces terreurs
paniques que tu as tant de peine  expliquer? Veux-tu que, dans une
arme de cent mille hommes, il ne puisse pas y avoir un seul homme
timide? Crois-tu que le dcouragement de celui-ci ne puisse pas
produire le dcouragement d'un autre? que le second, qui quitte un
troisime, ne lui fasse pas bientt abandonner un quatrime? Il n'en
faut pas davantage pour que le dsespoir de vaincre saisisse soudain
toute une arme, et la saisisse d'autant plus facilement qu'elle se
trouve plus nombreuse.

Tout le monde sait, et tout le monde sent, que les hommes, comme
toutes les cratures qui tendent  conserver leur tre, aiment
passionnment la vie; on sait cela en gnral: et on cherche
pourquoi, dans une certaine occasion particulire, ils ont craint de
la perdre?

Quoique les livres sacrs de toutes les nations soient remplis de
ces terreurs paniques ou surnaturelles, je n'imagine rien de si
frivole, parce que, pour s'assurer qu'un effet qui peut tre produit
par cent mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir
auparavant examin si aucune de ces causes n'a agi; ce qui est
impossible.

Je ne t'en dirai pas davantage, Nathanal: il me semble que la
matire ne mrite pas d'tre si srieusement traite.

    De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.

_P. S._ Comme je finissois, j'ai entendu crier dans la rue une
lettre d'un mdecin de province  un mdecin de Paris (car ici
toutes les bagatelles s'impriment, se publient, et s'achtent): j'ai
cru que je ferois bien de te l'envoyer, parce qu'elle a du rapport 
notre sujet. Il y a bien des choses que je n'entends pas: mais toi,
qui es mdecin, tu dois entendre le langage de tes confrres.


LETTRE D'UN MDECIN DE PROVINCE A UN MDECIN DE PARIS.

Il y avoit dans notre ville un malade qui ne dormoit point depuis
trente-cinq jours: son mdecin lui ordonna l'opium; mais il ne
pouvoit se rsoudre  le prendre; et il avoit la coupe  la main;
qu'il toit plus indtermin que jamais. Enfin il dit  son mdecin:
Monsieur, je vous demande quartier seulement jusqu' demain: je
connois un homme qui n'exerce pas la mdecine, mais qui a chez lui
un nombre innombrable de remdes contre l'insomnie; souffrez que je
l'envoie qurir: et, si je ne dors pas cette nuit, je vous promets
que je reviendrai  vous. Le mdecin congdi, le malade fit fermer
les rideaux, et dit  un petit laquais: Tiens, va-t'en chez M. Anis,
et dis-lui qu'il vienne me parler. M. Anis arrive. Mon cher monsieur
Anis, je me meurs, je ne puis dormir: n'auriez-vous point, dans
votre boutique, la C. du G., ou bien quelque livre de dvotion
compos par un rvrend pre jsuite, que vous n'ayez pas pu vendre?
car souvent les remdes les plus gards sont les meilleurs.
Monsieur, dit le libraire, j'ai chez moi la Cour sainte du P.
Caussin, en six volumes,  votre service: je vais vous l'envoyer; je
souhaite que vous vous en trouviez bien. Si vous voulez les
oeuvres du rvrend pre Rodriguez, jsuite espagnol, ne vous en
faites faute. Mais, croyez-moi, tenons-nous-en au pre Caussin;
j'espre, avec l'aide de Dieu, qu'une priode du pre Caussin vous
fera autant d'effet qu'un feuillet tout entier de la C. du G.
L-dessus M. Anis sortit, et courut chercher le remde  sa
boutique. La Cour sainte arrive: on en secoue la poudre; le fils du
malade, jeune colier, commence  la lire: il en sentit le premier
l'effet,  la seconde page il ne prononoit plus que d'une voix mal
articule, et dj toute la compagnie se sentoit affoiblie: un
instant aprs tout ronfla, except le malade, qui aprs avoir t
longtemps prouv, s'assoupit  la fin.

Le mdecin arrive de grand matin. H bien! a-t-on pris mon opium? On
ne lui rpond rien: la femme, la fille, le petit garon, tous
transports de joie, lui montrent le pre Caussin. Il demande ce que
c'est; on lui dit: Vive le pre Caussin! il faut l'envoyer relier.
Qui l'et dit? qui l'et cru? c'est un miracle! Tenez, monsieur,
voyez donc le pre Caussin: c'est ce volume-l qui a fait dormir mon
pre. Et l-dessus on lui expliqua la chose, comme elle s'toit
passe.

Le mdecin toit un homme subtil, rempli des mystres de la cabale,
et de la puissance des paroles et des esprits: cela le frappa; et,
aprs plusieurs rflexions, il rsolut de changer absolument sa
pratique. Voil un fait bien singulier, disoit-il. Je tiens une
exprience; il faut la pousser plus loin. H pourquoi un esprit ne
pourroit-il pas transmettre  son ouvrage les mmes qualits qu'il a
lui-mme? ne le voyons-nous pas tous les jours? Au moins cela
vaut-il bien la peine de l'essayer. Je suis las des apothicaires;
leurs sirops, leurs juleps, et toutes les drogues galniques ruinent
les malades et leur sant: changeons de mthode; prouvons la vertu
des esprits. Sur cette ide il dressa une nouvelle pharmacie, comme
vous allez voir par la description que je vous vais faire des
principaux remdes qu'il mit en pratique.


_Tisane purgative._

Prenez trois feuilles de la logique d'Aristote en grec; deux
feuilles d'un trait de thologie scholastique le plus aigu, comme,
par exemple, du subtil Scot; quatre de Paracelse; une d'Avicenne;
six d'Averros; trois de Porphyre; autant de Plotin; autant de
Jamblique: faites infuser le tout pendant vingt-quatre heures, et
prenez-en quatre prises par jour.


_Purgatif plus violent._

Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des I***;
faites-les distiller au bain-marie; mortifiez une goutte de l'humeur
cre et piquante qui en viendra, dans un verre d'eau commune: avalez
le tout avec confiance.


_Vomitif._

Prenez six harangues; une douzaine d'oraisons funbres
indiffremment, prenant garde pourtant de ne point se servir de
celles de M. de N.; un recueil de nouveaux opras; cinquante romans;
trente mmoires nouveaux: mettez le tout dans un matras; laissez-le
en digestion pendant deux jours; puis faites-le distiller au feu de
sable. Et si tout cela ne suffit pas,


_Autre plus puissant._

Prenez une feuille de papier marbr, qui ait servi  couvrir un
recueil des pices des J. F.; faites-la infuser l'espace de trois
minutes; faites chauffer une cuillere de cette infusion; et avalez.


_Remde trs-simple pour gurir de l'asthme._

Lisez tous les ouvrages du rvrend pre Maimbourg, ci-devant
jsuite, prenant garde de ne vous arrter qu' la fin de chaque
priode: et vous sentirez la facult de respirer vous revenir peu 
peu, sans qu'il soit besoin de ritrer le remde.


_Pour prserver de la gale, gratelle, teigne, farcin des chevaux._

Prenez trois catgories d'Aristote, deux degrs mtaphysiques, une
distinction, six vers de Chapelain, une phrase tire des lettres de
M. l'abb de Saint-Cyran: crivez le tout sur un morceau de papier,
que vous plierez, attacherez  un ruban, et porterez au col.


_Miraculum chymicum, de violenta fermentatione cum fumo, igne et
flamm._

Misce Quesnellianam infusionem, cum infusione Lallemaniana; fiat
fermentatio cum magna vi, impetu et tonitru, acidis pugnantibus, et
invicem penetrantibus alcalinos sales: fiet evaporatio ardentium
spirituum. Pone liquorem fermentatum in alembico: nihil inde
extrahes, et nihil invenies, nisi caput mortuum.


_Lenitivum._

Recipe Molin anodyni chartas duas; Escobaris relaxativi paginas
sex; Vasquii emollientis folium unum: infunde in aqu communis
libras iiij. Ad consumptionem dimidi partis colentur et
exprimantur; et in expressione dissolve Bauni detersivi et Tamburini
abluentis folia iij.

Fiat clyster.


_In chlorosim, quam vulgus pallidos-colores, aut febrim-amatoriam,
appellat._

Recipe Aretini figuras quatuor; R. Thom Sanchii de matrimonio folia
ij. Infundantur in aqu communis libras quinque.

Fiat ptisana aperiens.

       *       *       *       *       *

Voil les drogues que notre mdecin mit en pratique, avec un succs
imaginable. Il ne vouloit pas, disoit-il, pour ne pas ruiner ses
malades, employer des remdes rares, et qui ne se trouvent presque
point: comme, par exemple, une ptre ddicatoire qui n'ait fait
biller personne; une prface trop courte; un mandement fait par un
vque; et l'ouvrage d'un jansniste mpris par un jansniste, ou
bien admir par un jsuite. Il disoit que ces sortes de remdes ne
sont propres qu' entretenir la charlatanerie, contre laquelle il
avoit une antipathie insurmontable.




LETTRE CXLIV.

USBEK A RICA.


Je trouvai, il y a quelques jours, dans une maison de campagne o
j'tois all, deux savants qui ont ici une grande clbrit. Leur
caractre me parut admirable. La conversation du premier, bien
apprcie, se rduisoit  ceci: Ce que j'ai dit est vrai, parce que
je l'ai dit. La conversation du second portoit sur autre chose: Ce
que je n'ai pas dit n'est pas vrai, parce que je ne l'ai pas dit.

J'aimois assez le premier: car qu'un homme soit opinitre, cela ne
me fait absolument rien; mais qu'il soit impertinent, cela me fait
beaucoup. Le premier dfend ses opinions; c'est son bien; le second
attaque les opinions des autres; et c'est le bien de tout le monde.

Oh, mon cher Usbek, que la vanit sert mal ceux qui en ont une dose
plus forte que celle qui est ncessaire pour la conservation de la
nature! Ces gens-l veulent tre admirs  force de dplaire. Ils
cherchent  tre suprieurs; et ils ne sont pas seulement gaux.

Hommes modestes, venez, que je vous embrasse. Vous faites la douceur
et le charme de la vie. Vous croyez que vous n'avez rien; et moi je
vous dis que vous avez tout. Vous pensez que vous n'humiliez
personne; et vous humiliez tout le monde. Et, quand je vous compare
dans mon ide avec ces hommes absolus que je vois partout, je les
prcipite de leur tribunal, et je les mets  vos pieds.

    De Paris, le 22 de la lune de Chahban, 1720.




LETTRE CXLV.

USBEK A ***.


Un homme d'esprit est ordinairement difficile dans les socits. Il
choisit peu de personnes; il s'ennuie avec tout ce grand nombre de
gens qu'il lui plat appeler mauvaise compagnie; il est impossible
qu'il ne fasse un peu sentir son dgot: autant d'ennemis.

Sr de plaire quand il voudra, il nglige trs-souvent de le faire.

Il est port  la critique, parce qu'il voit plus de choses qu'un
autre, et les sent mieux.

Il ruine presque toujours sa fortune, parce que son esprit lui
fournit pour cela un plus grand nombre de moyens.

Il choue dans ses entreprises, parce qu'il hasarde beaucoup. Sa
vue, qui se porte toujours loin, lui fait voir des objets qui sont 
de trop grandes distances. Sans compter que, dans la naissance d'un
projet, il est moins frapp des difficults qui viennent de la
chose, que des remdes qui sont de lui, et qu'il tire de son propre
fonds.

Il nglige les menus dtails, dont dpend cependant la russite de
presque toutes les grandes affaires.

L'homme mdiocre, au contraire, cherche  tirer parti de tout: il
sent bien qu'il n'a rien  perdre en ngligences.

L'approbation universelle est plus ordinairement pour l'homme
mdiocre. On est charm de donner  celui-ci, on est enchant d'ter
 celui-l. Pendant que l'envie fond sur l'un, et qu'on ne lui
pardonne rien, on supple tout en faveur de l'autre: la vanit se
dclare pour lui.

Mais, si un homme d'esprit a tant de dsavantages, que dirons-nous
de la dure condition des savants?

Je n'y pense jamais que je ne me rappelle une lettre d'un d'eux  un
de ses amis. La voici.

    Monsieur,

Je suis un homme qui m'occupe, toutes les nuits,  regarder, avec
des lunettes de trente pieds, ces grands corps qui roulent sur nos
ttes; et quand je veux me dlasser, je prends mes petits
microscopes, et j'observe un ciron ou une mite.

Je ne suis point riche, et je n'ai qu'une seule chambre: je n'ose
mme y faire du feu, parce que j'y tiens mon thermomtre, et que la
chaleur trangre le feroit hausser. L'hiver dernier, je pensai
mourir de froid; et quoique mon thermomtre, qui toit au plus bas
degr, m'avertt que mes mains alloient se geler, je ne me drangeai
point; et j'ai la consolation d'tre instruit exactement des
changements de temps les plus insensibles de toute l'anne passe.

Je me communique fort peu: et, de tous les gens que je vois, je
n'en connois aucun. Mais il y a un homme  Stockholm, un autre 
Leipsick, un autre  Londres, que je n'ai jamais vus, et que je ne
verrai sans doute jamais, avec lesquels j'entretiens une
correspondance si exacte, que je ne laisse pas passer un courrier
sans leur crire.

Mais, quoique je ne connoisse personne dans mon quartier, je suis
dans une si mauvaise rputation, que je serai,  la fin, oblig de
le quitter. Il y a cinq ans que je fus rudement insult par une de
mes voisines, pour avoir fait la dissection d'un chien qu'elle
prtendoit lui appartenir. La femme d'un boucher, qui se trouva l,
se mit de la partie; et, pendant que celle-l m'accabloit d'injures,
celle-ci m'assommoit  coups de pierres, conjointement avec le
docteur ***, qui toit avec moi, et qui reut un coup terrible sur
l'os frontal et occipital, dont le sige de sa raison fut
trs-branl.

Depuis ce temps-l, ds qu'il s'carte quelque chien au bout de la
rue, il est aussitt dcid qu'il a pass par mes mains. Une bonne
bourgeoise qui en avoit perdu un petit, qu'elle aimoit, disoit-elle,
plus que ses enfants, vint l'autre jour s'vanouir dans ma chambre;
et, ne le trouvant pas, elle me cita devant le magistrat. Je crois
que je ne serai jamais dlivr de la malice importune de ces femmes
qui, avec leurs voix glapissantes, m'tourdissent sans cesse de
l'oraison funbre de tous les automates qui sont morts depuis dix
ans.

Je suis, etc.

Tous les savants toient autrefois accuss de magie. Je n'en suis
point tonn. Chacun disoit en lui-mme: j'ai port les talents
naturels aussi loin qu'ils peuvent aller; cependant un certain
savant a des avantages sur moi: il faut bien qu'il y ait l quelque
diablerie.

A prsent que ces sortes d'accusations sont tombes dans le dcri,
on a pris un autre tour; et un savant ne sauroit gure viter le
reproche d'irrligion ou d'hrsie. Il a beau tre absous par le
peuple: la plaie est faite; elle ne se fermera jamais bien. C'est
toujours pour lui un endroit malade. Un adversaire viendra, trente
ans aprs, lui dire modestement: A Dieu ne plaise que je dise que ce
dont on vous accuse soit vrai! mais vous avez t oblig de vous
dfendre. C'est ainsi qu'on tourne contre lui sa justification mme.

S'il crit quelque histoire, et qu'il ait de la noblesse dans
l'esprit, et quelque droiture dans le coeur, on lui suscite mille
perscutions. On ira contre lui soulever le magistrat sur un fait
qui s'est pass il y a mille ans. Et on voudra que sa plume soit
captive, si elle n'est pas vnale.

Plus heureux cependant que ces hommes lches, qui abandonnent leur
foi pour une mdiocre pension; qui,  prendre toutes leurs
impostures en dtail, ne les vendent pas seulement une obole; qui
renversent la constitution de l'empire, diminuent les droits d'une
puissance, augmentent ceux d'une autre, donnent aux princes, tent
aux peuples, font revivre des droits suranns, flattent les passions
qui sont en crdit de leur temps, et les vices qui sont sur le
trne, imposant  la postrit, d'autant plus indignement qu'elle a
moins de moyens de dtruire leur tmoignage.

Mais ce n'est point assez, pour un auteur, d'avoir essuy toutes ces
insultes; ce n'est point assez pour lui d'avoir t dans une
inquitude continuelle sur le succs de son ouvrage. Il voit le jour
enfin, cet ouvrage qui lui a tant cot. Il lui attire des querelles
de toutes parts. Et comment les viter? Il avoit un sentiment; il
l'a soutenu par ses crits: il ne savoit pas qu'un homme,  deux
cents lieues de lui, avoit dit tout le contraire. Voil cependant la
guerre qui se dclare.

Encore s'il pouvoit esprer d'obtenir quelque considration! Non. Il
n'est tout au plus estim que de ceux qui se sont appliqus au mme
genre de science que lui. Un philosophe a un mpris souverain pour
un homme qui a la tte charge de faits; et il est,  son tour,
regard comme un visionnaire par celui qui a une bonne mmoire.

Quant  ceux qui font profession d'une orgueilleuse ignorance, ils
voudroient que tout le genre humain ft enseveli dans l'oubli o ils
seront eux-mmes.

Un homme  qui il manque un talent se ddommage en le mprisant: il
te cet obstacle qu'il rencontroit entre le mrite et lui; et, par
l, se trouve au niveau de celui dont il redoute les travaux.

Enfin, il faut joindre,  une rputation quivoque, la privation des
plaisirs et la perte de la sant.

    De Paris, le 20 de la lune de Chahban 1720.




LETTRE CXLVI.

USBEK A RHDI.

A Venise.


Il y a longtemps que l'on a dit que la bonne foi toit l'me d'un
grand ministre.

Un particulier peut jouir de l'obscurit o il se trouve; il ne se
dcrdite que devant quelques gens; il se tient couvert devant les
autres: mais un ministre qui manque  la probit a autant de
tmoins, autant de juges, qu'il y a de gens qu'il gouverne.

Oserai-je le dire? le plus grand mal que fait un ministre sans
probit n'est pas de desservir son prince et de ruiner son peuple:
il y en a un autre,  mon avis, mille fois plus dangereux; c'est le
mauvais exemple qu'il donne.

Tu sais que j'ai longtemps voyag dans les Indes. J'y ai vu une
nation, naturellement gnreuse, pervertie en un instant, depuis le
dernier des sujets jusqu'aux plus grands, par le mauvais exemple
d'un ministre: j'y ai vu tout un peuple, chez qui la gnrosit, la
probit, la candeur et la bonne foi ont pass de tout temps pour les
qualits naturelles, devenir tout  coup le dernier des peuples; le
mal se communiquer, et n'pargner pas mme les membres les plus
sains; les hommes les plus vertueux faire des choses indignes; et
violer, dans toutes les occasions de leur vie, les premiers
principes de la justice, sur ce vain prtexte qu'on la leur avoit
viole.

Ils appeloient des lois odieuses en garantie des actions les plus
lches; et nommoient ncessit l'injustice et la perfidie.

J'ai vu la foi des contrats bannie, les plus saintes conventions
ananties, toutes les lois des familles renverses. J'ai vu des
dbiteurs avares, fiers d'une insolente pauvret, instruments
indignes de la fureur des lois et de la rigueur des temps, feindre
un payement au lieu de le faire, et porter le couteau dans le sein
de leurs bienfaiteurs.

J'en ai vu d'autres, plus indignes encore, acheter presque pour
rien, ou plutt ramasser de terre des feuilles de chne, pour les
mettre  la place de la substance des veuves et des orphelins.

J'ai vu natre soudain, dans tous les coeurs, une soif insatiable
des richesses. J'ai vu se former en un moment une dtestable
conjuration de s'enrichir, non par un honnte travail et une
gnreuse industrie, mais par la ruine du prince, de l'tat et des
concitoyens.

J'ai vu un honnte citoyen, dans ces temps malheureux, ne se coucher
qu'en disant: J'ai ruin une famille aujourd'hui; j'en ruinerai une
autre demain.

Je vais, disoit un autre, avec un homme noir qui porte une critoire
 la main et un fer pointu  l'oreille, assassiner tous ceux  qui
j'ai de l'obligation.

Un autre disoit: Je vois que j'accommode mes affaires: il est vrai
que, lorsque j'allai, il y a trois jours, faire un certain payement,
je laissai toute une famille en larmes, que je dissipai la dot de
deux honntes filles, que j'tai l'ducation  un petit garon; le
pre en mourra de douleur, la mre prit de tristesse: mais je n'ai
fait que ce qui est permis par la loi.

Quel plus grand crime que celui que commet un ministre, lorsqu'il
corrompt les moeurs de toute une nation, dgrade les mes les plus
gnreuses, ternit l'clat des dignits, obscurcit la vertu mme, et
confond la plus haute naissance dans le mpris universel?

Que dira la postrit, lorsqu'il lui faudra rougir de la honte de
ses pres? Que dira le peuple naissant, lorsqu'il comparera le fer
de ses aeux avec l'or de ceux  qui il doit immdiatement le jour?
Je ne doute pas que les nobles ne retranchent de leurs quartiers un
indigne degr de noblesse qui les dshonore, et ne laissent la
gnration prsente dans l'affreux nant o elle s'est mise.

    De Paris, le 11 de la lune de Rhamazan, 1720.




LETTRE CXLVII.

LE GRAND EUNUQUE A USBEK.

A Paris.


Les choses sont venues  un tat qui ne se peut plus soutenir: tes
femmes se sont imagin que ton dpart leur laissoit une impunit
entire; il se passe ici des choses horribles: je tremble moi-mme
au cruel rcit que je vais te faire.

Zlis, allant il y a quelques jours  la mosque, laissa tomber son
voile, et parut presque  visage dcouvert devant tout le peuple.

J'ai trouv Zachi couche avec une de ses esclaves; chose si
dfendue par les lois du srail.

J'ai surpris, par le plus grand hasard du monde, une lettre que je
t'envoie: je n'ai jamais pu dcouvrir  qui elle toit adresse.

Hier au soir, un jeune garon fut trouv dans le jardin du srail,
et il se sauva par-dessus les murailles.

Ajoute  cela ce qui n'est pas parvenu  ma connoissance; car
srement tu es trahi. J'attends tes ordres: et, jusqu' l'heureux
moment que je les recevrai, je vais tre dans une situation
mortelle. Mais, si tu ne mets toutes ces femmes  ma discrtion, je
ne te rponds d'aucune d'elles, et j'aurai tous les jours des
nouvelles aussi tristes  te mander.

    Du srail d'Ispahan, le 1er de la lune de Rhgeb, 1717.




LETTRE CXLVIII.

USBEK AU PREMIER EUNUQUE.

Au srail d'Ispahan.


Recevez par cette lettre un pouvoir sans bornes sur tout le srail:
commandez avec autant d'autorit que moi-mme; que la crainte et la
terreur marchent avec vous; courez d'appartements en appartements
porter les punitions et les chtiments; que tout vive dans la
consternation, que tout fonde en larmes devant vous; interrogez tout
le srail; commencez par les esclaves; n'pargnez pas mon amour; que
tout subisse votre tribunal redoutable; mettez au jour les secrets
les plus cachs; purifiez ce lieu infme; et faites-y rentrer la
vertu bannie. Car, ds ce moment, je mets sur votre tte les
moindres fautes qui se commettront. Je souponne Zlis d'tre celle
 qui la lettre que vous avez surprise s'adressoit: examinez cela
avec des yeux de lynx.

    De ***, le 11 de la lune de Zilhag, 1718.




LETTRE CXLIX.

NARSIT A USBEK.

A Paris.


Le grand eunuque vient de mourir, magnifique seigneur: comme je suis
le plus vieux de tes esclaves, j'ai pris sa place, jusques  ce que
tu aies fait connotre sur qui tu veux jeter les yeux.

Deux jours aprs sa mort, on m'apporta une de tes lettres qui lui
toit adresse: je me suis bien gard de l'ouvrir; je l'ai
enveloppe avec respect, et l'ai serre, jusques  ce que tu m'aies
fait connotre tes sacres volonts.

Hier, un esclave vint, au milieu de la nuit, me dire qu'il avoit
trouv un jeune homme dans le srail: je me levai, j'examinai la
chose, et je trouvai que c'toit une vision.

Je te baise les pieds, sublime seigneur; et je te prie de compter
sur mon zle, mon exprience et ma vieillesse.

    Du srail d'Ispahan, le 5 de la lune de Gemmadi 1, 1718.




LETTRE CL.

USBEK A NARSIT.

Au srail d'Ispahan.


Malheureux que vous tes, vous avez dans vos mains des lettres qui
contiennent des ordres prompts et violents; le moindre retardement
peut me dsesprer: et vous demeurez tranquille sous un vain
prtexte!

Il se passe des choses horribles: j'ai peut-tre la moiti de mes
esclaves qui mritent la mort. Je vous envoie la lettre que le
premier eunuque m'crivit l-dessus avant de mourir. Si vous aviez
ouvert le paquet qui lui est adress, vous y auriez trouv des
ordres sanglants. Lisez-les donc ces ordres: et vous prirez, si
vous ne les excutez pas.

    De ***, le 25 de la lune de Chalval, 1718.




LETTRE CLI.

SOLIM A USBEK.

A Paris.


Si je gardois plus longtemps le silence, je serois aussi coupable
que tous ces criminels que tu as dans le srail.

J'tois le confident du grand eunuque, le plus fidle de tes
esclaves. Lorsqu'il se vit prs de sa fin, il me fit appeler, et me
dit ces paroles: Je me meurs; mais le seul chagrin que j'aie en
quittant la vie, c'est que mes derniers regards aient trouv les
femmes de mon matre criminelles. Le ciel puisse le garantir de tous
les malheurs que je prvois! puisse, aprs ma mort, mon ombre
menaante venir avertir ces perfides de leur devoir, et les
intimider encore! Voil les clefs de ces redoutables lieux; va les
porter au plus vieux des noirs. Mais si, aprs ma mort, il manque de
vigilance, songe  en avertir ton matre. En achevant ces mots, il
expira dans mes bras.

Je sais ce qu'il t'crivit, quelque temps avant sa mort, sur la
conduite de tes femmes: il y a dans le srail une lettre qui auroit
port la terreur avec elle, si elle avoit t ouverte; celle que tu
as crite depuis a t surprise  trois lieues d'ici: je ne sais ce
que c'est, tout se tourne malheureusement.

Cependant tes femmes ne gardent plus aucune retenue: depuis la mort
du grand eunuque, il semble que tout leur soit permis; la seule
Roxane est reste dans le devoir, et conserve de la modestie. On
voit les moeurs se corrompre tous les jours. On ne trouve plus sur
le visage de tes femmes cette vertu mle et svre qui y rgnoit
autrefois: une joie nouvelle, rpandue dans ces lieux, est un
tmoignage infaillible, selon moi, de quelque satisfaction nouvelle;
dans les plus petites choses, je remarque des liberts jusqu'alors
inconnues. Il rgne, mme parmi tes esclaves, une certaine indolence
pour leur devoir et pour l'observation des rgles, qui me surprend;
ils n'ont plus ce zle ardent pour ton service, qui sembloit animer
tout le srail.

Tes femmes ont t huit jours  la campagne,  une de tes maisons
les plus abandonnes. On dit que l'esclave qui en a soin a t
gagn; et qu'un jour avant qu'elles arrivassent, il avoit fait
cacher deux hommes dans un rduit de pierre qui est dans la muraille
de la principale chambre, d'o ils sortoient le soir lorsque nous
tions retirs. Le vieux eunuque, qui est  prsent  notre tte,
est un imbcile,  qui l'on fait croire tout ce qu'on veut.

Je suis agit d'une colre vengeresse contre tant de perfidies: et
si le ciel vouloit, pour le bien de ton service, que tu me jugeasses
capable de gouverner, je te promets que, si tes femmes n'toient pas
vertueuses, au moins elles seroient fidles.

    Du srail d'Ispahan, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.




LETTRE CLII.

NARSIT A USBEK.

A Paris.


Roxane et Zlis ont souhait d'aller  la campagne; je n'ai pas cru
devoir le leur refuser. Heureux Usbek! tu as des femmes fidles et
des esclaves vigilants: je commande en des lieux o la vertu semble
s'tre choisi un asile. Compte qu'il ne s'y passera rien que tes
yeux ne puissent soutenir.

Il est arriv un malheur qui me met en grande peine. Quelques
marchands armniens, nouvellement arrivs  Ispahan, avoient apport
une de tes lettres pour moi; j'ai envoy un esclave pour la
chercher; il a t vol  son retour, de manire que la lettre est
perdue. cris-moi donc promptement; car je m'imagine que, dans ce
changement, tu dois avoir des choses de consquence  me mander.

    Du srail de Fatm, le 6 de la lune de Rebiab 1, 1719.




LETTRE CLIII.

USBEK A SOLIM.

Au srail d'Ispahan.


Je te mets le fer  la main. Je te confie ce que j'ai  prsent dans
le monde de plus cher, qui est ma vengeance. Entre dans ce nouvel
emploi: mais n'y porte ni coeur ni piti. J'cris  mes femmes de
t'obir aveuglment: dans la confusion de tant de crimes, elles
tomberont devant tes regards. Il faut que je te doive mon bonheur et
mon repos: rends-moi mon srail comme je l'ai laiss. Mais commence
par l'expier; extermine les coupables, et fais trembler ceux qui se
proposoient de le devenir. Que ne peux-tu pas esprer de ton matre
pour des services si signals? Il ne tiendra qu' toi de te mettre
au-dessus de ta condition mme, et de toutes les rcompenses que tu
as jamais dsires.

    De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.




LETTRE CLIV.

USBEK A SES FEMMES.

Au srail d'Ispahan.


Puisse cette lettre tre comme la foudre qui tombe au milieu des
clairs et des temptes! Solim est votre premier eunuque, non pas
pour vous garder, mais pour vous punir. Que tout le srail s'abaisse
devant lui. Il doit juger vos actions passes: et, pour l'avenir, il
vous fera vivre sous un joug si rigoureux, que vous regretterez
votre libert, si vous ne regrettez pas votre vertu.

    De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.




LETTRE CLV.

USBEK A NESSIR.

A Ispahan.


Heureux celui qui, connoissant tout le prix d'une vie douce et
tranquille, repose son coeur au milieu de sa famille, et ne
connot d'autre terre que celle qui lui a donn le jour.

Je vis dans un climat barbare, prsent  tout ce qui m'importune,
absent de tout ce qui m'intresse. Une tristesse sombre me saisit;
je tombe dans un accablement affreux: il me semble que je
m'anantis; et je ne me retrouve moi-mme que lorsqu'une sombre
jalousie vient s'allumer, et enfanter dans mon me la crainte, les
soupons, la haine et les regrets.

Tu me connois, Nessir; tu as toujours vu dans mon coeur comme dans
le tien: je te ferois piti, si tu savois mon tat dplorable.
J'attends quelquefois six mois entiers des nouvelles du srail; je
compte tous les instants qui s'coulent; mon impatience me les
allonge toujours; et lorsque celui qui a t tant attendu est prs
d'arriver, il se fait dans mon coeur une rvolution soudaine; ma
main tremble d'ouvrir une lettre fatale; cette inquitude qui me
dsesproit, je la trouve l'tat le plus heureux o je puisse tre,
et je crains d'en sortir par un coup plus cruel pour moi que mille
morts.

Mais, quelque raison que j'aie eue de sortir de ma patrie, quoique
je doive ma vie  ma retraite, je ne puis plus, Nessir, rester dans
cet affreux exil. Et ne mourrois-je pas tout de mme en proie  mes
chagrins? J'ai press mille fois Rica de quitter cette terre
trangre; mais il s'oppose  toutes mes rsolutions; il m'attache
ici par mille prtextes: il semble qu'il ait oubli sa patrie; ou
plutt il semble qu'il m'ait oubli moi-mme, tant il est insensible
 mes dplaisirs.

Malheureux que je suis! je souhaite de revoir ma patrie, peut-tre
pour devenir plus malheureux encore! Eh! qu'y ferai-je? Je vais
rapporter ma tte  mes ennemis. Ce n'est pas tout: j'entrerai dans
le srail; il faut que j'y demande compte du temps funeste de mon
absence: et si j'y trouve des coupables, que deviendrai-je? Et si la
seule ide m'accable de si loin, que sera-ce, lorsque ma prsence la
rendra plus vive? que sera-ce, s'il faut que je voie, s'il faut que
j'entende ce que je n'ose imaginer sans frmir? que sera-ce enfin,
s'il faut que des chtiments que je prononcerai moi-mme soient des
marques ternelles de ma confusion et de mon dsespoir?

J'irai m'enfermer dans des murs plus terribles pour moi que pour les
femmes qui y sont gardes; j'y porterai tous mes soupons; leurs
empressements ne m'en droberont rien; dans mon lit, dans leurs
bras, je ne jouirai que de mes inquitudes; dans un temps si peu
propre aux rflexions, ma jalousie trouvera  en faire. Rebut
indigne de la nature humaine, esclaves vils dont le coeur a t
ferm pour jamais  tous les sentiments de l'amour, vous ne gmiriez
plus sur votre condition, si vous connoissiez le malheur de la
mienne.

    De Paris, le 4 de la lune de Chahban, 1719.




LETTRE CLVI.

ROXANE A USBEK.

A Paris.


L'horreur, la nuit et l'pouvante rgnent dans le srail; un deuil
affreux l'environne: un tigre y exerce  chaque instant toute sa
rage; il a mis dans les supplices deux eunuques blancs, qui n'ont
avou que leur innocence; il a vendu une partie de nos esclaves, et
nous a obliges de changer entre nous celles qui nous restoient.
Zachi et Zlis ont reu dans leur chambre, dans l'obscurit de la
nuit un traitement indigne; le sacrilge n'a pas craint de porter
sur elles ses viles mains. Il nous tient enfermes chacune dans
notre appartement; et, quoique nous y soyons seules, il nous y fait
vivre sous le voile: il ne nous est plus permis de nous parler; ce
seroit un crime de nous crire: nous n'avons plus rien de libre que
les pleurs.

Une troupe de nouveaux eunuques est entre dans le srail, o ils
nous assigent nuit et jour: notre sommeil est sans cesse interrompu
par leurs mfiances feintes ou vritables. Ce qui me console, c'est
que tout ceci ne durera pas longtemps, et que ces peines finiront
avec ma vie: elle ne sera pas longue, cruel Usbek! je ne te donnerai
pas le temps de faire cesser tous ces outrages.

    Du srail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.




LETTRE CLVII.

ZACHI A USBEK.

A Paris.


O ciel! un barbare m'a outrage jusque dans la manire de me punir!
Il m'a inflig ce chtiment qui commence par alarmer la pudeur; ce
chtiment qui met dans l'humiliation extrme; ce chtiment qui
ramne, pour ainsi dire,  l'enfance.

Mon me, d'abord anantie sous la honte, reprenoit le sentiment
d'elle-mme, et commenoit  s'indigner, lorsque mes cris firent
retentir les votes de mes appartements. On m'entendit demander
grce au plus vil de tous les humains, et tenter sa piti,  mesure
qu'il toit plus inexorable.

Depuis ce temps, son me insolente et servile s'est leve sur la
mienne. Sa prsence, ses regards, ses paroles, tous les malheurs
viennent m'accabler. Quand je suis seule, j'ai du moins la
consolation de verser des larmes; mais lorsqu'il s'offre  ma vue,
la fureur me saisit; je la trouve impuissante; et je tombe dans le
dsespoir.

Le tigre ose me dire que tu es l'auteur de toutes ces barbaries. Il
voudrait m'ter mon amour, et profaner jusques aux sentiments de mon
coeur. Quand il me prononce le nom de celui que j'aime, je ne sais
plus me plaindre: je ne puis plus que mourir.

J'ai soutenu ton absence, et j'ai conserv mon amour, par la force
de mon amour. Les nuits, les jours, les moments, tout a t pour
toi. J'tois superbe de mon amour mme; et le tien me faisoit
respecter ici. Mais  prsent... Non, je ne puis plus soutenir
l'humiliation o je suis descendue. Si je suis innocente, reviens
pour m'aimer; reviens, si je suis coupable, pour que j'expire  tes
pieds.

    Du srail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.




LETTRE CLVIII.

ZLIS A USBEK.

A Paris.


A mille lieues de moi, vous me jugez coupable:  mille lieues de
moi, vous me punissez.

Qu'un eunuque barbare porte sur moi ses viles mains, il agit par
votre ordre: c'est le tyran qui m'outrage, et non pas celui qui
exerce la tyrannie.

Vous pouvez,  votre fantaisie, redoubler vos mauvais traitements.
Mon coeur est tranquille, depuis qu'il ne peut plus vous aimer.
Votre me se dgrade, et vous devenez cruel. Soyez sr que vous
n'tes point heureux. Adieu.

    Du srail d'Ispahan, le 2 de la lune de Maharram, 1720.




LETTRE CLIX.

SOLIM A USBEK.

A Paris.


Je me plains, magnifique seigneur, et je te plains: jamais serviteur
fidle n'est descendu dans l'affreux dsespoir o je suis. Voici tes
malheurs et les miens; je ne t'en cris qu'en tremblant.

Je jure, par tous les prophtes du ciel, que, depuis que tu m'as
confi tes femmes, j'ai veill nuit et jour sur elles; que je n'ai
jamais suspendu un moment le cours de mes inquitudes. J'ai commenc
mon ministre par les chtiments; et je les ai suspendus, sans
sortir de mon austrit naturelle.

Mais que dis-je? pourquoi te vanter ici une fidlit qui t'a t
inutile? Oublie tous mes services passs; regarde-moi comme un
tratre; et punis-moi de tous les crimes que je n'ai pu empcher.

Roxane, la superbe Roxane,  ciel!  qui se fier dsormais? Tu
souponnois Zachi, et tu avois pour Roxane une scurit entire;
mais sa vertu farouche toit une cruelle imposture; c'toit le voile
de sa perfidie. Je l'ai surprise dans les bras d'un jeune homme,
qui, ds qu'il s'est vu dcouvert, est venu sur moi; il m'a donn
deux coups de poignard; les eunuques, accourus au bruit, l'ont
entour: il s'est dfendu longtemps, en a bless plusieurs; il
vouloit mme rentrer dans la chambre, pour mourir, disoit-il, aux
yeux de Roxane. Mais enfin il a cd au nombre, et il est tomb 
nos pieds.

Je ne sais si j'attendrai, sublime seigneur, tes ordres svres: tu
as mis ta vengeance en mes mains; je ne dois pas la faire languir.

    Du srail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1730,




LETTRE CLX.

SOLIM A USBEK.

A Paris.


J'ai pris mon parti: tes malheurs vont disparotre; je vais punir.

Je sens dj une joie secrte; mon me et la tienne vont s'apaiser:
nous allons exterminer le crime, et l'innocence va plir.

O vous, qui semblez n'tre faites que pour ignorer tous vos sens et
tre indignes de vos dsirs mmes; ternelles victimes de la honte
et de la pudeur, que ne puis-je vous faire entrer  grands flots
dans ce srail malheureux, pour vous voir tonnes de tout le sang
que j'y vais rpandre!

    Du srail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.




LETTRE CLXI.

ROXANE A USBEK.

A Paris.


Oui, je t'ai tromp; j'ai sduit tes eunuques; je me suis joue de
ta jalousie; et j'ai su de ton affreux srail faire un lieu de
dlices et de plaisirs.

Je vais mourir; le poison va couler dans mes veines: car que
ferois-je ici, puisque le seul homme qui me retenoit  la vie n'est
plus? Je meurs; mais mon ombre s'envole bien accompagne: je viens
d'envoyer devant moi ces gardiens sacrilges, qui ont rpandu le
plus beau sang du monde.

Comment as-tu pens que je fusse assez crdule, pour m'imaginer que
je ne fusse dans le monde que pour adorer tes caprices? que, pendant
que tu te permets tout, tu eusses le droit d'affliger tous mes
dsirs? Non: j'ai pu vivre dans la servitude; mais j'ai toujours t
libre: j'ai rform tes lois sur celles de la nature; et mon esprit
s'est toujours tenu dans l'indpendance.

Tu devrois me rendre grces encore du sacrifice que je t'ai fait; de
ce que je me suis abaisse jusqu' te parotre fidle; de ce que
j'ai lchement gard dans mon coeur ce que j'aurois d faire
parotre  toute la terre; enfin de ce que j'ai profan la vertu en
souffrant qu'on appelt de ce nom ma soumission  tes fantaisies.

Tu tois tonn de ne point trouver en moi les transports de
l'amour: si tu m'avois bien connue, tu y aurois trouv toute la
violence de la haine.

Mais tu as eu longtemps l'avantage de croire qu'un coeur comme le
mien t'toit soumis. Nous tions tous deux heureux; tu me croyois
trompe, et je te trompois.

Ce langage, sans doute, te parot nouveau. Seroit-il possible
qu'aprs t'avoir accabl de douleurs, je te forasse encore
d'admirer mon courage? Mais c'en est fait, le poison me consume, ma
force m'abandonne; la plume me tombe des mains; je sens affoiblir
jusqu' ma haine; je me meurs.

    Du srail d'Ispahan, le 8 de la lune de Rebiab 1, 1720.

FIN DU TOME SECOND.




NOTES ET VARIANTES.


(Voir l'_Index_, pour l'histoire, la religion, la philosophie, le
droit public et priv, les moeurs orientales et europennes.)


Lettre LXXXIX (LXXXVI de 1721-1754).


Lettre XCII (quatrime du Supplment de 1754).


Lettre XCIII (LXXXIX de 1721-1754).


Lettre XCVI (XCII de 1721-1754).

L'acte de justice la plus svre, c'est la guerre; _puisque son but
est la destruction de la socit_. C'est la leon de 1721 et de
1754.

Le passage est attnu ainsi dans quelques ditions subsquentes:
_puisqu'elle peut avoir l'effet de dtruire la socit_.

Un diteur moderne (Didot) a cru bien faire en accolant les deux
leons bout  bout: puisqu'elle peut avoir l'effet etc..., puisque
son but est la destruction de la socit.

Cette peine rpond  celle du bannissement _tablie dans les
tribunaux, qui retranche_ les coupables de la socit. Ainsi un
prince,  l'alliance duquel nous renonons, est retranch _par l_
de notre socit et n'est plus un de nos membres.

Ceci est la leon originale de 1721 et 1754.

Dans les ditions postrieures, notamment 1785 (dition complte),
et Lefvre 1820, d'aprs l'dition de Londres 1757, et peut-tre sur
des indications manuscrites de Montesquieu conserves par son fils
et son secrtaire, ce passage est corrig ainsi:

Cette peine rpond  celle du bannissement, _que les tribunaux ont
tabli pour retrancher_ les coupables de la socit. Ainsi un
prince,  l'alliance duquel nous renonons, est retranch de notre
socit, et n'est plus _un des membres qui la composent_.

Les trois derniers alinas, pour lesquels nous suivons la correction
du Supplment de 1754, sont ainsi rdigs dans le texte primitif:

Le droit de conqute n'est point un droit. Une socit ne peut tre
fonde que sur la volont des associs: si elle est dtruite par la
conqute, le peuple redevient libre; il n'y a plus de nouvelle
socit: et si le vainqueur en veut former, c'est une tyrannie.

A l'gard des traits de paix, ils ne sont jamais lgitimes,
lorsqu'ils ordonnent une cession ou ddommagement plus considrable
que le dommage caus: autrement, c'est une pure violence, contre
laquelle on peut toujours revenir;  moins que, pour ravoir ce qu'on
a perdu, on ne soit oblig de se servir de moyens si violents, qu'il
en arrive un mal plus grand que le bien que l'on en doit retirer.

Voil, cher Rhdi, ce que j'appelle le droit public; voil le droit
des gens, ou plutt celui de la raison.

En tte de la correction indique par le Supplment, et qui, sous
beaucoup de rapports, est infrieure au texte primitif, se lit cet
avertissement: A la place des trois derniers alinas, mettez
ceux-ci.

Cependant quelques ditions ont maintenu, et avec raison,  la suite
du nouveau texte, la conclusion si ferme: Voil cher Rhdi...


Lettre XCVIII (XCIV de 1721-1754.)

coute ce que _je vais te_ dire....

1721 1re: Ce que je _te_ vais dire...

Leon prfrable eu gard  l'habitude constante de Montesquieu.

Ce n'est qu'aprs bien des rflexions, qu'on en a _connu_ toute la
fcondit.

ditions postrieures  1754: qu'on en a _vu_...

Cette lettre (LXXXIV de la 2e Marteau) est vivement incrimine dans
la brochure de l'abb Gaultier: _Lettres persannes convaincues
d'impit_.


Lettre CIII (XCIX de 1721-1754).

Au moins il est impossible qu'ils aient subsist longtemps _dans
leur puret_.

Les mots en italiques manquent dans 1721-54, et appartiennent aux
ditions postrieures qui procdent de 1757 (voir la _Bibliographie_.)

Caravansrails. 1721, 1re donne: _Caravansrais_, qui avec un 
serait peut-tre la meilleure transcription de ce terme oriental; et
1754: _Caravanseras_.

Il n'y a que quatre ou cinq sicles qu'un roi de France prit des
gardes.

Ce roi est Philippe Auguste menac par les _Assassins_ du Vieux de
la Montagne.


Lettre CXI (CVII 1721-1754).

Un gnral d'arme n'emploie pas plus d'attention _ placer_ sa
droite... qu'elle en met _ poster_ une mouche qui peut manquer...

C'est la leon de 1754, et certainement la meilleure.

1721 1re donne: _porter_ une mouche. (C'est une coquille.)

1721 2e donne: _poster_ sa droite,... _placer_ une mouche.

Les ditions subsquentes _poser_ une mouche (qui ne vaut pas
_poster_).


Lettre CXII (Cinquime du Supplment de 1754).

Elle se trouve dj en grande partie dans la 2e Marteau (LVIII),
avec une adresse et une date diffrentes.

En voici le dbut et les variantes, ainsi qu'une note, qui ne figure
plus au Supplment:

    Rica  ***

Le peuple est un animal qui voit et qui entend; mais qui ne pense
jamais. Il est dans une lthargie ou dans une fougue surprenante; et
il va et vient sans cesse d'un de ces tats  l'autre, sans savoir
jamais d'o il est parti.

J'ai ou parler en France d'un certain gouverneur de Normandie,
qui, voulant se rendre plus considrable  la cour, excitoit lui
mme de temps en temps quelques sditions, qu'il apaisoit aussitt.

Il avoua depuis que la plus forte sdition ne lui cota, tout
compte fait, qu'un demi toman. Il faisoit assembler quelques
canailles dans un cabaret qui donnoit le ton  toute la ville, et
ensuite  toute la province.

Ceci me fait ressouvenir d'une lettre qu'crivit dans les derniers
troubles de Paris un des gnraux de cette ville  un de ses amis.

Je fis sortir, il y a trois jours, les troupes de la ville; mais
elles furent repousses avec perte. Je compte pourtant que je
rparerai facilement cet chec; j'ai six couplets...

Si cela ne suffit pas, il a t rsolu au conseil de faire parotre
une estampe, qui fera voir Mazarin pendu; et pour peu que la
conjoncture des affaires le demande, nous aurons la ressource
d'ordonner au graveur de le rouer...

Jugez aprs cela si le peuple  tort de s'animer, et de faire du
nom de Mazarin un mot...

Notre musique l'a si furieusement vex sur le pch originel que,
pour ne pas voir ses partisans rduits  la moiti, il a t oblig
de renvoyer tous ses pages. Je suis, etc...

    De Paris, le 9 de la lune de Zilcad 1715.

En note aux mots: le ton ridicule dont il prononce.

Le cardinal Mazarin, voulant prononcer _l'arrt d'Union_, dit
devant les dputs du parlement _l'arrt d'Ognon_; sur quoi le
peuple fit force plaisanteries.

Le _pch originel_ dont il est question plus haut est ce vice
contre nature qu'on nomme parfois _italien_, et qui serait mieux
nomm _clrical_.


Lettre CXIII (CVIII de 1721-1754).


Lettre CXIV (CIX de 1721-1754, XCIX de 1721 2e Marteau).

Elle est incrimine dans la brochure: _Lettres persannes convaincues
d'impit._

Il ne faut donc pas compter les annes du monde...

Cet alina ne manque ni dans 1721 1re, ni dans 1721 2e Marteau, ni
dans 1754. C'est  tort qu'il a t supprim dans 1758 et dans
beaucoup d'ditions postrieures.

Cependant tous les historiens _nous parlent d'un premier pre;
ils_...

Les mots en _italiques_ manquent dans la premire dition. Ils sont
dj rtablis dans 1721 2e Marteau.

L'avant dernier paragraphe: mais toutes les destructions ne sont
pas violentes... appartient au Supplment de 1754.


Lettre CXVII (CXII de 1721 1re, CII de la 2e Marteau).

Incrimine dans les _Lettres persannes convaincues d'impit_.


Lettre CXVIII (CXII 1re, CIII 2e Marteau).

galement incrimine.


Lettre CXX.

_Tyen_, ciel des chinois.

1721 1re: _Tyien_.


Lettre CXXII

L'air se charge, comme les plantes... Alina ajout par le
Supplment de 1754.


Lettre CXXV (Sixime du Supplment de 1754).

Elle se trouve dj dans 1721 2e Marteau (LX, Usbek  ***, Paris, 11
Zilcad 1715), avec les variantes suivantes:

_Troisime alina._

A mon esprit; il me semble...

1721 2e: _et_ il me semble...

_Quatrime alina._

De quelques uns de nos sujets...

1721 2e: de nos _plus riches_ sujets...

Nous avons enfin cd  la multitude des requtes...

1721 2e:  la multitude _innombrable_...

Faire attention qu'il _toit_ notoire...

1721 2e: qu'il _est_ notoire...

Nous ont pri, branlant la tte...

1721 2e: _en_ branlant la tte...

_Ainsi_, dsirant traiter les suppliants...

1721 2e: _A ces causes_, dsirant...

_Septime alina._

A leurs femmes _et_  leurs enfants...

1721 2e: A leurs femmes,  leurs enfants...

Dans leurs familles, les principales ftes de l'anne...

1721 2e: dans leurs familles, _avec leurs amis_, etc...

_Huitime alina._

_Elles_ viennent  les y contraindre...

1721 2e: _Ils_ viennent...

Dfendons  nos magistrats...

1721 2e:  _tous_ nos magistrats...


Lettre CXXVI (CXX de 1721 1re, CX de 1721 2e Marteau).

Incrimine dans les _Lettres persannes convaincues d'impit_.


Lettre CXXXVII (CXXXI de 1721 1re).

semble chauffer les imaginations _mmes_. _Mmes_ manque, et avec
raison, dans 1721 1re. Romans pris dans le sens de _romanciers_.


Lettre CXXXVIII (CXXXII de 1721 1re).

_N._ prit le fer  la main... _N._ est le duc de Noailles.

Un tranger; Law, cossais. (Voir l'_Index_).


Lettre CXLI (CXXXV de 1721 1re).

_Romans_ dans le sens de _romanciers_.

Zulma. 1721 1re: Zumela.

Gemmadi 1, 1720

1 manque dans 1754.


Lettre CXLIII (CXXXVII 1721-1754).

La piquante _Lettre d'un mdecin de province_ figure tout entire
dans les deux ditions qui servent de base  notre travail. 1721 1re
donne mme _Rvrend pre jsuite_, l o 1754 n'a que les initiales
R. P. J.

Ce n'est qu'aprs la mort de Montesquieu que des diteurs timors
ont supprim ou mis en note l'numration des mdicaments: la lettre
s'arrte  on lui expliqua la chose, comme elle s'toit passe.

Dj la fin du paragraphe intitul P. S. avait disparu Il y a bien
des choses que je n'entends pas, etc...

Les diteurs ont fictivement attribu  Montesquieu lui-mme ces
mutilations qu'on ne s'explique gure:

L'auteur, disent-ils, dans le manuscrit qu'il avoit confi _de son
vivant_ (ce qui est faux) aux libraires, a jug  propos de faire
des retranchements. On n'a pas cru devoir en priver le lecteur qui
les trouvera ici en notes.

Prenez dix A*** du C*** concernant la B*** et la C*** des J***.

Dix Arrts du Conseil concernant la Bulle et la Constitution des
Jsuites. (Selon d'autres: concernant la Banque, ou la Bourse, et la
Compagnie des Indes.)

M. de N. Flchier vque de Nmes. Montesquieu est ici bien
aimable d'excepter les Oraisons funbres de Flchier.

Teigne, 1721: _tigne_.

_Miraculum chymicum, de violenta_, etc...

Miracle chimique, par violente fermentation, avec fume, feu et
flamme.

Mlangez une infusion de Quesnel avec une infusion de Lallemand; que
la fermentation ait lieu, avec grande violence, bouillonnement et
tonnerre, les acides se combattant, et pntrant  l'envi les sels
alcalins: il se fera une vaporation d'esprits brlants. Mettez la
liqueur fermente dans l'alambic; vous n'en tirerez rien, et n'y
trouverez rien sinon un _caput mortuum_ (une drogue inutile et
impuissante.)

_Lenitivum_.

Prenez deux feuillets de l'anodin Molina; six pages du laxatif
Escobar; une feuille de l'mollient Vasquez: faites infuser dans
quatre livres d'eau ordinaire, faites rduire, par la cuisson, 
moiti; pressez; et dans l'extrait faites dissoudre trois feuilles
du dtersif Bauni et du diluant Tamburini.

Faites du tout un lavement.

_Clyster_. 1721-1754: _clister_.

_In chlorosim_, etc...

Contre la chlorose, que le vulgaire appelle ples-couleurs ou
fivre-amoureuse.

Prenez quatre figures de l'Artin; deux feuilles du rvrend Thomas
Sanchez _De matrimonio_ (Du mariage). Faites infuser dans cinq
livres d'eau ordinaire.

Faites du tout une tisane apritive.


Lettre CXLIV (Septime du Supplment de 1754).


Lettre CXLV (Huitime du supplment de 1754).

Cette lettre se retrouve tout entire dans 1721 2e Marteau (LIX).

Sa vue qui _se_ porte toujours loin...

1721 2e: qui porte...

On est charm de donner  celui-ci, on est enchant d'ter 
celui-l.

1721 2e: On aime  donner..., on est charm d'ter...

Une mite.

1721 2e: _Mitte_...

L'hiver _dernier_, je pensai mourir...

1721 2e: L'hiver _pass_,...

On lui suscite...

1721 2e: On lui suscite_ra_...

La constitution _de_ l'empire...

1721 2e: _des empires_...

Mais ce n'est _point_ assez...

1721 2e: _pas_

De Paris, le 20 de la lune de Chahban, 1720.

1721 2e: De Paris, le 10 de la lune Zilcad, 1715.


Lettre CXLVII (CXXXIX de 1721-1754).

Tes femmes se sont imagin...

1721, 1754: se sont imagi_nes_...

La date de cette lettre et des huit suivantes semblerait devoir les
placer entre CVI et CXXVIII. L'auteur aura voulu, en les
rassemblant, donner plus de corps  la conclusion de son _roman_ et
finir comme il avait commenc.


Lettre CLI (CXLIII de 1721-1754).

Je sais ce qu'il t'crivit...

1721 1re, 2e et 1754 portent: je _ne_ sais (qui rpond moins bien au
sens gnral).

Avant qu'elles arrivassent...

1721 1re, 2e: qu'elles _n_'arrivassent...


Lettre CLVII (Neuvime du Supplment de 1754).


Lettre CLVIII (Dixime du Supplment de 1754).


Lettre CLX (Onzime du Supplment de 1754).


Lettre CLXI et dernire (CL de 1721-1752, CXL de 1721 2e Marteau, et
1730, 3e dition, Amsterdam, Jacques Desbordes).




INDEX PHILOSOPHIQUE, HISTORIQUE ET LITTRAIRE.


A

=Abb=. Jeune abb sduisant une actrice. XXVIII.

=Abdias Ibesalon=, juif, interroge Mahomet sur les animaux impurs.
XVIII.

=Acadmie Franaise=. tablissement singulier et bizarre inconnu en
Perse. Babil ternel, manie du pangyrique. Quarante ttes pleines
de figures, de mtaphores et d'antithses. LXXIII.

=Actrices=. Elles ne sont point cruelles. Lettre d'une actrice 
laquelle un abb a ravi son innocence. XXVIII.

=Adam=. Dieu met Adam dans le paradis terrestre,  condition qu'il ne
mangera pas d'un certain fruit: prcepte absurde dans un tre qui
connotrait les dterminations futures des mes; car enfin un tel
tre peut-il mettre des conditions  ses grces, sans les rendre
drisoires? LXIX.

(Voir Dieu. Prescience.)

Adam a peut-tre t sauv d'une catastrophe gnrale, comme No le
fut du dluge. CXIV.

=Affranchissement=, comblait sans cesse les vides de la population
romaine. CXVI.

=Afrique=, toujours trs-inconnue; ses ctes ne sont plus ce qu'elles
taient sous les Carthaginois et les Romains. CXIII, CXIX.

=Agriculture=, ses progrs intimement lis  ceux du commerce et de
l'industrie, et rciproquement. CXVIII.

Ses revenus infrieurs  ceux de l'industrie et de l'art. Un fonds
ne produit annuellement que le vingtime de sa valeur. CVII.

=Agiotage=, ses effets dsastreux. CXXXII, CXLVI.

(Par arrt du conseil du 25 juillet 1719, le papier-monnaie, dclar
immuable, fait tomber l'or; un crancier, rue Quincampoix, tire
l'pe contre un dbiteur qui l'avait rembours. Allusion  ce fait,
CXLVI.)

=Ainesse=. Le droit d'anesse, invention de la vanit, dtruit
l'galit des citoyens; il fait obstacle  la propagation. CXX.

=Alchimistes=. Ils vous offrent pour un peu d'argent le secret de
faire de l'or. LVIII.

=Alcoran=, ses dfauts: langage de Dieu, ides des hommes. XCVIII.

Il ordonne de se soumettre aux puissances (allusion  l'Evangile).
CV.

Il autorise la pluralit des femmes. CXV.

Plaidoyer d'une femme contre l'Alcoran. CXLI.

Passages de l'Alcoran cousus dans les vtements, comme amulette.
CXLIII.

=Alexandre= compar  Gengiskhan. LXXXII.

=Algbristes= compars aux astrologues. CXXXV.

_Ibid._ Algbriste faiseur de _systme_; allusion  Law.

=Ali=, gendre du prophte.

(Dans un certain nombre d'ditions du temps _Hali_; dj en 1721, on
imprime _Aly_.

Prophte des Chiites (Persans).

Son nom est un talisman. CXLIII.

Il est le plus beau de tous les hommes; expressions d'un Psaume
appliques au messie. XXXV.

=Allemagne=, partage en un nombre infini de petits tats. CIII.

Les peuples de l'Allemagne antique, avant la chute de l'empire
romain, taient libres; leurs rois n'taient que des chefs  pouvoir
limit. CXXXI.

L'empire d'Allemagne se fortifie  mesure de ses pertes. CXXXVI.

Grand vizir d'Allemagne; le prince Eugne vainqueur  Peterwaradin.
CXXIX.

=Alliances=. Alliances honorables, alliances injustes; alliances
dshonorantes (celle d'un tyran).

Il est juste et lgitime de secourir un alli. XCVI.

=Ambassadeur=. Faux ambassadeur de Perse  la cour de France XCII.

Nargum, ambassadeur de Perse en Russie. LI, LXXXII.

Ambassadeur du grand Mogol (d'Espagne) expuls du royaume. CXXVII.

=Ambroise=, sa conduite  l'gard de Thodose. LXI.

(Comparez Spinoza, _Tractatus theologico-politicus_, cap. 19.)

=Ame=, entirement lie au corps et soumise aux influences physiques,
XXXIII.

Ouvrire de sa dtermination l'me, devant la prescience divine,
ne serait pas plus libre qu'une boule de billard. LXIX.

Gens qui croient  l'immortalit de l'me par semestre. LXXV.

Les livres juifs enseignent que la femme n'a pas d'me. CXLI.

=Amrique=, avait t dcouverte par les Carthaginois; trs-dpeuple,
CXIII, par la barbarie des conqurants espagnols. CXXII.

Vainement y introduit-on des esclaves; elle ne profite point des
pertes de l'Afrique. CXIX.

Indignes et ngres y prissent par milliers dans les mines. _Ibid._

=Amiti=. presque inconnue aux Asiatiques. XXXIV.

=Amour=. Dans le nombreux srail o j'ai vcu, j'ai prvenu l'amour
et l'ai dtruit par lui-mme. La polygamie teint l'amour. VI. LVI.

L'amour, chez les musulmans, est amorti par la pluralit des femmes.
LVI.

L'amour chez les Espagnols. LXXVIII.

L'amour dans le paradis des femmes. CXLI.

=Amulettes=, passages de l'Alcoran, noms sacrs cousus dans les
vtements des fidles musulmans. CXLIII.

=Anais=, ses aventures dans le paradis des femmes, et la vengeance
qu'elle exerce sur son mari, qui l'a tue. CXLI.

=Anatomie=. Noms barbares qu'elle donne aux parties du corps. CXXXV.

=Anatomiste=. souponn, dans son quartier, du meurtre de tous les
chiens qui disparaissaient. CXLV.

=Anciens et Modernes=. Querelles sur le mrite d'Homre. XXXVI.

=Anges=. Ils demandent  lever Mahomet enfant. XXXIX.

Chrtiens et musulmans rendent un culte aux bons anges et se mfient
des mauvais. XXXV.

=Anglais=. Ils limitent l'autorit de leurs rois. Leur humeur et leurs
raisonnements sur le pouvoir. CV.

=Angleterre=. Son histoire pleine de discordes d'o sort la libert.

Ses rois toujours chancelants sur un trne inbranlable.

Nation qui, matresse de la mer, mle le commerce avec l'empire.
CXXXVI.

=Antiquaire=. Lettre et manies innocentes d'un antiquaire malin.
CXLII.

=Aphridon=, Gubre qui pouse sa soeur: ses aventures. LXVII.

(Fridun, Zend _Thaethraona_, sanscrit _Tritna_, de _Trita_, l'une
des plus anciennes divinits solaires des peuples aryens).

=Aragon=. Les tats d'Aragon et de Catalogne, en 1610, discutent
quelle sera la langue employe dans les dlibrations. CX.

=Arche=. Lgendes sur l'arche de No. XVIII.

=Argent= (vif), employ contre les exhalaisons malignes. CXIX.

=Artin=, ses figures recommandes contre les ples couleurs. CXLIII.

=Aristote=. Le mdecin de province fait entrer sa logique dans un
purgatif, ses catgories dans un remde contre la gale. CXLIII.

=Armes=. Diffrence des armes d'Orient et des troupes europennes.
XC.

L'avantage est du ct du prince qui est  la tte des armes. CIII.

Les armes, instrument ncessaire de la tyrannie, surtout en Orient.
_Ibid._

=Armniens=. Leurs caravanes qui partent tous les jours de Smyrne
pour Ispahan, transportent en Perse les lettres venues de Marseille.
XXVII.

Marchands d'esclaves. LXXX.

Quelques ministres de Cha-Soliman voulaient les expulser de Perse,
s'ils ne se faisaient mahomtans. (Allusion  l'dit de Nantes.)
LXXXVI.

Transports par Cha-Abbas dans la province de Guilan, ils y prirent
par milliers. CXXII.

=Arrt= qui permet de prononcer la lettre Q au gr de chacun. CX.

A. du C. (Arrts du conseil.) concernant la B. et la C. des I. ou J.
(Ordinairement traduit: concernant la Bulle et la Constitution des
Jsuites: Barbier prfre: concernant la Bourse et la Compagnie des
Indes.) Purgatif violent. CXLIII.

=Arts=. Mauvais usage des arts. CVI.

O nous entranerait la perte des arts? Les barbares ont appris les
arts des vaincus. CVII.

Ncessit des arts. L'oisivet et la mollesse incompatibles avec les
arts. Les arts  Paris. _Ibid._

=Asctiques=. Inutilit des livres de cette espce. CXXXIV.

=Asie=, dpeuple, CXIII; toujours livre au despotisme. CXXXI.

=Asie-Mineure=, singulirement dchue de son antique prosprit.
CXIII.

=Astart=, Gubre qui pousa son frre: ses aventures. LXVII.

=Asthm=. Pour le gurir, lisez les priodes du pre Maimbourg.
CXLIII.

=Astrologie judiciaire=, est tenue en honneur chez les Persans et les
Orientaux. Rica croit fermement au concours des astres. CXXXV.

=Auteurs=. Vanit des auteurs, leur impatience de la critique.

Plus jaloux de leurs ouvrages que de leurs paules. CIX.

=Automates=, les animaux; allusion au systme de Descartes. CXLV.

=Autorit=. Quand une fois l'autorit violente est mprise, il n'en
reste plus assez  personne pour la faire revenir. LXXXI.

=Averroes=. Purgatif. CXLIII.

=Aveugles=. La vie aux Quinze-Vingts.

Habilet des aveugles  se conduire dans Paris. XXXII.

=Avicenne=. Purgatif. CXLIII.

=Avocats=. Livres vivants, ils travaillent pour les juges et se
chargent de les instruire, parfois aussi de les tromper. LXVIII.

=Avortement=. Crime svrement puni par les lois europennes.

Abus qu'en font les femmes sauvages. CXXI.


B

=Babyloniens=. Autorit de la femme tablie chez eux par une loi en
l'honneur de Smiramis. XXXVIII.

=Bachas=. Ils achtent leurs emplois et, ruins, ruinent les
provinces. XIX.

=Badinage= naturellement fait pour les toilettes... semble tre venu
 former le caractre gnral de la nation. LXIII.

=Balk= (Bactres), ville sainte o les Gubres honoraient le soleil.
LXVII.

=Banque=. Ses actions. Projets financiers du ministre en 1719. CXXXI.

=Baptme=, compar aux ablutions musulmanes. XXXV.

=Barbares=. Ils ont appris les arts ou les ont fait exercer aux
vaincus. CVII.

=Barbarie=. Ses ctes, florissantes sous les Carthaginois et les
Romains, ont t dpeuples et strilises par le mahomtisme.
CXIII, CXIX.

=Barbe=. Pierre Ier et la barbe de ses sujets. LI.

=Bataille=. La terreur panique d'un seul soldat en dcide quelquefois.
CXLIII.

=Btiments=. Magnificence de Louis XIV dans ses constructions. XXXVII.

=Batuecas=. Tribu des montagnes d'Espagne, mal connue des Espagnols
eux-mmes. LXXVIII.

=Batitude ternelle=. Croyance dfavorable  la propagation de
l'espce. CXX.

=Beaut=. Beaut des Persanes. XXXIV.

Beaut d'une esclave de Circassie, achete  des Armniens. LXXX.

Beaut d'une femme jaune de Visapour. XCVII.

Empire naturel et universel de la beaut. XXXVIII.

=Beaux esprits=. Ils s'amusent aux choses puriles. XXXVI.

=Beiram=. Appartement des femmes. Srail du roi (de Perse). Toute
esclave qui y entre devient mahomtane. LXVII.

=Bnfices=. Qui voudroit nombrer tous les gens de loi qui
poursuivent le revenu de quelque mosque... LVIII.

=Ben Josu=, juif, proslyte musulman. XXXIX.

=Bibliothcaire=. Portrait d'un moine bibliothcaire. Ses
conversations avec Rica. CXXXIV-CXXXVII.

=Bibliothques=. Comment elles sont administres par les dervis.
CXXXIII.

Voyage dans une grande bibliothque  Paris. CXXXIII-CXXXVII.

=Bienfait=. Tout homme est capable de faire du bien  un homme: mais
c'est ressembler aux dieux que de contribuer au bonheur d'une
socit tout entire. XC.

=Boissons=. Celles qui abrutissent.

Celles qui gayent et consolent, permises aux musulmans. XXXIII.

=Botes= o l'on enferme les femmes de la Perse au passage des
rivires. III.

=Bombs=. Leur invention a t la libert  tous les peuples de
l'Europe. CVI.

Dfense des bombes. CVII.

=Bonheur=. Rside-t-il dans les satisfactions des sens ou dans la
pratique de la vertu? X.

=Bonne foi=. Doit tre l'me d'un grand ministre. CXLVI.

=Bons mots= prpars d'avance et lancs  l'aide d'un compre. LIV.

=Bonzes=, confondus avec les brahmanes. CXXVI.

=Bourgeois=. Ont perdu la garde de leurs villes. CVI.

Sous quel prtexte les princes la leur ont retire. _Ibid._

=Boussole=. Que nous a servi l'invention de la boussole? CVI.

=Brahma= rcompense le suicide des veuves. CXXVI.

=Brahmane=. Croit  la mtempsychose, mais admet qu'on mange un animal
quand on ne l'a pas tu soi-mme. XLVI.

=Bulles=, purgatif violent. CXLIII.


C

=Cabale=. Panthisme mystique des Juifs.

Pratique par un mdecin de province. CXLIII.

=Caf= (=et cafs=.) Trs en usage  Paris, donne de l'esprit  ceux
qui le prennent dans certains tablissements. On y joue aux checs.
XXXVI.

Conversations que l'on y entend. CXXIX, CXXX, CXXXII.

=Cambyse= a tabli en Perse le mariage de la soeur et du frre.
LXVII.

A quelle jambe a-t-il t bless? CXLII.

=Cappadociens=. Ils refusrent la libert que leur offraient les
Romains. CXXXI.

=Capucins=. Conversation de Rica et d'un provincial de capucins. XLIX.

=Carthage=. Rpublique dont on ignore les origines; rivale de Rome.
CXXXI.

=Carthaginois=, avaient dcouvert l'Amrique. CXXII.

=Casbin=. Ville et monastre en Perse. XCIV.

=Casuistes=. Leur habilet  faire passer les pchs du mortel au
vniel. Il y a un tour  donner  tout. LVII.

Ils mettent au jour les secrets de la nuit. Ingniosit voluptueuse,
crudit et danger de leurs ouvrages. CXXXIV.

=Castro= (Jean de), fameux gnral portugais. XXXVIII.

=Catalogne=. tats d'Aragon et de Catalogne, 1610. Discussion
pralable sur la langue  employer dans les dlibrations. CX.

=Catholicisme=. Son infriorit sociale devant le protestantisme.

Dans l'tat de l'Europe, il n'est pas possible qu'il y subsiste cinq
cents ans. CXVIII.

=Catholiques=. Les pays catholiques moins riches, moins actifs, moins
peupls que les pays protestants. CXVIII.

=Caussin= (le P.), jsuite, n  Troyes en 1543, confesseur de Louis
XIII, exil par Richelieu.

Sa _Cour sainte_, livre de pit en 4 volumes in-4, est recommande
comme somnifre  un homme qui ne dormait pas depuis trente-cinq
jours. CXLIII.

=Clibat=. Les filles esclaves condamnes  la virginit dans le
srail. CXV.

Les Romains tablissaient des peines svres contre le clibat.

Les chrtiens le proclament suprieur au mariage. CXVII.

Nombre prodigieux de catholiques faisant profession de clibat.

Le clibat ecclsiastique est plus nuisible  la propagation que la
castration mme.

Habitude des familles de vouer un de leur membre au clibat
religieux. _Ibid._

=Cellamare= (conspiration de), allusions, CXXVII.

=Crmonies=. Leur importance secondaire en religion. XLVI.

=Csar=, opprima la rpublique romaine et la soumit  un pouvoir
arbitraire. Suites de son crime. CXXXI.

=Cha-Abbas=, se serait fait couper les deux bras plutt que de signer
l'dit de Nantes et d'envoyer au Mogol et aux autres rois des Indes
ses sujets les plus industrieux. LXXXVI.

Voulant priver les Turcs de soldats sur leurs frontires, il
transporta vingt milles familles armniennes dans la province de
Guilan. CXXII.

=Chahban=, mois ardent. XVIII.

=Chansons=. Influence des chansons sur les frondeurs. CXI.

=Chapelain=, bon contre la gale, la teigne, etc. CXLIII.

=Chapelet=. Heureux celui qui a toujours pri Dieu avec de petits
grains de bois  la main! XXIX.

=Chardin=, clbre voyageur en Perse. LXXII.

=Charles XII=, tu devant une place assige en Norwge
(Frdricshall). CXXXVII. (_Esprit des lois_.) X, 13.

=Chartreux=. Espce de dervis taciturnes. LXXXIII.

=Cha-Soliman=. Quelques ministres de ce prince avaient voulu expulser
de Perse tous les Armniens (allusion  l'dit de Nantes). LXXXVI.

=Chat=, sorti du nez du lion. XVIII.

=Chtiments=. Les chtiments dans le srail. LXIV, CXLVIII-CLXI. (Voir
Peines.)

=Chaussures=. Les hauts talons. C.

=Chauvinisme=. Depuis le commencement de la monarchie, les Franais
n'ont jamais t battus. (Lettre d'un nouvelliste.) CXXX.

=Chimie= (alchimie?), quatrime flau qui ruine les hommes et les
dtruit en dtail (?). CVI.

Elle habite tantt l'hpital, tantt les Petites-Maisons. CXXXV.

=Chine=. Deux fois conquise par les Tartares. LXXXII.

Les Chinois pensent que leurs pres, anantis dans le Tyen, revivent
en eux sur la terre. De l, propagation de l'espce. CXX.

Ils honorent leurs parents comme des dieux. _Ibid._

Un conqurant de la Chine obligea ses sujets  se rogner les cheveux
ou les ongles. LXI.

=Chlorose=, doit cder  un tonique o entreront des figures d'Artin
et des passages de Sanchez. CXLIII.

=Chrtiens= (vieux). Ce que c'est que les vieux chrtiens en Espagne
et Portugal. Leur orgueil. LXXVIII.

Les chrtiens cultivent les terres en Turquie et sont perscuts par
les Pachas. XIX.

=Christ=. Pas de royaume o il y ait eu tant de guerres civiles que
dans celui du Christ. XXIX.

=Christianisme=. Il rend tous les hommes gaux, mais n'empche pas les
rois chrtiens d'autoriser la traite des ngres. LXXV.

Il est peu favorable  la propagation de l'espce humaine. CXV.

Ses rapports avec le mahomtisme au point de vue des croyances.
XXXV.

Ses vices sociaux: interdiction du divorce; cration d'eunuques des
deux sexes; exaltation du clibat. CXV, CXVII, CXVIII.

=Christine= (de Sude), abdique la couronne pour se donner  la
philosophie. CXXXIX.

=Circassie=, pays des belles esclaves. LXXX, XCVII.

Royaume grand et dpeupl. CXIII.

=Circoncision=. Ablation d'un petit morceau de chair. XLVI.

Mesure sanitaire qui dlivre l'homme de l'impuret. XXXIX.

Mahomet est n circoncis. XXXIX.

=Climats=. Ils fixent les tempraments.

On n'en sort pas impunment. CXXII.

=Clotre=. Cinq ou six mots d'une langue morte y assurent une vie
tranquille. CXVIII.

=Clyster= (composition d'un). CXLIII.

=Coiffeuses=. Supriorit des coiffeuses franaises. CI.

=Coiffures=. Variations des coiffures franaises. C.

=Colonies=. Elles affaiblissent la mre-patrie sans peupler le pays o
on les tablit. CXXII.

Les colonies grecques apportrent avec elles un esprit de libert.
CXXXI.

=Colonisation=. L'auteur y est peu favorable et n'y voit, sauf
exception, qu'une cause de dpopulation intrieure et extrieure.
CXXII.

Il voudrait la borner  l'occupation de places pour le commerce.
_Ibid._

=Com=. (Ville de).

C'est l qu'est le tombeau de la Vierge qui a mis au monde douze
prophtes. Lettres I, XVII.

=Commentateurs=. Arme effroyable des glossateurs, de commentateurs,
jurisconsultes. CI.

Ils peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.

=Commerce=. Plus il y a d'hommes, plus il fleurit; plus il fleurit,
plus il y a d'hommes. CXVI.

=Communisme=. Montesquieu semble avoir attribu quelques avantages 
l'indivision: Le peuple Troglodyte se regardoit comme une seule
famille: les troupeaux toient presque toujours confondus; la seule
peine qu'on s'pargnoit ordinairement, c'toit de les partager.
Lettre XII.

=Compres=. Le rle des compres dans les conversations du monde. LIV.

=Compilateurs=. Contre leurs plagiats striles. LXVI.

Les compilateurs de lois et d'ordonnances. CI.

=Conception=. Mahomet ne veut pas que la femme conoive dans l'tat
d'impuret. XXXIX.

=Confesseur=, son rle prs d'un vieux et d'un jeune roi. CVIII.

=Congrs=. preuve aussi fltrissante pour la femme qui la soutient
que pour le mari qui y succombe. LXXXVII.

=Conqute=. La conqute ne donne point un droit par elle-mme. XCVI.

Funestes ncessits de la conqute lorsqu'elle est lointaine:
extermination des vaincus et puisement des vainqueurs. CXXII.

Les conqutes des Espagnols marques par la ruine des campagnes.
LXXVIII.

=Conscience=. Inhumanit de ceux qui affligent la conscience des
autres. LXXXVI.

=Conseils=. Six ou sept conseils remplaant les ministres ont pu
sagement administrer la France. CXXXVIII.

=Consolations=. Vanit de celles qu'on tire de la ncessit du mal,
de l'inutilit des remdes, de la fatalit du destin, de l'ordre de
la providence. XXXIII.

=Conspirations= frquentes en Orient. Pourquoi? CIII.

=Constantinople= menace de dpopulation par la polygamie. CXV.

Les transports de peuples qu'on y a faits n'ont jamais russi.
CXXII.

=Constitution= (Bulle de 1710) mal accueillie par les Franais,
surtout par les femmes. Louis XIV l'accepte. XXIV.

Les constitutions des papes, adoptes par la jurisprudence
franaise. CI.

Influence de la constitution du corps sur les croyances religieuses.
LXXV.

=Conte persan=. Anas dans le paradis. CXLI.

=Continence=. Chez les chrtiens, c'est la vertu par excellence (bien
que le mariage soit saint: contradiction); elle a ananti plus
d'hommes que les pestes et les guerres les plus sanglantes. CXVIII.

=Conversation=. Influence qu'ont dans les conversations les choses
inanimes, bruit du carrosse et du marteau, habit brod, perruque
blonde, tabatire, canne, gants. LXXXIII.

=Coquetterie=. Un peu de coquetterie est un sel qui pique et prvient
la corruption. XXXVIII.

=Corps=. Les grands corps s'attachent aux minuties, aux vains usages.
CX.

=Corruption= remarque dans les Indes (en France), oeuvre du systme
de Law. Peinture nergique des hontes de l'agiotage. CXLVI.

=Cosrou=, eunuque blanc amoureux de Zlide. LIII.

=Cour=. La vertu et la sincrit y sont prilleuses. Lettre VIII.

=Courbe= selon laquelle un vaisseau doit tre taill. XCVIII.

=Courouc=. Ordre qui, en Perse, carte les hommes du passage des
femmes de qualit. XLVII.

=Courtisans=. Par quels services ils gagnent des libralits des
princes, CXXV, et leurs faveurs, notamment celles de Louis XIV.
XXXVIII.

=Coutumes=. Multiplicit des coutumes des provinces en France. La
plupart rdiges d'aprs le droit romain. CI.

=Couvent=. Famille ternelle o il ne nat personne; gouffre o
s'ensevelissent les races futures. CXVIII.

=Cration=. Peut-on croire qu'elle n'ait eu lieu qu'il y a 6,000 ans?
Plus tt, Dieu n'a-t-il pas voulu? n'a-t-il pas pu? CXIV.

=Cuisiniers=. Le got des cuisiniers franais rgne du septentrion au
midi. CI.

=Czar=, son autorit despotique. LI.


D

=Dbiteurs= avares qui ruinent leurs cranciers par des payements
fictifs. CXLVI.

=Dcadence romaine=. Passage qui contient en germe un des
chefs-d'oeuvre de Montesquieu. CXXXVI.

=Dcisionnaire=. Homme content de lui qui tranche sur tout, morale,
science, histoire, nouvelles. LXXII.

=Dfense=. Elle rend la guerre lgitime. Quand un trait a priv une
socit de sa dfense naturelle, elle peut la reconqurir par la
guerre. XCVI.

=Dluge=. Hypothses de plusieurs dluges. CXIV.

=Dpopulation=. Catastrophe insensible.

Elle crot depuis les temps les plus reculs, dans tous les pays du
monde connu. CXIII.

Ses causes physiques, CXIV, et morales, CXV, dans les pays
musulmans, CXVI, et chrtiens, CXVII, CXVIII; en Afrique et en
Amrique, CXIX; chez les sauvages, CXXI; dans les colonies, CXXIII.

=Dervis= (Lisez prtres ou moines.) LVII;

Dervis taciturnes: Chartreux LXXXIII.

On souhaiterait que les dervis _se retranchassent_ tout ce que leur
profession leur rend inutiles. _Ibid._

Socit de gens avares qui prennent tout et ne rendent rien. Les
dervis catholiques accaparent les richesses de l'tat, paralysent la
circulation, le commerce et les arts. CXVIII.

Comment ils administrent leurs bibliothques. CXXXIII.

=Dserts=. Pays dserts par vice de nature ou destruction de peuples.
CXXII.

=Dsespoir=. Il gale la faiblesse  la force. XCVI.

=Dsirs=. Malheur d'une femme qui a des dsirs violents lorsqu'elle
est prive de celui qui peut seul les satisfaire. VII.

=Despote=, =despotisme=. Le despote menac par l'excs mme de son
autorit. LXXXII, CIII.

Le despotisme tue l'mulation, XC; conduit au rgicide impuni. CIV.

=Devins=. Ils vous diront toute votre vie, pourvu qu'ils aient eu un
quart d'heure de conversation avec vos domestiques. LVIII.

=Dvot=. Dvot ou incrdule par accs, caractre du chrtien. LXXV.

Si dvots qu'ils sont  peine chrtiens (les Espagnols). LXXVIII.

Le dvot adore tout ce qu'il vnre, attribue  de petites pratiques
monacales la mme efficacit qu'aux sacrements. _Ibid._

=Dictionnaire=. Le dictionnaire de Furetire et celui de l'Acadmie.
LXXIII.

=Didon=. On ignore la suite des princes africains depuis Didon. CXXXI.

=Dieu=. Les hommes le font  leur image. Dieux ngres, Vnus
hottentote; si les triangles faisoient un dieu, ils lui donneroient
trois cts. LIX.

Ils ont fait une numration de toutes les perfections diffrentes
que l'homme est capable d'avoir et d'imaginer, et en ont charg
l'ide de la divinit.

Quoique tout-puissant, Dieu ne peut pas violer ses promesses, ni
tromper les hommes.

Comment pourrait-il prvoir ce qui n'est pas encore?

La prescience divine est discute et discutable. Peut-tre
n'est-elle qu'intermittente, quand Dieu veut qu'une chose arrive. En
tout cas elle est contradictoire et supprime la libert, le mrite
et le dmrite, tels que les mtaphysiciens les dfinissent. LXIX.

Dieu est si haut que nous n'apercevons pas mme ses nuages. LXIX.

Dieu dfend-il le suicide? LXXVI.

S'il y a un Dieu, il faut qu'il soit juste... Il serait le plus
mchant de tous les tres puisqu'il le serait sans intrt.

Docteurs qui reprsentent Dieu tantt comme un tre mauvais, tantt
comme un tre qui hait le mal. LXXXIV.

Comment comprendre que Dieu ait diffr, durant toute l'ternit, la
cration du monde?--Il n'y a point en lui de succession. CXIV.

=Directeur=. Portrait du directeur de consciences. XLVIII.

=Discours= prononc par un gnral de la Fronde. CXII.

=Disgrce=. Pour un Persan, la disgrce du prince, c'est la mort.
Aussi les rvoltes cotent-elles peu aux Orientaux.

Pour les grands d'Europe, la disgrce n'est que dfaveur, exil.
CIII.

=Dissimulation=. Art ncessaire et pratiqu chez les Asiatiques.
LXIII.

=Distinction=. Procd jsuitique, raill. XXIX.

Les distinctions des avocats ou des scolastiques. XXXVI.

Une distinction sur un morceau de papier, remde contre la gale,
la gratelle, etc. CXLIII.

=Divorce=. Autoris par le paganisme. CXV.

Il contribuait  l'attachement mutuel CXVII.

Son interdiction peu judicieuse relche les liens que le
christianisme prtend resserrer, et porte atteinte  la fin du
mariage. _Ibid._

Elle engendre la froideur dans le mnage, livre aux filles de joie
l'homme dgot d'une pouse ternelle et nuit  la propagation de
l'espce. _Ibid._

=Docteurs= qui reprsentent Dieu comme un tre qui fait un exercice
tyrannique de sa puissance, etc. LXXXIV.

=Don Quichotte=. Le seul des livres espagnols qui soit bon est celui
qui a fait voir le ridicule de tous les autres. LXXVIII.

=Droit barbare=. Lois franques, etc., abandonnes pour le droit
romain. CI.

=Droit canon=. Constitutions des papes (Dcrtales), adoptes par les
Franais. _Ibid._

=Droit civil=. Il rgle les affaires des particuliers.

Identit rationnelle du droit civil et du droit public. XCV.

=Droit coutumier= presque toujours modifi selon le droit romain. CI.

=Droit des gens= (voyez Droit public), doit prohiber les inventions
meurtrires. CVI.

=Droit public= fauss par les passions des princes, la patience des
peuples, la flatterie des crivains; science qui apprend aux princes
jusqu' quel point ils peuvent violer la justice. XCV.

Le droit public devrait tre considr comme un droit civil tendu
au monde entier. _Ibid._

Il est plus connu en Europe qu'en Asie. _Ibid._

Sanctions du droit public: la guerre; les reprsailles; la
suppression des avantages mutuels; la renonciation aux alliances.
XCVI.

Les principes du droit public sont ceux du droit priv. _Ibid._

=Droit romain=. Fond du droit franais, rdig en partie par les
Byzantins. CI.

=Droits= suranns rtablis au dtriment du peuple par les fauteurs
d'intrigues princires. CXLV.

=Duel=. Edit de Louis XIV contre les duels, lou par un homme qui
reut cent coups de bton pour ne le pas violer. LIX.

Contradiction entre les lois de la nation et les lois de l'honneur.

Inutilit et injustice des lois sur le duel. XCI.

Sottise du duel, qui met le droit  la merci de la force ou de
l'adresse corporelle.

Injustice du duel par champions.

Rle des seconds.

Le duel survit  toutes les interdictions et  toutes les peines.
_Ibid._ XCI.


E

=Eau= froide pour les ablutions du matin. XLVI.

Manque  Venise pour les purifications musulmanes.

(Voir Venise.)

=Ecclsiastiques=. On leur demande de prouver ce qu'on est rsolu de
ne pas croire. LXI, LXXV.

=Ecriture sainte=. Tortures que lui infligent les glossateurs
ecclsiastiques. CXXXIV.

Diversit des interprtations. _Ibid._

=Edit de Nantes=. En proscrivant les Armniens (les protestants), on
pensa dtruire en un seul jour tous les ngociants et presque tous
les artisans du royaume.

Coup port  l'industrie par la dvotion. LXXXVI.

=Education=. Tristes rsultats de celle que les enfants, en Orient,
reoivent des esclaves. XXXIV.

=Education des femmes=. Entre les hommes et les femmes, les forces
seroient gales si l'ducation l'toit aussi. XXXVIII.

=Egalit=. L'galit civique, amenant l'galit des fortunes porte
l'abondance et la vie dans toutes les parties du corps politique.
CXXIII.

Chez les Gubres la femme tait l'gale de son mari. LXVII.

=Eglise=. L'histoire de l'glise et des Papes, faite pour difier,
produit l'effet contraire. CXXXVI.

=Egypte= dpeuple. CXIII.

=Egyptiens=. Autorit de la femme tablie chez eux par une loi en
l'honneur d'Isis. XXXVIII.

=Elphant=. Ses ordures font pencher l'arche et engendrent le
pourceau. XVIII.

=Emollients=. Molina, Escobar, Vasquez, etc., en clystre. CXLIII.

=Empire romain=. Gouvernement militaire et violent sous lequel gmit
l'Europe. CXXXI.

Dmembr par les barbares. _Ibid._

=Empire d'Allemagne= (voyez Allemagne).

=Empires= compars  un arbre dont les branches trop tendues tent le
suc du tronc. CXXII.

=Enfants=. Les enfants ns dans la misre, ou issus de mariages
prcoces, meurent en bas-ge ou forment des gnrations tioles.
CXXIII.

Tout enfant n dans le mariage est cens tre au mari. LXXXVII.

=Enrhum=. Tout Espagnol qui n'est pas enrhum ne saurait passer pour
galant. LXXVIII.

=Eole=. Fils qu'il eut d'une nymphe de la Caldonie (Law), et auquel
il apprit l'art d'enfermer du vent dans des outres.

Voyages de ce fils en compagnie du dieu du hasard; son sjour en
Btique (France); ses discours; il escamote la fortune des crdules
auditeurs. CXLII.

=Epe= (gens d'), mprisent les gens de robe, qui le leur rendent.
XLIV.

=Epigrammes=. Petites flches dlies qui font une plaie profonde.
CXXXVII.

=Episodes intercals=. Les Troglodytes. XI-XIV.

Aphridon et Astart. LXVII.

L'immortelle Anas. CXLI.

Fragments d'un mythologiste. CXLII.

=Epitaphe= d'un Franais mort de lassitude en la soixantime anne de
son ge. LXXXVIII.

=Epopes=. Les connaisseurs disent qu'il n'y en a que deux et qu'on
n'en peut plus faire. CXXXVII.

=Equit=. Libres que nous serions du joug de la religion, nous ne
devrions pas l'tre de celui de l'quit. LXXXIV.

=Erivan=, ville o s'achtent les esclaves gorgiennes et
circassiennes. LXXX.

=Erzeron= (Erzeroum), ville de Turquie d'Asie. Lettres IV, V, VI, XVI.

=Esclavage= aboli par les rois dans leurs tats, rtabli dans leurs
conqutes. Pour quelles raisons? LXXVI.

=Esclaves=. Leur dgradation morale; danger de leur frquentation.
XXXIV.

=Esclaves romains=. Leur multiplication favorise; leur pcule, leurs
industries; aisance dans la servitude, espoir de libert;
affranchissement et libration. CXVI.

=Escobar=. Casuiste espagnol (XVIe-XVIIe sicles). Emollient. CXLIII.

=Espagne=, =espagnols=. Espagnols et Portugais, deux peuples qui
mprisant tous les autres, font aux seuls Franois l'honneur de les
har. Orgueilleux, ennemis de tout travail, amoureux, dvots
jusqu' enfermer leurs femmes avec un novice ou un franciscain;
jaloux; leurs politesses bizarres; leur ignorance. Extravagance de
leurs livres. LXXVIII.

L'abaissement de l'Espagne correspond aux progrs du protestantisme.
CXVIII.

L'inquisition en Espagne. XXIX, LXXVIII.

Dpopulation. CXIII.

L'expulsion des maures. CXXII.

Les Espagnols ont t logiquement conduits  massacrer les indignes
de leurs colonies.

Ils n'ont pu repeupler l'Amrique dvaste par eux. Au lieu de
passer aux Indes, ils feraient mieux de rappeler en Espagne tous les
mtis et tous les indiens. CXXII.

Dans l'Espagne, ou Hesprie, au temps des colonies grecques, on ne
voit gure de monarchies. CXXXI.

Rsum de l'histoire d'Espagne. Expulsion des princes mahomtans.
Eclat momentan, fausse opulence. La nation vit sur l'orgueil de son
pass. CXXXVI.

=Esprit= (homme d'). Portrait de l'homme d'esprit, ses dfauts, ses
ennuis. CXLV.

=Estomac=, son influence sur l'intensit des croyances religieuses.
LXXV.

=tats=. Il y a en France trois tats: glise, pe, robe, qui se
mprisent mutuellement. XLIV.

=tats=. Les plus puissants tats de l'Europe sont l'Empire, la
France, l'Espagne et l'Angleterre. CIII.

=Eunuques=. Leurs fonctions, devoirs; situation dans le srail. II,
XV.

Plaintes contre leur autorit. IV, VII, IX, CLVI-CLIX.

Leur tat dtruit l'effet des passions sans en teindre la cause,
IX; leur jalouse impuissance, leurs souffrances. _Ibid._

Confiance et mpris de leurs matres. XXI.

Leur position entre les deux sexes. XXII.

Leurs mariages. LII, LXVII.

Ils n'ont pas sur leurs femmes la mme autorit que les autres
maris. LXVII.

Leur multitude en Asie est une cause de dpopulation. CXV.

Voir encore CXLVII-CLXI.

=Eunuques= (blancs). L'eunuque blanc n'a pas d'accs prs des femmes;
Nadir, eunuque blanc, trouv seul avec Zachi, est menac de mort par
Usbek. XXI.

Le chef des eunuques blancs svrement blm. XXII.

Passion de Cosrou, eunuque blanc, pour Zlide. Sorte de volupt que
les eunuques gotent, dit-on, dans le mariage. LIII.

=Eunuques= (noirs), chargs spcialement de la direction des femmes
dans le srail, de l'examen et de l'achat des esclaves, des
corrections, mme manuelles. _Passim._

Histoire du grand eunuque noir, raconte par lui-mme. IX, LXIV.

Ce qui lui arrive en mettant une femme au bain. IX.

Tours que lui jouent les femmes.

Chtiment obtenu contre lui par une femme, dans un de ces moments o
le mari ne refuse rien.

Il veut mutiler un esclave noir qui rsiste, XLI, XLII.

Achte une Circassienne. LXXX.

Une femme jaune de Visapour. XCVII.

Sa mort; dsordres qui la suivent. CXLIX.

=Eunuques chrtiens=. Prtres et dervis de l'un et l'autre sexe.
CXVIII.

Agents de dpopulation. _Ibid._

=Europe=. Sa capitale, Paris. XXIII.

Ses plus puissants tats, la plupart monarchiques. CIII.

=Europens=. Ils font tout le commerce des Turcs, XIX; aussi punis par
une peine lgre que les Asiatiques par la perte d'un membre. LXXXI.

=Evques=, gens de loi subordonns au pape; unis au pape ils font des
articles de foi; en particulier, ils dispensent d'accomplir la loi.
XXIX.

Evque vantant son mandement. CII.

=Extravagance humaine=. A propos des pompes funbres. XL.


F

=Famille=. Puissance paternelle chez les Romains. LXXIX.

Chez les Franais, les familles se gouvernent toutes seules.
LXXXVII.

Leurs diffrends ports devant les tribunaux. _Ibid._.

Les membres de la famille ne sont lis que par l'amour et la
gratitude. CV.

Infriorit de la famille polygamique. VII, CXV, XXXIV.

=Fat=. Son portrait. L.

=Fatalisme musulman=. Cause de dpopulation. CXX.

=Fatm= rappelle  Usbek sa beaut, lui raconte ses dsirs amoureux et
les soins qu'elle prend de sa personne. VII.

=Faveur=. C'est la grande divinit des Franais. LXXXIX.

=Flicitations=. Tout pour les Franais est matire  flicitations et
compliments. LXXXVIII.

=Femme jaune= de Visapour, achete cent tomans. Sa beaut suprieure 
tous les charmes de la Circassie. XCVII.

=Femmes=. Libert des femmes europennes. XXIII, XXVI.

Indignation des Franaises contre la _Constitution_ (bulle de 1710)
qui leur interdit la lecture de la Bible. XXIV.

Coquetterie des Franaises de tout ge. LII.

Leur lgret, leurs infidlits qui ne choquent personne. LV.

Ce n'est pas qu'il n'y ait des dames vertueuses... mais si laides
qu'il faut tre un saint pour ne pas har la vertu. _Ibid._

Les femmes, surtout lorsqu'elles vieillissent, s'adonnent au jeu
avec passion. LVI.

Comment elles ruinent leurs maris. _Ibid._

Vieilles femmes qui ont travaill tout le matin  se rajeunir et
passent le soir  louer le temps de leur jeunesse. LIX.

Leur situation en Espagne; elles laissent souvent aux hommes un
long et fcheux souvenir d'une passion teinte. LXXVIII.

Les femmes adorent ceux qui savent parler sans rien dire. LXXXIII.

La loi naturelle soumet-elle les femmes aux hommes?

Chez les peuples les plus polis, les femmes ont de l'autorit sur
leurs maris.

Les hommes, dit Mahomet, ont un degr sur elles. XXXVIII.

En France, les femmes gouvernent, distribuent les faveurs et les
places. CVIII.

Elles forment une sorte de rpublique (nous dirions
franc-maonnerie). _Ibid._

Gravit du rle d'une jolie femme. CXI.

=Femmes= (musulmanes). (Voir _srail_). La femme, selon Mahomet, est
d'une cration infrieure; elle n'entrera pas dans le paradis.
XXIV.

Les femmes sont vos labourages, elles vous sont ncessaires comme
vos vtements, et vous  elles, dit le prophte. CXV.

Quatre femmes, permises par la loi, et autant de concubines qu'un
homme en peut entretenir et satisfaire. _Ibid._

=Fermier gnral=. Portrait du fermier gnral suffisant. XLVIII.

Ceux qui lvent les tributs nagent au milieu des trsors. XCIX.

Leur situation terrible devant la chambre de justice. _Ibid._

=Fermiers=. En vain les accable-t-on de frais; ils payent leurs loyers
toujours en retard. CXXXII.

=Fidlit=. La fidlit n'empche point le dgot qui suit les
passions satisfaites. XXXVIII.

=Filles=. Fille modeste avouant devant les juges les tourments d'une
trop longue virginit. LXXXVII.

Filles ravies ou sduites; elles font les hommes beaucoup plus
mauvais qu'il ne sont. _Ibid._

Les filles des laquais enrichissent les seigneurs ruins. XCIX.

En Europe, on sait  la minute le moment o elles cessent de l'tre.
En Orient, quoique maries, elles se dfendent longtemps. LV.

=Filles de joie=. Il y en a  Paris autant que de dervis. LVII.

L'interdiction du divorce leur livre les maris dsesprs. CXVII.

=Filles musulmanes= confies aux eunuques noirs ds leur septime
anne; quelquefois on attend leur dixime. LXII.

=Finances=. En trois ans quatre systmes. Bouleverses par Law.
CXXXVIII.

=Financiers=. Leurs bureaux, leurs inventions, leur impertinence
CXXXVIII.

=Flamel= (Nicolas), a dcouvert la pierre philosophale. XLV. (La
lgende parat avoir fait sans raison un alchimiste de Flamel, riche
crivain--jur de l'Universit de Paris, mort en 1418.)

=Flchier= (M. de N.). Ses oraisons funbres ne peuvent entrer dans le
_vomitif_ indiqu par le mdecin de province. CXLIII.

=Flegme= des grands seigneurs. LXXIV.

Des Espagnols et Portugais. LXXVIII.

=Formalits=. pernicieuses dans la jurisprudence et dans la mdecine.
CI.

=Fortune=. Instabilit des fortunes en France. (Allusion  Law.) XCIX.

=Fouet=. Chtiment qu'on inflige aux femmes persanes. CLVII.

=Fous=. Les Franais enferment quelques fous dans une maison, pour
prouver que les autres ne le sont pas. LXXVIII.

=Fragment= d'un ancien mythologiste, sur le fils d'Eole, Law. CXLII.

=Franais=. Leur activit: ils courent, ils volent. XXIV.

Leur vanit, exploite par Louis XIV, _Ibid._

Le roi les fait penser comme il veut. _Ibid._

Leurs perptuelles accolades. XXVIII.

Leur gaiet, leur libert d'esprit inconnues aux Persans et aux
Turcs. XXXIV.

Ils parlent beaucoup. LXXXIII.

Leur badinage. LXIII.

Leurs modes. C.

Leur prminence en toilette, cuisine, coiffures. CI.

Leur amour de la gloire. XC.

Ils ont pris de leurs voisins tout ce qui concerne le gouvernement
politique et civil. CI.

Leur droit crit, coutumier et canonique. _Ibid._

=France=. Sa population n'est rien en comparaison de celle de
l'ancienne Gaule. CXIII.

Un des plus puissants tats d'Europe. CIII.

Allusion  la guerre avec l'Espagne, sous la Rgence. CXXXII.


G

=Gait=. Gaiet des Franais, inconnue des Persans, surtout des Turcs.
XXXIV.

=Gale=. Remde recommand contre la gale, gratelle, teigne, etc.
CXLIII.

=Galice=, province d'Espagne, lieu de plerinage. XXIX.

=Gardes=. En quelle occasion les rois de France se donnrent des
gardes. CIII.

=Gaules=. Colonies grecques dans les Gaules.

Dans les temps les plus reculs, on ne voit gure de monarchies chez
les Gaulois. CXXXI.

=Gemchid= (nom du fondateur lgendaire de la royaut Perse), dervis du
brillant monastre de Tauris. Usbek lui numre les conformits du
christianisme et de l'islamisme, et lui demande si les chrtiens
iront en enfer. XXXV.

=Gnalogiste=. Pauvre mtier. Esprances que fonde un gnalogiste
sur les enrichissements subits ds au systme de Law. CXXXII.

=Gnes=, rpublique, qui n'est remarquable que par ses btiments.
CXXXVI.

=Gengiskan=, ses conqutes mises au-dessus de celles d'Alexandre.
LXXXII.

=Gomtre=. Esprit exclusif d'un gomtre, sa rencontre avec un
traducteur d'Horace. CXXIX.

Les gomtres obligent un homme malgr lui d'tre persuad. CXXXV.

=Gorgie=, royaume jadis vassal de la Perse. XCII.

=Gloire=. C'est une nouvelle vie qu'on acquiert.

Le dsir de la gloire crot avec la libert; la gloire n'est jamais
compagne de la servitude.

Amour des Franais pour la gloire. XC.

=Glossateurs=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.

=Goa=. Les habitants de Goa prtent vingt mille pistoles sur une des
moustaches de Jean de Castro. LXXVIII.

=Gortz= (baron de), ministre sudois condamn  mort. CXXVIII.

=Goths=, dposaient leurs rois ds qu'ils n'en taient pas satisfaits.
CXXXI.

=Gouvernements=, monarchiques en Europe, avec tempraments; absolus en
Orient. CIII.

Diversit des gouvernements en Europe. Le plus parfait est celui qui
va  son but  moins de frais et qui conduit les hommes selon leur
inclination.

Supriorit rationnelle d'un gouvernement doux. LXXXI.

La douceur du gouvernement, les rpubliques, Suisse et Hollande, en
sont une preuve constante, contribue  la propagation de l'espce.
CXXIII.

=Grce=. Le droit de grce, attribut des rois en Europe. CIII.

=Grammairiens=, peuvent se dispenser d'avoir du bon sens. CXXXV.

=Grands=. En Perse, il n'y a de grands que ceux  qui le monarque
donne quelque part au gouvernement. LXXXIX.

=Gravitation=, la clef de la nature. XCVIII.

=Gravit=. Causes de la gravit des Asiatiques. XXXIV.

La gravit est le caractre saillant des Espagnols et des Portugais.
LXXVIII.

=Grce=, aujourd'hui rduite  la centime partie de ses habitants.
CXIII.

Tira ses colonies d'Egypte et d'Asie, renversa ses tyrans, se divisa
en rpubliques qui tinrent en chec la Perse, rpandirent les arts,
peuplrent l'Italie, colonisrent la Gaule, et l'Espagne. CXXXI.

=Gubres=. Antiquit de leur religion; mariage de la soeur avec le
frre, usage introduit par Cambyse (?) LXVII (_Aphridon et
Astart_).

La perscution a priv la Perse de cette nation si applique au
labourage (allusion  l'dit de Nantes). LXXXVI.

=Guerre=. Deux sortes de guerres justes: pour dfendre le sol, pour
secourir un alli.

La guerre, c'est la peine de mort transporte dans le droit public.

La dclaration de guerre est rgie par les mmes principes que
l'accusation en droit priv. XCVI.

Il n'y a jamais eu autant de guerres civiles que dans l'empire du
Christ. XXIX.

Les guerres de religion ne sont pas dues  la multiplicit des
religions, mais  l'intolrance. LXXXVI.

=Guerrier=. Vanit et babil du vieux guerrier. Les officiers mdiocres
languissent dans les emplois obscurs. XLVIII.

=Guilan=, province o Cha-Abbas dporta les Armniens. CXXII.

=Guine=. Vanit d'un roi de Guine dont tous les ornements
consistaient en sa peau noire et luisante et quelques bagues. XLIV.

Ses ctes dpeuples par la traite des ngres;

Ses rois vendent leurs sujets. CXIX.

=Guitare=. Abus qu'en font les Espagnols. LXXVIII.

=Guriel=, petit tat d'Asie, peu peupl. CXIII.

=Gustape= (Hystaspe), nom d'un hros perse, quatrime roi de l'antique
dynastie Kaanienne, sous lequel vivait Zoroastre. LXVII.

Les Tartares se sont assis sur le trne de Cyrus et Gustape. LXXXII.


H

=Habillement=, son influence sur la curiosit publique en France. XXX.

=Hagi=, qui a fait le plerinage de la Mecque. XXXIX.

=Hassein=, dervis de la montagne de Jaron. Usbek lui adresse la lettre
sur les philosophes rationalistes. XCVIII.

=Hrsie=. Les savants en sont naturellement accuss. CXLV.

=Hrtiques=. Ceux qui mettent au jour quelque proposition nouvelle
sans avoir prsent au moins une distinction. XXIX.

Brls par les dervis en Espagne et Portugal. LIX, LXXVIII.

Allusion  l'dit de Nantes. LIX.

=Hros=, se ruinent  conqurir des pays qu'ils perdent soudain.
CXXII.

Les hros de roman franais et orientaux. CXXXVII.

=Hibernois= (?), chasss de leur pays, viennent utiliser en France
leur talent pour la dispute. XXXVI.

(Note de l'dition Lefvre. 1820.)

=Historiens= de l'glise, de la dcadence romaine, de l'empire
d'Allemagne, de France, d'Espagne, d'Angleterre, de Hollande,
d'Italie, de Suisse, de Venise, de Gnes, du Nord, de la Pologne.

Caractre et destine des diffrents peuples. CXXXVI.

=Hohoraspe= (le cheval de l'asoura ou le cheval-tre), divinit
persique (?), nom donn  un fabuleux Cambyse, pre de Gustape et
troisime roi de la dynastie Kaanienne. LXVII.

=Hollande=, rpublique cite avec loge. LXXII.

Seconde reine de la mer, respecte en Europe, formidable en Asie.
CXXXVI.

Les Hollandais poussrent les colonies portugaises  la rvolte pour
s'en emparer. CXXII.

=Homre=. Dispute sur les pomes et le mrite d'Homre. XXXVI.

=Hommes= (en gnral) ns pour tre vertueux; la justice leur est
aussi propre que l'existence. X.

Ils rapportent tout  leurs ides, XLIV;  leurs souvenirs, LIX;
s'exagrent leur place dans l'univers, LXXVI; cdent trop volontiers
aux passions et  l'intrt immdiat qui leur voilent les avantages
de la justice, si ncessaire  leur scurit et  leur bonheur.
LXXXIV.

La fausset de leurs esprances et de leurs craintes les rend
malheureux. CXLIII.

Il semble que le fait d'tre assembls en grand nombre rtrcisse
leur esprit. CX.

Ils n'ont sur les femmes qu'un pouvoir tyrannique. Ils sont les plus
forts. XXXVIII.

Les soupons et la jalousie les mettent dans la dpendance des
femmes. LXII.

Hommes lches qui abandonnent leur foi pour une mdiocre pension.
CXLV.

=Hommes a bonnes fortunes=, leur fatuit, leur indignit sociale.
XLVIII.

=Honneur=. Le sanctuaire de l'honneur, de la rputation et de la
vertu, semble tre tabli dans les rpubliques.

Un sujet bless dans son honneur par son prince quitte sur-le-champ
sa cour, son emploi, son service. XC.

=Huguenots=. La perscution qui les a jets en exil n'a point profit
 la France. LX.

=Humanit=. Les devoirs de l'humanit priment les rgles de la
religion. A ce point que toutes les religions les ont inscrits en
tte de leurs prceptes. XLVI.


I

=Ibben=, un des correspondants ordinaires d'Usbek et de Rica,
ngociant  Smyrne, oncle de Rhdi. XXIII, XXIV, XXV, XXIX, XXX,
XXXIV, XXXVII, XXXVIII, XL, LV, LVI, LX, LXVIII, LXXVI, LXXVII,
LXXXIII, XC, CXIX, CIII-CV, CVIII, CXXVIII, CXXXVIII.

=Ibbi=, esclave qui a suivi Usbek, correspondant du grand eunuque
noir. IX.

=Ibbi= (hagi), crit  Ben Josu sur la naissance merveilleuse de
Mahomet. XXXIX.

=Ignorance=. Les monarchies n'ont t fondes que sur l'ignorance et
ne subsistent que par elle, tmoins les royauts d'Orient. CVI.

Heureuse ignorance des musulmans. _Ibid._

=Ignorants=. Un ignorant se ddommage en mprisant le mrite. CXLV.

=Iles= peuples par des malades que quelques vaisseaux y avaient
abandonns. (L'le de France et la Runion.) CXXII.

=Immaums= (Imans), saints et prophtes musulmans. Il y en a douze (les
douze premiers successeurs de Mahomet). Treizime iman est un
compliment comme dixime muse. Les imans sont des prtres chargs de
faire la prire publique, de prcher le vendredi; ils assistent  la
circoncision, aux mariages, aux enterrement XVI, XCIV.

=Immeubles=. Deux apprciations de ce genre de biens. CXXXII.

=Immortalit= (de l'me). On y croit par semestre. LXXV,

Pour mourir du ct de l'esprance. _Ibid._

=Impie=. Impie ou dvot, selon le temprament, la digestion, la sant.
LXXV.

=Impts=. Ils psent sur l'agriculture, l'industrie, CXXV,

Et la nourriture du peuple. _Ibid._

Le vin, trs-impos, est cher  Paris. XXXIII.

=Impuret=, viandes immondes, impuret des cadavres.

Les choses ne sont en elles-mmes ni pures, ni impures... La boue
ne nous parot sale que parce qu'elle blesse notre vue ou quelque
autre de nos sens. XVII.

Lgende musulmane sur l'impuret du cochon et du rat. XIX.

=Inde=. Les hommes de chair blanche dans l'Inde. Leur orgueil.
LXXVIII.

=Industrie=. Les revenus industriels suprieurs  ceux de
l'agriculture.

Avec une pistole de couleurs le peintre en gagne cinquante, etc.,
etc. CVII.

=Infaillibilit= de ceux que l'Esprit-Saint claire--et qui ont grand
besoin d'tre clairs. CII.

=Injustice=. Les hommes peuvent faire des injustices, parce qu'ils ont
intrt de les commettre; nul n'est mauvais gratuitement. LXXXIII.

=Inquisition=. Elle svit en Espagne et en Portugal. Sa cruaut et son
hypocrisie. XXIX.

Elle ne fait jamais brler un juif sans lui faire des excuses.
LXXVIII.

Elle prsume l'accus coupable. XXIX.

=Instabilit= des honneurs et des fortunes en Orient. Aujourd'hui
gnral, cuisinier demain. XC.

=Intercesseur=. Chrtiens et mahomtans croient  la ncessit d'un
intercesseur auprs de Dieu. XXXV.

=Intrt=. L'intrt particulier se trouve dans l'intrt commun.
XII.

La raison de l'injustice est toujours une raison d'intrt.
LXXXIV.

Leur intrt est toujours ce qu'ils (les hommes) voient le mieux.
_Ibid._

L'intrt est le plus grand monarque de la terre. CVII.

=Interprtes=, ont cherch dans l'Ecriture la confirmation de leurs
ides particulires. CXXXIV.

=Intolrance=, ses rsultats funestes, son iniquit. LXXXVI.

=Intrigants=, souffleurs, magiciens, devins, femmes fardes, gens de
loi, matres de langues et d'arts, boutiquiers, etc. LVIII.

=Invalides=. loge des Invalides. LXXXV.

=Irimette=, petit royaume voisin de la Perse. CXIII.

Fort dpeupl. _Ibid._

=Irrligion=. Les savants en sont ncessairement accuss. CXLV.

=Isben-Aben=, historien arabe. XXXIX.

=Isis=, divinit gyptienne, symbolisant l'autorit de la femme.
XXXVIII.

=Ispahan= (ville des chevaux, ou du soleil considr comme le coursier
cleste), capitale de la Perse, dprit et serait change en dsert
par la polygamie, si les rois n'y transportaient sans cesse des
nations entires. CXV.

=Italie=, partage en un nombre infini de petits tats ouverts comme
des caravansrails. CIII.

Au temps des premires colonies grecques, il n'y avait gure de
monarchies en Italie. CXXXI.

Jadis matresse du monde, aujourd'hui esclave des autres nations.
CXXXVI.


J

=Jalousie=. Jalousie musulmane. VI.

Jalousie franaise. LV.

Jalousie espagnole. LXXVIII.

La jalousie des hommes prouve leur dpendance. LXII.

Jalousie mutuelle des sectes religieuses; elle descend jusqu'aux
particuliers. LXXXVI.

=Jaloux=. Ridicules en France. LV.

=Jamblique=, purgatif. CXLIII.

=Jansnistes=, dsigns. XXIV.

=Japhet= raconte, par ordre de Mahomet, les lgendes de l'arche de
No. XVIII.

=Jaron=, eunuque noir en correspondance avec le grand eunuque. XV,
XXII.

=Jsuites=. Constitution des Jsuites, purgatif violent;

Pices des Jsuites franais, vomitif puissant. CXLIII.

=Jeu=. Trs en usage en Europe: c'est un tat que d'tre joueur.
LVI.

Les jeux de hasard interdits par Mahomet. _Ibid._

=Jeunes=. Les chrtiens en ont comme les musulmans. XXXV.

=Joueuses=, leur portrait. LVI.

=Journalistes=. Ils ne parlent que des livres nouveaux et flattent les
auteurs. CIX.

=Journaux=. Livres par fragments. Leurs avantages et leurs dfauts.

Ils flattent la paresse. CIX.

=Judasme=, vieux tronc qui a produit deux branches qui ont couvert
toute la terre. LX.

=Juges=. Ils ne s'enflent point d'une vaine science. Les avocats
travaillent pour eux. LXVIII.

Ils prsument qu'un accus est innocent. XXIX.

=Juifs=. Ils font en France ce qu'ils font en Perse. Leur obstination
invincible pour leur religion. LX.

Ils n'ont jamais eu dans l'Europe un calme pareil  celui dont ils
jouissent... On s'est mal trouv en Espagne de les avoir chasss.
_Ibid._

Les Juifs lvent les impts en Turquie; perscuts par les pachas.
XIX.

Ils achtent les enfants. LXVII.

Les Juifs se maintiennent et multiplient, par l'espoir d'engendrer
un Messie. CXX.

Transports en Sardaigne par les Romains. CXXII.

=Justesse=, Martyr de sa justesse un esprit trop rgulier, trop
gomtrique, ressemble  Tarquin,  Thrasybule ou  Priandre
coupant avec leur pe la tte des fleurs qui s'levaient au-dessus
des autres. CXXIX.

=Justice=. Les hommes sont ns pour tre vertueux; la justice est une
qualit qui leur est aussi propre que l'existence. X.

La justice est insparable de la solidarit, de la garantie mutuelle
du droit.

L'intrt des particuliers se trouve dans l'intrt commun. XII.

La justice est un rapport de convenance qui se trouve rellement
entre deux choses.

Ds qu'on suppose que Dieu voit la justice, il faut ncessairement
qu'il la suive.

Quand il n'y aurait pas de Dieu, nous devrions toujours aimer la
justice.

La justice est ternelle. Si elle ne l'tait pas, ce serait une
vrit terrible qu'il faudrait se drober  soi-mme.

Plaisir d'tre juste. LXXXIV.

La justice est viole par le droit public fauss. XCV.

En France elle se mle de tous les diffrends de famille; elle est
toujours contre le mari jaloux, le pre chagrin, le matre
incommode. LXXXVII.

=Justice divine=, incompatible avec la prescience. LXIX.


L

=Lacdmone=. Les rcompenses  Lacdmone. XC.

Si Lycurgue avait tabli que les maris changeassent de femmes tous
les ans, il en serait n un peuple innombrable. CXVII.

=Lapin=, immonde pour le juif. Discussion du Juif, du Turc, de
l'Armnien, du brachmane  propos d'un lapin. XLVI.

=Laquais=. En France, le corps des laquais est un sminaire de grands
seigneurs. XCVIII.

Leurs enrichissements subits par la spculation.

Leur vanit. CXXXVIII.

=Law=. Un tranger est venu... qui a tourn l'tat comme un fripier
tourne un habit, etc. CXXXVIII.

Son portrait allgorique en tant que fils d'Eole. CXLII.

Corruption qui rsulte du systme et de l'agiotage effrn. CXLVI.

=Lgendes mahomtanes= sur les viandes et les animaux immondes, XVIII.

Sur la naissance de Mahomet. XXXIX.

=Lgislateurs=, leurs dfauts ordinaires et leurs ridicules:
troitesse, purilit, subtilit, emploi d'une langue morte, etc.
LXXIX.

=Lse-majest=, seul crime politique qui entrane la mort pour les
grands d'Europe. CIII.

Selon les Anglais, c'est le crime que le plus faible commet contre
le plus fort, aussi bien s'il est roi que s'il est peuple. CV.

=Lettres=, avantages du roman par lettres: l'on rend compte soi-mme
de sa situation actuelle; ce qui fait plus sentir les passions, que
tous les rcits qu'on en pourrait faire.

(_Quelques rflexions sur les_ Lettres Persanes.)

Lettres intercales dans d'autres:

D'une comdienne perdue par un jeune abb. XXVIII.

D'une jeune russe qui veut tre battue. LI.

D'un Franais voyageant en Espagne. LXXVIII.

D'un savant. CXLV.

Trois de nouvellistes. CXXX.

D'un antiquaire. CXLII.

D'un mdecin de province. CXLIII.

=Lever=. La prsence assidue au lever du roi est un titre aux
libralits et aux faveurs. XXXVII, CXXV.

=Libralits=. Grces et pensions accordes par les princes aux
courtisans, aux dpens de l'agriculture et de l'industrie. CXXIV.

=Libert= supprime par la prescience divine. Libert d'indiffrence.
LXIX.

La libert existe surtout dans les rpubliques; favorable  la
propagation de l'espce et aux progrs de l'opulence. Elle attire
les trangers. CXXIII.

La libert semble faite pour le gnie des peuples d'Europe. CXXXI.

La libert chez les anctres des peuples du Nord. _Ibid._

=Libre arbitre=, incompatible avec la prescience. LXIX.

=Lionne= (M. de L.) prsident des nouvellistes. CXXX.

=Livourne=, ville nouvelle, tmoignage du gnie des ducs de Toscane.
XXIII.

=Livres=. Contre les faiseurs de livres inutiles.

Respect qu'on doit aux ouvrages originaux. LXVI.

Absence de bon sens dans les livres espagnols, romans ou
scolastiques. Exception en faveur de Don Quichotte. LXXVIII.

Le sujet est dlay selon le format des livres. CIX.

Jusqu' ce qu'un homme ait lu tous les livres anciens, il n'a aucune
raison de leur prfrer les nouveaux. _Ibid._

Les diverses espces de livres. CXXXIII-CXXXVII.

=Lois=. Lois variables des lgislateurs.

Lois ternelles, immuables, de la nature. XCVIII.

Lois anciennes tablies par les rois Francs, oublies pour des lois
romaines en partie rdiges par les Byzantins.

Ajoutez les constitutions des papes et quelques coutumes de villes
et provinces, rcemment rdiges; plus les commentaires, les
formalits et la jurisprudence.

Cette abondance de lois, en France, accable galement la justice et
les juges. CI, LXXIX.

Il ne faut toucher aux lois que d'une main tremblante. LXXIX.

Les lois contre les suicids sont injustes parce qu'elles sont sans
objet. Elles ne lient pas les morts. LXXVI.

Chez les barbares germaniques, les lois taient faites dans les
assembles de la nation. CXXXI.

=Louis= XIV, son portrait, sa dvotion, sa puissance, sa matresse,
ses ministres, sa vieillesse. XXIV, XXXVII.

Trop peu modr envers les ennemis. XXIV.

Son got pour les femmes. CVIII.

Sa mort et son testament. XCIII.

Son amour pour la politique orientale, c'est--dire le despotisme.
XXXVII.

=Louis= XV, son enfance. XCIII.

Son portrait. Les esprances qu'il donne. CVIII.

=Lucifer= jet au fond de la mer, lors de la naissance de Mahomet,
nage quarante jours. XXXIX.

=Lumire=, son trajet du soleil  la terre. XCVIII.

=Lunettes=, insignes de la gravit espagnole et portugaise, symbole de
science. LXXVIII.

=Luxe=, ncessaire  la prosprit des nations. CVII.


M

=Mages=, prtres du magisme ou mazdisme. LXVII.

Adorateurs du soleil, des toiles, du feu et des lments;

Mais leur religion, calomnie par les musulmans, est, selon
Montesquieu, un pur monothisme. _Ibid._

(Le mazdisme est une polythisme dualiste o la lumire et les
tnbres (le bien et le mal) luttent dans le temps et l'espace sans
bornes.)

Les mages enseignaient que les actes les plus mritoires sont: faire
un enfant, labourer un champ, planter un arbre. CXX.

=Magiciens=. Ils promettent de vous faire coucher avec les esprits
ariens, pourvu que vous soyez seulement trente ans sans voir de
femmes. LVIII.

=Magie=. Les savants en sont accuss. CXLV.

=Magistrats=. Ils doivent rendre la justice de citoyen  citoyen.
XCVI.

=Mahomet=, sa naissance merveilleuse. XXXIX.

Il nat circoncis. _Ibid._

Ses prescriptions relatives aux viandes immondes. XVIII.

Il a enchan Satan et l'a prcipit dans les abmes;

Il a purifi la terre. XCIV.

=Mahomtans=. Plus persuads de leur religion que les chrtiens. LXXV.

Croient  la vertu des amulettes et talismans. CXLIII.

=Mahomtisme=. Peu favorable  la propagation de l'espce humaine.
CXV.

Issu du judasme, LX.

Compar au christianisme, XXXV.

Ferme la vie future aux femmes. LXVII.

Etabli par conqute et non par persuasion. _Ibid._

=Maimbourg=, bon contre l'asthme. CXLIII.

(Louis Maimbourg, n  Nangis en 1610, exclu de la compagnie de
Jsus par Innocent XI, pour avoir crit contre Rome, en faveur du
clerg de France (1682); mort en 1686.)

=Maine= (duc du). Arrestation du duc du Maine, oncle naturel du roi
mineur. CXXVII.

=Matres de sciences=, =arts=, etc., enseignent souvent ce qu'ils
ignorent. LVIII.

=Matresse=. Matresse et confesseur, les deux grandes preuves d'un
roi. CVIII.

Une femme est la matresse d'un ministre, non pour coucher avec lui,
mais pour lui prsenter cinq ou six placets tous les matins. _Ibid._

Louis XIV a une matresse de quatre-vingts ans. XXXVII.

=Malheurs=. Pour un vrai musulman, les malheurs sont moins des
chtiments que des menaces. LXXVII.

=Malte= (chevaliers de), bravent l'empire ottoman. XIX.

=Mandement=. Evque qui a bien su pour le faire. CII.

=Marchandes=. A Paris une jeune marchande cajole un homme une heure
entire, pour lui faire acheter un paquet de curedents. LVIII.

Nombre infini de jeunes marchandes aux abords du palais. LXXXVII.

=Mariages=. Il y a des mariages heureux et des femmes dont la vertu
est un gardien svre. XLVII.

Mariages d'eunuques: Cosrou et Zlide. LIII; Astart, soeur
d'Aphridon. LXVII.

Mariages entre frre et soeur. _Ibid._

Avanie faite par Suphis  sa jeune femme. LXX.

Charges du mariage chez les musulmans. CXV.

Chez les chrtiens, l'interdiction du divorce porte atteinte  la
fin mme du mariage. CXVII.

Le mariage chrtien est une image, une figure, un mystre
incomprhensible. _Ibid._

En fait, il est strilis par l'impuissance de le rompre. _Ibid._

Mariages prcoces causs par la crainte d'un enrlement forc. De
l, dpopulation. CXXIII.

=Maris=. Facilit des maris franais.

Les jaloux sont has et ridicules. LV.

Les maris eunuques n'ont pas sur leurs femmes la mme autorit que
les autres. LXVII.

Une veuve indienne renonce au bcher ds qu'elle sait que son mari
l'attend au ciel. CXXVI.

=Matire=, son mouvement universel. CXIV.

Quelques-uns ne peuvent comprendre qu'elle n'ait que six mille ans.
_Ibid._

=Maures=. Vide irrparable caus en Espagne par l'expulsion des
Maures. CXXII.

=Mazarin=. Pataqus qu'on lui prte, chanson qu'on fait sur lui.
Allusion  ses pages. CXII.

=Mcontents=. Vieux guerrier. XLVIII.

Vieilles femmes, goutteux, vieux seigneurs, ecclsiastiques, etc.
LIX.

=Mecque= (la). Les musulmans croient s'y purifier des souillures
contractes parmi les chrtiens. XV.

=Mdecine=. Ravages de la _forme_ en mdecine. CI.

Les livres de mdecine font trembler, mme quand ils traitent des
maladies les plus lgres. CXXXV.

=Mdecins=. Toujours trop estims ou trop mpriss. Les hritiers s'en
accommodent mieux que des confesseurs. LVII.

Lettre d'un mdecin de province. CXLIII.

Il y a dans tous les coins de Paris des gens qui ont des remdes
infaillibles contre toutes les maladies imaginables. LVIII.

=Mdiocrit= (d'esprit). L'homme mdiocre est en gnral prfr 
l'homme d'esprit. CXLV.

=Mditerrane=. Dcadence de ses ctes. CXIII.

=Mhmet-Ali=, mollak, gardien des trois tombeaux,  Com,
correspondant d'Usbek. XVI, XVII, XVIII, CXXIV.

=Mercure= (vif-argent), son usage continuel et forc fait prir par
milliers les indignes de l'Amrique espagnole. CXIX.

=Messianiques=, croyances juives. Point de famille juive qui n'espre
engendrer le messie. CXX.

=Mesure= des fluides et des liquides, des esprits interplantaires.
XCVIII.

=Mtaphysique=. L'infini s'y rencontre partout. CXXXV.

=Mtempsycose= allgue par un brachmane contre un mangeur de lapin.
XLVI.

=Meurtre=. Les curieux qui regardent les Persane de trop prs sont
tus impunment par les eunuques, mme dans une rivire et hors du
srail. XLVII.

=Mexique=. Orgueil et paresse des conqurants espagnols au Mexique.
LXXVIII.

=Mines=. Sont, en Amrique, le tombeau des indignes et des ngres.
CXIX.

Le roi d'Espagne possde des mines d'or. XXIV.

=Ministres=. Enclins  calomnier la nation; toujours plus mchants que
le prince dont ils attisent les haines. Le premier ministre de
Charles XII, condamn  mort. CXXVIII.

Louis XIV a un ministre de dix-huit ans. XXXVII.

Les ministres se succdent comme les saisons. CXXXVIII.

Danger de l'autorit sans bornes des ministres de Louis XIV. _Ibid._

Le mauvais exemple donn par un ministre est un crime. CXLVI.

=Minorit=. On ne lit plus que des mmoires sur la minorit de Louis
XIV. CXII.

=Miracle chimique= manifest dans une mixture d'infusion Quesnel et
d'infusion Lallemand. CXLIII.

=Miracles=. Pour s'assurer qu'un effet qui peut tre produit par cent
mille causes naturelles est surnaturel, il faut avoir examin si
aucune de ces causes n'a agi; ce qui est impossible. CXLIII.

=Mirza=, ami et correspondant d'Usbek. XI, XII, XIII, XIV, LXXXVI.

Mirza (de _Mard_=_mort_-alis. = [Grec: mbrot-os], homme) est un
titre honorifique persan que les gens de lettres mettent avant leur
nom et les princes aprs.

=Misre=. Chez les peuples misrables, l'espce perd et mme dgnre.
CXXIII.

Le pauvre vitera de faire des enfants plus pauvres que lui. _Ibid._

=Mode=. Ses caprices tonnants chez les Franais. C.

C'est d'aprs elle qu'ils jugent tout ce qui se fait chez les
autres nations. CI.

=Modestie=. Vertu ncessaire au talent. L.

Eloge des hommes modestes. CXLIV.

=Moeurs.= Les Franais changent de moeurs selon l'ge de leur roi.
C.

=Mogol=. Le grand Mogol se fait peser tous les ans. XL.

Les Tartares dominent sur les vastes pays qui forment l'empire du
Mogol. LXXXII.

Expulsion d'un ambassadeur mogol. CXXVII. (Allusion  la
conspiration de Cellamare.)

=Moines=. Voy. Dervis.

=Moise= n'enseigne pas le dogme de la prescience absolue. LXX.

=Molina=. Emollient. CXLIII. (Casuiste espagnol, XVIe sicle.)

=Mollaks= (ou mollahs), prtres musulmans, qui me dsesprent avec
leurs passages de l'alcoran. Lettre X.

(En Perse, les mollahs sont des prtres; en Turquie des juges.)

=Monachisme=, porte partout la mort. CXVIII.

=Monarchie=. tat o la vertu n'est plus qu'obissance au caprice d'un
seul. XIV.

Trs-infrieure moralement au rgime rpublicain, elle abaisse le
niveau des moeurs en substituant  la loi et  la vertu l'autorit
et l'arbitraire. _Ibid._

La monarchie pure, tat violent qui dgnre toujours en despotisme
ou en rpublique. CIII.

=Monde=. N'a-t-il que six mille ans? Il ne faut pas compter ses
annes. CXIV.

Dpopulation croissante du monde. Ses causes. CXIII et suivantes.

=Monde= (nouveau). Dcouvertes immenses et dvastatrices des Portugais
et des Espagnols. LXXVIII.

=Monde romain=, mieux organis pour la propagation de l'espce que les
mondes chrtien et musulman. CXV.

=Monnaies=. Le dcri des monnaies est un artifice financier proche du
faux-monnayage et pratiqu par Louis XIV. XXIV.

=Montesquieu= parat se peindre dans Usbek. XLVIII, Ibben, LXXVII,
Rica, CXXVII.

Semble annoncer la _Dcadence des Romains_. CXXXVI.

=Morale=. Les livres de morale, plus utiles que les ouvrages de
dvotion. CXXXIV.

=Mortifications=. Chrtiens et musulmans en usent pour flchir la
misricorde divine. XXXV, XCIV.

=Moscovie=. Les Tartares ont soumis la Moscovie. LXXXII.

=Mouches=. Leur abus. C.

=Moustache=, importance de la moustache en Espagne et en Portugal.

La moustache de Jean de Castro. LXXVIII.

=Mouvement=. Ses lois constituent le systme du monde. XCVIII.

La nature y est soumise, sans exception, _Ibid._

Et la terre n'y peut chapper. CXIV.

=Mustapha= proclam,  la place d'Osman, empereur des Turcs. LXXXI.

=Musulman=. Sa vie est laborieuse. La polygamie l'puise. CXV.

=Mystiques=, dvots qui ont le coeur tendre. Leurs extases, dlire
de la dvotion. Leurs livres. CXXXIV.

=Mythologiste=. Fragment d'un ancien mythologiste (portrait
allgorique de Law). CXLII.


N

=Nadir=. Eunuque blanc, trouv seul avec Zachi. XX, XXI.

=Naissance=. Il y a en Europe des sens qui sont grands par leur
naissance. LXXXIX.

=Nargum=, ambassadeur Persan  Moscou. LI, LXXXII.

=Narsit=, eunuque peu clairvoyant. CXLIX, CL, CLII.

=Nathanael Lvi=, mdecin juif  Livourne, croit aux talismans CXLIII.

=Nations=. Leurs rapports, d'o rsulte la notion du droit public.
Deux peuples ne peuvent s'allier pour l'oppression d'un troisime.
XCVI.

=Nature=. Elle a perdu sa fcondit des premiers temps CXIII.

Elle agit avec lenteur et pargne. Si on la surmne, elle tombe dans
la langueur et perd sa force gnratrice. CXV.

=Ngres=. Leurs dieux sont noirs et leur diable blanc. LIX.

Leurs rois les vendent comme esclaves. CXIX.

Et les princes chrtiens autorisent la traite. LXXV.

Les noirs d'Afrique meurent par milliers dans les mines amricaines.
CXIX, CXXII.

=Nessir=, ami et correspondant d'Usbek. VI, XXVII, CLV.

=Noailles= (N***), ministre hardi qui prit le fer  la main, etc.
CXXXVIII.

Connu par son esprit, il honore de ses plaisanteries les traitants
livrs  la chambre de justice. XCIX.

=Noblesse=. En Espagne, c'est sur des chaises que la noblesse
s'acquiert. LXXVIII.

Les laquais enrichis voudront se faire nobles. Espoir d'un
gnalogiste. CXXXII.

=Nord=. Autrefois plein d'hommes; est fort dgarni. CXXIII.

C'est du Nord qu'une foule de nations inconnues fondirent sur
l'empire romain;

Ces peuples taient libres, et leurs rois n'taient que des
gnraux. CXXXI.

Ils n'taient point barbares puisqu'ils taient libres; ils le sont
devenus. CXXXV.

=Notre-Dame=. Superbe difice. LXI.

=Nouvellistes=. Inventeurs de nouvelles. Leurs ridicules, leurs
prdictions, leurs paris. Lettres plaisantes de nouvellistes  des
particuliers et  des ministres. Leurs lieux de runions. Leur
prsident, le comte de Lionne. CXXX.

Nouvelliste trembleur. CXXXII.


O

=Obissance=; n'est pas une vertu anglaise. Les Anglais la fondent sur
la gratitude. CV.

=Occultes=. Livres de science, ou mieux d'ignorance occulte, plus
pitoyables qu'excrables. CXXXV.

=Opra=. Lettre de la plus vertueuse actrice de l'Opra. XXVIII.

=Opras nouveaux=. Vomitif. CXLIII.

=Opulence= toujours compagne de la libert des peuples. CXXIII.

=Omar=, troisime successeur de Mahomet, au mpris des droits d'Ali.
Les persans, Chiites, c'est--dire sectateurs d'Ali, disent qu'Omar,
Aptre des Sonnites a dvoy les enfants du prophte. CXXIV.

=Or=. Le roi de France n'a pas de mines d'or comme le roi d'Espagne.
XXIV.

L'or et l'argent, prix de toutes marchandises, gage de leur valeur.
Pernicieux effets de leur diffusion. CVI.

Nombre innombrable d'hommes sacrifis pour extraire l'or et l'argent
du fond de la terre. CXIX.

=Oraisons funbres=. Leur fausset. XI.

Entrent dans le vomitif du docteur de province, sauf celles de
Flchier. CXXXV.

=Orateurs=. Leur talent de persuader indpendamment des raisons.
CXXXV.

=Ordonnance=, concernant les services des courtisans et
l'tablissement des impts ncessaires aux libralits des princes.
CXXV.

=Orgueil=. Orgueil de l'homme, qui veut tre compt dans l'univers.
LXXXVII.

Orgueil de religion et de race chez les Portugais et les Espagnols.
LXXVIII.

Les _vieux chrtiens_ en Espagne;

Les _blancs_ en Amrique. _Ibid._

=Orientales=. moins gaies que les Europennes. XLVIII. (Voir
_Femmes_.)

=Orientaux=. Le srail tue leurs dsirs sans teindre leur jalousie.
VI.

Leur gravit, la froideur de leurs relations. XXXIV.

Leurs posies, leurs romans. CXXXVII.

Le despotisme de leurs princes et la rigueur des chtiments les
portent  la rvolte et aux derniers excs. LXXXI, CIII.

=Osman=, sultan dpos par des suppliants. LXXXI.

=Osmanlins=. Voir Turcs.


P

=Paganisme=, favorable  la propagation de l'espce humaine. CXV.

Suprieur au mahomtisme par l'interdiction de la polygamie, au
christianisme par la permission du divorce. _Ibid._ et CXVII.

=Palais=. Lieu o se rend la justice, ses abords. Aspect lugubre des
salles et des magistrats. LXXXVII.

=Palestine=. Dserte depuis la destruction des Juifs par Adrien.
CXXII.

=Pape=. Magicien plus fort que le roi, dont il dirige l'esprit, lui
faisant croire que trois ne sont qu'un; que le pain qu'on mange
n'est pas du pain, ou que le vin qu'on boit n'est pas du vin. XXIV.

Chef des chrtiens, vieille idole qu'on encense par habitude; il
dposait les rois; il se dit successeur d'un des premiers chrtiens,
qu'on appelle saint Pierre; il donne des dispenses. XXIX.

Effet de l'histoire des papes sur l'esprit du lecteur. CXXXVI.

=Papier d'tat=. Louis XIV en abuse. XXIV.

(Dcri des monnaies). _Ibid._

=Paracelse=. Purgatif. CXLIII.

=Paradis=. Lieu de dlices pour les chrtiens comme pour les
musulmans. XXXV.

Les femmes en sont exclues par Mahomet. XXIV.

Embarras des religions pour donner une ide des plaisirs assurs aux
lus: musique, circulation ternelle de par le monde, souvenir des
amours terrestres. Toutes inventions ridicules. CXXVI.

Le paradis des femmes, conte persan. Les plaisirs et les vengeances
de l'immortelle Anas. CXLI.

=Parfumeuses= qui rparent par la force de leur art toutes les
injures du temps. LVIII.

=Paris=. Sige de l'empire d'Europe. XXIII.

Aussi grand qu'Ispahan;

Ville btie en l'air; extrmement peuple; embarras des rues;
XXIV.

Extravagante curiosit des Parisiens pour tout ce qui sort de
l'usage reu. XXX.

Chert du vin  Paris. XXXIII.

Usage du caf  Paris; les cafs. XXXVI.

Paris, rendez-vous de tous les exploiteurs: alchimistes, magiciens,
devins, entremetteuses, chercheurs de bnfices, matres de langues,
d'arts et de sciences, enseignant ce qu'ils ne savent pas,
mdecins, empiriques, marchands et marchandes accortes, tous ces
gens-l cherchent  vivre dans une ville qui est la mre de
l'invention. L'tranger sort de Paris plus prcautionn qu'il n'y
est entr. LVIII.

=Paris= jug par un Espagnol. LXXVIII.

A Paris, rgnent la libert et l'galit. Rien ne sauve un homme de
la foule. LXXXIX.

=Paris= foyer de plaisir, donc d'art, de travail et d'industrie. CVII.

=Parlements=. Grands corps, affaiblis par les moeurs, abattus par la
royaut; ruines qui rappellent un temple vnr, image de la libert
publique. Ils sont rduits aux fonctions judiciaires, et ne
retrouvent d'importance politique que dans quelques conjonctures
imprvues.

Le rgent a recours au parlement. XCIII.

Le parlement de Paris relgu  Pontoise, pour s'tre oppos aux
mesures exiges par Law. CXL.

Ces compagnies facilement odieuses aux rois. _Ibid._

=Parties=. Parties de campagne o l'on veut s'amuser et o l'on
bille. CXI.

=Parure=. La parure d'une femme occupe cinquante artisans. CVII.

=Paternit=. L'enfant n dans le mariage est cens tre au mari.
LXXXVII.

=Patrie=. Je voudrais voir les noms de ceux qui meurent pour la
patrie crits dans des registres qui fussent comme la source de la
gloire et de la noblesse. LXXXV.

=Paysan=. Riche ou pauvre, le rustique ou paysan peuple
indiffremment. CXIII.

Les impts psent principalement sur la nourriture et la famille du
paysan. CXXV.

=Pcule=, proprit, mise de fonds et ranon de l'esclave antique.
CXVI.

=Peines=. Les peines plus ou moins cruelles ne font pas que l'on
obisse plus aux lois. Tmoin l'tat moral de l'Asie.

Ce qui importe, c'est la gradation dans le chtiment. LXXXI.

=Plerinages= de la Mecque. XV.

De saint Jacques en Galice. XXIX.

=Perruquiers=. Les perruquiers franais dcident en lgislateurs sur
la forme des perruques trangres. CI.

=Persans=. Les plus tolrants de tous les mahomtans. XXIX.

Leur haine contre les Turcs. VII.

Intemprance des monarques persans. XXXIII.

=Persanes=. (Voir _Femmes_ et _Srail_.)

=Perse=. Les Tartares, matres de la Perse. LXXXII.

Fort dchue de ce qu'elle tait du temps des Xerxs et des Darius.
CXIII.

La Perse antique tait peuple parce que les mages enseignaient un
dogme favorable  la propagation. CXX.

=Peste=. Multitude de pestes mentionnes par l'histoire. Une, entre
autres, brla jusqu' la racine des plantes. CXIV.

=Petits-maitres= au spectacle. XXVIII.

Dans les conversations, parlent sans rien dire ou font parler leur
tabatire. Gots des femmes. LXXXIII.

=Peuple=. L'abolition de l'esclavage retirait le bas peuple de la
puissance des seigneurs. LXXV.

Caractre et destine des diffrents peuples. CXXXVI.

La puissance ne peut jamais tre galement partage entre le peuple
et le prince.

Le peuple en Europe et en Orient;

Le peuple anglais devant la royaut. CIII-CV.

=Pharan= ne veut pas tre fait eunuque. XLI, XLII, XLIII.

=Pharmacie nouvelle= extraite des ouvrages des philosophes, orateurs,
romanciers, potes, thologiens et casuistes. CXLIII.

=Philosophes=; laisss  eux-mmes, privs des saintes merveilles,
ils suivent dans le silence les traces de la raison humaine.
XCVIII.

Leur supriorit sur les docteurs des religions diverses. _Ibid._

Plaisanteries contre Aristote, et surtout les scolastiques, dans la
lettre du mdecin de province. CXLIII.

Les philosophes (mtaphysiciens) ont un mpris souverain pour
l'homme qui a la tte charge de faits. CXLV.

=Philosophie=, ne s'accorde pas avec la thologie. LXVI, CXL.

=Physique=, bannit le merveilleux de l'univers. CXXXV.

=Pierre le Grand=. Ses rformes, son humeur svre. LI.

=Plaisir=. La nature des plaisirs est d'tre de courte dure. De l
l'embarras des religions et le ridicule des plaisirs ternels
qu'elles imaginent pour leurs paradis. CXXVI.

=Plotin=. Purgatif. CXLIII.

=Potes=. Singulire opinion sur les potes. XLVIII.

Ils accablent la raison sous les agrments.

Ils ne sont pas rares chez les orientaux. CXXXVII.

Bucoliques, plaisent aux gens de cour;

Dramatiques, potes par excellence, matres des passions;

Epiques, svrement jugs; de l la froideur de Voltaire pour
Montesquieu.

Lyriques, qui font de leur art une harmonieuse extravagance.
CXXXVII.

=Point d'honneur=, tient  la passion de la gloire; caractre de
chaque profession; plus marqu chez les gens de guerre, a rgl
jadis la conduite des Franais surtout des nobles; n'admet qu'une
solution, le duel. (V. _Duel_.) XCI.

=Politesse=. En Espagne un capitaine ne bat jamais son soldat sans
lui en demander permission, et l'inquisition ne fait jamais brler
un juif sans lui faire ses excuses. LXXVIII.

=Politique=. En Asie, les rgles de la politique sont partout les
mmes. LXXXI.

=Pologne=. N'a presque plus de peuples. CXIII.

A mal us de sa libert et du droit d'lire ses rois. CXXXVI.

=Polygamie=. _La polygamie triomphante_, livre o il est prouv que la
polygamie est ordonne aux chrtiens. XXXV.

La polygamie, dfendue par le paganisme romain. CXV.

Elle engendre la langueur des hommes, l'tiolement des enfants, les
querelles des femmes condamnes  une continence force, la
fabrication des eunuques, le clibat des filles esclaves. C'est un
agent de dpopulation. _Ibid._

=Pompes funbres=. Leur inutilit. XL.

=Porphyre=. Purgatif. CXLIII.

=Portes=, hausses, baisses ou largies selon les parures des femmes.
C.

=Portugais=. Voyez Espagne. LXXVIII.

Leur douceur relative dans le gouvernement de leurs colonies. Ils
furent bientt chasss de tous les pays qu'ils avaient dcouverts.
CXXII.

=Poudre=. Depuis la poudre, plus d'asile contre l'injustice et la
violence. CVI.

Mais depuis la poudre, batailles moins sanglantes. CVII.

=Pourceau=. Pourquoi immonde? XVIII.

=Pouvoir=. Il ne peut jamais tre galement partag entre le peuple et
le prince.

Le pouvoir des rois d'Europe est trs-grand, modr par leur
intrt. CIII.

Le pouvoir arbitraire, ngation de la libert et de l'galit,
assurant aux princes toutes les richesses, enraye la propagation de
l'espce. CXXIII.

=Prescience divine=, ni absolue, ni infinie, sous peine de
contradiction et d'injustice.

Si elle est intermittente, elle n'est plus que caprice et fantaisie.

L'alcoran et le livre des Juifs s'lvent sans cesse contre le
dogme de la prescience absolue. LXIX.

Voir Dieu, Adam, libert, me.

=Prestiges= qui font gagner des batailles: le terrain, le nombre, le
courage. CXLIII.

=Prtres=. Rle difficile du prtre dans le monde; sa neutralit
force. LVI.

L'envie d'attirer les autres dans son opinion est, pour ainsi dire,
attache  sa profession. _Ibid._

=Prire=. Postures exiges par les diverses religions. XLVI.

Prtres chrtiens et musulmans prient sept fois par jour. XXXV.

=Prince=. Les querelles particulires du prince, le mcontentement des
ambassadeurs du prince, ne peuvent lgitimer une guerre. XCVI.

Il n'est pas de son honneur de s'allier avec un tyran. _Ibid._

Autorit illimite des princes en Orient. CIII.

En Europe, peu d'attentats contre la vie des princes.

En Orient, sans prcautions infinies, les princes ne vivraient pas
un jour. _Ibid._

En se cachant, les princes d'Orient font respecter la royaut et non
le roi. CIV.

C'est un crime de lse-majest  un prince de faire la guerre  ses
sujets. CV.

=Procdure=. Formalits dont l'excs est la honte de la raison
humaine. CI.

=Propagation=. Conditions favorables  la propagation de l'espce.

=Divorce=; suppression du clibat religieux. CXV, CXVII.

Accord du temprament et du climat. CXXI.

Libert, galit des droits et des fortunes.

Gouvernement doux et rpublicain. CXXIII.

=Proportion=. La proportion entre les fautes et les peines est comme
l'me des tats; garde par les princes d'Europe, elle est sans
cesse renverse,  leurs dpens, par les rois d'Orient. CIII.

=Propret=. La propret, qui est l'image de la nettet de l'me. II.

=Proprit=. L'incertitude de la proprit des terres ralentit
l'ardeur de les faire valoir. XX.

=Proslytisme=. Transmis des Egyptiens aux Juifs, des Juifs aux
mahomtans et aux chrtiens; maladie pidmique; esprit de vertige;
clipse entire de la raison humaine. LXXXVI.

=Protestantisme=. Avantage du protestantisme sur le catholicisme,
suppression du clibat et des couvents. CXVIII.

=Protestants=. Ils multiplient ncessairement plus que les
catholiques. De l accroissement de population, d'impts, d'activit
agricole, industrielle, de travail et de richesses. CXVIII.

=Providence=. Ce qui est pour le riche sagesse de la providence est
pour le pauvre aveugle fatalit du destin. XCVIII.

Les musulmans laissent tout faire  la providence. CXX.

L'homme ne trouble pas l'ordre de la providence lorsqu'il change les
modifications de la matire. LXXVI.

=Puissance paternelle=. La plus sacre de toutes les magistratures,
fortement tablie par le droit romain;

Montesquieu semble blmer les Franais de l'avoir restreinte. LXXIX.

=Puissance royale=, ses progrs en France. CXXXVI.

=Purgatifs=. 1 Mlange de philosophie scolastique;

2 Extraits d'arrts du Conseil et de Bulles et Constitutions de
jsuites. CXLIII.


Q

Q. Quelques docteurs voulaient qu'on pronont cette lettre comme un
K. (Querelle de Ramus.) CX.

=Quitisme=, sorte de mysticisme exalt.

Un quitiste n'est autre chose qu'un homme fou, dvot et libertin.
CXXXIV.


R

=Rat=. Pourquoi immonde? XVIII.

=Raymond Lulle= a cherch vainement le secret de la transmutation des
mtaux. XLV.

=Rcompenses=. A Rome, Athnes, Lacdmone, l'honneur payait seul les
services les plus signals. L'auteur d'une belle action y trouvait
sa rcompense. XC.

=Rgence=, ses commencements. Dsarroi o la mort de Louis XIV laisse
la France. CXXXVIII.

=Rgent= (le), son habilet. XCIII.

Il fait casser par le Parlement le testament de Louis XIV.

Il relgue le Parlement  Pontoise. CXL.

=Rgicide=. En Orient, le rgicide monte sur le trne sans opposition.
Pourquoi? CIV.

=Reine=. Exemple de tendresse conjugale donn par une reine de Sude.
CXXXIX.

=Religion=. Distinction entre la foi et la vie laque, fortement
tablie. X.

Je ne leur parle pas (aux Mollaks) comme vrai croyant, mais comme
homme, comme citoyen, comme pre de famille.

Chez les chrtiens elle est plus un sujet  disputes qu'un moyen de
sanctification. LXXV.

La religion gagne les malades par ses promesses. LXXV.

=Religions=. Les plus proches sont les plus grandes ennemies. LX.

Avantages de la multiplicit des religions dans un tat;

Les guerres de religion suscites par l'esprit d'intolrance.
LXXXVI.

Il n'y a pas de religion qui ne prescrive l'obissance et la
soumission. _Ibid._

Leur grand nombre embarrasse ceux qui cherchent la vraie. XLVI.

Batitudes qu'elles promettent aux lus. CXXVI.

Dieu condamne-t-il ceux qui ne pratiquent pas celle qu'ils ne
peuvent connatre? XXXV.

=Religions= (tolres). Ceux qui vivent dans ces religions, plus
utiles que ceux qui suivent la religion dominante. Eloigns des
honneurs, ils n'en sont que plus ports  s'enrichir par le travail.
LXXXVI.

=Remdes= composs par un mdecin rempli des mystres de la cabale.
CXLIII.

Remdes rares, tels que prface trop courte, mandement fait par un
vque, etc. _Ibid._

=Reprsailles=. Leur office dans le droit public international. XCVI.

=Reprsenter=, c'est--dire faire sentir  tous les instants la
supriorit qu'on a. LXXIV.

=Rpublique=. Conclusion de l'histoire des Troglodytes. XIV.

Semble tre le sanctuaire de l'honneur, de la rputation et de la
vertu. X.

La douceur du gouvernement rpublicain, la libert, l'galit,
source d'opulence, favorisent la propagation de l'espce. CXXIII.

=Rpublique romaine=, son extension et t un bonheur pour le monde,
sans le pouvoir abusif des proconsuls et la diffrence que le droit
de cit maintenait entre les vainqueurs et les vaincus. CXXXI.

Rpubliques=, contraires au gnie oriental.

Leurs origines. Elles sont postrieures aux monarchies.

La Grce, l'Asie-Mineure, Carthage, Rome.

Le Nord et l'Allemagne (on a pris pour des rois les chefs des
armes). CXXXI.

=Rsurrection de la chair=. Croyance commune au christianisme et au
mahomtisme. XXXV.

=Revenus=. A Paris, les revenus des citoyens ne consistent qu'en
esprit et en industrie; chacun a la sienne qu'il fait valoir de son
mieux. LVIII.

Revenus fonciers difficiles  percevoir.

Revenus mobiliers. Embarras d'un homme  qui son dbiteur rend une
somme prte. CXXXII.

=Rvolution=. En Orient le moindre accident produit une grande
rvolution. LXXXI.

=Rhdi= neveu d'Ibben. XXV, crit de Venise  Usbek, XXXI. (Voir la
table des _Lettres_.)

=Rica=, compagnon de voyage d'Usbek, son caractre enjou, XXV. (Voir
la table des _Lettres_.)

=Richesse=. Si la Providence n'avait accord les richesses qu'aux gens
de bien, on ne les aurait pas assez distingues de la vertu. XCIX.

=Robe=. Un des trois tats qui se mprisent mutuellement. XLIV.

=Rodriguez= (le P. Alphonse), jsuite espagnol, n  Valladolid, mort
 Sville en 1616, auteur d'un _Trait de la perfection chrtienne_,
traduit par Rgnier des Marets. Ses oeuvres sont ranges parmi les
purgatifs. CXLIII.

=Rois=. Les rois sont comme les dieux: pendant qu'ils vivent, on doit
les croire immortels. CVIII.

Les rois des tribus germaniques n'taient que des chefs ou gnraux
 pouvoir limit par celui des seigneurs et l'galit des
dpouilles. CXXXI.

Rois dposs par les Vandales et les Goths. _Ibid._

=Roman=. Le roman qui sert de canevas aux Lettres persanes est tout
entier dans la jalousie d'Usbek absent et les dsordres de son
srail. Si l'on y joint l'histoire d'Aphridon et d'Astart et celle
d'Anas (LXVII, CXLI), il remplit environ soixante lettres, et un
peu moins du tiers de l'ouvrage qu'il varie, et auquel il est
souvent rattach avec un art discret.

(Voir _Eunuques_, _Fatm_, _Roxane_, _Zachi_, _Zlis_, _Zlide_,
_Zphis_ et _Srail_, _Usbek_ et _Solim_, etc.).

=Romanciers=. Espces de potes qui outrent le langage de l'esprit et
du coeur. CXXXVII.

=Romans=. Leurs hros sont  ct de la nature; un seul dtruit une
arme.

Extravagance des romans orientaux. CXXXVII.

Romans, vomitif. CXLIII.

=Rome=. Combien dchue depuis les temps anciens. CXIII.

=Royaut=. Progrs de la royaut franaise. CXXXVI.

=Roxane=, femme prfre d'Usbek, qui vante sa vertu. XX.

Son opinitret  repousser les assiduits de son mari dans les
premiers mois de son mariage. XXVI.

Sa feinte sagesse trompe les eunuques. CLI;

Elle s'indigne des chtiments subis par les autres femmes du srail.
CLVI.

Surprise avec un jeune homme. CLIX.

S'empoisonne: sa lettre. CLXI.

=Russe=. Lettre d'une jeune marie russe qui se plaint de n'tre pas
battue par son mari. LI.

=Russie=. Le czar, alli naturel de la Perse contre les Turcs.

Rformes de Pierre le Grand. LI.

=Rustan=, ami et correspondant d'Usbek. V.

(Voir la table des _Lettres_.)


S

=Saint-Cyran= (abb de), ses lettres bonnes contre la gale, la
gratelle, etc. CXLIII.

=Samos=. Roi de Samos somm par un roi d'Egypte de renoncer  la
cruaut et  la tyrannie. XCVI.

=Sanchez=. Son _de matrimonio_, fort tonique contre la chlorose.
CXLIII.

=Santon=, saint musulman. XCIV.

Santons chrtiens (moines de la Thbade). _Ibid._

=Sardaigne=, terre insalubre, destine par les Romains aux criminels
et aux Juifs. CXXII.

=Sauromates=, vritablement dans la servitude du sexe. XXXVIII.

=Sauvages=. Leur aversion pour le travail et l'agriculture. Leur vie
prcaire; famine. Avortements. Isolement des tribus.

Dpopulation. CXXI.

=Savants=. Deux savants pleins de vanit. CXLIV.

Tribulations d'un savant, astronome, physicien et anatomiste. CXLV.

Jadis accus de magie, le savant aujourd'hui l'est d'irrligion ou
d'hrsie.

Ddain des savants pour ceux qui s'occupent d'une autre science que
la leur. CXLV.

=Scapulaire=, morceau de drap attach  deux rubans. XXIX.

=Sciences=. Mauvais usage des sciences. CVI.

=Scolastique=. Allusion aux disputes et aux subtilits scolastiques.
XXXVI.

=Scot=, subtil scolastique; purgatif. CXLIII.

=Secte=. Une secte nouvelle introduite dans un tat est le moyen le
plus sr pour corriger les abus de l'ancienne. LXXXVI.

=Seigneur=. Les grands seigneurs qui reprsentent.

Leur morgue. LXXIV.

L'abolition de l'esclavage par les rois abaissait les seigneurs.
LXXV.

Un grand seigneur est un homme qui voit le roi, parle aux ministres,
a des anctres, des dettes et des pensions. LXXXIX.

=Smiramis=, reine et divinit des Babyloniens. XXXVIII.

=Snque=. Dans le malheur, un Europen n'a d'autre ressource que la
lecture d'un philosophe qu'on appelle Snque: mais les Asiatiques,
plus senss et meilleurs physiciens en cela, prennent des breuvages
capables de rendre l'homme gai, etc. XXXIII.

=Sparation=. Une femme effronte expose les outrages qu'elle a faits
 son poux comme une raison d'en tre spare. LXXXVII.

=Srail=. Gouvern par les eunuques noirs. II, VII, LXIV, IX.

Gard par les eunuques blancs qui ne peuvent pntrer dans
l'appartement des femmes. XX, XXI.

Les hommes qui en approchent sont massacrs. LXVII, CLIX.

Condition et malheur des femmes qui y sont enfermes. VII, XX, XXI,
XXVI, XXVII.

A quel ge elles y entrent. LXII.

On leur fait croire que leur rclusion est une garantie de chastet,
de sant et de beaut. XX, XXXIV, XLVII, LXII, LXIII.

Plus il y a de femmes dans un srail, moins elles y donnent
d'embarras. XCVII.

Leurs dissensions, leurs rconciliations, leurs voyages ou
promenades dans des botes. LXIV, III, XLVII.

Leurs privauts avec les filles esclaves, IV, CXLVII, qui ne se
marient presque jamais sinon avec des eunuques, LXVII, CXV, LIII;
leur got pour les eunuques blancs. XX.

Le srail tue l'amour chez le mari sans supprimer la jalousie. VI.

Dsordres dans le srail d'Usbek. XX, LXIV, LXV, CXLVII-CLXI.

Chtiments terribles, le fouet, la torture. CLVI-CLVIII.

=Servitude=. La servitude est dans le temprament asiatique. CXXXI.

=Sibrie=. Lieu d'exil pour les seigneurs russes disgracis. LI.

=Sicile=. Contenait jadis de puissants royaumes. CXIII.

=Sincrit=. Celle d'Usbek lui a fait des ennemis  la cour de Perse.
C'est la cause de son voyage. VIII.

=Singe=. Il y a encore des peuples chez lesquels un singe passablement
instruit pourrait vivre avec honneur. CVII.

=Smyrne=. Seule ville riche et puissante de l'Asie turque: Ce sont
les Europens qui la rendent telle. XX.

=Sociabilit=. L'homme, animal sociable; un Franais est donc l'homme
par excellence. LXXXVIII.

=Socit=. Elle est fonde sur un avantage mutuel. LXXVI.

Origine des socits: un fils est n auprs de son pre et il s'y
tient: voil la socit et la cause de la socit. XCV.

=Soleil=. Les Espagnols disent que le soleil se lve et se couche
dans leur pays. LXXVIII.

Ouvrage et manifestation de la divinit, dieu des Gubres,
longtemps honor d'un culte religieux mais infrieur... dans la
ville sainte de Balk. LXVII.

=Solidarit=. Sa ncessit sociale, prouve dans l'pisode des
Troglodytes. Lettres XI. XII, XIII.

=Solim=, eunuque, dnonce les dsordres du srail, CLI.

Est charg des vengeances d'Usbek. CLIII, CLVI-CLX.

=Soliman=, affront qu'il reoit. LXX.

=Solliciteuses=. Leur agitation perptuelle; elles ne reculent devant
rien pour distribuer les places et les honneurs. CVIII.

=Somnifres=. La _Cour sainte_ du P. Caussin procure un doux sommeil 
un malade afflig d'insomnie, et  toute sa famille. CXLIII.

=Somptuaires= (lois) finement railles. CXXV.

=Son=. Combien de lieues il fait dans une heure. XCVIII.

=Sottises=. Dire thologiquement force sottises. CII.

=Soumission=. Elle se mesure  la gratitude. CV.

=Souverains=. Doivent chercher des sujets et non des terres. CVII.

=Statues=. Il y en a autant dans les jardins de Louis XIV que de
citoyens dans une grande ville. XXXVII.

=Statuts= de villes et de provinces. Presque toujours rdigs par
crit sous Louis XIV. CI.

=Style figur=. L'auteur le condamne. XCVIII.

=Sude=. Mort de Charles XII. CXXVIII.

Mention de deux reines de Sude. CXXXIX.

=Suicide=. Injustice des lois portes contre ceux qui se tuent
eux-mmes.

Le suicide ne trouble pas l'ordre de la nature.

Il n'est que l'usage d'un droit; la renonciation  un contrat devenu
onreux. LXXVI.

Faibles arguments en faveur de la loi religieuse et de la loi civile
contre le suicide. LXXVII.

=Suisse=. Rpublique. CXXIII.

Elle est l'image de la libert. CXXXVI.

=Sultans=. Ils ont plus de femmes que certains princes italiens ou
allemands n'ont de sujets. CIII.

=Superfluits=. Elles sont socialement aussi ncessaires que les
ncessits de la vie. CVII.

=Sret=. Prcautions des princes orientaux pour mettre leur vie en
sret. CIII.

=Suphis=. Jeune tourdi. Le traitement qu'il fait subir  sa jeune
femme. LXX.

=Syphilis=, son introduction dans l'ancien monde; ses effets
prodigieux; remde puissant qui lui est oppos. CXIV.

=Systme= (de Law). Allusion aux troubles qu'il apporte dans les
fortunes. CXXXII.

Ses affirmations ne sont pas plus sres que les prsages de
l'astrologie judiciaire. CXXXV.

Il pervertit la moralit publique. CXLVI.

=Systme du monde=, expliqu par quelques lois gnrales dcouvertes
par des philosophes qui n'ont point t ravis jusqu'au trne
lumineux (comme saint Paul), etc. XCVIII.


T

=Talents= (petits), tels que: parler pour ne rien dire, couter,
sourire  propos, entendre finesse  tout, etc.

Un homme de bon sens ne brille gure devant eux. LXXXIII.

=Talismans=. Effet que peut produire l'arrangement de certaines
lettres. CXLIII.

=Tartares=. Leurs conqutes et leur puissance. Il ne leur a manqu que
des historiens. LXXXII.

Pourquoi leurs conqutes seraient dvastatrices. CXXXI.

=Tartarie=. Quand le kan de Tartarie a dn, un hraut crie que tous
les princes de la terre peuvent aller dner. XLIV.

=Tauris=. Lettres I, II, III.

=Tavernier=, clbre voyageur en Perse. LXXII.

=Tempraments= fixs par le climat, ils souffrent du changement
brusque du pays d'origine. CXXII.

=Tentations= des santons de la Thbade. Elles nous suivent jusque
dans la vie la plus austre. XCIV.

=Terre=. Soumise comme les autres plantes, aux lois du mouvement;
elle souffre au dedans d'elle un combat perptuel de ses principes.
CXIV.

Elle se dpeuple et dans dix sicles ne sera plus qu'un dsert.
CXIII.

=Testament=. Le testament de Louis XIV cass par le parlement. XCIII.

=Thtre=. Description de la salle et de la scne. XXVIII.

=Thbade=. Saints ou santons chrtiens de la Thbade. Leur vie,
leurs tentations.

Les chrtiens senss regardent leur histoire comme une allgorie
bien naturelle des passions qui nous suivent jusque dans le dsert.
XCIV.

=Thologie=. Les livres de thologie, doublement inintelligibles par
la matire et la manire. CXXXIV.

=Tisane= purgative et autres, d'aprs la nouvelle pharmacie
spirituelle. CXLIII.

=Titres=. La vente des titres d'honneur est une des principales
ressources de Louis XIV. XXIV.

=Tolrance=. Elle commence  s'tablir en France; mais non en Asie.
LX. (Voir =Intolrance=.)

=Traducteurs=. Dialogue d'un traducteur d'Horace et d'un gomtre.

Services que rendent les traducteurs et danger de leur mtier.
CXXIX.

=Traductions=; rendent le corps, mais non la vie. _Ibid._

=Traitants=. Chambre, qu'on appelle de justice, parce qu'elle va leur
ravir tout leur bien. XCIX.

=Traite= autorise par les rois chrtiens. LXXV.

=Traits de paix=, lgitimes lorsque les conditions en sont telles que
les deux peuples peuvent se conserver. XCVI.

=Travail=. Les Espagnols invincibles ennemis du travail. LXXVIII.

Le travail et l'industrie  Paris: sans eux, plus de revenus, plus
de circulation des richesses. Chacun, retir dans sa terre, ne
travaillerait qu' sa faim. Dpopulation. CVII.

=Tribunal= o l'on prend les voix  la majeure; on a reconnu qu'il
vaudrait mieux les recueillir  la mineure. LXXXVII.

=Troglodytes=, perdus par l'gosme et l'anarchie, relevs par la
solidarit des droits et des devoirs, par la pratique de la vertu et
de la libert civile. Vont de nouveau prir par la monarchie et
l'galit dans la servitude. XI-XIV.

=Turcs=. Sous le nom de Turcs, les Tartares ont fait des conqutes
immenses dans l'Europe, l'Asie et l'Afrique; et ils dominent sur
trois parties de l'univers. LXXXII.

Les Turcs dfaits par les Impriaux. CXXIV.

Caractre de leurs conqutes. CXXXI.

=Turquie=. Faiblesse de l'empire des Osmanlis: Ce corps malade ne se
soutient pas par un rgime doux et tempr, mais par des remdes
violents qui l'puisent et le minent sans cesse.

Ni commerce, ni art, ni exprience sur la mer, villes dsertes,
campagnes dsoles;

Juste ide de cet empire qui, avant deux sicles, sera le thtre
des triomphes de quelque conqurant. XX.

La Turquie est galement dpeuple en Europe et en Asie. CXIII.

=Tyen=. Ciel des chinois. Les mes des anctres y sont ananties, mais
revivent sur terre dans les enfants. CXX.


U

=Ubiquit=. Question pour les philosophes, ralit pour les Franais.
LXXXVIII.

=Ulrique-Elonore=, reine de Sude. Sa tendresse conjugale. CXXXIX.

=Universit= (de Paris), fille trs-ane des rois de France. Elle
rve quelquefois. CX.

=Usbek=. (_Ouzbeyg_, nom d'une des principales tribus tartares ou
turcomanes qui ont envahi l'Asie Mineure vers le temps des
croisades.) Seigneur persan disgraci. VIII.

Vient en Europe se perfectionner dans les sciences, qu'il a toujours
aimes.

Il passe par Com, Tauris, Erzeron, Tocat, Smyrne, Livourne et
s'arrte  Paris sige de l'empire d'Europe.

C'est l qu'il tudie les moeurs des Franais, qu'il ne cesse de
sonder les matires religieuses, philosophiques, politiques, qu'il
acquiert des notions de droit public et d'histoire gnrale, plus
tard dveloppes dans l'_Esprit des lois_.

Le regret de son srail, la jalousie, troublent seules la srnit
de son esprit. Il renvoie  Ispahan les eunuques qu'il avait
emmens, ne cesse d'crire  Zachi, Zlis, Zphis, Fatm, et surtout
 Roxane, sa favorite, qui le trompe avec toutes les apparences de
la vertu. Son dsespoir, les ordres cruels qu'il donne contre les
infidles remplissent la fin des _Lettres persanes_.

Voir  la table les numros des lettres nombreuses qu'il envoie et
qu'il reoit.

=Usurpateur=. Un usurpateur dclare rebelles tous ceux qui n'ont point
opprim la patrie comme lui. CV.


V

=Vanit= de deux savants qui veulent tre admirs  force de dplaire.
CXLIV.

Portrait du vaniteux. L.

=Vandales=, dposaient volontiers leurs rois. CXXXI.

=Venise=. Epargne par les mahomtans parce que l'eau y manque pour
les purifications. XXXI.

Rpublique qui n'a de ressources qu'en son conomie. CXXXVI.

=Vrit=. Vrit dans un temps, erreur dans un autre. LXXV.

=Vrits=. La connaissance de cinq ou six vrits a rendu la
philosophie pleine de miracles. XCVIII.

=Vertu=. C'est la pratique de la justice, de la rciprocit sociale.
XII, XIII, _passim._

Quand elle est naturelle, la vertu est modeste et ne se fait pas
sentir. L.

=Veuve indienne=. Pourquoi elle veut se brler et pourquoi elle y
renonce. CXXVI.

=Viandes=. Le Turc ne veut point qu'elles soient touffes. XLVI.

=Vieillesse=. Elle juge tout d'aprs le souvenir et le regret de la
jeunesse perdue. LIX.

=Vierge= qui a mis au monde douze prophtes. Son tombeau est  Com. I.

=Villes= d'Italie, dsertes et dpeuples. CXIII.

Les voyageurs recherchent les grandes villes, espce de patrie
commune  tous les trangers. XXIII.

Depuis quand les bourgeois ont perdu la garde de leurs villes. CVI.

=Vin=, causes de sa chert  Paris. Ses funestes effets chez les
musulmans, malgr les prohibitions du Coran. XXIII, LVI.

=Virginit=. Des femmes adroites font de la virginit une fleur qui
prit et renat tous les jours, et se cueille la centime fois plus
douloureusement que la premire. LVIII.

Incertitude des preuves de la virginit. LXXI.

=Visapour=. Les femmes jaunes de ce pays peuplent les srails de
Perse. XCVII.

=Visites=. Pour nombre de Franais, il est de la biensance de visiter
chaque jour le public en gros et en dtail. LXXXVIII.

=Vizir=. Le grand vizir d'Allemagne est le flau de Dieu, envoy pour
chtier les sectateurs d'Omar. CXXIV.

=Voeux=. Les dervis font trois voeux, d'obissance, de pauvret
et de chastet. On dit que le premier est le mieux observ de tous;
quant au second, je te rponds qu'il ne l'est point: je te laisse 
juger du troisime. LVII.

=Volont=. Dieu ne peut lire dans une volont qui n'est point
encore. LXIX.

=Vomitifs=. 1 Harangues, oraisons funbres, opras nouveaux, romans,
mmoires, le tout distill;

2 Infusion de papier ayant couvert un recueil des pices des
Jsuites franais (J. F.); ou mieux, selon Barbier, des jeux
floraux. CXLIII.

=Voyages=. Combien plus embarrassants pour les femmes que pour les
hommes. XLIII.


Z

=Zachi= rappelle  Usbek qu'il l'a prfre  ses autres femmes. III.

Trouve seule avec Nadir, eunuque blanc. XX.

Ses privauts avec la jeune Zlide. _Ibid._

Sa rconciliation avec Zphis. XLVII.

Couche avec une de ses esclaves. CXLVII.

Elle reoit le fouet et se plaint passionnment  Usbek. CLVII.

=Zlide=, esclave de Zphis, de Zachi et de Zlis, souponne de
certaines complaisances intimes pour ses matresses. IV, XX, CXLVII.

Elle consent  pouser Cosrou, eunuque blanc. (V. ce mot.) XLVII.

=Zlis= marie son esclave Zlide  Cosrou, eunuque blanc. Ses ides
sur les plaisirs conjugaux des hommes de cette espce. LIII.

Confie sa fille, ge de sept ans, aux soins des eunuques noirs.
LXII.

A laiss tomber son voile en allant  la mosque. CXLVII.

Souponne d'avoir reu une lettre. CXLVIII.

Reoit le fouet et se plaint vertement au tyran Usbek. CLVIII.

=Zphis=. Accuse de certaines relations illicites avec son esclave
Zlide, IV, se plaint du grand eunuque noir.

Sa rconciliation avec Zachi. XLVII.

=Zend=, ancien bactrien, langue sacre des Gubres. LXVII.

=Zeuxis= assemble les plus beaux modles pour figurer la desse de la
beaut.

Ainsi les mtaphysiciens construisent l'ide de Dieu avec les
perfections imagines par les hommes. LXIX.

=Zoroastre=. Lgislateur des Gubres et auteur de leurs livres sacrs.
LXVII.

=Zufagar=, nom de l'pe d'Ali, qui avoit deux pointes. XVI.

(_Zoulfkar_, sabre  deux lames donn par Mahomet, conserv dans la
maison des Kalifes, bris  la chasse par un descendant d'Abdoullah
IV, il figure sur les pavillons ottomans.)

=Zulma= raconte  ses compagnes du srail l'histoire du farouche
Ibrahim et de l'immortelle Anas. CXLI.




BIBLIOGRAPHIE.


I.--DITIONS PUBLIES DU VIVANT DE L'AUTEUR.

1721. =Lettres persanes=,  Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le Dam.
2 vol. grand in-12 (150 lettres).

-- =Lettres persanes=, Cologne, Pierre Marteau. 2 vol. in-12. (dition
semblable  la prcdente.)

-- =Lettres persanes=. =Seconde dition=, _revu, corrige, diminue
et augmente par l'auteur_. 2 vol. pet. in-12, (140 lettres).
Bibliothque de l'Arsenal, 19030 B.

Manquent les lettres I, V, XV (XVI de notre dition), XXIII (XXV),
XXX (XXXII), XXXIX (XLI), XL (XLII), XLI (XLIII), XLV (XLVII), LXIII
(LXV), LXVIII (LXX), LXIX (LXXI); les lettres X et XI sont fondues
en une seule.

Sont ajoutes: CXI, CXXIV, CXLV, qui portent dans cette _2e Marteau_
les nos LVIII, LIX, LX. Reproduites avec quelques variantes dans le
_Supplment_ de 1754.

Sont modifies: VII, IX, X et XI, XVIII, XXIV, XXXIX.

La lettre LXXIII (sur l'Acadmie franaise); qui figure en tte du
tome second de la premire dition, termine le tome premier de la
seconde, avec le n LXI.

Les suppressions et changements ne portent que sur le tome Ier.

(Pour la nature des suppressions, voir la _prface_ de notre
dition. Pour les variantes et la collation des nos, voir nos _notes
et variantes_, tomes I et II.)

_N. B._ Qurard compte quatre ditions de 1721; et il semble bien
qu'il en ait paru deux  _Amsterdam, chez Pierre Brunel, sur le
Dam_. L'une porte sous le titre une sphre armillaire, l'autre un
polygone rgulier  neuf pans, dans lequel sont inscrits trois
triangles quilatraux.

Les deux tomes (1721 Brunel) de la Bibliothque nationale
appartiennent  deux ditions diffrentes: le tome I a la sphre, le
tome II a le polygone; or nous avons sous les yeux:

Un tome II (1721 Brunel) avec la sphre en vignette. Sur le tome I
de la Bibliothque nationale, en regard du feuillet de garde, se
trouve la note manuscrite suivante: _dition diffrente_. Au reste,
les deux ditions Brunel et l'une des ditions Marteau sont des
rimpressions d'un mme texte.


1730. =Lettres persanes, troisime dition=  Amsterdam, chez Jacques
Desbordes. 2 vol. in-18 (140 lettres) Arsenal, 19030 _bis_ B.

Cette dition, que nous n'avions pas eu occasion de compulser au
moment o fut rdige notre prface, est une _rimpression_ de la 2e
Marteau. Elle commence galement par la lettre d'_Usbek  son ami
Nessir_, la Ve du texte complet. Le premier tome finit par la lettre
sur l'Acadmie.

-- Autre dition, mais conforme  la 1re:  Cologne, chez Pierre
Marteau. 2 vol. in-12.


1731. =Lettres persanes=:  Amsterdam, chez P. Mortier, 2 vol in-12
(150 lettres). Qurard dit: Amsterdam (Paris).


1737, 1739. Deux ditions, in-18 et in-12, 2 tomes. Cologne, Pierre
Marteau.


1740 Amsterdam, Jacques Desbordes. 2 vol. in-18.


1744. A Cologne, chez Pierre Marteau, imprimeur-libraire, prs le
collge des Jsuites. In-8o, 2 tomes en un volume, 150 lettres.
(Arsenal, 19031 B.)

-- La mme dition, augmente des _Lettres turques_ (par
Saint-Foix), 2 tomes en un volume.

Rimpression de la 1re 1721, avec quelques variantes insignifiantes.


1751. Ici se place la curieuse brochure de l'abb Gauthier (voir la
prface) _les Lettres persannes convaincues d'impit_, qui vise la
1re Marteau 1721, et la 2e Desbordes 1730.


1753. Rimpression du texte primitif. Cologne, Pierre Marteau.


1754. Dernire dition publie du vivant et sous les yeux de
Montesquieu. C'est celle dont nous reproduisons le texte.

=Lettres persanes=,  Cologne, chez Pierre Marteau (2 tomes in-12, 150
lettres, avec un _Supplment_).

Bibliothque de l'Arsenal 19031 bis B. A la fin du premier volume
sont intercales les _Lettres turques_.

Le _Supplment_,  la fin du second volume, contient _quelques
rflexions sur les Lettres persanes_, onze lettres, dont trois
empruntes, avec variantes,  la 2e Marteau, 3e Desbordes, et un
certain nombre de passages nouveaux  ajouter ou  substituer dans
le texte. La plupart des ditions postrieures ont scrupuleusement
observ les indications du _Supplment_ pour le placement des
lettres et passages nouveaux.

Nous avons sous les yeux un exemplaire de cette dition relie en un
volume; les _Lettres turques_ y sont insres aprs le Supplment.


II.--DITIONS PUBLIES APRS LA MORT DE L'AUTEUR.

(Nous ne voulions indiquer ici que les ditions spares des
_Lettres persanes_: mais diverses considrations nous ont amen 
signaler plusieurs ditions des OEuvres compltes, en n'y tenant
compte que de ce qui concerne les _Lettres_.)


1755. Rimpression pure et simple, sans _Supplment_, du texte de
1721. A Cologne, chez Pierre Marteau (2 vol. grand in-12).
L'exemplaire de la bibliothque nationale est reli en un volume.


1757. =OEuvres de M. de Montesquieu=, Londres (4 vol. in-12). La
premire dition des oeuvres compltes, publie par Richer sous
les yeux de M. de Secondat, fils de Montesquieu, avec le concours de
Moreau, ancien secrtaire de l'auteur, et imprimeur clbre qui,
suivant Qurard et Brunet, la rendit le modle des ditions
suivantes.


1758. =OEuvres compltes de M. de Montesquieu=, nouvelle dition,
revue, corrige et considrablement augmente _par l'auteur_,
Amsterdam et Leipsick, Arkste et Merkus (3 vol. in-4o). Toutes les
additions du _Supplment_ sont intercales  leur place.

Au verso du feuillet de garde (exemplaire de l'Arsenal), note
manuscrite indiquant deux collaborateurs pour les _Lettres_. Les
_Lettres_ sont au tome III. Dans l'avertissement, Richer rfute les
remarques d'un anonyme (lias Luzac). Selon Brunet, cette dition,
trs-belle en effet, est plus correcte et moins chre que la
prcdente. Toutes deux sont d'ailleurs l'oeuvre de Richer et de
Moreau. Elles renferment un assez grand nombre de _corrections_
d'aprs les changements trouvs dans les papiers de l'auteur, et que
beaucoup d'ditions subsquentes ont admises. Nous les signalons
dans nos _Notes_, sans les accepter; M. de Secondat a seul t 
mme de les voir et de les certifier, et nous nous dfions fort de
cette manie d'arrangement et d'attnuations,  laquelle se
laissaient aller volontiers les diteurs des derniers sicles. Au
reste, ces variantes sont vritablement insignifiantes.

Rimprime plusieurs fois  Londres (Paris) et Amsterdam.


1759, 1762. =OEuvres=. Nouvelle dition, trs-augmente, avec des
_remarques philosophiques et politiques d'un anonyme_ (lias Luzac),
Amsterdam et Lausanne, Grasset. (Rimprimes en 1761, 62, 64, 73.)
(6 volumes in-12.

Elle tait sans doute commence antrieurement, puisque Richer
rfute en 1758 les _Remarques_ d'lias Luzac.


1760. Traduction anglaise de la prcdente, signale dans la note
manuscrite mentionne  l'article 1758.


1761. =Lettres persanes=, Amsterdam et Paris, Belin. Nouvelle dition,
augmente de douze lettres qui ne se trouvent pas dans les
prcdentes, et d'une table analytique des sujets traits; un vol.
in-8o de 527 pages. Rimprime en 1786.

Le chiffre de _douze lettres_ contient sans doute _Quelques
Rflexions sur les Lettres persanes_. En fait, le _Supplment_ de
1754 n'ajoute que _onze_ lettres.

Cette dition est la premire complte des _Lettres persanes_.


1767. =Lettres persanes=, Cologne, Marteau. 2 vol. in-12.


1772. =OEuvres=. Londres, Nourse, 3 vol. in-8o, l'une des plus
mauvaises.


1776. =Lettres persanes=, Amsterdam, Arkste et Merkus, 1 vol. in-12,
161 lettres, table de 30 pages. (Bibl. de Provins.)


1784. Autre (Bibliothque nationale). 2 Vol. in-18.


1786. Autre, Amsterdam, 2 tomes en 1 volume, in-12.


1788. =OEuvres=. Paris, Bastien, 5 vol in-8o. D'aprs Qurard,
mdiocre et chre.

=OEuvres=, dition revue, corrige et augmente de plusieurs pices
qui n'avaient pas paru jusque-l, Amsterdam (sans nom d'diteur ni
d'imprimeur). Gnralement conforme  l'in-4o de 1758. 6 vol. in-8o.


1790. =OEuvres=, Ble 8 vol. in-8o (rimprimes en 1799), avec des
notes d'Helvtius, longtemps la plus complte, mais entirement
efface par celle d'Auger 1816.


1795. Les mmes, Paris, Didot l'an, 12 vol. in-8o; avec notes
d'Helvtius, etc. Jolie dition strotype, mais texte mdiocre.
(Publie par de Laroche.)


1796. Les mmes, Paris, Langlois, an IV.

Les mmes, avec des pices indites publies d'aprs les manuscrits
(?), par Bernard, libraire  Paris. Imprimerie Plassan. 5 vol. grand
in-4o.

Cette dition, qui s'carte quelquefois du texte de 1758, laisse 
dsirer comme livre de luxe.


1803. =Lettres=. Strotypie Didot. Paris, Didot an, 2 vol. in-18.
Avec les clichs de cette dition peu correcte a t faite celle de
Lecointe, Paris, 1809 (Nouvelle Collection des classiques franais).
Autre tirage, 1811.


1814 et 1820. =OEuvres=, Paris, Didot an, 8 vol. in-8o.


1815. =Lettres=, Avignon, Joly, 2 vol. in-24 (seule de ce format).


1816, 1818, 1820. =OEuvres=, prcdes de la vie de l'auteur par
Auger, Paris, Lefvre, 6 volumes in-8o, imprimerie Crapelet. (Table
analytique bien faite.)

La seconde est plus complte.

Toutes deux sont fort estimes. Nous avons not dans le texte des
lettres, des variantes de 1758, qui sont contestables.


1817. =OEuvres=, Paris, Belin, avec notice par Depping, 2 volumes
in-8o.


1818. =Lettres=, Nmes, in-8o (id. 1820), traduction espagnole de
Marchena.


1819. =OEuvres=. Nouvelle dition contenant les _loges de
Montesquieu_ par d'Alembert et par M. Villemain (trs-remarquable),
les notes d'Helvtius, de Condorcet, et le commentaire de Voltaire
sur l'_Esprit des lois_. Paris, de l'imprimerie de Pierre Didot
an. Lequien 1819. Portrait. (Bonne rimpression d'une dition de
1798.) En tte du premier volume, 15 ditions sont passes en revue.
Estime.


1820. =Lettres=, suivies des oeuvres diverses, Paris, Didot an, 3
vol. in-8o, formant les volumes 52-54 de la _Collection des
meilleurs ouvrages franais_.


1820. =Lettres=. Paris, Mnard et Desenne, 2 vol. in-18, faisant
partie de la _Bibliothque franaise_.


1821. =Lettres=. Paris, L. Debure, 2 vol. in-32, portrait. (Collection
des _Classiques franais_.)

=Lettres= (traduction espagnole), Toulouse, Bellegarrigue, in-12.

=Lettres=, Paris, Touquet, in-12.


1822. =OEuvres=, Paris. Dalibon, imprimerie Collot. 8 vol. in-8o.
Portrait. Avec les =loges= par d'Alembert et Villemain, suivie du
_Commentaire sur l'Esprit des lois_ par Destutt de Tracy. dition
faite sur 1819-Lequien. Estime.


1823. =Lettres=. Nouvelle dition accompagne de notes et d'une table
alphabtique. Paris, Dondey-Dupr, in-18.

Remarques historiques de Collin de Plancy. Notes sur les noms
orientaux par Isidore Gautier. Rimprime par les frres Garnier.

=Lettres=, Dauthereau, imprimerie de Firmin Didot, 3 vol. in-32.


Il y a peu  dire sur les ditions, tant des =OEuvres= que des
=Lettres=, parues en 1825, 26, 27, 28, 29, 1830, 31, 32, 34, et de nos
jours. Ce sont des rimpressions tantt de 1754, tantt de 1758.




TABLE DES MATIRES DU TOME SECOND.

Lettre LXXXIX. Usbek  Rhdi.

Notes sur Paris ou rgnent la _libert et l'galit_;
portrait du grand seigneur en France; la faveur,
grande divinit des Franais.                                      1

Lettre XC. Usbek  Ibben.

Le dsir de la gloire assimil  l'instinct de la conservation.
Amour des Franais pour la gloire. loge
du rgime rpublicain.                                             2

Lettre XCI. Usbek au mme.

Tyrannie du point d'honneur; manie illusoire du
duel, plus forte que la raison et que la loi.                      4

Lettre XCII. Usbek  Rustan.

quipe d'un faux ambassadeur de Perse.                            6

Lettre XCIII. Usbek  Rhdi.

Mort de Louis XIV. Son testament cass par le parlement.
Rle des parlements. Habilet du rgent.                           7


Lettre XCIV. Usbek  son frre santon au monastre de
Casbin.

A l'adresse des santons, dervis, moines et solitaires.
Tentations des asctes de la Thbade.                             8

Lettre XCV. Usbek  Rhdi.

Le droit public altr par les princes et les puissants.
Le droit public ramen aux principes de justice
qui rgissent le droit priv.                                     10

Lettre XCVI. Usbek au mme.

Dveloppements  l'appui de la thse ci-dessus. Sanctions
du droit public. De la guerre et du prtendu
droit de conqute qui n'est pas un droit. (Voir
les _Notes et variantes_.)                                        11

Lettre XCVII. Le premier eunuque  Usbek. (_Roman_.)

Achat d'une femme jaune de Visapour. Agrments de
la polygamie. Ncessite de la prsence du matre
dans le srail.                                                   14

Lettre XCVIII. Usbek  Hassein, dervis de la montagne
de Jaron.

Supriorit des lois physiques dcouvertes par les
philosophes sur les lucubrations mystiques des
livres saints et des prophties.                                  16

Lettre XCIX. Usbek  Ibben.

Inconstance des fortunes et dsordre des finances en
France. Chambre ardente contre les traitants.
trange distribution des richesses. loge des laquais.            19

Lettre C. Rica  Rhdi.

Les caprices et l'empire de la mode en France.                    21

Lettre CI. Rica au mme.

Frivolit du caractre franais. Incohrence de leur
lgislation emprunte au droit romain et aux constitutions
des Papes.                                                        23

Lettre CII. Usbek  ***.

Sur un vque qui vantait son mandement.                          25

Lettre CIII. Usbek  Ibben.

Considrations sur le gouvernement monarchique en
Europe et sur le despotisme oriental.                             26

Lettre CIV. Usbek au mme.

Pourquoi les princes d'Orient ont si souvent leurs
assassins pour successeurs.                                       29

Lettre CV. Usbek au mme.

Limitation de l'autorit royale par les Anglais.                  31

Lettre CVI. Rhdi  Usbek.

Paradoxe contre les progrs de l'industrie et des arts,
incompatibles avec la solidit des monarchies.                    33

Lettre CVII. Usbek  Rhdi.

Rfutation aise de la thse prcdente. Tableau de
l'activit et de l'industrie parisiennes. loge du
luxe.                                                             35

Lettre CVIII. Rica  Ibben.

Influence de la matresse et du confesseur sur le caractre
des rois. Louis XIV entirement gouvern
par les femmes.                                                   39

Lettre CIX. Usbek  ***.

Les journaux et la critique au commencement du
XVIIIe sicle.                                                    41

Lettre CX. Rica  ***.

Querelles scolastiques sur la lettre Q.                           43

Lettre CXI. Rica  ***.

Rle et occupation d'une jolie femme.                             44

Lettre CXII. Usbek  ***.

Discours d'un gnral de la Fronde.                               45

Lettre CXIII. Rhdi  Usbek.

Dpopulation croissante de la terre.                              47

Lettre CXIV. Usbek  Rhdi.

Causes de dpopulation. Frquence des catastrophes
gnrales. Le monde terrestre a bien plus de six
mille ans.                                                        50

Lettre CXV. Usbek au mme.

Causes de dpopulation: la polygamie, la castration.              53

Lettre CXVI. Usbek au mme.

Rle des esclaves et des affranchis dans le monde
romain.                                                           56

Lettre CXVII. Usbek au mme.

Causes de la dpopulation: l'interdiction du divorce.
(Vues incohrentes de l'glise sur le mariage.).                  58

Lettre CXVIII. Usbek au mme.

Causes de la dpopulation: le clibat des prtres et
le monachisme. Supriorit des pays protestants
sur les pays catholiques.                                         60

Lettre CXIX. Usbek au mme.

Causes de la dpopulation en Afrique, en Amrique:
la traite et le travail esclave.                                  64

Lettre CXX. Usbek au mme.

Causes de la dpopulation: le mpris de la terre et
de la vie, prch par le christianisme et le mahomtisme,
l'injuste droit d'anesse. Causes de la
fcondit de la Perse ancienne et des races juive
et chinoise.                                                      65

Lettre CXXI. Usbek au mme.

Causes de la dpopulation chez les sauvages: leur
ignorance de l'agriculture; la pratique de l'avortement.          67

Lettre CXXII. Usbek au mme.

Causes de la dpopulation des colonies: les influences
climatriques, les cruauts des conqurants.                      68

Lettre CXXIII. Usbek au mme.

Causes de dpopulation: le despotisme et le pouvoir
arbitraire, l'ingalit des citoyens, les mariages
prcoces.                                                         72

Lettre CXXIV. Usbek au mollak Mhmet Ali, gardien
des trois tombeaux.

En dpit des jenes et des cilices des mollaks, la
victoire abandonne les Osmanlis.                                  74

Lettre CXXV. Usbek  Rhdi.

Qui paye les libralits des princes envers leurs
courtisans?.                                                      75

Lettre CXXVI. Rica  ***.

Difficult de concevoir des rcompenses ternelles.
Les paradis sont rendus inhabitables par leurs
inventeurs. Plaisante histoire d'une veuve indienne.              78

Lettre CXXVII. Rica  Usbek.

Allusion  la conspiration de Cellamare.                          80

Lettre CXXVIII. Rica  Ibben.

A propos de la mort de Charles XII. Grave responsabilit
des ministres.                                                    81

Lettre CXXIX. Rica  Usbek.

Entretien d'un gomtre et d'un traducteur d'Horace.              83

Lettre CXXX. Rica  ***.

Bavardage et suffisance des nouvellistes. Trois lettres
d'un nouvelliste.                                                 86

Lettre CXXXI. Rhdi  Rica.

Origines des rpubliques. loge du gouvernement
rpublicain. La libert faite pour le gnie des peuples
de l'Europe; la servitude pour celui des
orientaux.                                                        90

Lettre CXXXII. Rica  ***.

Un caf  la mode  l'poque de Law.                              94

Lettre CXXXIII. Rica  ***.

Visite  une grande bibliothque dans un couvent de
dervis.                                                           96

Lettre CXXXIV. Rica au mme.

Seconde visite  la bibliothque. Apprciation satirique
de divers genres littraires. La thologie,
l'asctisme, la casuistique.                                      97

Lettre CXXXV. Rica au mme.

Troisime visite: les grammairiens, glossateurs
et commentateurs; les orateurs; les mtaphysiciens,
les mdecins, anatomistes, chimistes, adeptes
des sciences occultes.                                            99

Lettre CXXXVI. Rica au mme.

Vues historiques sur l'glise, la dcadence romaine,
les barbares, l'Allemagne, la France, l'Espagne,
l'Angleterre, la Hollande, l'Italie, la Pologne, et
les rpubliques de Suisse, de Venise et de Gnes.                101

Lettre CXXXVII. Rica au mme.

Les potes piques, dramatiques, lyriques, bucoliques,
pigrammatiques; les romanciers.                                 104

Lettre CXXXVIII. Rica  Ibben.

Dsastreuses consquences du systme de Law.                     106

Lettre CXXXIX. Rica au mme.

Abdication de deux reines de Sude, Ulrique-lonore
et Christine.                                                    108

Lettre CXL. Rica  Usbek.

Le Parlement de Paris relgu  Pontoise. Graves
et difficiles attributions politiques des parlements.            109

Lettre CXLI. Rica au mme.

Traduction suppose d'un conte persan. Aventures
de l'immortelle Anas dans le paradis des femmes.
Vengeance qu'elle tire de son mari.                              110

Lettre CXLII. Rica  Usbek.

Lettre d'un archologue et Fragment d'un ancien
mythologiste. (Portrait allgorique de Law,
fils d'ole).                                                    120

Lettre CXLIII. Rica  Nathanal Lvi, mdecin juif.

Sur les amulettes, talismans et prestiges.                       126

Lettre d'un mdecin de province  un mdecin de
Paris.

Vertu dormitive de la _Cour sainte_ du pre Caussin.
Pharmacie nouvelle extraite des oeuvres des philosophes
et des thologiens.                                              129

Lettre CXLIV. Usbek  Rica.

Le savant opinitre et le savant outrecuidant. loge
de la modestie.                                                  134

Lettre CXLV. Usbek  ***.

Tribulations des gens d'esprit et des savants. Lettre
d'un anatomiste.                                                 135

Lettre CXLVI. Usbek  Rhdi.

Perversion des moeurs publiques sous l'influence de
Law. Odieux rsultats de l'agiotage rig en institution
publique.                                                        140

Lettre CXLVII. Le grand eunuque  Usbek. (_Roman._)

Dsordres dans le srail d'Usbek.                                143

Lettre CXLVIII. Usbek au grand eunuque. (_Roman._)

Ordres de rpression.                                            144

Lettre CXLIX. Narsit  Usbek. (_Roman._)

Mort du grand eunuque.                                           144

Lettre CL. Usbek  Narsit. (_Roman._)

Ordres ritrs de rpression.                                   145

Lettre CLI. Solim  Usbek. (_Roman._)

Dnonciations contre les femmes d'Usbek.                         146

Lettre CLII. Narsit  Usbek. (_Roman._)

Inexcution des ordres d'Usbek, dont la lettre s'est
gare.                                                          148

Lettre CLIII. Usbek  Solim. (_Roman._)

Fureurs de l'poux outrag.                                      149

Lettre CLIV. Usbek  ses femmes. (_Roman._)

Reproches et menaces.                                            149

Lettre CLV. Usbek  Nessir. (_Roman._)

Douloureuses confidences.                                        150

Lettre CLVI. Roxane  Usbek. (_Roman._)

Protestation contre les violences de Solim.                      152

Lettre CLVII. Zachi  Usbek. (_Roman._)

Zachi s'indigne d'avoir t fouette.                            153

Lettre CLVIII. Zlis  Usbek. (_Roman._)

Mme chtiment, mme colre.                                     154

Lettre CLIX. Solim  Usbek. (_Roman._)

Trahison imprvue de Roxane, meurtre de son amant.               155

Lettre CLX. Solim  Usbek. (_Roman._)

Solim va punir.                                                  156

Lettre CLXI. Roxane  Usbek. (_Roman._)

Roxane s'empoisonne et brave en mourant l'homme
qui l'a pouse malgr elle.                                     157

Notes et variantes.                                              159

Index philosophique, historique et littraire.                   169

Bibliographie.                                                   211

FIN DE LA TABLE DU TOME SECOND ET DERNIER.




OUVRAGES DE M. ANDR LEFVRE.


Les Finances de Champagne aux XIIIe et XIVe sicles.

La Flute de Pan, 2e dition.                               Hetzel.

La Lyre intime.                                           _Ibid._

Virgile et Kalidasa.                                      _Ibid._

L'pope terrestre.                                       Marpon.

La Valle du Nil (avec M. H. Cammas).                     Hachette.

Les Merveilles de l'Architecture, 3e dit.                _Ibid._

Les Parcs et les Jardins, 2e dition.                     _Ibid._

La Pense nouvelle, en collaboration avec MM. Louis
Asseline, A. Coudereau, Ch. Letourneau, P. Lacombe,
etc. 2 vol. gr. in-8o.

Napolon Ier (in-32). Bureaux de l_'clipse_.

Les Finances particulires de Napolon III. J. Rouquette.

Imprimerie Eugne Heutte et Ce,  Saint-Germain.






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electronic work or group of works on different terms than are set
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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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     http://www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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