Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913

Author: Various

Release Date: June 5, 2011 [EBook #36331]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3645, 4 JANVIER 1913 ***




Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque






L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913

AVEC CE NUMRO L'ILLUSTRATION THTRALE
CONTENANT:
_LE DOUBLE MADRIGAL_


[Illustration: LA REVUE COMIQUE, par Henriot.]


Ce numro Comprend deux supplments:
1 _L'Illustration Thtrale_ avec le texte complet de la pice de M.
Jean Auzanet: LE DOUBLE MADRIGAL:
2 Le 6e fascicule d'UN DOUBLE AMOUR, par Claude Ferval.


[Illustration:  L'ILLUSTRATION.
_Prix de ce Numro: Un Franc._ SAMEDI 4 JANVIER 1913 _71e Anne.--N
3645._]

[Illustration: M. Raymond Poincar. M. Alexandre Ribot. AVANT L'LECTION
PRSIDENTIELLE M. Raymond Poincar a rendu visite  M. Ribot.
L'entretien, qui a dur plus d'une heure, a t trs amical; il a port
sur l'ensemble de la situation tant extrieure qu'intrieure. _Agence
Havas._]

L'Illustration _contiendra le 18 janvier un supplment thtral d'un
exceptionnel intrt: le texte complet, illustr, de l'adaptation en 18
tableaux, par_ M. EMILE VEDEL, _du FAUST, de_ GOETHE, _actuellement
reprsente avec tant de succs  l'Odon. La presse a t unanime 
louer l'intelligence scrupuleuse avec laquelle les deux parties de ce
chef-d'oeuvre formidable, ingal et touffu, presque injouable et d'une
lecture difficile, ont t l et pour la premire fois en France
clairement et scniquement prsentes_.

Nous publierons auparavant (le 11 janvier) les Phares Soubiyou,
l'amusante comdie de M. TRISTAN BERNARD, _et dans les numros suivants:
Bagatelle, la belle oeuvre de_ M. PAUL HERVIEU; _Kismet, de_ M. E.
KNOBLAUCH, _dans le texte franais de_ M. JULES LEMAITRE, _etc., etc._



COURRIER DE PARIS

DETAILLE, PORTE-DRAPEAU.

Sur le monument qui sera lev  l'auteur du _Rve_ je proposerais, si
l'on me faisait l'honneur de me consulter, que l'on inscrivt ces
simples mots: DETAILLE, PORTE-DRAPEAU. Pendant prs de cinquante ans il
fut cela, en effet, avec ferveur, noblesse et discipline. C'est  la
mise en valeur constante et  la glorification rgulire des trois
couleurs qu'il employa et rehaussa les autres.

Quand surgit et passe le rgiment, musique en tte, ce rgiment qui de
sa cadence unique et puissante aplatit et traverse tout, l o il entre
et s'enfonce avec une tranquillit martiale et gaie  travers les
tranches des maisons, ramassant et draguant aprs lui les penses,
faisant prisonniers tous les cours,... avez-vous regard le
porte-drapeau?

C'est gnralement un homme jeune, impassible et de belle stature. Comme
il se redresse et marche bien! La faon dont il tient l'emblme fragile
et sacr est admirable de correction, de calme nergie et de respect. Il
le tient droit, tout droit, comme un grand flambeau, comme une pique, le
plus droit qu'il peut. On dirait qu'il vite de le secouer, de le
remuer, de lui imprimer le moindre mouvement. Il y consacre une
application religieuse. Il sait qu'il a dans les mains l'ostensoir de la
patrie. Il sait que l'tendard doit s'avancer ferme et haut, immobile,
comme s'il allait tout seul et sans le secours de personne, que sa soie
doit retomber recueillie, expressive comme une ide, replie connue une
aile. Il sait--en mme temps qu'il se grandit--qu'il ne le fait que pour
qu'on voie mieux l'emblme de partout et du plus loin, et que sa fiert
personnelle et ncessaire  lui chtif ne lui vient que de son
redoutable fardeau, et qu'il n'est rien qu'une hampe humaine, mais
orgueilleuse et ple de l'tre... Et c'est pourquoi, grave, digne, il
s'avance, acceptant que son visage durant le trajet soit,  chaque
minute, cach par l'toffe pourvu qu'elle vienne lui frler les lvres
et recevoir son incessant baiser.

Ainsi Detaille, depuis sa vingtime anne, jusqu' la fin de celle-ci,
jeune, svelte, lgant et soign comme  la parade, tte haute et regard
fixe vers l'horizon qui a toujours, quel qu'il soit, l'air mystrieux
d'une frontire,... ainsi le beau peintre d'armes, duquel sont en deuil
les soldats autant au moins que les artistes, fut lui aussi, dans sa
manire, un porte-drapeau. Il aima le montrer partout, sur le rempart et
au sommet de l'difice, au champ de bataille et sur la barricade,  la,
charge et au repos, flottant et apais, neuf et mutil, baptis par le
feu et dormant sur les faisceaux, roul dans sa sombre gaine de cuir,
au-dessus des soldats tendus  terre dans la posture des morts et
dlirant au fond d'un sommeil tourment de gloire.

Ce rle qu'il avait assum explique et justifie la rare distinction de
l'homme, distinction de sentiments, tous levs et suprieurs, et aussi
l'impeccabilit de sa tenue physique et morale. Rien pour lui n'tait
ngligeable. A peine engag volontaire du patriotisme et de l'art, il
s'tait tout de suite habitu  passer chaque jour l'inspection de
dtail de ses penses et de ses convictions, tout comme celle de son
vtement, car il n'ignorait pas que les premires sont l'uniforme de
l'me au mme degr que le second est celui du corps. Detaille portait
l'habit comme s'il avait l'paulette. On a reproch quelquefois  ses
soldats leur excessive et mticuleuse nettet, leur persistante
coquetterie, leur lgance voulue... Jamais on n'eut moins raison en
exprimant  ce sujet, mme avec dfrence, de timides rserves. Ce soin
touchant et prmdit n'tait  ses yeux, et dans sa ferme rsolution,
que l'expression d'un hommage et la forme d'un culte. Il s'tait
rapidement rendu compte que, pour un vrai soldat d'esprit et de
pratique, tout se tient, qu'il n'y a plus de petites choses, que le
bouton acquiert aussitt une importance de vertu et que le coeur n'est
pas loin d'tre bien plac quand la cravate est  l'ordonnance. Il
prtendait que, dans son oeuvre, du simple troupier  l'officier et au
gnral, chacun ft reprsentatif, honorable d'aspect, satisft le
regard difficile et soutnt l'examen, devnt, par la manire dont il
tait rehauss, par et accommod, un exemple, un modle, un petit
morceau d'arme, un fragment vivant d'honneur, de beaut militaire, et
voil pourquoi son pinceau minutieux les caressait en les vnrant.
Jamais,  aucune minute, il ne perdit le sentiment de la tenue que
devait, selon lui, conserver, jusque dans la pire bousculade de la
guerre, le soldat soucieux de ce nom. Toujours, nous voyons les troupes
de Detaille revenir en bon ordre et avec une parfaite dcence de la plus
chaude affaire. La dfaite elle-mme ne saurait les dbrailler ni les
avachir. Ils font toilette pour aller  l'assaut comme une femme
s'habille et se met en frais pour le bal. Ils sont pareils  ces
raffins de l'agonie qui n'oublient pas de recommander  leur dernire
heure qu'on les lave bien aprs la mort pour paratre avec propret l
o il faut. Aussi,  nous avoir montr au repos,  l'exercice et dans
l'action, des soldats ragotants, bien brosss et bien ficels, bien
plants et satisfaits d'eux-mmes, et qui ne changeraient pas avec le
voisin, Detaille a conquis de bon aloi son bton de marchal populaire.
Pour la foule de Paris et de France il restera l'auteur du _Rgiment qui
passe_. Oui, c'est bien cela. Depuis 1870 il a fait passer le rgiment,
partout, dans toutes les villes, dans toits les quartiers, dans toutes
les rues, dans tous les villages,  toutes les tapes. Il ne nous a
jamais laiss perdre le contact avec le soldat. Il a maintenu entre lui
et nous, en la renouvelant sans cesse, la sainte communication. Et il a
rempli ce grand devoir avec le got le plus fin, le plus serr, la plus
juste mesure, sans que cependant il se soit jamais condamn  retenir la
franchise de ses desseins, ni  dguiser la direction de son lan.

Il avait un caractre aussi charmant que beau. Il eut l'esprit droit,
noble et gai, le jugement sr, le coeur chaud, la bont discrte et
tendre. Son oeuvre considrable, vaste et limpide, si tonnamment
varie, porte la signature, bien lisible et jolie, de toutes ces
qualits rares qui s'taient enrles chez lui pour composer l'ensemble
national que nous avons admir, que nous regrettons. Mais son souvenir
demeure et continue de monter la garde. Notre ami a laiss, pour le
remplacer, son soldat, le petit soldat, le Detaille pingle au mur
que sait toute la France, clair comme son sabre, vif, astiqu, dgourdi,
l'oeil pur et malin, le sang aux joues et  fleur de peau, prt  sortir
des veines et  se rpandre pour le pays. Ses tableaux ont dbord les
collections et les muses pour aller se suspendre d'eux-mmes dans la
maison, l'auberge et la chaumire, s'accrocher dans le regard de
l'enfant, du petit paysan, du conscrit et du retrait, se placer  la
cimaise de leur contemplation quotidienne. _En reconnaissance, l'Alerte,
le Salut aux blesss, la Sortie d'Euningue..._ et combien d'autres
pages!... sont venues dans les chambres franaises, aux environs du lit,
jusque sous la tente de l'alcve, voisiner prs des images des vieux
parents morts, non loin du buis dessch qui est le plumet des crucifix.

Ainsi la carrire de Detaille, glorieuse par l'honneur auquel il
subordonna toujours sa conduite et par les honneurs qu'il eut l'orgueil
d'obtenir rien que pour les avoir mrits, ainsi cette carrire, quoique
trop tt brise, finit-elle nanmoins brillamment, dans l'nergie et la
clart, sans nous apporter la moindre dception, en nous lguant au
contraire l'exaltante leon d'une belle chose, pousse et acheve, d'un
ensemble complet et harmonieux. Et le peintre lyrique de _la Chevauche_
disparat dans les nuages et sur la piste de la mort  une heure
privilgie, ayant assez vcu pour se rjouir avec amour du relvement
des ides de patrie et de devoir militaire qui taient ses ides
continuelles, ses ides d'activit et de loisir, de chevalet et de
chevet, et sur le laurier desquelles il repose aujourd'hui, comme un bon
hussard qui, le soir du combat, dort tout bott sur de la paille.

HENRI LAVEDAN.

(Reproduction et traduction rserves.)



LA VOCATION D'DOUARD DETAILLE

Un de nos lecteurs nous communique le dessin reproduit ci-contre, qui
prouve  quel point douard Detaille tait prdestin  devenir le grand
peintre militaire qu'il a t, comme la brve note qui accompagnait
l'envoi, et qui raconte dans quelles circonstances le matre, clbre,
universellement admir, apposa sur ce croquis ancien sa signature,
atteste la dlicieuse urbanit du parfait galant homme qui vient de
disparatre.

Ce croquis, prcieux pour quiconque voudrait chercher  discerner les
dons de prcision, de virtuosit dj en germe dans le lycen de douze
ans, date de 1861. douard Detaille en fit don  l'un de ses
condisciples, Paul Thumeloup, plus tard avocat, puis ngociant. Des
mains de celui-ci il passa, par hritage, en celles d'un sien cousin, M.
A. Graud,  l'obligeance duquel nous en devons la communication.

Or, M. Graud, s'armant de courage, osa demander un jour au grand
peintre la permission de le lui montrer. Il reut  l'atelier du
boulevard Malesherbes l'accueil exquis qu'y rencontrrent toujours tous
les visiteurs. C'tait en juin dernier.

[Illustration: UN DETAILLE DE 1861.--Dessin fait par douard Detaille
 l'ge de douze ans, reconnu et sign par lui cinquante et un ans plus
tard, le 13 juin 1912.--_Communiqu par M. A. Graud_.]

douard Detaille fut content de revoir ce croquis enfantin, dj si
alerte. Il le jugea avec la svrit qu'il montrait invariablement
envers lui-mme: C'est amusant, dit-il... J'avais dj du got pour les
soldats!... Mais ce n'est pas fameux. Et il voquait, souriant, les
pensums innombrables que lui avait valus, en ces temps lointains, sa
passion pour le dessin,--pour les soldats! Puis il prit sa plume, et
dans l'angle du papier, en haut  gauche, il signa, reconnaissant
galamment cet enfant oubli de sa prime jeunesse.


LA CAMPAGNE PRSIDENTIELLE

MM. RAYMOND POINCAR ET ALEXANDRE RIBOT

Le 17 janvier prochain, le Congrs runi  Versailles dsignera le
successeur de M. Armand Fallires, dont le septennat arrive  son terme.
Les circonstances que nous traversons, la situation extrieure toujours
difficile, les graves problmes qui se posent maintenant devant l'Europe
donnent  cette lection une importance plus grande que jamais. La
France entire sent profondment la ncessit d'avoir  sa tte un homme
d'une exprience prouve, qu'une haute autorit morale, une valeur
indiscutable dressent au-dessus des partis et de leurs querelles. Le
Parlement partage, cette fois, les proccupations du pays. Et
consciencieusement il cherche, pour l'lever  une si haute charge, le
meilleur et le plus digne.

Mme, rompant avec une tradition nfaste qui faisait de la prparation
d'une lection prsidentielle une affaire de conciliabules secrets,
d'intrigues, les groupes agissants du Snat et de la Chambre ont voulu
prsenter d'avance aux votes du Congrs le ou les candidats qu' leurs
yeux il serait dsirable de voir lire: c'est un geste dont la presse a
t  peu prs unanime  les fliciter. On avait tout d'abord song 
offrir la candidature  M. Lon Bourgeois, qui a rendu au pays
d'minents services et dont le prestige hors de nos frontires est
certain: des raisons imprieuses, une sant dlicate et qui exige de
grands mnagements, ont contraint le ministre du Travail  ne point
accepter la tche qu'on voulait lui confier.

Alors, un grand nombre de snateurs et de dputs se retournrent vers
M. Raymond Poincar. Il n'est pas besoin de rappeler ici les titres qui
imposaient  leur attention le prsident du Conseil, et le rle de trs
haute tenue qu'il a jou au cours des vnements dont nous venons d'tre
les spectateurs passionns. M. Raymond Poincar, avec cette belle
loyaut, cette nettet d'allures qu'il a montres au cours de toute sa
carrire politique--deux des qualits justement qui l'imposaient au
choix de ses amis--fit immdiatement connatre qu'il acceptait de
laisser poser sa candidature.

Cependant on savait que M. Alexandre Ribot, lui aussi ancien prsident
du Conseil et ancien ministre des Affaires trangres, avait galement
l'intention de briguer la suprme magistrature. M. Raymond Poincar
lui-mme, d'ailleurs, l'y avait encourag. Et, de fait,  peine celui-ci
avait-il fait connatre sa dcision que M. Ribot,  son tour, annonait
officiellement, par la voie de l'Agence Havas, qu'il maintenait sa
candidature, mme en face de celle de l'minent chef du cabinet.

Mais quelle comptition lgante et courtoise, entre ces deux hommes
d'tat et comme les faons raffines qu'ils ont tout de suite adoptes
contrastent avec celles dont nous vmes user dans telles campagnes
lectorales!

Le premier soin de M. Raymond Poincar, une fois qu'il connut quel
adversaire il aurait en face de lui, fut de lui demander une entrevue.
Et dimanche, amicalement, tous deux changeaient leurs vues sur la
situation tant intrieure qu'extrieure, et constataient leur accord sur
la ligne de conduite  adopter au milieu de toutes les complications
politiques du moment. Le lendemain, M. Ribot rendait  son concurrent,
au quai d'Orsay, sa visite de courtoisie.

M. Ribot et M. Poincar ne seront pas les seuls, d'ailleurs,  se
prsenter aux suffrages des snateurs et des dputs. D'autres
candidatures se prparent, plus ou moins ouvertement. M. Antonin Dubost,
prsident du Snat, et M. Paul Deschanel, prsident de la Chambre,
soumis  la rlection  l'une et  l'autre assembles, seront
certainement sur les rangs. Mais dj nous pouvons attendre avec
confiance le scrutin de Versailles: le Congrs n'et-il  choisir
qu'entre les deux candidats dclars, la France aurait, devant le monde,
un reprsentant digne d'elle.


LES PRPARATIFS DU CONGRS.

Pendant que l'on discute avec animation,  Paris et dans la France
entire, les candidatures officielles ou probables  la prsidence de la
Rpublique, on s'occupe spcialement,  Versailles, de tout prparer
pour recevoir dignement les 900 parlementaires qui, le 17 janvier,
liront le successeur de M. Fallires. Commencs il y a bientt deux
mois, les travaux sont  peu prs termins aujourd'hui. Ce dlai peut
paratre long  ceux qui savent qu'il y a en permanence, au chteau,
tout un personnel charg d'entretenir le palais pour le cas o
s'ouvrirait, par dmission ou autrement, une vacance prsidentielle.
Mais, cette fois, des mesures spciales ont d tre prises.

[Illustration: La prochaine lection prsidentielle: amnagement de la
salle du Congrs de l'Assemble nationale, au palais de Versailles.]

Il y a sept ans, en effet, la lutte, circonscrite entre M. Fallires et
M. Doumer, ne ncessita qu'un seul tour de scrutin, alors que, cette
anne, on en prvoit pour le moins trois. Or, chaque tour, qui amne 300
snateurs et 600 dputs  dfiler un  un  la tribune, avec, le
pointage et le dpouillement des bulletins, la: proclamation du
rsultat, la prparation du vote suivant, demande trois heures environ.
Commence  2 heures de l'aprs-midi, la sance menace donc de durer
jusqu' minuit, sinon davantage. Il a fallu, par suite, renforcer la
buvette. Des commandes fermes ont t adresses aux fournisseurs
ordinaires du Luxembourg et du Palais-Bourbon, et, le jour venu, 250
kilos de veau, de jambon et de pain viendront s'emmagasiner dans le
garde-manger du palais,  ct d'un millier de bouteilles d'eaux
minrales. En outre, deux marmites monumentales ont t installes, o
mijotera un bouillon parfum.

On a d se proccuper aussi de l'clairage, trs incomplet jusqu'ici,
puisqu'il n'tait assur que par une centaine de becs de gaz papillon,
quantit suffisante d'ailleurs, tous les prcdents congrs ayant pris
fin avant la nuit ou ayant eu lieu dans les mois aux longs jours. On
avait song, tout d'abord,  l'lectricit, mais Versailles, parat-il,
ne peut fournir le courant ncessaire, et l'on dut adopter le bec Auer:
il y aura 600 lampes de ce modle. Quant au chauffage, il est ralis
par un calorifre trs puissant.

Les appartements intrieurs ont t tendus  neuf. Le nouvel lu n'a
point,  Versailles, ainsi qu'on l'a dit parfois, de chambre personnelle
o il puisse, s'il lui plat, passer la nuit. Seuls, les deux prsidents
de la Chambre et du Snat ont droit au logement: ils n'usent d'ailleurs
que de la salle  manger mise  leur disposition, pour y convier 
djeuner les bureaux de leurs assembles respectives.

Dans la salle, les siges ont t recouverts de cuir jaune fonc. Les
membres des deux Chambres s'assoient, sans places marques, au hasard,
ou plutt, si l'on peut dire, suivant leurs affinits lectives.

Les frais assez levs que ncessite cette mise en tat indispensable
sont supports pour un tiers par le Snat et pour deux tiers par la
Chambre. C'est la questure du Palais-Bourbon qui rgle et ordonnance les
dpenses. En revanche, c'est le personnel du Luxembourg qui assure, le
jour de l'lection, le fonctionnement des diffrents services; au cas o
le congrs se prolongerait le lendemain, le personnel de la Chambre
remplacerait celui du Snat. Enfin, douze lignes tlgraphiques ont t
quipes entre Versailles et Paris; et quatre trains spciaux ont t
commands aux chemins de fer de l'tat: un pour le gouvernement, qui
partira de Montparnasse, et les trois autres, qui partiront
respectivement de cette dernire gare, des Invalides et de Saint-Lazare,
pour les membres des deux Assembles.

[Illustration: Le tsarvitch, dont la sant inquitait rcemment encore
la Russie et l'Europe entire. Cette photographie aurait t prise il y
a peu de jours,  Tsarskoi-Selo, par le correspondant de l'agence
anglaise _Central News._]


MORT DE M. DE KIDERLEN-WAECHTER

[Illustration: M. de Kiderlen-Waechter.]

La mort soudaine, au lendemain des ftes de Nol, de M. de
Kiderlen-Waechter, le secrtaire d'Etat  l'office imprial des Affaires
trangres d'Allemagne, a provoqu en Europe des impressions diverses,
mais non point cette motion gnrale qui s'attache  la disparition des
hommes de tout premier plan, difficilement remplaables. M. de
Kiderlen-Waechter dut aux circonstances d'occuper le poste de ministre
des Affaires trangres dans une priode d'pre controverse
franco-allemande, et son rle, au regard de la France, fut, un moment,
des plus ingrats. Nous ne saurions videmment lui en vouloir de s'tre
efforc de servir son pays, le mieux possible, et  sa manire, qui
tait teutonne. Il avait pourtant pris une part active et sincre 
l'accord franco-allemand de 1909. Par la suite, obsd par le souvenir
des attitudes et des procds de Bismarck, son matre, il tenta les
chances prilleuses d'Agadir pour raliser, lui aussi, une oeuvre. Son
but, qui tait de faire payer au plus haut prix, par de prcieuses
compensations coloniales, le dsistement de l'Allemagne au Maroc, fut
poursuivi dans les conditions retentissantes et prilleuses que l'on
sait et qui sont  peine d'hier. Mais, bien que, finalement, cette
politique de M. de Kiderlen-Waechter nous ait cot une partie de notre
Congo, nous lui devons nanmoins une gratitude pour avoir provoqu dans
notre pays un admirable rveil national. M. Maximilien Harden
n'crivait-il pas, il y a un an, dans le _Zukunft_: Les Franais, loin
d'en vouloir  de Kiderlen-Waechter, devraient lui lever un monument.
La France, qui allait  l'antimilitarisme et  l'anarchie, s'est, aprs
le coup d'Agadir, ressaisie dans un lan magnifique; elle sort vivifie
de cette preuve.


LA SANT DU TSARVITCH

On se rappelle quelle inquitude a donne,  la fin du moi d'octobre
dernier,  la famille impriale de Russie, la sant du grand-duc
hritier Alexis Nicolaivitch Nous avons dit ici (numro du 2 novembre)
que, s'tant bless assez grivement au ct gauche, en jouant, le
tsarvitch eut  souffrir de complications qui causrent de graves
alarmes. Or, une grande agence photographique anglaise, _Central News_,
nous communique une photographie rcemment faite, nous assure-t-elle 
Tsarskoi-Selo, qui serait pour rassurer pleinement sur l'tat de sant
actuel du jeune prince: elle le montre, jouant dans le parc, par un
temps de neige. L'image est jolie, en tout cas. Si elle a rellement t
obtenue dans les conditions qu'on nous dit, rcemment, elle atteste
qu'il ne reste chez le tsarvitch aucune trace de l'accident qui avait
si fort affect sa sant.

[Illustration: Volontaires macdoniens, auxiliaires de l'arme serbe,
aux avant-postes.]

[Illustration: DANS LES NEIGES DE L'ALBANIE.--Un train d'quipages, dans
un cantonnement serbe.]

_Les Serbes, pendant la trve des ngociations, demeurent en Albanie,
sur ces positions que leur disputent actuellement non plus les Turcs,
mais les diplomates. C'est l'hiver! C'est la neige qui, peu  peu,
ensevelit les cantonnements et les quipages, cependant que  et l,
vigilantes sentinelles, les auxiliaires macdoniens, qui connaissent si
bien toutes les ruses de la guerre de surprises, protgent les postes
serbes contre un coup de main toujours possible, malgr l'armistice, des
bandes albanaises._


LA CAMPAGNE GRECQUE EN PIRE

_A LA CONQUTE DE JANINA_

Depuis que Bulgarie, Serbie, Montngro ont conclu avec la Turquie un
armistice et suspendu les hostilits, la Grce est seule  continuer la
guerre. Toute l'attention devrait donc se concentrer sur les oprations
que poursuit en pire l'arme des Hellnes. Mais, nous l'avons indiqu
en prsentant, il y a quinze jours,  nos lecteurs l'intressante
correspondance de M. Jean Leune, l'tat-major, respectueux des volonts
du diadoque, a tout fait pour dcourager les correspondants de guerre
d'accomplir la mission pour laquelle ils taient partis.

Voil pourtant que M. Jean Leune a, par son opinitret, son entrain, sa
vaillance, triomph de ces dispositions d'abord peu bienveillantes, et
est admis officiellement, enfin,  suivre, toujours accompagn de la
courageuse Mme Jean Leune, l'arme d'pire. Le _Pylaros_, petit vapeur
affrt, emmena, bien pourvus de recommandations, le correspondant de
_L'Illustration_ et sa femme vers Preveza, dont, depuis le 21 octobre,
les Grecs sont les matres.

C'est une prise qui fait honneur, M. Jean Leune y insiste, au gnral
Sapoundsakis, commandant en chef de l'arme d'Epire, qui, charg
seulement, avec 6.000 hommes, au plus, de retenir 15.000, puis 20.000
Turcs et de leur barrer, par une dfensive obstine, la route d'Arta et
du territoire grec, n'hsita pas  prendre une offensive audacieuse qui
lui russit admirablement, puisqu'elle lui livra tour  tour les
villages de Strivina et de Philippias, puis, aprs un combat dans les
ruines de l'antique Nicopolis, o les Ottomans taient retranchs,
Preveza et Metsovan, au nord-est de Janina.

De Preveza, une automobile destine au transport des blesss emmenait
par une route splendide, qui passe prs des vestiges de Nicopolis, et
d'o l'on dcouvre le calme golfe d'Arta, M. et Mme Jean Leune 
Philippias, o venait de s'installer le quartier gnral. Et l'accueil
fut charmant... Maintenant, nous allons emprunter  la longue relation
de notre excellent correspondant ses passages les plus intressants.
D'abord, la prsentation au gnral:


SYMPATHIES POUR LA FRANCE

Le gnral Sapoundsakis est un homme grand et fort, superbe dans son
uniforme bleu fonc trs simple, cheveux blancs, moustache blanche. Un
visage ferme et doux  la fois, o brillent des yeux dont le regard doit
savoir tre, tour  tour, imprieux ou plein d'indulgence et de bont.

Sa longue capote bleue, ses bottes  l'cuyre dont le devant remonte
sur le genou, lui donnent tout  fait l'air d'un marchal du premier
Empire. C'est l'impression qu'il nous produit ds son arrive, et, comme
il parle admirablement le franais, l'illusion est complte.

Il nous accueille de la faon la plus aimable, la plus paternelle.

--Soyez les bienvenus, nous dit-il. Votre seule qualit de Franais vous
donne droit  toute ma sympathie!

Puis il lit un mot que le gnral Eydoux m'avait charg de lui remettre.

--Ah! le gnral Eydoux, notre gnral, si vous saviez ce que nous lui
devons!... Il a toute mon admiration et toute mon affection...
Dites-le-lui bien, et dites-lui toute ma reconnaissance ds que vous lui
crirez, car je n'aurai malheureusement pas le temps de le faire, j'ai
tant d'occupations ici...

Le lendemain, on nous prsentait au commandant Spiliadis, sous-chef
d'tat-major du gnral, le mme qui, avec 1.800 hommes, enleva
gaillardement Preveza. Nous lui demandons de nous raconter le combat de
Nicopolis, puis son entre dans la ville conquise:

--Quand je suis entr dans Preveza, nous dit-il, je me suis dit: Je
venge enfin les Grecs, mais je venge aussi les 3.000 soldats franais
que le fameux Ali pacha fit, en 1812, lchement massacrer dans les rues
de cette ville...

Que de souvenirs franais ici! Que de sympathies pour nous, aussi! Ce
gnral, qui se dit le profond admirateur de nos thories militaires et
les applique constamment; presque tous les officiers et beaucoup de
soldats qui parlent notre langue; les sonneries de clairon ou de
trompette qui sont des airs bien connus de nos troupiers; toute
l'artillerie de campagne  tir rapide, enfin, qui sort du Creusot... On
se sent vraiment dans une atmosphre de sympathie, dans une atmosphre
presque franaise. Et cela suffirait  nous attacher  cette brave arme
d'Epire, au milieu de laquelle nous ne nous sentons nullement dpayss.
Il y a plus: un uniforme franais apparat, au milieu des tenues kaki:
c'est le capitaine Bars, chef du centre d'aviation de Bue, attach
militaire. Il suit la campagne, qu'il doit tudier au point de vue
aviation. Et c'est un homme charmant avec lequel, bien entendu, nous
fraternisons tout de suite, sans peine.


VISITES AUX CANONS ET AUX AROPLANES

L'aprs-midi du 9 dcembre, nous partons en automobile pour les
avant-postes, en mme temps que le gnral.

[Illustration: Le thtre de la guerre qui continue: l'pire.

Faute de documents suffisants, les positions de Schfik-Bey et
d'Imin-Aga n'ont pu tre portes sur cette carte.]

A Schfik-Bey, derrire une colline gristre, sont installs les quatre
seuls canons de 105 que possde l'arme d'Epire,--d'anciens Krupp. On
vient de finir de les monter, et le gnral Sapoundsakis vrifie
lui-mme les emplacements des pices... En quelques mots il nous en
explique le mcanisme et la manoeuvre. Aprs quoi, souriant, il nous
annonce qu'il nous attache, ma femme et moi,  son tat-major, avec
lequel, dsormais, nous allons vivre. Cela nous reposera des rigueurs de
la vie en Macdoine.

Le lendemain matin, 10 dcembre, nous allons, en compagnie du capitaine
Bars, nous rendre compte de ce qui se passait au camp d'aviation de
Nicopolis. Deux aroplanes, un Maurice-Farman et un Henri-Farman, sont
devant leurs hangars dmontables en toile bleue. Deux mcaniciens
franais, Chauveau et Berni, achvent de monter et de rgler les
appareils que doivent piloter le lieutenant d'artillerie Cambros et le
lieutenant de cavalerie Notaras.

Et le spectacle est vraiment frappant de ces appareils ultra-modernes
poss sur la prairie toute verdoyante, au milieu des ruines antiques.

De tous les environs, la foule est accourue... Des paysans, des femmes,
des enfants. On regarde curieusement les grands oiseaux blancs. On se
demande comment de pareilles machines peuvent bien voler.

Chauveau a fait des merveilles. Le Maurice-Farman est prt,
l'Henri-Farman sera prt pour la fin de l'aprs-midi. On essaie le
moteur. Tout va bien.

Vers 5 heures, le lieutenant Cambros s'envole. La foule alors clate en
bravos enthousiastes. Hommes et femmes se signent et marmottent des
prires, tout  fait impressionns par le miracle auquel ils assistent.
Tous les visages expriment un tonnement indescriptible. A l'glise
voisine, les cloches sonnent  toute vole, tandis que des soldats
tirent en l'air des salves d'honneur!

Avant le vol, le pote Matsoukas, le fameux mendiant national dont les
triomphales tournes en Amrique ont valu  la Grce un
contre-torpilleur, une batterie de campagne et trois aroplanes, tait
arriv  Nicopolis.

Il a regard les appareils, puis, comme des troupes passaient non loin
sur la route, il est all les haranguer, leur tenir des discours d'un
patriotisme si vibrant, si sincre, que, mme sans les comprendre, on se
sent irrsistiblement forc d'applaudir! Les hommes, enthousiasms, crient
cent fois: Vive notre Matsoukas! Et, lorsqu'ils partent, leur pas est
plus alerte...

[Illustration: Les biplans franais Maurice-Farman et Henri-Farman de
l'arme d'Epire, au camp d'aviation de Nicopolis, prs des ruines
antiques.]

[Illustration: Gnl. Sapoundsakis.
Le gnral commandant l'arme grecque d'Epire, ses officiers et Mme Lejeune
examinant une pice de 105 en batterie.]


IMPRESSIONS DE COMBAT

Le jeudi 12 dcembre, nous retournons  l'endroit que nous avions visit
le lundi en compagnie du gnral. Depuis le matin on se bat sur toute la
ligne.

Sur la droite, du ct de Pesta, la canonnade est terrible. La fusillade
crpite. On a l'impression trs nette qu'une grosse partie se joue
l-bas. On n'en peut malheureusement rien voir, parce que de hautes
montagnes nous masquent compltement la vue de ce ct.

Sur la gauche, la 2e division, trs visible encore pour nous dans la
valle du Louros, va oprer un mouvement dbordant sur la droite de
l'ennemi, en se faufilant par les ravins,  l'abri des vues et du tir.

[Illustration: Le pote Matsoukas. Le pote hellne Matsoukas haranguant
les soldats.]

A midi et demi, une heure, la canonnade cesse du ct de Pesta... A 2
heures, quelques obus turcs clatent trs nettement  gauche sur une
crte dans la direction de la 2e division que les Turcs doivent avoir
aperue.

Les grosses pices de 105 en batterie ici tirent de temps  autre, ds
qu'au loin apparaissent des convois ou des troupes sur la vieille route
de Janina.

Les Turcs ne rpondent pas, n'ayant pas de pices de gros calibre 
opposer  celles-ci. Mais ils ont sur la gauche une batterie de campagne
trs gnante pour la 2e division et qu'il faudrait bien rduire au
silence. On tire de son ct, mais malheureusement des collines
empchent de voir les clatements.

A 3 heures, un paysan vient indiquer l'emplacement prcis des Turcs. Les
105 aussitt corrigent leur tir. Les rsultats doivent tre bons,
puisque les Turcs se taisent. Ce paysan a fait trois heures de marche 
travers les lignes turques pour venir donner ce renseignement.

Le lendemain, nouvelle visite  Schfik-Bey, d'o nous poussons jusqu'
Imin-Aga, que les Turcs avaient vacu la veille. Et l, nous apprenons
que les Grecs ont pris huit canons, huit beaux canons de Krupp,  tir
rapide, dont deux sont intacts, avec leurs culasses.

Le 15 dcembre est un dimanche. On nous a conseill de rester chez
nous, aucune opration srieuse ne devant, vraisemblablement, tre
engage ce jour-l. La 2 division avait  prononcer son mouvement en
avant sur la gauche de Pisani, tandis qu' droite, des evsones devaient
gagner les flancs des positions turques. Les Grecs avaient encore de
l'artillerie  placer... C'taient au contraire d'excellentes raisons
pour qu'une bataille srieuse s'engaget, les Turcs ayant tout intrt 
empcher les Grecs de prendre contre eux tous les atouts en mains...
Donc, de bonne heure, une auto de l'tat-major nous emmenait vers
l'avant, au del de Hani-Imin-Aga.

En arrivant  Schfik-Bey, nous avons entendu sur notre gauche une
fusillade trs nourrie. C'est la 2 division qui a pris le contact avec
les troupes ennemies envoyes  sa rencontre. Puis, sur la droite, sur
les hauteurs, encore de la fusillade. Tout l-haut, ce sont les evsones
qui sont aussi accrochs  l'ennemi.

Le canon tonne des deux cts. Les forts de Saint-Nicolas et de Pisani
aident l'infanterie turque  rsister au mouvement en avant des Grecs.

Dans le ravin, que deux hautes collines protgent des vues et des feux
de Pisani, trois pices de 105 sont dj en batterie. C'est cette nuit
qu'on les a montes et places. Les projecteurs turcs ayant tent de
gner les mouvements de l'ennemi, l'une des grosses pices, aussitt en
batterie, leur envoya quelques obus trs bien placs qui les
annihilrent pour le restant de la nuit.

A midi, les 105 mlent leur trs grosse voix  l'effroyable concert
auquel nous assistons. A 1 heure, aprs qu'une pice a tir, du haut de
la colline o se trouvent le capitaine et les officiers qui rglent le
tir, des bravos et des zitos clatent, transmis par les hommes de
liaison. Un enthousiasme fou s'empare de tous, artilleurs ou
spectateurs, car le dernier obus grec vient de tomber juste sur un des
ouvrages de Pisani, y causant de terribles ravages.

Le commandant Spiliadis, qui nous parlait, se dtourne alors, et deux
grosses larmes coulent lentement le long de ses joues...

Nous souhaitons de voir de plus prs les effets du tir des 105. Le
commandant Spiliadis nous donne un laissez-passer, et nous voil partis,
ma femme et moi,  l'assaut de la haute colline rocheuse, du sommet de
laquelle nous avons hier reconnu les positions ennemies.

Nous n'tions pas l depuis une minute, qu'une pice grecque tire. Un
coup de tonnerre, grossi par l'cho. Puis le ronflement sourd de l'obus
qui se visse dans l'atmosphre.

Le ronflement s'enfle, s'enfle, puis dcrot, mais d'une faon toute
particulire qui donne l'impression trs nette de la monte puis de la
descente de l'obus en sa trajectoire. Et alors, sur l'ouvrage qui
couronne le sommet le plus haut des collines de Pisani, une longue
colonne de fume noire monte, verticale et brusque. L'obus grec a bien
travaill. C'est une poudrire, ou un dpt de munitions, qui vient de
sauter. Aussi les  zitos  se font-ils trs nourris, derrire nous.

A gauche et  droite, crpitements de fusillade, haltements rythms de
mitrailleuses se mlent au bruit des canons qui tirent et des obus qui
clatent. Malheureusement, de l o nous sommes nous ne pouvons voir que
Pisani, et rien de la bataille d'infanterie. Si bien qu'au bout de
quelque temps d'une observation prodigieusement intressante, nous nous
dcidons  redescendre.

Par moments, le duel s'interrompt. Les Turcs s'appliquent  rectifier
leur tir. Puis, quand ils croient y avoir russi, des coups de tonnerre
de nouveau rsonnent, enfls dmesurment par l'cho. Mais les obus
turcs toujours tombent  ct du but, certains  droite des pices
grecques, d'autres, plus nombreux, en arrire de notre batterie, si
admirablement dissimule que l'ennemi ne parviendra pas  la reprer
exactement. Les soldats grecs le sentent, pleins de confiance, et quand
un obus passe, ils lvent la tte, lui sourient et le saluent de la main
en criant quelque chose comme: Bon voyage!

Mme, non loin de l'endroit o tombent et clatent les projectiles, il y
a une compagnie d'infanterie. La plupart des hommes sont assis ou
allongs  terre; d'autres vont et viennent, se promnent en mangeant ou
causant entre eux. Et ceux-l aussi plaisantent, trs calmes.

Tandis que ce combat d'artillerie se droulait ainsi sur notre gauche,
tout au haut des collines assez leves, on pouvait voir les Grecs
progresser. Ils dbouchaient de derrire un haut sommet pointu, puis
descendaient les pentes de la montagne par longues files, au pas ou en
courant. Et tout autour d'eux, en avant, en arrire,  droite et 
gauche, des nuages blancs, bleuts ou noirs accusaient d'innombrables
clatements d'obus.

C'est une vritable pluie de mitraille que Pisani fit ainsi pleuvoir
durant tout l'aprs-midi sur les evsones, sans pouvoir une seule minute
arrter leur diabolique marche en avant. On les voyait trs bien 
l'oeil nu, marcher et courir comme des fourmis sur les rochers ou les
terres rousses. Les Turcs taient trop nerveux, cela se sentait trs
bien, et leur tir s'en ressentait: leurs obus, qui tombaient de tous les
cts comme au hasard, firent parmi les assaillants infiniment peu de
ravages...

Au retour, nous apprmes que l'arme grecque avait, autour de Pisani,
gagn du terrain d'une faon tonnante. Elle avait eu beaucoup de
pertes, mais rien n'avait pu ralentir son lan admirable. Si la marche
en avant continue ainsi, nous serons bientt  Janina.

Aux dernires nouvelles, le capitaine qui commandait la batterie de 105
avait demand et obtenu pour le soir des lanternes en quantit. Il avait
teint la nuit prcdente tous les projecteurs turcs de Pisani. Il avait
jur d'en rduire au silence aussi toutes les batteries...

Et de toute la nuit les assigs ne durent gure dormir!...

JEAN LEUNE.

[Illustration: Sur la route de Janina: l'tat-major observe les rsultats
du tir dans la direction de Pisani.]


[Illustration: LA DANSE DES SYLPHES ET DES ELFES (par les jeunes lves
de Loe Fuller) AUTOUR DE FAUST ENDORMI-----MPHISTOPHLS: Petits
Sylphes, et vous, Elfes lgers, accourez auprs de ce malheureux et
soyez-lui bienfaisants! Voltigez autour de son front pour en carter les
temptes. Ecartez de lui les flches brlantes du remords... _Voir
l'article, page 16._

_Dessin de LON FAURET, d'aprs le IXe tableau (dcor de M. Deshayes) de
l'adaptation de Faust, _reprsente  l'Odon._]


COMPARAISON DES EFFECTIFS DE PAIX DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE EN 1911
ET EN 1915.

FRANCE ET ALLEMAGNE

LA RORGANISATION DES FORCES MILITAIRES DANS LES DEUX PAYS

Le projet de la loi des cadres rorganisant nos forces militaires a t,
ces derniers jours, discut  la Chambre des dputs qui, dans ses
sances des 10 et 20 dcembre, a vot les articles portant modification
des cadres actuels de l'infanterie et de la cavalerie. Aux termes de la
loi nouvelle, nos troupes d'infanterie se composeront dsormais de 173
rgiments au lieu de 163. La rcente organisation de la cavalerie, que
le Snat ne tardera certes pas  adopter, porte le nombre de nos
rgiments de 89  91, dont 81 en France, 10 en Afrique. Rappelons aussi
que notre artillerie a t rorganise par la loi du 24 juillet 1909.

Toutes ces transformations, prochainement ralises, ont t rendues
indispensables par la situation gnrale de l'Europe et la situation
particulire de l'Allemagne o la loi militaire vote par le Reichstag,
le 14 juin dernier, entrane pour l'arme allemande les accroissements
les plus importants qu'on ait eus  enregistrer depuis 1870.

Si cette rorganisation et ces augmentations d'effectifs ont,  juste
titre, mu, chez nous, les milieux techniques et parlementaires, elles
ne sauraient non plus laisser indiffrent le grand public que touchent
de si prs toutes les questions intressant notre dfense nationale.
Aussi nous a-t-il paru opportun d'examiner ici les principales
dispositions de la loi allemande du 14 juin 1912,-et leurs consquences
que rsumeront et rendront sensibles les tableaux comparatifs intercals
dans le texte.

                                    *
                                   * *

La loi du 14 juin fut, au lendemain de l'accord franco-allemand sur le
Maroc, vote par le Reichstag dans une courte sance d'une heure et
demie; seuls, les socialistes et les Polonais votrent contre; les
Alsaciens-Lorrains s'abstinrent. Un mois  peine s'tait coul depuis
le dpt du projet, dont la ralisation comporte, pour l'arme et la
flotte, une dpense globale de 1.100 millions, chelonne en grande
partie sur les annes 1912-1917, bien que la majorit de ces
dispositions dussent tre effectues le 1er octobre 1912. C'tait
sanctionner l'effort le plus considrable qui ait t consenti depuis la
guerre; le gouvernement, pouss par l'opinion, estimait en effet que des
ncessits politiques et militaires imprieuses exigeaient au plus tt
un effort aussi inusit.

Suivant la formule bismarkienne, le peuple allemand veut avoir une arme
assez forte pour assurer son indpendance, au besoin sans le secours de
ses allis; au moins aussi puissant que ses adversaires ventuels, il
s'efforce toujours de se rserver une supriorit marque sur le thtre
d'oprations principal. Depuis que l'opportunit de crations nouvelles
s'est fait si imprieusement sentir, dans quel sens la situation
militaire de l'Allemagne s'est-elle donc modifie, alors que l'ancienne
organisation suffisait  faire face sur les Vosges et sur la Vistule?

On sait effectivement qu'au sein de la commission du Reichstag, il fut
dclar que l'empire aurait dsormais  lutter simultanment contre la
Russie en Pologne, contre la France et l'Angleterre sur la Meuse. Aussi,
comme le montrent les deux derniers tableaux de cette page, en 1915,
l'arme active mobilise comptera environ 150.000 hommes de plus qu'en
1911, et, sur la Meuse, les grandes units stratgiques seront de 3
corps d'arme suprieures  l'arme franaise. Or, le corps
expditionnaire anglais, appel  cooprer  une guerre continentale,
comporte prcisment 6 divisions, soit 3 corps d'arme,  l'effectif de
153.000 hommes!

1 Crations nouvelles.--Les crations nouvelles, dont la plupart
devaient, tre ralises le 1er octobre 1912, comportent la formation
d'un tat-major d'arme  Sarrebruck, de 2 corps d'arme, l'un en
Alsace, l'autre en Prusse orientale, de 2 divisions d'infanterie, 4
brigades d'artillerie, de 18 bataillons d'infanterie, 59 batteries, 4
bataillons de pionniers, 2 du train, 1 de troupes de chemin de fer, de
26 sections de projecteurs, de troupes d'aviation et de tlgraphie sans
fil. Quand la loi nouvelle aura reu son plein effet, la situation de
l'arme allemande sur le pied de paix, compare  celle de l'arme
franaise sera telle que nous l'indique le tableau ci-contre.

2 _Renforcement des units_.--L'accroissement incessant de la
population a permis de porter  544.211 le nombre des recrues des
contingents sous les drapeaux, soit 0.838% de la population, proportion
restant encore au-dessous de la limite de contribution de 1% fixe par
la loi du 16 avril 1871. Cette mesure aura pour consquence immdiate
d'augmenter le nombre de rservistes susceptibles d'entrer dans des
formations de campagne, ainsi que le montre le tableau ci-contre. Bien
qu'en Allemagne on se soit toujours efforc d'entamer les hostilits
avec les troupes actives renforces d'un minimum de rservistes, on
songe cependant  nous imiter et  constituer des divisions de rserve
comprenant toutes les armes. Les cadres disponibles pour les formations
de deuxime ligne et les dpts communs aux rgiments actifs et de
rserve ont t accrus. La situation en 1911 et 1915 pour les deux pays
est donne par le tableau ci-dessous:

ENCADREMENT DES FORMATIONS D'INFANTERIE DE DEUXIME LIGNE.

La nouvelle loi militaire allemande qui comporte aussi une amlioration
sensible de la mobilisation, une extension des moyens techniques
(augmentation du nombre des compagnies de mitrailleuses et de la
puissance des nouvelles formations d'artillerie), un perfectionnement de
l'organisation gnrale de l'arme, et une amlioration du rseau ferr
de la Prusse rhnane, questions qui mriteraient une plus longue tude,
est incontestablement une oeuvre mrement rflchie, avec un but prcis,
un objectif nettement dlimit. Elle nous intresse au premier chef,
nous avertissait charitablement la Gazette de l'Allemagne du Nord, le 23
mars; sans aucun doute, mais elle ne saurait nous intimider, car, en
rsum, sur le champ de la bataille dcisive (tableau ci-contre), la
diffrence sera seulement de 24 bataillons, soit la valeur d'un corps
d'arme. Nos forces de couverture peuvent suffire, avec leur
entranement incomparable. La rapidit de notre mobilisation gale celle
d'outre-Rhin; la valeur de nos units mobilises avec leur complment de
rservistes ne le cderait en rien  celle des bataillons allemands. Ce
qui ne veut pas dire, d'ailleurs, qu'il n'y aurait pas des amliorations
notables h introduire dans notre organisme militaire, telles, notamment,
que l'adoption dfinitive d'une artillerie lourde, et l'utilisation
intensive des projecteurs, tlgraphes, tlphones, automobiles, poids
lourds, dirigeables, aroplanes, de tous les moyens techniques que les
ingnieurs mettent  notre disposition.

C. LE DUALIS.

RPARTITION DES FORCES DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE SUR LES THTRES
D'OPRATIONS TELLES QU'ELLES TAIENT EN 1911 ET TELLES QU'ELLES SERONT
EN 1915.

RESSOURCES MOBILISABLES DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE TELLES QU'ELLES
TAIENT EN 1911 ET TELLES QU'ELLES SERONT EN 1915.

[Illustration: SUR LA FRONTIRE.--Emplacement et composition des troupes
de couverture en France et en Allemagne.

Les voies nouvelles, indiques sur la carte et qui seront acheves
prochainement, ont pour objet de relier le Rhin  la frontire belge et
au Luxembourg; d'aprs les Allemands eux-mmes, elles pourraient assurer
les transports de 6  7 corps d'arme.]

[Illustration: Le campement des naufrags du _Salazie_, prs du paquebot
chou sur la pointe nord-est de l'lot de corail Nosy Ankomba,  100
milles au sud de Digo-Suarez.--_Phot. L. V._]


UN CYCLONE A MADAGASCAR

La pointe nord de Madagascar vient d'tre ravage par un violent cyclone
qui a caus,  Diego Suarez, notamment, de graves dgts, presque ruin
cette active cit et jet  la cte un des paquebots des Messageries
Maritimes, le _Salazie_.

Un de nos confrres, fix  Digo-Suarez, M. Henri Cogni, nous adresse
une description mouvante du phnomne, que suit un tableau lamentable
des ruines qu'il a, en quelques heures, accumules.

Ce fut le dimanche 24 novembre que se dchana le cyclone. Pendant la
moiti de la nuit il fit rage. Les frles baraques de bois et de tle
qui constituent l-bas la plupart des habitations furent, en un clin
d'oeil, dcouvertes, renverses, broyes, comme paille. Les maisons mme
plus solidement construites, les btiments administratifs, ne furent pas
pargns non plus. Les habitants, blottis dans les abris les plus
invraisemblables, passrent d'effroyables heures, attendant d'un moment
 l'autre la catastrophe suprme.

Quand, enfin, vers minuit, le vent diminuant de violence, les plus
vaillants se hasardrent, sous la pluie torrentielle,  sortir de leurs
gtes, quels dsastres ne constatrent-ils pas: pour la plupart, leur
pauvre bien ananti, la maisonnette pniblement difie, les meubles,
tout perdu; c'tait la ruine totale. Le jour levant claira les plus
tragiques scnes.

[Illustration: L'htel de l'administration.]

L'administration, en cette circonstance, usa de tous les moyens en son
pouvoir pour mettre fin  cette situation critique.

Naturellement, le phnomne n'avait pas limit son action dvastatrice 
la terre.

Le paquebot _Salazie_ avait quitt Digo-Suarez la veille de la
catastrophe, se rendant  Tamatave. Il rencontra le cyclone  100 milles
en mer, dans le sud. Aprs avoir lutt pendant plusieurs heures, il fut
jet, dans la soire du 24, vers 8 heures, sur l'lot de corail Nosy
Ankomba.

On eut  dplorer la mort d'un des lieutenants, mais les passagers
purent tre dbarqus. Pendant trois jours, ils demeurrent sous des
tentes improvises, dans une situation pnible, avec des vivres, mais
fort peu d'eau. Le cyclone ayant dtruit toutes les lignes
tlgraphiques, ce fut un indigne qui,  pied, apporta  Digo-Suarez
la nouvelle du naufrage. Immdiatement fut envoy au secours de ces
malheureux le cargo _Eugne-Orossoz_, de la Compagnie Havraise
Pninsulaire, emmenant  son bord 20 marins de l'tat sous le
commandement de l'enseigne de vaisseau Le Voyer, de l'aviso transport
_Vaucluse_. Il ramena les naufrags  Digo-Suarez, beaucoup trs
prouvs, tous dans le dnment le plus complet. Quant au _Salazie_, il
est perdu.

[Illustration: Aprs le passage du cyclone  Digo-Suarez: la place de
l'octroi.--_Photographies Moreau et Descarpentries._]


[Illustration: LA RENAISSANCE DE LA GOURMANDISE FRANAISE.--Le "Club des
Cent" dgustant une vieille fine Champagne au fond d'une grande cave
parisienne.--_Dessin de L. SABATTIER._.]

LES CENT

C'est le dernier club dont on parle: vieux de quelques mois  peine, il
a dj conquis la notorit. A vrai dire, il a grandi sans tapage, et
ses dbuts dans le monde furent mystrieux comme ceux d'une association
secrte. Son nom d'abord, murmur _sotto voce_, veilla, retint
l'attention; et ce fut, si l'on peut dire aprs Basile, un bruit lger,
rasant le sol comme l'hirondelle avant l'orage... On savait bien qu'ils
taient cent: mais quel dessein les avait runis? et quelle grande
entreprise menaient-ils silencieusement dans l'ombre?

La chronique s'empara de l'affaire. Et l'on apprit bientt, par la voix
de la presse, que la cuisine franaise, cette gloire nationale, tait en
danger, et que ses bonnes, ses succulentes traditions se perdaient de
plus en plus. Tout concourait  prcipiter son dclin: la hte de notre
vie moderne, qui nous fait ngliger la chre dlicate et les vins
choisis, la concurrence de la cuisine trangre, qui s'installe en
matresse sur nos fourneaux, et jusqu'aux funestes progrs de la
science, auxquels il faut imputer les conserves, les produits
concentrs, les aliments artificiels, et toutes les impostures de la
table. On se nourrit, proclamait un choeur de gourmets attrists, mais
on ne mange plus; on se dsaltre, mais on ne boit plus. Hlas! o sont
les repas d'antan?

C'est afin d'arrter l'affligeante dcadence de notre art culinaire, de
le protger, de le dfendre, non point par de vains discours, mais par
des actes, que s'est fond le nouveau club: tous ceux en qui sommeille
l'me d'un Brillat-savarin se rjouiront de cet allchant programme.
Pour le raliser, les Cent, militants infatigables du got franais,
font merveilles. Tous fervents de l'automobile, ayant roul leurs pneus
sur les routes de toutes nos provinces, pass dans bien des htels, ils
ont rsolu de mettre en commun leur exprience acquise au hasard des
voyages, et, pour leur plus grand profit, de s'indiquer gnreusement
les bons endroits. Tel qui, dans une petite ville, a t trait 
souhait s'empresse d'en avertir le club, auquel il envoie une note
mentionnant les spcialits de la maison, les plats qu'il convient de
demander au matre queux, les vins particulirement apprciables, et
jusqu'aux moindres dtails du service. N'importe-t-il point de savoir
qu'ici le patron possde un tour de main inou pour la sauce
mousseline, et que l les petits marmitons sont des anges de
propret? Il n'est pas moins ncessaire d'tre avis qu'il faut fuir
telle localit comme la peste et le cholra, et que, dans telle autre,
il sied de prfrer  l'htel o se fabrique une triste cuisine, le
simple restaurant de cochers...

Consigns sur des feuillets mobiles dont l'assemblage forme le plus
secret des rpertoires de poche, ces prcieux renseignements sont
transmis aux autres membres, pour leur usage exclusif. Mais il ne leur
est pas interdit, tout au contraire, de faire connatre, autour d'eux,
les bonnes adresses. Nul ne mangera bien, hors nous et nos amis,
pourraient-ils dire. Et c'est ainsi que, pour le plaisir des vrais
gastronomes, ils constituent patiemment, petit  petit, une sorte de
dictionnaire de la bonne chre,  la faon dont l'Acadmie labore, par
un choix judicieux des mots, le dictionnaire du bon langage.

Un club qui compte des amateurs de la vieille cuisine franaise ne
saurait s'abstenir d'agapes collectives: il donnait, l'autre semaine,
son premier dner. Ce fut, pour son aimable prsident, M. Louis Forest,
et pour les hommes de lettres, les artistes, les parlementaires, les
sportsmen, les industriels qui le composent, une occasion d'affirmer,
fourchette en main, la dlicatesse de leur got. Sont-ils cent en
vrit, ces nouveaux chevaliers de la Table ronde? Eux seuls le savent.
Mais qu'importe: ils sont les Cent. Et ils s'taient adjoint, pour la
circonstance, quelques amis, et de trs gracieuses Parisiennes. Afin de
ne point marquer de prfrence entre tant d'tablissements qui se
seraient honors de les recevoir, ils avaient sagement dcid que la
fte aurait lieu dans un restaurant toujours ferm en hiver, comme le
music-hall qui l'avoisine: il avait, pour ce seul soir; entr'ouvert ses
portes, par grce spciale de son propritaire, membre lui-mme du
club,--le plus rpandu des surintendants de nos plaisirs, celui qui
connat, entre tous, la recette exacte du succs, et l'exploite aussi
bien aux Champs-Elyses que sur la cte normande. Nul lieu ne pouvait
tre mieux choisi pour une runion--sinon d'ambassadeurs--du moins de
gourmets.

Aprs s'tre, comme il convenait, rgals de mets exquis, les convives
descendirent dans les caves du restaurant,--vritable Bibliothque
Nationale des bouteilles, o tous les grands crus sont reprsents par
leurs chantillons les plus suaves. Et l'on savoura parmi les tonneaux
poudreux, dans un des carrefours du vaste cellier, l'arme incomparable
d'une fine Champagne centenaire.

[Illustration: Deux des feuillets mobiles du rpertoire secret du Club
des Cent. Rsumes au sige social et dates, les fiches fournies par
les membres du Club, et signes de leur numro d'inscription, sont
transcrites sur ces feuillets. Ceux-ci sont envoys aux membres du Club,
qui les insrent,  leur place alphabtique, dans leur rpertoire
individuel.]



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LA MALADIE DU PLOMB.

Cette maladie n'a rien de commun avec l'asphyxie qui frappe parfois
certains travailleurs nocturnes, on avec les troubles si douloureux qui
frappent les ouvriers peintres. C'est une altration progressive
spciale au plomb, comme la _maladie de l'aluminium, celle de l'tain et
celle de l'acier_ sont spciales  ces divers mtaux. Elle a t tudie
rcemment sur l'initiative du conservateur du muse de Cluny qui voyait
avec dsespoir certains objets d'art anciens en plomb s'oxyder
progressivement et tomber finalement en poussire, alors que d'autres
objets de mme mtal n'prouvaient aucune altration.

Les recherches faites semblent avoir dmontr que la cause dterminante
de la maladie des objets en plomb est la prsence, dans le mtal, de
chlorures et en particulier de sel marin. On a pu, en effet, constater
la prsence constante de chlorures dans le plomb _malade_ et l'on a
russi, d'autre part,  provoquer la maladie dans un objet sain en le
chlorurant artificiellement. On a pu dmontrer ainsi que le sel marin,
excellent pour a conservation de la viande, tait dtestable pour celle
des objets en plomb.

Le remde est assez difficile  trouver, car, s'il est relativement
facile de faire disparatre par un _lavage_ des traces superficielles de
chlorure, il est impossible de supprimer le chlorure incorpor au plomb.
Tout au plus peut-on chercher  attnuer le mal, comme on doit se
contenter de le faire dans la plupart des maladies humaines. On enduit 
cet effet les objets malades que l'on veut protger d'un vernis
transparent impermable,  base de _fulmicoton_. Le vernis, supprimant 
peu prs compltement l'action de l'air, ralentit dans une notable
mesure la maladie qui svissait jusqu'ici sur les objets d'art en plomb
de nos muses. On peut mme esprer qu'une tude plus complte de ce mal
permettra de le supprimer dfinitivement.

LES PROGRS DE L'ALCOOLISME AU MAROC.

Le docteur Remlinger vient de dnoncer le danger que prsente le
dveloppement grandissant de l'alcoolisme au Maroc.

De 1909  1910, l'importation des boissons alcooliques, dans ce pays, a
doubl, et le nombre des dbits s'est multipli dans des proportions
fantastiques. Ainsi Casablanca, qui ne comptait que 5-6 dbits en 1907,
en compte maintenant 161.

La progression du nombre des dbits ne donne, au surplus, qu'une ide
incomplte de la marche de l'alcoolisme au Maroc. En effet, ce n'est
pas, en gnral, dans les cafs que les indignes, les musulmans en
particulier, viennent boire ou mme se fournir. Ils prfrent
s'alcooliser discrtement chez eux et s'approvisionner tout aussi
discrtement chez l'picier ou chez tout autre fournisseur. Ainsi, 
Mazagan, il n'est pas jusqu'aux marchands de tissus qui ne tiennent du
genivre ou du whisky.

Les alcools de dernire qualit--vritable camelote allemande--dbarqus
 Saffi en provenance de Hambourg s'infiltrent jusque dans l'Atlas, o,
aprs les avoir aromatiss de diverses faons, particulirement avec de
l'anis, on les consomme en grande quantit; et les femmes se sont mises
 boire comme les hommes.

Il faut remarquer, d'ailleurs, que si l'Europen en gnral boit pour le
plaisir de boire, malgr l'ivresse qui peut en rsulter, l'Arabe ne boit
jamais ou presque jamais par got. C'est l'ivresse qu'il recherche. On
le voit parfois vider d'un trait une copieuse ration d'alcool pur, puis,
comme s'il s'tait agi d'une mdecine, faire suivre cette ingestion d'un
grand verre d'eau, afin d'en chasser le got. Son idal serait plutt de
pouvoir tre ivre sans boire.

Une des causes qui favorisent le plus les progrs de l'alcool au Maroc,
c'est son bon march. Chose  peine croyable, alors que toute
marchandise importe paie un droit de 12,50% _ad valorem_, les boissons
alcooliques ne paient que 7,50%. Et il n'en cote gure  un Marocain
que 20  30 centimes pour obtenir l'ivresse dsire.

LA MARCHE  QUATRE PATTES ET LA DIGESTION.

Les remdes prconiss pour les maladies ou pour les simples paresses
d'estomac sont fort nombreux et, parfois, en apparence contradictoires.
Tantt, par exemple, on recommande un exercice normal aprs le repas;
tantt on prescrit le repos absolu dans la position horizontale. Dans le
premier cas, la flexion des cuisses sur l'abdomen produit un massage qui
facilite la digestion stomacale; dans le second cas, la position de
l'estomac est modifie de faon  viter la formation au-dessous du
pylore d'une poche o s'arrte la masse alimentaire.

S'il faut en croire le docteur Lon Meunier, la marche  quatre pattes
runirait les avantages des deux procds. Car, en mme temps que
l'estomac prend la position horizontale, la flexion des cuisses, et, par
consquent le massage qui en rsulte, se fait au maximum.

A l'appui de sa thorie, l'auteur cite des expriences sur trois sujets
diffrents condamns respectivement, aprs un repas toujours identique,
 marcher normalement,  garder le repos horizontal, et  marcher 
quatre pattes.

Ce dernier exercice fut le plus salutaire. Le volume digr par
l'estomac variait de 42  62% du repas ingr, aprs la marche normale;
de 48  72% aprs le repos horizontal; de 70  88% aprs la marche 
quatre pattes.

Si le remde manque d'lgance, il parat, du moins, sans danger, et
facile  essayer.

LES PROGRS DE LA VITESSE SUR LE P.-L.-M

En signalant, au cours du dernier t, les amliorations apportes par
l'administration des chemins de fer de l'tat  la marche du rapide
Paris-Trouville, nous faisions remarquer que la rduction du temps de
trajet d'un express n'est point toujours due  une augmentation effective
de la vitesse du train. Elle s'obtient souvent par une exploitation plus
serre visant  supprimer les pertes de temps qu'impliquent les arrts
frquents, la multiplicit des manoeuvres, le trac dfectueux de
certaines sections de la voie, etc.

Mais il est des solutions diffrentes, et le rseau P.-L.-M., qui vient
de remettre en marche son train extra-rapide de Paris  Nice, le Cte
d'Azur, nous offre  cet gard un exemple intressant.

Le premier des deux tableaux suivants montre les progrs raliss depuis
trente ans dans le trajet Paris-Nice et Paris-Marseille par les trains
rapides n'admettant que les voyageurs de premire classe.

Ainsi, de 1882  1912, la vitesse maxima des rapides ordinaires
Paris-Marseille et Paris-Nice a pass (en chiffres ronds) de 70
kilomtres  91 kilomtres. La vitesse commerciale, c'est--dire la
vitesse effective, arrts compris, s'est leve respectivement de 58 et
de 53 kilomtres  73 et 68 kilomtres. En mme temps, le poids du train
et, par consquent, le nombre de places disponibles a augment dans: de
srieuses proportions.

[Illustration: Une artiste franaise qui interprte, en Amrique, le
rle d'une baronne autrichienne dans une pice d'un auteur anglais: Mme
Simone.--_Copyright White N.-Y._]

Si nous considrons la dernire dcade, 1902-1912, nous constatons dans
la marche des trains rcents extra-rapides de la Riviera un progrs
aussi important quoique en apparence moins accentu.

Ces trains extra-rapides ne sont point des trains de luxe. Accessibles
aux porteurs de billets ordinaires de premire classe, ils ne se
distinguent des autres rapides que par la limitation du nombre de
places. Cependant, la charge qu'ils remorquent a presque doubl, et elle
est peu infrieure  celle des rapides ordinaires. Ceci demande une
explication.

En fait, le nombre des places pouvant tre offertes dans un express est
toujours limit; mais, en cas d'affluence, on ddouble le train. Le
train dit  nombre de places limit ne peut pas tre ddoubl.

Avec le dveloppement incessant du nombre de voyageurs, on doit chercher
 rduire au minimum les ddoublements, cause d'encombrement sur des
lignes dj fort charges. Aussi,  chaque progrs ralis par ses
machines, l'administration du P.-L.-M. sut presque toujours rsister 
la tentation d'augmenter uniquement la vitesse. Elle a prfr consacrer
une partie de la puissance gagne  l'accroissement de la capacit des
trains.

Comme il ressort du premier tableau, le nombre et la dure des arrts
n'ont jou pour ainsi dire aucun rle dans l'augmentation de la vitesse
commerciale. Au point de vue des arrts, le P.-L.-M. se trouve, en
effet, dans une situation particulire trs diffrente de celle du Nord,
par exemple, qui dtient, avec le rapide Paris-Calais, le record de la
vitesse. De Paris  Nice, on rencontre de grandes villes qui exigent des
stationnements assez longs; aprs Saint-Raphal, le rapprochement des
gares desservies interdit les grandes vitesses; la manoeuvre des
voitures directes pour des lignes d'embranchement (voitures de plus en
plus nombreuses) prend un temps relativement considrable, etc.

Notre second tableau montre qu'un progrs encore plus considrable a t
ralis dans la marche des trains Paris-Marseille et Paris-Nice 
voitures de toutes classes.

En outre, contrairement  ce que nous faisions remarquer plus haut en ce
qui concerne les rapides de premire classe, la rduction du nombre des
arrts a contribu dans une mesure apprciable  l'augmentation de
vitesse des rapides  toutes classes.



LES THTRES

Semaine peu charge.

Aux Bouffes-Parisiens, une comdie-vaudeville en quatre actes de MM.
Mouezy-Eon et Nancey, _la Part du feu_, a obtenu un fort joli succs;
elle est compose selon la meilleure tradition du genre, rajeuni avec
beaucoup d'esprit, et fournit  Mlles Ariette Dorgre et Praince, Victor
Boucher, Hurteaux et Lefaur l'occasion d'tre, une fois de plus,
applaudis.

Au Thtre Michel, une petite comdie galement bien parisienne de MM.
Pierre Veber et Claude Roland: _les Bonnes Relations_, a t, aussi,
favorablement accueillie.

UNE ACTRICE FRANAISE AUX TATS-UNIS

Notre correspondant de New-York, M. Franois de Tessan, nous envoie un
curieux portrait de Mme Simone (Mme Claude Casimir-Perier) accompagn de
l'intressants note suivante:

Mme Simone a dcid de conqurir les tats-Unis et, ce que femme veut,
Dieu le veut, surtout lorsque c'est une Franaise... Dj l'hiver
dernier elle avait donn une trs remarquable srie de reprsentations
en anglais. Elle avait interprt des adaptations de _la Rafale_, du
_Voleur_, du _Retour de Jrusalem_, de _la Princesse lointaine_, de
_Froufrou_. Cette saison elle a pouss la gageure plus loin. Elle a
voulu crer directement une pice anglaise. M. Louis N. Parker a donc
crit  son intention _The Paper Chase_ (la Chasse aux petits papiers),
comdie lgre qui se passe au temps de Marie-Antoinette. L'intrigue
roule autour d'un pamphlet crit par le duc de Richelieu pour
discrditer l'Autrichienne et dont s'est empare la baronne Bettina de
Schomberg, confidente de la reine. Richelieu cherche naturellement 
rentrer en possession de ses papiers et dploie  cet effet une astuce
digne du policier le plus adroit. Mais la baronne djoue toutes ses
intrigues et se sert de son arme pour ramener dans le droit chemin et le
loyalisme le marquis de Belange dont elle est devenue amoureuse. Au
fond, elle ne tient pas  causer un terrible scandale, mais plutt 
confondre les ennemis de Marie-Antoinette et  dtacher des dangereuses
conspirations le galant marquis. Vous devinez qu'elle triomphe aisment.
Elle ne dtruit le manuscrit que lorsque, aprs maint marivaudage et des
pripties sans nombre, elle tient dfinitivement Belange sous le
charme. Alors elle termine la comdie par un mariage ainsi qu'il sied
dans tout roman de ce genre.

Autour de ce sujet si menu, M. Louis N. Parker a su adroitement
multiplier les incidents amusants, les bons mots, les lgants badinages
tout  fait dans le ton de l'poque. Mme Simone, dans ce rle de la
baronne de Schomberg, a trouv l'occasion d'une cration pimpante,
infiniment spirituelle o elle joue la grande coquette avec autant
d'aisance que les rles poignants auxquels elle nous avait habitus
jusqu'ici.

LES LVES DE LOE FULLER

A L'ODON _(Voir la gravure de double page,)_

Si Ton peut considrer le gnie, sous l'un de ses aspects, comme de
l'ingniosit au service d'une grande cause, il faut reconnatre ce don
particulier  M. Antoine, pour les mille ingniosits dont il a entour
la prsentation scnique de la nouvelle version des deux _Faust_ de
Goethe.

Le spectacle tient du prodige par la richesse de ses enchantements,--et
aussi par leur varit. M. Antoine a trs habilement mis  profit ce
principe qu'il est bon de faire s'opposer des motions contraires,--et
de mnager, au cours d'une action dramatique, quelque reposante
clairire o le spectateur se dlassera d'motions plus vives.

C'est ainsi qu'aux conversations sarcastiques et glaciales que, dans le
jardin fleuri, le diable change avec dame Marthe, nous entendons
succder, par un ingnieux balancement rgulier d'alles et venues, et
rpondre, comme rpondent les violoncelles en chos douloureux 
l'ironie des cuivres, les doux, tendres, aveugles propos d'amour que
Faust murmure  Marguerite...

Et c'est ainsi surtout qu'aprs la trs belle scne de la prison d'o
s'lve l'horreur d'une intense suggestion tragique, nos yeux ont la
joie reposante de voir s'excuter, dans un dcor miraculeux de calme et
de jeune verdure, la ronde exquise que les Sylphes dansent autour de
Faust endormi. On connatra par l'image que publie _L'Illustration_
quelle charmante posie se dgage  premire vue de ce palpitement
d'ailes de gaze sur l'accablement du Hros. Les jeunes lves de Loe
Fuller ont ralis avec la plus grande saveur ce merveilleux
enchantement. Elles ont juste la candeur qu'il faut, le lyrisme
instinctif, la grce fragile,--et la science qu'une glorieuse direction
leur a trs habilement inculque.

Cette danse de petites filles revt une nouvelle, trange et haute
signification si l'on approfondit les paroles par lesquelles
Mphistophls la provoque autour de Faust. Ils deviennent alors, ces
Sylphes lgers, l'emblme des puissances occulte: de la terre, des
manations du printemps, des fleurs, des parfums, de tout ce qui doit
ramener Faust, par des routes de joie, vers le plaisir divin de vivre.

Et le drame s'enrichit par l d'un autre contraste: n'est-il point
touchant que de si petites filles entreprennent de gurir une si grande
blessure que leur ge ignore, et que ce soit sur d'aussi frles paules
qu'un instant repose la lourde tche d'anantir les remords et les
nostalgies de Faust et de ramener dans son coeur l'amour de Marguerite?

[Illustration: Maquette du monument qui va tre lev  Adlade Ristori
par sa ville natale, Cividale (Frioul).--_Phot. L. Scavalli Veccia._]

Loe Fuller tait naturellement dsigne pour apporter  de tels
desseins le concours prcieux de sa jeune cole.

Aprs des tableaux dont quelques-uns rappellent la grandeur effroyable
de Rembrandt ou la beaut de Scheffer, elle devait faire tourner, dans
un cadre idyllique, la ronde des petites joies, pour nous rappeler la
guirlande des anges dont Reynolds a suggr les traits en touches
divinement imprcises.

Avec ce commentaire de danses et celui, soutenu, d'une musique
heureusement choisie, Faust ralise un spectacle complet d'o l'on sort
plus riche et charm.

DIDIER DEBRAUX.



UN MONUMENT A ADLADE RISTORI

Adlade Ristori, la clbre actrice italienne, l'mule de notre Rachel,
aura bientt sa statue dans sa ville natale,  Cividale, prs d'Udine,
dans le Frioul. Ses compatriotes ont voulu honorer dignement la mmoire
de celle qui, par son art et sa beaut, sut conqurir un universel
renom.

Il y a quelques mois, la municipalit de Cividale, dsireuse de
consacrer un monument  la gloire de l'illustre tragdienne, ouvrait, 
cet effet, un concours entre tous les sculpteurs italiens. Nombre
d'entre eux se mirent au travail, et leurs bauches, d'inspirations trs
diverses, furent rcemment exposes  Rome. A l'unanimit, le jury
charg d'lire une oeuvre parmi toutes celles qui lui taient soumises,
a dsign le projet d'un jeune artiste romain, M. Antonio Marrini.

Le monument qu'il a conu, et dont nous reproduisons ici la maquette, se
recommande par une originalit assez hardie qui ne sera point pour
dplaire aux amateurs de la statuaire ultra-moderne. L'interprte de
Marie Stuart et de Mde est reprsente, comme il convenait, dans une
vhmente attitude: son effigie en bronze, haute de 3 mtres, se
dressera sur un vaste pidestal de granit, encadre par deux colonnes,
sans autre ornement que deux masques  leur sommet, et qui ne mesureront
pas moins de 7 mtres. L'ensemble apparatra colossal: on ne pouvait
sans doute rendre  la Ristori un plus considrable hommage.


LA VENGEANCE DE LA GAZELLE

De tous les spectacles que permet de fixer la photographie, il n'en est
point peut-tre le plus curieux, de plus trange parfois, que celui des
moeurs animales, si diverses, si abondantes en aspects pittoresques et
imprvus. On aura sans doute remarqu que la vie des btes nous fournit,
en ce journal, de nombreuses gravures:  feuilleter, depuis quelque dix
ans, les numros de _L'Illustration_, on trouverait toute une histoire
naturelle, fidlement commente par l'image. Le document reproduit
ci-dessous devait y avoir sa place. Il y a trois mois, dans notre numro
du 28 septembre dernier, nous publiions un clich reprsentant, sur la
rive d'un fleuve africain, une gazelle capture par un boa, qui, avant
de la dvorer, l'enroulait de ses anneaux touffants. La photographie
que nous donnons aujourd'hui montre la revanche de l'innocent animal.

C'est dans le Sud africain, aux environs de Bulawayo, qu'elle a t
prise rcemment. Un python, long de 5 mtres, avait aval, tout entire,
une jeune gazelle, aprs l'avoir crase dans ses replis. On connat
l'extraordinaire facult que possde ce reptile d'absorber les proies
les plus grosses: saisissant sa victime par le bout du museau, il en
introduit la tte entre ses mchoires, qui s'cartent peu  peu,
s'largissent de manire  y faire pntrer, tout d'une pice, le corps
de l'animal. Notre python avait russi, non sans de laborieux efforts, 
loger la gazelle dans son estomac, o il s'apprtait  la digrer
patiemment, lorsque les cornes acres de la pauvre bte vinrent 
percer le dos caill du monstre.

C'est dans cet tat qu'on le trouva, mort, tendu sur le sol de toute sa
longueur, le ventre dilat, deux petites pointes trouant sa peau: la
gazelle s'tait venge.

[Illustration: La revanche de la gazelle: python trouv mort prs d'une
ferme de Bulawayo (Afrique du Sud) aprs avoir aval une gazelle dont
les cornes lui ont transperc la peau. _Communiqu par M. le Dr P.-R.
Nl._]



[Illustration: PETITS ENNUIS DE L'EXISTENCE, par Henriot.]






End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier
1913, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3645, 4 JANVIER 1913 ***

***** This file should be named 36331-8.txt or 36331-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/6/3/3/36331/

Produced by Jeroen Hellingman and Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH F3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
