Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905, by Various

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Title: L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905

Author: Various

Release Date: July 9, 2011 [EBook #36676]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

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L'ILLUSTRATION, NO. 3271, 4 NOVEMBRE 1905 ***




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L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre 1905


Avec ce Numro: L'ILLUSTRATION THTRALE CONTENANT LE MASQUE D'AMOUR


LA REVUE COMIQUE, par Henriot.


Ce numro contient: L'ILLUSTRATION THTRALE avec le texte complet du
Masque d'Amour, par Daniel Lesueur.


[Illustration: L'ILLUSTRATION _Prix de ce Numro: Un Franc_. SAMEDI 4
NOVEMBRE 1905 _63e Anne--N 3271_]

[Illustration: LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL L'arrive 
Lisbonne: M. Loubet et le roi Carlos, dans le carrosse de Jean V, se
rendent de la gare au palais de Belem. _Dessin d'aprs nature de Georges
Scott._]

Nous publierons successivement dans nos numros de novembre et dcembre:

LA MARCHE NUPTIALE, par HENRY BATAILLE;
LES OBERL, par EDMOND HARAUCOURT, d'aprs le roman de REN BAZIN;
LA RAFALE, par HENRY BERNSTEIN;
BERTRADE, par JULES LEMAITRE.

Nous commencerons, le 18 novembre, la publication d'un nouveau roman de
J.-H. ROSNY: LA TOISON D'OR.



COURRIER DE PARIS

JOURNAL D'UNE TRANGRE

Nous sommes des ingrats. J'ai feuillet, cette semaine, un grand nombre
de journaux; je n'ai pas vu qu'on s'y apitoyt beaucoup sur le sort de
ce pauvre Foottit, dont une dpche anglaise nous contait--en deux
lignes, d'ailleurs--l'aventure tragique: le plus joyeux des clowns
tait, parat-il, devenu subitement fou. Le petit homme dont la
silhouette bouffonne et les cabrioles perdues gayrent si longtemps
nos cirques parisiens, et  qui tant d'enfants durent de si prcieuses
minutes de joie, enferm dans un cabanon d'alins! Triste fin. Parmi
ces milliers de gamins que Foottit amusa, et qui sont devenus des
hommes, il y en a bien, je suppose, quelques-uns que le hasard a faits
journalistes. J'aurais souhait qu'ils parlassent de Foottit avec plus
de gratitude. Car elle doit tre lamentable, cette profession d'amuseur
_quand mme_ et j'imagine ce qu'il peut y avoir de mlancolie atroce,
par moments, au fond d'une me de pitre. Faire rire! Accomplir le devoir
quotidien d'tre comique, et ne pouvoir subsister qu' la condition
d'offrir  la vue de la foule le spectacle ininterrompu des pirouettes
et des grimaces qu'elle aime; tre un homme comme tous les autres--que
menacent les pires tristesses humaines--et, quoi qu'il arrive, demeurer
uniquement, ternellement, en face de cette foule, l'homme qui rit...
C'est, en effet, de quoi devenir fou. Mais le bon clown nous tlgraphie
 l'instant que la nouvelle est fausse. Tant mieux! Foottit n'tait que
trs malade et se contentera de rester l'un des hommes les plus moroses
de son temps...

Car si tous, heureusement, ne perdent point la tte  ce dur mtier-l,
presque tous y laissent leur gaiet. J'ai souvent remarqu l'air
mlancolique des comdiens que leur emploi confine dans les rles de
bouffonnerie pure; et aussi de la plupart des humoristes dont le rle,
en littrature, est de nous faire rire. Le bon Alphonse Allais, qui
vient de mourir, fut un de ces humoristes-l; et je ne me souviens pas
d'avoir rencontr sur le boulevard de figure plus trangement attriste
que la sienne. On me dit qu'il tait fort instruit. Qui sait si la vague
ambition de conqurir la gloire par des moyens graves ne hanta point
cet amuseur? Mais ce rve-l lui tait interdit. Nous sommions Allais
d'tre drle quotidiennement: c'tait sa fonction, et sa raison d'tre;
pendant vingt ans, nous avons condamn cet homme paisible  trouver tous
les soirs l'ide drle sur quoi Paris devait s'esclaffer le lendemain,
et pendant vingt ans il est demeur fidle  cette consigne. On a
racont que, la veille de sa mort, agit d'un pressentiment sinistre, il
dit  un ami qui lui demandait des nouvelles de sa sant: Je mourrai
demain. Le mot fit rire. On trouva plaisant ce propos d'Allais. Tous
les propos d'Allais n'taient-ils point ncessairement plaisants? Et le
lendemain il tait mort, comme il l'avait dit. L'tonnement fut immense;
on ne comprenait pas qu'Allais se ft pris lui-mme  ce point au
srieux.

Pauvres auteurs gais, comme je comprends qu'ils aient l'air triste!

                                    *
                                   * *

... Rentre des Chambres. En revenant du Salon d'automne, je me suis
arrte un instant au milieu des groupes de badauds qui couvraient le
trottoir, aux abords du Palais-Bourbon. C'est un des amusements favoris
du Parisien que de reconnatre au passage les grands hommes dont il
trouve tous les matins les noms dans son journal et les ttes aux
vitrines des marchands de photographies. Autour des mieux
renseigns--visiblement fiers de leur savoir--les plus ignorants
s'empressent, coutent, suivent de l'oeil avidement les figures qu'on
leur dsigne: Tenez, ce grand-l, c'est Ribot... Voici Deschanel...
Voulez-vous voir Jaurs? Attendez... il se retourne; il dit bonjour 
Pelletan... Je crois bien que c'est Clmentel qui vient de passer, mais
je n'en suis pas sr... Vous ne connaissez pas Berteaux? Regardez l-bas
le gros qui rit et qui donne des poignes de main  tout le monde...
Les agents nous repoussent un peu, car nous devenons encombrants. Et la
foule des parlementaires continue d'arriver. Des fiacres, des locatis,
beaucoup d'automobiles, quelques coups joliment attels dfilent au
fond de la petite cour d'entre, le long du perron o s'empressent les
ouvreurs de portires et les huissiers. Des rires, des appels, des
poignes de main, un brouhaha de fte. Au milieu de cette cohue, un bras
lev s'agite vers moi: Bonjour, madame!--Bonjour, cher ami. C'est
B..., ancien professeur de l'Universit, doyen du corps des informateurs
parlementaires: un vieux camarade qui a la bont de m'introduire au
Palais-Bourbon, les jours de grande sance. Il m'entrane sur le quai
et nous bavardons.

--D'o venez-vous? Du Salon d'automne? C'est bien, a. Mais moins
amusant que ce salon-ci, dit-il en montrant du doigt la faade du
palais.

--Vous aimez, dis-je  B..., le tapage qu'on fait l-dedans?

--J'aime tout ce qui se fait l-dedans: le bruit qu'on y mne, et les
btises qu'on y dit.

--Vous appelez btises, je suppose, les opinions de vos adversaires?

--Je n'ai pas d'adversaires, madame; et cela tient  ce que je n'ai pas
non plus d'opinions. Je suis un philosophe qui s'amuse au spectacle des
passions des autres et qui regarde avec une motion reconnaissante
s'entre-dvorer les partis.

--Je ne comprends pas...

--Voici: nous constatons qu'il n'existe aucun parti politique assez
vertueux pour n'tre pas tent, ds qu'il est le plus fort, d'abuser de
sa force. En consquence, il est excellent qu'en face de ce pril-l des
rsistances s'organisent; et c'est donc un peu l'intrt de tout le
monde qu'il y ait des politiciens qui se dtestent et des gazettes qui
s'injurient... C'est l'intrt du vainqueur lui-mme: on n'est jamais
mieux averti que par les gens qui ne vous aiment pas des btises qu'on
va faire, ou qu'on a faites. En sorte que de tous ces hommes-ci, madame,
il n'y en a pas un qui ne serve  quelque chose. Il y a parmi eux des
esprits admirables; il y en a de mdiocres aussi. Il y a des niais; il y
a des fous. Tout cela s'agite, hurle, bataille, et de tous ces chocs--de
ce ple-mle de raison et de folie, d'ambitions pures et de vilains
apptits--nat une espce d'quilibre... On ne vit pas trs
glorieusement, mais on vit. Dans ma jeunesse, j'avais un vieux matre
qui me faisait lire Bernardin de Saint-Pierre et m'enseignait qu'il n'y
a point d'insecte minuscule ou d'animal, si vilain qu'il soit,  qui la
Providence n'ait assign son utilit particulire et sa fin dans l'ordre
gnral des choses. La mme confiance m'anime ds que j'entre dans cette
maison-ci. Et je pense aux dangers qui nous menaceraient, le jour o l'on
ne s'y disputerait plus...

                                   *
                                  * *

C'est vrai. Il ne faut pas craindre de voir les hommes se disputer. Au
Salon d'automne (j'y repense!) un trange spectacle s'offre aux
visiteurs: on y regarde voisiner cette anne, le plus simplement du
monde, l'impressionnisme le plus perdu et monsieur Ingres. Si M.
Ingres revenait au monde, il pourrait dire comme certain doge de Venise
 la cour de Louis XIV: Ce qui m'tonne le plus ici, c'est de m'y
voir. Cependant il constaterait, que mme en si singulire compagnie,
ses dessins font trs bonne figure et qu'on est ravi de les y
rencontrer. D'Ingres  Czanne, que de chemin parcouru! On a march (et
dans quoi, mon Dieu! comme disait Musset); on s'est injuri, on s'est
battu. Aujourd'hui, on consent  causer; et, pour mieux causer, on se
rapproche. Les amis de M. Ingres concdent qu'on fit bien, il y a
soixante ans, de les rudoyer un peu; les admirateurs de M. Czanne
avouent que M. Ingres avait du bon...

Tous ont raison. La concurrence n'est pas que l'me du commerce et de la
politique; elle est l'me des arts aussi. Une mode chasse l'autre, et
cela est excellent. Ce serait affreux, des modes ternelles.

Au thtre, cet hiver, la mode est au suicide. M. Gandillot dbattait le
mois dernier par une noyade, au thtre Antoine; au Gymnase, M.
Bernstein a prfr que son hros se ft sauter la cervelle; M. Henry
Bataille, au Vaudeville, a eu recours  la mme bruyante solution; et
l'on nous annonce d'autres drames prochains, que d'autres suicides
termineront.

Le thtre aimable--la pice qui finit bien--commenait  nous ennuyer
un peu; nous nous sommes hts d'y substituer du thtre horrifique, du
drame noir, un peu sanglant; et voil les Parisiennes ravies. Pas pour
longtemps. Elles se plaindront bientt d'avoir trop pleur, trop frmi;
l'odeur de la poudre les dgotera. Alors reparatra Capus; et, de
nouveau, pendant un hiver ou deux, il sera formellement admis que la vie
est belle, et que tout s'arrange...

SONIA.



NOTES ET IMPRESSIONS

L'indpendance de l'me fonde celle des tats. Mme de Stal.

                                     *
                                    * *

La pleine libert de la presse a tu l'art de savoir tout dire dans le
temps o il n'est permis de rien dire du tout. Le grand air fait du mal
aux fleurs de serre. ERNEST LAVISSE.

                                     *
                                    * *

Les vnements sont des juges qui font payer trs cher leurs sentences;
la justice de l'histoire est la plus coteuse de toutes les justices.
VALBERT.

                                     *
                                    * *

Il ne faut jamais trop parler du bonheur, on l'effarouche. M. DE
COMISELLE.

                                    *
                                   * *

On pardonne beaucoup aux illusions qui consolent, quand on est aux
prises avec les ralits qui ne consolent pas.

                                     *
                                    * *

Certaines mes dlicates redoutent les ftes qui clbrent les dates
heureuses de notre pass, comme si elles nous dnonaient au malheur qui
nous oublie. G.-M. VALTOUR.



[Illustration: Le prsident, le roi et les invits se rendant au lieu de
chasse; dans le domaine royal de Rio-Frio.]

[Illustration: A la chasse aux perdreaux dans la Casa del Carapo.
Alphonse XIII: C'est moi qui les ai tus!]

Pendant les dernires journes du sjour de M. Loubet en Espagne, le
programme a fait la part belle  l'lment sportif. C'est ainsi qu'il y
eut conscutivement deux chasses, et ce ne fut pas trop au gr du
souverain et de son hte, tant donn leur got personnel prononc pour
ce passe-temps favori de la plupart des chefs d'tat. La premire, une
chasse  la grosse bte, eut lieu le mercredi 25, sous la direction du
comte de San-Roman, grand veneur, dans le domaine royal de Rio-Frio,
situ  trois heures de chemin de fer de, Madrid, et dont les tirs
abondent en cerfs, daims et chevreuils. Les chasseurs, diviss en
groupes de deux ou trois, taient placs derrire des abris, de manire
 pouvoir viser tranquillement les pices de choix parmi le gibier que
poussaient devant eux une centaine de rabatteurs. Le jeudi 26, le roi et
le prsident, accompagn encore, de M. Paul Loubet, son fils an,
employaient leur matine  chasser le lapin et le perdreau dans la Casa
del Campo, autre parc royal, mais voisin, celui-l, du palais de Madrid.
Ajoutons que, la veille,  la suite de la chasse, Alphonse XIII, plein
d'un entrain juvnile, avait improvis une excursion au chteau de la
Granja et  Sgovie, conduisant lui-mme d'une main sre l'automobile
o il emportait son illustre visiteur.

[Illustration: M. Loubet et son fils, M. Paul Loubet, dans leur abri 
la chasse de Rio-Frio.--_Phot, M. de Baena._]



[Illustration: M. Loubet. Alphonse XIII. Le dpart en automobile pour
Sgovie--_Phot. L. Bouet._]

LE PRSIDENT DE LA REPUBLIQUE EN ESPAGNE

[Illustration: M, Loubet. Le prince hritier Louis-Philippe S. M. la
reine Amlie. Le duc d'Oporto. S. H. le roi Carlos. Clich Novas.]

LE VOYAGE DU PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL.--Devant le
photographe,  Cintra.

_L'excursion  Cintra, le samedi 28 octobre, eut surtout le caractre
d'une partie de campagne, et l, plus qu'ailleurs, l'tiquette
protocolaire se dpartit de sa rigueur, laissant libre carrire  un
aimable enjouement, dont les souverains portugais donnaient l'exemple.
C'est ainsi qu' l'issue du djeuner au Palais Royal, la reine Amlie
organisa une sance de photographie, invitant avec une bonne grce
charmante tous les convives  la suivre devant les objectifs prpars
par les oprateurs de_ L'Illustration. _Aprs le groupe gnral, elle
voulut un groupe plus intime,  l'arrangement duquel elle se fit un
plaisir de procder elle-mme. Le prsident Loubet tait plac  sa
gauche, le roi  sa droite; derrire eux se tenaient le prince royal et
le duc d'Oporto, frre du roi. La pose, excellente, favorisa la russite
des clichs._

[Illustration: LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL.

La galre, tire par cent rameurs en costume de galrien, conduisant au
_Lon-Gambetta_ la famille royale et M. Loubet pour le djeuner d'adieu
 bord du cuirass franais, le 29 octobre.--_Phot. L. Bouet.--Voir
l'article, page 304._]



LE SALON D'AUTOMNE

_On nous a dit: Pourquoi_ L'Illustration, _qui consacre chaque anne
aux traditionnels Salons du printemps tout un numro, affecte-t-elle
d'ignorer le jeune Salon d'automne? Vos lecteurs de province et de
l'tranger, exils loin du Grand Palais, seraient heureux d'avoir au
moins une ide de ces oeuvres de matres peu connus, que les journaux les
plus srieux (le Temps lui-mme) leur ont si chaleureusement vantes._

_Nous rendant  ces raisons, nous consacrons ici deux pages  reproduire
de notre mieux une douzaine de toiles marquantes du Salon d'automne. Il
y manque malheureusement la couleur; mais on pourra du moins juger le
dessin et la composition. Si quelques lecteurs s'tonnent de certains de
nos choix, qu'ils veuillent bien lire les lignes imprimes sous chaque
tableau: ce sont les apprciations des crivains d'art les plus
notables, et nous nous retranchons derrire leur autorit. Nous
remarquerons seulement que, si la critique, autrefois, rservait tout
son encens aux gloires consacres et tous ses sarcasmes aux dbutants et
aux chercheurs, les choses ont vraiment bien chang aujourd'hui._

[Illustration: CHARLES GUERIN.--Baigneuses.]

Dans le clan des jeunes, Gurin est un des premiers qui se soient fray
une oie neuve... Les transcriptions de la forme fminine qui constituent
son envoi principal ont ceci de trs particulier qu'elles sont  la fois
familires, extrmement ralistes, et pourtant sans vulgarit. Elles se
relvent d'une ingnuit de sentiment qui, dans une trs forte mesure,
les stylise... THIBAULT-SISSON, _le Temps_.

[Illustration: J.-E. VUILLARD.--Panneau dcoratif.]

... Un des plus beaux peintres que ces dernires annes nous aient
rvls; ses harmonies sont une perptuelle fte pour le regard. ARSENE
ALEXANDRE, _le Figaro._

Ces paysages sont reposants, ces intrieurs silencieux et quiets,
propices infiniment  l'tude, aux douces rveries... J'envie l'homme
opulent et raffin qui pourra les contempler  loisir, de son fauteuil,
en tournant les pages de quelque, livre trs attachant. GUSTAVE BABIN,
_l'cho de Paris._

[Illustration: PAUL CZANNE.--Les Baigneurs.]

Paul Czanne donne une sensation d'harmonie, de gravit. La nature est
chez Czanne, solennelle et ternelle... Je ne puis m'empcher de voir
en ce singulier et si simple artiste, une des plus belles incarnations
de l'art de peindre... J'ai, devant ces oeuvres si pures, la sensation
de me trouver devant des aspects  jamais fixs... Je crois que cette
peinture traversera les temps. Sa beaut est profonde et sereine...
GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_.

Czanne: le public va-t-il comprendre enfin ce langage rude et haut
qu'on ne parle gure  ses oreilles?... Il est temps que s'impose l'pre
grandeur de cette oeuvre ingale, mais toujours mouvante... _Les
Baigneurs_ michelangesques sous un ciel obscur d't orageux... LOUIS
VAUXCELLES, _Gil Blas_.

[Illustration: HENRI ROUSSEAU.--Le lion, ayant faim, se jette sur
l'antilope.]

_Ancien douanier en retraite, M. Henri Rousseau, auquel les Salons des
Indpendants firent fte autrefois pour sa navet miraculeuse et sa
gaucherie non apprise, a t accueilli avec un pieux respect au Salon
d'automne, o la toile reproduite ici occupe une place d'honneur._

C'est une miniature persane agrandie, transforme en un norme dcor,
non dpourvu d'ailleurs de mrite... THIBAULT-SISSON, _le Temps_.

M. Rousseau a la mentalit rigide des mosaistes byzantins, des
tapissiers de Bayeux: il est dommage que sa technique ne soit pas gale
 sa candeur. Sa fresque n'est pas du tout indiffrente: je concde que
l'antilope du premier plan s'adorne  tort d'un museau de brochet; mais
le soleil rouge et l'oiseau apparu parmi les feuillages tmoignent d'une
rare ingniosit dcorative. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.

[Illustration: ALCIDE LE BEAU.--Le long du lac (Bois de Boulogne).]

Il est tout un groupe qui continue le mouvement impressionniste avec
talent, mais sans assez changer la forme gnrale et l'aspect particulier
des choses dj vus par des peintres tels que Monet et Sisley. Ainsi MM.
Maufra,... Alcide Le Beau (qui, lui, voisine, cette fois, avec Van
Gogh). Ils savent peindre et ils exposent de belles toiles: on ne peut
que leur demander de dcouvrir la nature pour leur compte. GUSTAVE
GEFFROY, _le Journal_.

Il a largi puissamment sa manire, rejette les dtails superflus; sa
vision du _Bois de Boulogne_, les lacs o voguent les cygnes noirs sont
d'une couleur qui sduit infiniment. L'envol de M, Le Beau est un des
plus marquants du Salon. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.

[Illustration: HENRI MANGUIN.--La Sieste.]

M. Manguin: progrs norme; indpendant sorti des pochades et qui marche
rsolument vers le grand tableau. Trop de relents de Czanne encore,
mais la griffe d'une puissante personnalit toutefois. De quelle lumire
est baigne cette femme  demi nue qui sommeille sur un canap
d'osier! _Gil Blas_. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.

[Illustration: HENRI MATISSE.--Femme au chapeau.]

[Illustration: HENRI MATISSE.--Fentre ouverte.]

M. Matisse est l'un des plus robustement dous des peintres
d'aujourd'hui. Il aurait pu obtenu de faciles bravos, il prfre
s'enfoncer, errer en des recherches passionnes, demander au
pointillisme plus de vibrations de luminosit, Mais le souci de la forme
souffre. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.

M. Henri Matisse, si bien dou, s'est gar comme d'autres en
excentricits colories, dont il reviendra de lui-mme, sans aucun
doute. GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_.

[Illustration: GEORGES ROUAULT.--Forains, Cabotins, Pitres.]

Il est reprsent ici par une srie d'tudes de forains dont l'nergie
d'accent et la robustesse de dessin sont extrmes. Rouault a l'toffe
d'un matre et je serais tent de voir l le prlude d'une priode
d'affranchissement que des crations originales et des travaux
dfinitifs marqueront. THIBAULT-SISSON, _le Temps_.

M. Rouault claire, mieux que l'an pass, sa lanterne de caricaturiste 
la recherche des filles, forains, cabotins, pitres, etc. GUSTAVE
GEFFROY, _le Journal_.

M. Rouault... me de rveur catholique et misogyne. LOUIS VAUXCELLES,
Gil Blas.

[Illustration: ANDR DERAIN.--Le schage des voiles.]

M. Derain effarouchera... Je le crois plus affichiste que peintre. Le
parti pris de son imagerie virulente, la juxtaposition facile des
complmentaires sembleront  certains d'un art volontiers puril.
Reconnaissons cependant que ses bateaux dcoreraient heureusement le mur
d'une chambre d'enfant. LOUIS VAUXCELLES, _Gil Blas_.

[Illustration: LOUIS VALTAT.--Marine.]

A noter encore:... Valtat et ses puissants bords de mer aux abruptes
falaises. THIBAULT-SISSON, _le Temps._

M. Louis Valtat montre une vraie puissance pour voquer les rochers
rouges ou violacs, selon les heures, et la mer bleue, claire ou
assombrie. GUSTAVE GEFFROY, _le Journal_.

[Illustration: JEAN PUY.--Flnerie sous les pins.]

... M Puy, de qui un nu au bord de la mer voque le large schmatisme de
Czanne, est reprsent par des scnes de plein air o les volumes des
choses et les tres sont robustement tablis. LOUIS VAUXCELLES, _Gil
Blas_.



COMMENT ON PRPARE UNE RVOLUTION: L'DUCATION DU PEUPLE RUSSE PAR LES
TUDIANTS

D'aprs un tableau de Bogdanof-Bielski.

Le manifeste sign, le 17/30 octobre,  Pterhof, par le tsar, octroie 
la Russie les liberts essentielles auxquelles elle aspirait depuis si
longtemps. C'est dans l'histoire du peuple russe une date autrement
dcisive que celle du 19 aot, o lui avait t donn l'oukase
instituant la douma d'empire. L'acte libral de l'empereur Nicolas II ne
peut manquer d'ailleurs d'tre revendiqu comme une victoire par cette
partie de l'lite cultive de la nation qui, aprs des annes de patient
travail, a russi  provoquer, dans l'immense empire, l'agitation
profonde qui a pris, en ces derniers jours, un caractre singulirement
inquitant. C'est, en effet, la jeunesse studieuse de la Russie, ce sont
ses matres et, avec eux, auprs d'eux, les crivains, les artistes,
tous les intelligents, comme on dit l-bas, qui, lentement, ont
prpar les vnements auxquels nous assistons. Cette scne qu'a
retrace, d'un pinceau mu, un artiste videmment en sympathie avec les
agitateurs, tait de tous les jours. Dans la salle de quelque humble
cole villageoise, pas plus luxueuse que la chambre unique des isbas de
sapin des paysans, autour d'un tudiant, prenant sur les heures de son
travail personnel le temps d'accomplir ce ministre de catchiste,
venaient se grouper, pour une lecture  leur porte, sorte de prche
laque, tous les humbles qui le voulaient, auxquels se mlaient
volontiers pour l'exemple deux ou trois amis politiques du confrencier,
tudiants eux-mmes, ou professeurs. Des enfants aux yeux ardents et
nafs coudoyaient l des femmes, recueillies comme au temple, et des
vieillards au regard dsabus et las, dsesprant de voir les temps
qu'on leur promettait: auditoire ignorant et croyant, tout imprgn de
mysticisme et prt  accueillir avec enthousiasme les ides sduisantes
qu'on lui jetait en pture.



[Illustration: Les Karpathes (2.500 m.) vus d'une altitude de 4.900
mtres. Villages et champs hongrois photographis  4.500 mtres de
hauteur.

PHOTOGRAPHIES PRISES EN HONGRIE, PAR LE COMTE ROZAN, LE 16 OCTOBRE
1905.]

DES TUILERIES AUX KARPATHES

LE GRAND PRIX DE L'ARO-CLUB.--1.400 KILOMTRES EN BALLON EN 18 HEURES

_Nous avons publi, dans le numro du 21 octobre, une page reprsentant
les quinze ballons que l'on gonflait, dans le jardin des Tuileries, pour
participer ci la fte donne au profit des victimes du tremblement de
terre de la Calabre--et aussi au Grand Prix de l'Aro-Club de France. Le
Grand Prix a t gagn par M. Jacques-Faure, montant avec le comte
Mozart le ballon_ la Kabylie, _qui est all atterrir  1.100 kilomtres,
prs de Kirchdrauf, en Hongrie. Les hardis aronautes n'avaient mis que
dix-huit heures pour accomplir ce parcours, c'est--dire qu'ils
l'avaient franchi  la moyenne de plus de 77 kilomtres  l'heure. Pour
revenir de Kirchdrauf  Paris par la voie ferre, en prenant les trains
les plus rapides, ils ont mis 12 heures--beaucoup plus du double. C'est
le pilote, mme de_ la Kabylie, _M. Jacques-Faure, qui a bien voulu
raconter aux lecteurs de_ L'Illustration _les dtails et les pripties
de cette magnifique ascension._

Quatre heures de l'aprs-midi: difficilement maintenu  terre par les
arostiers du 1er rgiment du gnie, que le ministre de la Guerre a bien
voulu mettre  notre disposition, notre ballon, _la Kabylie_, sous
l'effort du vent qui souffle par rafales, s'incline d'une faon
inquitante sur les statues et les becs de gaz du bassin des Tuileries.
Malgr un temps pouvantable et une pluie battante, la foule, trs
intresse par ce spectacle inusit de quinze ballons s'levant du coeur
mme de Paris, a peu  peu envahi le jardin: des barrires ont t
brises, la police est dborde, et le monde s'empresse de telle faon
autour de ma nacelle qu'il m'est matriellement impossible, au dernier
moment, tant la foule est dense, de faire les 20 mtres qui me sparent
de mon manteau de voyage rest chez le concierge des Tuileries: tant pis,
nous partirons sans lui.

[Illustration: La Kabylie partant des Tuileries, le 15 octobre 1905.]

Pniblement, _la Kabylie_ est mise debout: nos braves arostiers
militaires, gns par le publie, qui leur laisse  peine la libert de
leurs mouvements, manoeuvrent trs difficilement. Au dernier moment,
alors que tout semble prt, une cordelette se brise; quelques secondes
de plus, et nous partions avec l'appendice de notre ballon ferm:
c'tait notre arostat clatant  300 mtres d'altitude, la chute
invitable, la mort certaine aprs quelques instants d'ascension. Mais
mon vieil ami Santos-Dumont est l; il a vu le danger: sans hsiter il
saute dans le cercle, grimpe comme un chat le long de la corde
d'appendice et brise le fil  casser qui le maintient. Tout est prt,
nous allons partir: sur le bord de la nacelle, vingt personnes nous
tendent les mains: au revoir! bonne chance! vive l'Aro-Club! Attention
 la mer! me crie au dernier moment mon ami Tollander de Balsch, qui
garde un humide souvenir du bain forc qu'il a pris, la semaine
dernire, dans les polders du Zuiderze.

C'est fini; nous sommes en l'air; le spectacle est inoubliable: la foule
couvre les Tuileries, la place de la Concorde et une partie des
Champs-Elyses;  perte de vue, c'est une mer de parapluies ouverts,
serrs les uns contre les autres sous des rafales de brouillard et de
pluie. Il est impossible de dcrire cette sensation extraordinaire de
l'aronaute emport par un vent violent; c'est le calme dans la tempte,
_immobilis in mobile_: pench sur le bord de sa nacelle, sur le bord de
ce balcon arien qui marche  de fantastiques vitesses, il voit les
villes, les forts, les montagnes, dfiler sous ses yeux merveills.

En bas, c'est la tempte, le vent qui souffle avec un fracas abominable
 travers les bois et les chemins; en haut, dans le frle panier
d'osier, le calme absolu, la sensation de scurit parfaite.

Notre nacelle est quipe pour la course: de 7 ou 8 kilos plus lgre
que les nacelles ordinaires, elle est aussi beaucoup plus petite, en
sorte que les sacs de lest la remplissent; elle est pleine plus qu'
moiti; nos genoux sont  la hauteur des bords du panier.

Ds le dpart, nous nous assurons notre direction:  300 mtres
d'altitude, nous traversons en tourbillon la place Vendme; nous
laissons franchement le Sacr-Coeur au nord: nous filons donc vers
l'est.

Je consulte mon compagnon de voyage; comme moi, le comte Rozan est
dcid  gagner la course, ou du moins  faire l'impossible pour cela:
il s'agit d'aller vite et longtemps: en haut, le vent est plus violent,
nous allons monter. Tant pis si notre direction change, puisque la seule
mer que nous puissions rencontrer sur notre route est la Baltique, et
que nous sommes dcids, quoi qu'il arrive,  nous aventurer au-dessus
d'elle.

A 2.700 mtres, nous trouvons notre quilibre entre deux couches de
nuages; nous nous maintenons  cette altitude sous une tempte de glace
et de neige; notre nacelle et notre ballon sont littralement incrusts
de givre et notre thermomtre s'abaisse parfois  14 et 15 degrs
centigrades au-dessous de zro.

[Illustration: Le comte Rozan et M. Jacques-Faure.]

[Illustration: La ville de Kirchdrauf, prise  4.200 mtres. (A
l'horizon, les Karpathes: 2.500 m.)]

[Illustration: Le village de Szepesvaralja, photographi durant la
descente effectue  600 mtres  la minute.]

[Illustration: Szepesvaralja, vu  l'arrive  terre.]

ENTRE 10 HEURES ET 11 HEURES DU MATIN, A BORD DU BALLON LA KABYLIE
PILOT PAR M. JACQUES-FAURE.

[Illustration: Itinraire de l'arostat _la Kabylie_ de Paris 
Kirchdrauf.]

Vers minuit, le vent redouble de violence, les nuages se dchirent
au-dessus et au-dessous de nous; nous apercevons en mme temps les
lumires  terre et l'toile polaire dans le ciel, ce qui nous permet,
par une observation rapide, de constater que notre direction se
maintient vers l'est;  partir de minuit, le ciel s'claire, la terre
disparat de nouveau sous une couche de nuages trs paisse, et nous
naviguons baigns par un clair de lune splendide, tandis que l'ombre du
ballon se profile sur les brumes, entoure d'un cercle brillant, bien
connu des navigateurs ariens sous le nom d' aurole des aronautes;
de temps en temps la lune s'entoure des couleurs du spectre. De tels
spectacles sont aussi fantastiques qu'inoubliables: pour y croire, il
faut les avoir vus et toute description devient impossible devant de
telles manifestations de la nature. C'est un conte d'Hoffmann vcu. De
temps en temps, dans une claircie, la terre apparat; nous
reconnaissons Munich; Linz et Vienne relies entre elles par un brillant
ruban argent; c'est le Danube, le plus beau fleuve d'Europe, dont nous
observons de 3.000 mtres de hauteur le cours large et majestueux.

A 5 heures le jour parat, tandis que la lune s'abaisse  l'horizon; la
lumire ne nous a donc pas manqu un seul instant, et c'est  peine si,
durant cette seconde partie de la nuit, je me sers de temps en temps de
ma lampe lectrique.

A 6 heures, je prends contact avec le sol; l, le vent souffle  peine 
25 kilomtres  l'heure; une rapide conversation avec des paysans dont
nous ne saisissons que le mot Oestreich (Autriche), et nous remontons
 4.000 mtres, o nous retrouvons la bonne brise de la nuit qui nous
entrane toujours vers l'est  80 kilomtres  l'heure. Nous n'avons
plus que 42 kilos de lest; j'en mets 12 dans un coin de la nacelle et
jusqu' 9 heures nous nous quilibrons entre 4.000 et 5.200 mtres avec
les 32 autres kilos.

A 9 h. 1/2, les bouteilles, les provisions passent par-dessus le bord; 
10 h. 1/4, c'est le tour des sacs de voyage; depuis longtemps dj nos
objets de toilette, nos chaussures et nos vtements de rechange avaient
pris le mme chemin: notre nacelle est absolument vide.

Le froid est abominable; nous sommes trs fatigus par ce long sjour
dans les hautes rgions de l'atmosphre; Rozan est compltement vert, ce
qui ne l'empche pas de me proposer froidement de grimper dans notre
cercle, et d'envoyer notre nacelle rejoindre nos provisions. Mais j'ai 
peine la force de soulever mon dernier sac de lest, et  10 h. 1/2
commence  5.200 mtres une descente foudroyante et vertigineuse.

Eu moins de sept minutes nous sommes au sol, ayant pu, durant cette
vritable chute, prendre les quelques clichs que nous sommes heureux de
soumettre aujourd'hui aux lecteurs de _L'Illustration._

A 20 mtres de terre, le ballon passe au-dessus d'un petit bois; j'ouvre
mon ballon en deux: la corde de dchirure fonctionne parfaitement, et,
comme un grand oiseau bless, il s'abme sur un arbre, presque sans
choc, sans secousse, la nacelle d'un ct, l'toffe de l'autre. Suivant
l'usage, je quitte la nacelle le dernier, et Rozan me photographie tout
tranquillement, tandis qu' bout de forces, je descends pniblement de
mon arbre, le long du seul bout de filin qui nous reste.

Nous sommes  Kirchdrauf (Hongrie),  1.400 kilomtres de Paris, ayant
effectu l'un des trois plus longs voyages ariens du monde entier.

Le Grand Prix de l'Aro-Club de France est  nous.

JACQUES-FAURE.

[Illustration: M. Jacques-Faure descendant par un filin de la nacelle,
accroche dans un arbre, prs de Kirchdrauf.]



[Illustration: Les bureaux du journal <i>Novosti</i> Dnia gards par la
police.]

[Illustration: Les bureaux du journal <i>Rouski Listok</i> gards par les
cosaques.]

PENDANT LA GRVE DES TYPOGRAPHES A MOSCOU

LA RUSSIE SANS JOURNAUX Les typographes, les imprimeurs, tous les
travailleurs qui concourent  la confection matrielle des journaux ont
t des premiers  entrer dans les vues des meneurs de la rvolution
russe qui poussaient  la grve gnrale comme au sr moyen d'obtenir
les rformes politiques demandes. Quelques-uns ont bien cherch 
rsister  ce mouvement, ont voulu continuer le travail, sous la
pro-tection de la gendarmerie ou des cosaques. C'est ainsi que certaines
imprimeries de Moscou, celles des <i>Novosti Dnia</i> et du <i>Rouski Listok</i>,
par exemple, ont continu  fonction-ner pendant quelques jours sous la
protection de la force arme. Mais la plupart des grandes villes de
l'empire,  commencer par Saint-Ptersbourg, sont actuellement sans
journaux, sans nouvelles, spares du reste dumonde, isoles mme l'une
de l'autre.

LE GENERAL DRAGOMIROF

Mikhal Ivanovitch, comme on l'appelait familire-ment, vient de
s'teindre  Konotop, prs de Kiev, dans sa terre patrimoniale, o il
tait n, o reposent les siens.

Sa popularit en Russie tait considrable. Sa renom-me avait franchi
toutes les frontires. Chez nous, dont il avait suivi les armes pendant
toute la campagne d'Italie, et o il tait revenu souvent, prenant part
avec un intrt passionn aux manoeuvres, se complai-sant  vivre parmi
nos soldats, il tait fort connu et on l'aimait beaucoup.

Ses thories sur l'ducation du troupier, qui voulaient que l'officier
et avant tout pour objectif de former le moral du soldat, taient
d'abord trop conformes  nos ides humanitaires pour ne pas lui avoir
conquis, en France, de chauds admirateurs. En fait, d'ailleurs, elles
semblaient mieux conues pour s'appliquer au soldat franais, dgrossi,
dlur, qu'au malheureux moujik illettr.

[Illustration: Le gnral O'Connor, qui vient de mourir  Paris.]

[Illustration: Le gnral Dragomirof.--<i>Phot. Pirou, boul.
Saint-Germain</i>.]

Aussi bien, ces thories sduisantes, Dragomirof eut peu l'occasion d'en
vrifier sur les champs de bataille l'excellence. Cette occasion
pourtant, la guerre de 1877 sembla devoir la lui fournir. A la tte de
la 14e division, qu'il commandait,  Kichinef, depuis plusieurs annes,
il dirigea brillamment le passage du Danube, pour marcher ensuite vers
Chipka. Mais une balle, qui le blessa au genou gauche, l'immobilisa pour
la dure de la campagne.

Il demeura donc un thoricien, un ducateur, un pro-fesseur d'nergie
militaire fort convaincant.

Au commencement de la guerre russo-japonaise, il avait tenu  aller dire
adieu aux troupes du gouverne-ment de Kiev partant pour la Mandchourie.
Et il avait saisi ce prtexte pour leur rpter en guise de suprme
recommandation, leur paraphraser l'un de ses adages favoris: Tire
rarement, mais juste; pique ferme avec la baonnette. La balle
s'garera, la baonnette ne s'ga-rera pas; <i>la balle est folle, la
baonnette est une luronne</i>.

Hlas! contre les canons d'aujourd'hui, une luronne bien
impuissante!

LE GENERAL O'CONNOR

Le gnral de division O'Connor, commandeur de la Lgion d'honneur, qui
vient de mourir  la maison de sant des frres Saint-Jean de Dieu, o
il suivait un trai-tement, aprs une grave opration, tait n  Paris
en 1847. Sorti de Saint-Cyr en 1868, il appartenait  l'arme de la
cavalerie. Capitaine en 1876, il passa par l'Ecole suprieure de guerre
et fut promu chef d'escadron en 1883, lieutenant-colonel en 1887,
colonel en 1891, gnral de brigade en 1896 et divisionnaire en 1902. Il
avait pris part aux expditions de Tunisie et du Tonkin; mais c'est
surtout  la tte de la division d'Oran qu'il devait se signaler comme
organisateur de la plupart des postes de notre frontire marocaine. Un
dsaccord avec le gouver-nement sur les mesures  prendre dans le
Sud-Oranais motiva son dplacement;  la fin de 1903, il tait appel
au commandement de la 8e division d'infanterie au Mans, mis bientt en
disponibilit, puis nomm membre du Comit technique de l'artillerie et
de la commission mixte des travaux publics.

UNE NOUVELLE STATUE DE MOLTKE

Il n'est gure de ville allemande se respectant un peu qui n'ait sa
statue de Moltke, voisinant avec celle de Bis-marck. Berlin possdait
seulement, sur la place Royale, l'effigie du chancelier de fer, face 
la colonne de la Vic-toire. La place rserve, en pendant, au
feld-marchal demeurait vide, le sculpteur Joseph Uphues, charg de la
meubler, se consumant, depuis des annes, en efforts, pour mettre au
monde un chef-d'oeuvre.

Il ne parat gure qu'il y ait russi. Il a camp son Moltke debout,
appuy  une sorte de colonnade qui n'a pour excuse d'tre dorique que
l'ambition purile du statuaire d'avoir voulu la a raccorder, comme
disent les architectes, avec quelques vilaines btisses de Berlin, qui
sont du mme ordre. Ce sige bizarre est d'ailleurs ridi-cule de
disproportion avec la figure. Mais il v a dans l'at-titude que le
professeur Uphues a donne au vieux stra-tge, les mains croises, le
regard droit, une impression de tranquille confiance qui n'est pas sans
caractre.

Le monument entier est en marbre. Ce serait, parat-il, le plus gros
bloc de marbre qu'on ait jamais taill--au moins dans les temps
modernes.--Mais cette statue a attir encore l'attention sur elle d'une
autre faon: c'est  l'oc-casion de son inauguration, le 26 octobre,
que le kaiser a prononc, verre en main, les paroles belliqueuses qu'on
a fort commentes ces jours derniers.

[Illustration: Le monument de Moltke, inaugur  Berlin le 26 octobre.]






LE JIU-JITSU

ENCORE UNE VICTOIRE DES JAPONAIS

La mode actuelle est incontestablement aux Japonais et, depuis les
succs inattendus que ce petit peuple a remports en Extrme-Orient,
tout ce qui le concerne a le don d'exciter notre intrt. C'est ainsi
que, dans les milieux sportifs, on discutait tout rcemment, non sans
quelque vivacit, la question brlante du jiu-jitsu. Le jiu-jitsu
(prononcez djioudjitss) est-il un simple bluff, comme le prtendaient
jadis la plupart des gens comptents? Est-ce, au contraire, le systme
idal de dfense individuelle, ainsi que le proclament les rares initis
de cet art nouveau? Le dbat, qui tait jusqu' ce jour rest indcis,
vient enfin d'tre tranch. C'est du moins ce qui semble rsulter du
match disput  Courbevoie, le jeudi 23 octobre, par le professeur
Re-Ni, instructeur de jiu-jitsu  l'cole de la rue de Ponthieu, et le
matre Dubois, reprsentant des sports de dfense franais, qui avait
lanc un dfi  Re-Ni.

Le matre Dubois, qui fut jadis un sculpteur non sans talent, est  la
fois un escrimeur dangereux, un boxeur redoutable, un faiseur de poids
et d'haltres de premier ordre: c'est, en un mot, le vritable type de
l'athlte. Sa taille est de lm,68; son poids de 75 kilos. Il est n en
1865.

Re-Ni, qui a juste trente-six ans, mesure lm,65 et pse 63 kilos. Il a
appris le jiu-jitsu  Londres sous les matres japonais Miyak et
Kanaya. Bien que robuste, il est notablement moins vigoureux que son
adversaire.

Le combat, o tous les coups taient permis, ne devait cesser que quand
l'un des antagonistes se reconnatrait vaincu. Il a t trs rapidement
termin par la victoire du jiu-jitsuan. En voici du reste le compte
rendu sommaire:

Au commandement: Allez, les deux adversaires se portent rapidement l'un
vers l'autre, s'arrtent  environ 2 mtres et s'observent trois ou
quatre secondes. Sur une feinte de Re-Ni, Dubois esquisse du droit un
coup de pied bas que Re-Ni esquive. Dubois porte alors, du mme ct,
un coup de pied de flanc; mais au mme instant, avec un -propos
extraordinaire, Re-Ni rentre d'un vritable bond de chat et saisit
Dubois  bras-le-corps. Dubois essaye un tour de hanche: Re-Ni, que ce
mouvement a plac  droite de son adversaire, appuie la main droite sur
l'abdomen de ce dernier, en mme temps qu'il lui comprime les muscles
lombaires avec la main gauche et lui envoie un coup de genou sous la
cuisse droite. Dubois bascule et tombe sur les omoplates comme une
masse; il porte nanmoins  Re-Ni, rest dessus, une prise de gorge qui
permet  ce dernier de lui cueillir le poignet droit. Re-Ni se renverse
immdiatement sur le dos,  la gauche de Dubois, lui passe la jambe
gauche en travers de la gorge, en lui maintenant avec ses deux mains le
bras sur son abdomen, le coude en dessous, le bras passant entre ses
deux jambes (1). Une vigoureuse pression, exerce sur le poignet de
Dubois, menace de lui dsarticuler au coude le bras qui se trouve en
porte--faux. Dubois rsiste pendant une seconde, puis demande grce.

      (1) C'est la position des combattants  cet instant prcis que
      reprsente la photographie ci-dessous.

Le combat avait juste dur 26 secondes, dont 6 secondes seulement pour
l'engagement proprement dit.

Les choses se sont passes exactement comme elles se seraient passes
dans une rencontre non prmdite. Les deux adversaires taient en tenue
de ville, avec chaussures ordinaires; Georges Dubois avait mme conserv
son chapeau et ses gants. Le sol, recouvert de gravier, tait seulement
un peu moins dur que ne l'aurait t le macadam ou l'asphalte. Enfin le
match a t disput en plein air, sur la terrasse du nouveau btiment
des tablissements de carrosserie Vdrine.

Le rsultat a t d'une nettet parfaite. Le reprsentant de la mthode
franaise n'a pas exist devant le reprsentant du jiu-jitsu.

                                    *
                                   * *

On pense bien qu'un vnement de ce genre n'a pas t accueilli sans
protestation de la part des adeptes de la boxe franaise ou anglaise. A
les entendre, aprs coup, le matre Dubois n'tait pas qualifi pour
reprsenter les sports de dfense, qu'il a prcisment pour mtier
d'enseigner. Nous ne chercherons pas  discuter cette manire de voir;
nous nous contenterons de dire que le jiu-jitsu, dj officiellement
pratiqu par les lves de West-Point (le Saint-Cyr amricain), les
policemen de New-York et de Londres, etc., va, sur l'initiative de M.
Lpine, tre enseign  partir de la semaine prochaine aux inspecteurs
de la Sret et aux agents de la brigade des recherches. La dfaite
ultra-rapide d'un athlte trs vigoureux et trs exerc par un homme
dont les moyens physiques taient visiblement trs infrieurs aux siens,
et qui est en outre bien plus un instructeur qu'un combattant, a montr
au prfet de police tout l'intrt que prsente le jiu-jitsu comme moyen
de dfense.

On a prononc,  propos de la rencontre de Courbevoie et du jiu-jitsu en
gnral, le mot de sport de voyou. Ce terme, dj excessif dans la
bouche de ceux qui condamnent la boxe anglaise comme trop brutale, prte
quelque peu  rire quand il est prononc par les adeptes convaincus de
la boxe anglaise ou franaise. Croit-on qu'il soit beaucoup plus lgant
d'craser d'un coup de poing le nez de son adversaire que de le forcer
par une adroite torsion de bras  demander merci? Rien n'est moins
certain. Nous partagerions mme volontiers l'opinion des deux officiers
suprieurs d'artillerie qui viennent de publier chez Berger-Levrault une
traduction du livre de M. Irving Hancock sur le jiu-jitsu et qui
considrent ce sport comme un art extrmement intressant, une
vritable escrime aussi captivante que celle de l'pe.

Est-ce  dire qu'il faille faire fi de notre vieille boxe franaise ou
mme de la lutte classique si chre  nos populations du Midi? En aucune
faon. Si le jiu-jitsu parat dcidment suprieur au point de vue de la
dfense personnelle, la boxe et la lutte n'en restent pas moins des
sports excellents pour le dveloppement de l'adresse, de la force et du
courage. Le jiu-jitsuan lui-mme ne peut ngliger compltement la boxe;
il doit, en effet, connatre les moyens d'action du boxeur pour pouvoir,
suivant l'expression consacre, rentrer dans ce dernier dont la tactique
est de le tenir  distance.

Ajoutons enfin que le jiu-jitsu n'est point, comme on le croit
gnralement sur la foi de renseignements aussi errons qu'incomplets,
une simple collection de trucs de combat: c'est en ralit une mthode
trs originale et trs complte de culture physique et d'entranement
qui commence par l'ducation de l'enfant, pour continuer par celle de
l'adolescent et de l'homme fait, sans perdre de vue l'ducation physique
de la femme. Ce sont en grande partie les enseignements du jiu-jitsu qui
ont donn aux troupes japonaises leur merveilleuse endurance et leur
admirable sobrit, et l'on peut, sans tre tax d'exagration, dire que
la jiu-jitsu a eu sa part dans le triomphe, si inquitant pour les
Europens, de la race jaune en Extrme-Orient.

L. SAUVEROCHE.



[Illustration: Le match Re-Ni Georges Dubois. Coup de pied au corps
port par Georges Dubois (vu de face)  Re-Ni (vu de dos).]

[Illustration: G. Dubois. Re-Ni. Re-Ni la jambe passe sur la gorge de
Dubois, fait  son adversaire le coup d'tirement et de torsion du bras
qui a mis fin au combat aprs six secondes de lutte.]

LE MATCH RE-NI-GEORGES DUBOIS

LES LIVRES ET LES CRIVAINS

H. G. WELLS, l'auteur de la Vrit.

CONCERNANT PYECRAFT, DONT NOUS PUBLIONS

EN SUPPLMENT, DANS CE NUMRO, LA TRADUCTION FRANAISE.

C'est en 1895 que M. H. G. Wells a publi son premier ouvrage: _la
Machine  explorer le temps_. Il avait alors vingt-neuf ans et, depuis
cinq ans qu'il avait termin ses tudes  l'Universit de Londres, il
professait les sciences en divers tablissements d'enseignement
secondaire de la capitale anglaise. Entre temps, il collaborait  des
publications scientifiques et littraires,  des revues de tous genres
et mme  des quotidiens. Encourag par le succs de son premier roman,
il publia coup sur coup, la mme anne, un recueil de nouvelles qu'on
retrouve en partie dans le volume intitul en franais _les Pirates de
la mer_ et _la Merveilleuse Visite_; l'anne suivante: _les Roues de la
Fortune_ et _l'le du docteur Moreau_; en 1897, un recueil d'articles,
un recueil de nouvelles et _l'Homme invisible_; en 1898, _la Guerre des
mondes_; en 1899, _Quand le dormeur s'veillera, Une Histoire des temps
 venir_ et _les Rcits de l'ge de pierre_; en 1900, _l'Amour et M.
Lewisham_; en 1901, _Anticipations_ et _les Premiers Hommes dans la
Lune_; en 1902, _la Dame de la mer_ et _la Dcouverte de l'avenir_; en
1903, _l'Humanit en formation_ et _Douze Histoires et un Rve_; en
1904, _Place aux gants_; en 1905, _Une Utopie moderne_; il a achev
plusieurs romans, indits encore, _Kips_, l'histoire d'un enfant; et un
autre, sans titre jusqu'ici et plus fantastique, parat-il, qu'aucun des
prcdents.

[Illustration: H. G. Wells.]

On a dit du fcond crivain qu'il tait le Jules Verne anglais, mais
Jules Verne lui-mme, qui avait une grande admiration pour son jeune
confrre, a fort bien marqu les diffrences qui les sparent et M.
Ch.-V. Langlois, de la Sorbonne, crivait dans la _Revue de Paris_:
Tout le monde a lu les livres de H. G. Wells, le nouveau Jules Verne
anglais, dit-on, mais un Jules Verne mieux inform, d'une fantaisie plus
puissante, et philosophe. Et ce qui a assur le grand succs de Wells,
en Angleterre et en Amrique comme sur le continent, c'est que tout le
monde peut le lire et que tout le monde le lit de plus en plus. Le
savant professeur qui discute les prestigieuses _Anticipations_ de Wells
prend un plaisir extrme  ses plus fantastiques rcits; l'adolescent le
suit, l'imagination blouie, dans les temps  venir et dans l'ge de
pierre, dans la lune ou  travers de plus lointains espaces; les
lectrices moins vagabondes sont mues par les amours de M. Lewisham ou
les tribulations de _la Merveilleuse Visite_, et les gens graves, les
sociologues, les hommes de science, ou de toutes les sciences,
s'merveillent de ses audacieuses hypothses, de ses prdictions
dconcertantes qui influencent puissamment le mouvement des ides
universelles. Et cet crivain, ce penseur prodigieux a d'exquis moments
de gaiet souriante, pendant lesquels il rvle _la Vrit concernant
Pyecraft_ ou narre tel autre conte factieux ou burlesque.



ALPHONSE ALLAIS

Alphonse Allais est mort subitement, samedi dernier,  l'ge de
cinquante-deux ans. Fils d'un pharmacien d'Honfleur, il tait venu tout
jeune  Paris pour tudier les sciences; mais, comme il arrive assez
frquemment, sa relle vocation n'avait pas tard  l'entraner dans une
voie bien diffrente, o il devait, d'ailleurs, trouver le succs et
conqurir la rputation.

[Illustration: Alphonse Allais.]

Aprs d'heureux dbuts au _Tintamarre_ et au _Chat-Noir_, la publication
de monologues fort gots, mme au-del de Montmartre, berceau de sa
notorit, il collabora au _Gil Blas_, devint rdacteur attitr du
_Journal_, puis rdacteur en chef du _Sourire_. Il aborda en outre le
thtre, en collaboration avec Alfred Capus et y russit. C'est surtout
la _Vie drle_, cette srie de chroniques, d'une fantaisie si
particulire, d'une forme si originale, qui lui avait valu la faveur
durable du public; la clientle de lecteurs fidles qu'il s'tait faite
se grossissait de nouveaux contingents quand il runissait ces feuillets
pars en des volumes dont les seuls titres, rpts comme des formules
typiques, assuraient la vogue: _A se tordre, On n'est pas des boeufs,
le Parapluie de l'escouade_, etc.

La verve par o Alphonse Allais s'tait class au premier rang des
auteurs gais n'avait rien de banal ni de grossier; sa blague de
pince-sans-rire tait d'un observateur sagace, d'un fin satiriste, d'un
humoriste du bon coin. Estim du monde des lettres, il excella et sut
rester gal  lui-mme dans un des genres les plus difficiles 
soutenir.



LIVRES NOUVEAUX

Romans.

On nous a cont souvent les exploits des fils  papa. Ce sont des
fils  maman que M. Ren Boylesve, l'auteur de _l'Enfant  la
balustrade_, met en scne dans son nouveau et dlicieux roman: _le Bel
Avenir_ (Calmann-Lvy, 3 fr. 50). Les fils  maman de l'ingnieux
crivain ne sont pas de bien grands caractres. Mais leurs mres: Mme
Dieulefait d'Oudart, Mme Chef-Boutonne et Mme Lapoiroux, quelles
hrones! Quels efforts pour assurer  leurs fils le bel avenir de
tous les rves maternels! Quel ressort, quels rebondissements aprs les
checs! Et surtout quelles habilets raffines--chez les deux
premires--pour sauver la face dans les passes critiques! La fiert
spciale, l'amour-propre indomptable des mres de fils unique ont t
finement observs par M. Ren Boylesve. Son livre est ironique sans
malveillance. Celui qui le lit se surprend  sourire aux bons passages:
et il y a de bons passages  tous les chapitres.

--M. Marcel Batilliat est de ceux qui poursuivent un dessein quand ils
l'ont form. Matriellement, il avait entrepris d'crire une srie de
trois romans sous le titre gnral: _le Rgne de la Beaut_. Aprs _la
Beaut_ et _Versailles-aux-Fantmes_, il nous donne aujourd'hui _la
Joie_ (Mercure ne France. 3 fr. 50). Il annonce maintenant le _Rgne de
l'Action_ et _le Rgne de la Sagesse_. C'est un beau programme
d'crivain. Faut-il tenter de rsumer en quelques mots le sujet de _la
Joie_? Ce serait aller contre le dsir d'un auteur qui s'exprime ainsi
dans un curieux avant-propos: Les jeunes femmes qui figurent, avec de
rares comparses volontairement effacs, les seuls personnages de _la
Beaut_, de _Versailles-aux-Fantmes_ et de _la Joie_, ne tiennent leur
raison d'tre ni de leurs aventures, ni de leurs crises sentimentales.
Le milieu social o elles voluent demeure strictement assez prcis pour
qu'elles semblent vivre de notre vie et de notre temps; leurs actions,
dgages de toute intrigue romanesque, se rsument aux phases
essentielles et ncessaires de leur existence. Genevive de Ceyneste,
Cillette Tynanges, Marie Nuaillre et leurs quelques amies ignorent des
contingences tout le relatif et le momentan: elles ne sont tudies que
dans leurs rapports avec le cadre de nature qui les entoure et les
influence, et selon l'instinct ternel qui les meut et les dirige...
Les romans du _Rgne de la Beaut_, comme ceux du _Rgne de l'Action_ et
du _Rgne de la Sagesse_ qui paratront ensuite, ne prtendent ni
analyser ni dcrire; mais concrter et rsumer le plus d'humanit
possible dans les attitudes naturelles de quelques jeunes femmes
symboliques,--semblables pourtant, par leur mentalit et leur volution,
 beaucoup de jeunes femmes de cette poque. Ces livres sont donc
l'essai et l'expression premire d'un art qui veut s'efforcer avant tout
vers une interprtation _harmonieuse_ et _dcorative_ de la nature, de
la pense moderne et de la vie. C'est un peu obscur, mais il n'y a
qu'en citant un crivain que l'on soit sr de ne pas le trahir.

_Questions d'actualit._ Aprs M. Gabriel Veyre, qui publiait rcemment:
_Au Maroc: dans l'intimit du sultan_ (Librairie Universelle, 3 fr. 50),
voici qu'un autre collaborateur de _L'Illustration_, M. Jean du Taillis,
qui accompagna l'hiver dernier  Fez la mission Saint-Ren-Taillandier,
publie  son tour un volume trs abondamment et luxueusement illustr
sur _le Maroc, pittoresque_ (Flammarion, 10 fr.). Dans une
lettre-prface, M. Marcel Saint-Germain, snateur d'Oran, constate que
ce livre est fait d'actualit, d'observations prcises et judicieuses,
de choses vcues. C'est le plus bel loge qu'on puisse adresser, en peu
de mots,  l'auteur d'un ouvrage de ce genre.

--Comme les livres sur le Maroc, les volumes sur les tats-Unis se
multiplient. Viennent de paratre coup sur coup: _l'Empire du travail
(la vie aux tats-Unis)_, par Anadoli (Plon-Nourrit, 3 fr. 50), et _le
Vol de l'aigle (de Monroe  Roosevelt)_, par Joseph Ribet (Flammarion, 3
Fr. 50). Tous deux tudient, l'immense dveloppement conomique et
politique de la grande rpublique nord-amricaine au dix-neuvime
sicle. Et tous deux se proccupent de voir dborder sur notre vieux
continent cette force toujours croissante.



LES THTRES

Nous publierons prochainement _la Marche nuptiale_, l'mouvante pice de
M. Henry Bataille que le Vaudeville vient de reprsenter et qui excite
vivement l'intrt du public. C est un de ces problmes passionnels
auxquels se plat le talent hardi et profondment original de l'auteur.
Mme Bertille Bady, MM. Dubosc et Janvier interprtent avec un rare
talent les rles principaux de la pice.

Signalons  l'Odon une trs bonne reprise de _la Souris_, de Pailleron:
Mlle Lly y remporte un grand succs dans le rle cr jadis par Mlle
Reichenberg.

Le thtre Molire passe volontiers d'un extrme  l'autre; le programme
de son nouveau spectacle comprend un assassinat en un acte, _les
Parias_, de MM. R. Vancouver et Ch. Duflo, et cette pice sans
prtention littraire est immdiatement suivie d'une lgre et aimable
comdie de MM. A. Germain et R. Trbor, _Fred_, parfaitement interprte
par Mlle Marguerite Caron et MM. A. Dubosc, H. Lamothe et Pouctal.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LA PCHE DE L'OR AU MOYEN D'PONGES.

Aprs l'Anglais qui annonce un procd industriel secret pour extraire
l'or de la mer, voici un Belge qui nous dvoile pour s'enrichir  la
mme source un procd tout  fait familial. Il suffit de plonger dans
la mer ou dans les marais salants des ponges mordances avec des sels
d'tain suivant les mthodes pratiques en teinturerie. Quand une tonne
d'eau, soit 1.000 litres, aura pass sur l'ponge, de 32  64
milligrammes d'or valant de 11  22 centimes s'y seront dposs sous
forme de pourpre de Cassius qu'un bain chimique trs simple transforme
en cyanure d'or. Et l'ponge peut resservir! On peut, d'ailleurs, lui
substituer de vieilles robes de soie, des chaussettes de laine et
n'importe quel produit mordanc comme il convient. Malheureusement, ce
petit jeu est interdit aux enfants qui pataugent sur les plages, car le
procd est brevet. La pche la plus fructueuse qu'on puisse en
attendre nous parat tre celle des actionnaires.

LE CENTENAIRE DE BRIGNOLES.

La petite ville de Brignoles (Var) vient de fter le centenaire d'un de
ses habitants les plus universellement considrs, M. Auguste Bourgogne,
n le 13 octobre 1805.

[Illustration: M. A. Bourgogne, n le 13 octobre 1805. entour de sa
famille.]

Prsident du tribunal de commerce de Brignoles pendant trente ans, doyen
des fabricants tanneurs de France, M. Bourgogne s'est retir des
affaires il y a plus de cinquante ans. Il est le cadet d'une famille de
quatorze enfants qui dpassrent tous la quatre-vingtime anne; sa soeur
est morte  quatre-vingt-dix-sept ans.

Notre gravure le reprsente dans son jardin, entour de son fils, de sa
fille et de ses deux arrire-petits-enfants; elle atteste la verdeur de
ce vieillard encore assez alerte pour avoir pu, le jour de son
centenaire, se rendre  pied  l'glise, puis  la salle de banquet et,
de l, rentrer chez lui, ce qui reprsente un peu plus de deux
kilomtres.

Depuis l'anne 1621, o mourut dans cette ville une femme ge de cent
trente-quatre ans, on n'avait pas vu de centenaire  Brignoles.

LES EXPORTATIONS D'AUTOMOBILES.

L'importation en France de vlocipdes, de motocycles et de pices
dtaches, a t de prs de 6 millions en 1904, au lieu de 5.670.000
francs en 1903, et celle des automobiles, venant pour le plus grand
nombre du Wurtemberg, est passe de 1.267.000  3.836.000 francs.

Mais notre exportation a subi un accroissement beaucoup plus
considrable, passant de 64.405.000 francs en 1903  85 millions 250.000
francs en 1904.

L'Angleterre,  elle seule, nous a achet pour prs de 40 millions
d'automobiles.

Ainsi, en cinq ans, l'industrie automobile franaise a augment de 62
millions ses exportations.

L'exportation des vlocipdes, motocycles et pices dtaches, est
maintenant de plus de 6 millions et demi.

EN ANGLETERRE.--Le lord-chief-justice et le lord-chancellor se rendant 
la Chambre des lords aprs la crmonie religieuse annuelle de l'abbaye
de Westminster.

LA RENTRE DES TRIBUNAUX ANGLAIS.

La rentre des cours et tribunaux s'est effectue en Angleterre, le 24
octobre, avec le crmonial accoutum. Ce crmonial comporte d'abord un
service religieux:  Londres, o la prsence des plus minents
reprsentants du corps judiciaire en rehausse l'apparat--de mme qu'
Paris, nagure, antrieurement  1901, date de l'abolition de cet
antique usage, le personnel du Palais, avant la reprise de ses travaux,
allait entendre la messe du Saint-Esprit ou messe rouge, clbre  la
Sainte-Chapelle--les magistrats anglais vont assister aux prires
propitiatoires dites  l'abbaye de Westminster. Ensuite, ils se rendent
processionnellement  l'audience solennelle d'ouverture tenue  la
Chambre des lords, laquelle, on le sait, outre son pouvoir lgislatif,
possde de hautes attributions judiciaires.

La singularit pittoresque de ce dfil mrite d'tre remarque. On y
voit, en effet, en pleine civilisation moderne, se drouler sur la place
publique, comme jadis, un cortge d'hommes vtus de longues robes plus
ou moins fourres, coiffs de vastes perruques blanches semblables  des
passe-montagnes, en tte duquel marchent gravement,  pas compts, les
deux dignitaires suprmes de l'ordre, le lord-chief-justice et le
lord-chancellor, prcds d'huissiers et de massiers, suivis de
porte-queue. Tandis que, chez nous, aujourd'hui, les gens de robe ne se
rsignent plus gure  s'exhiber dehors  pied, sous leur harnais
professionnel, qu'aux grands enterrements officiels o les astreint le
dcret de messidor, chez nos voisins d'outre-Manche, ils ne craignent
pas d'affronter la rue dans un appareil dont l'archasme plus complet
jure davantage encore avec l'tat actuel des moeurs. A Paris, un tel
anachronisme ne manquerait pas de provoquer les sourires narquois, voire
les quolibets irrvrencieux des badauds;  Londres, le prestige de la
magistrature n'en est nullement compromis aux yeux des spectateurs qui,
sans la moindre manifestation malsante, gardent une attitude
flegmatiquement respectueuse.

Ainsi qu'on l'a dj maintes fois observ, notamment  propos de la
procession annuelle du lord-maire, ce sont l des traits bien
caractristiques de l'esprit britannique: esprit, d'une part, trs
positif et trs progressiste; d'autre part, obstinment conservateur de
certaines traditions sculaires et de certaines coutumes surannes. Ces
tendances contradictoires donnent lieu  de curieux contrastes; mais,
aprs tout, peut-tre l'apparente antinomie n'est-elle que la forme
originale d'une puissante logique en vertu de quoi, pour ce peuple,
pratique par excellence, le culte de la force du pass est une des plus
solides garanties de la force du prsent.

CONSERVATION DU BOIS PAR LE SUCRE.

Divers procds sont employs pour soustraire les bois de construction
aux influences atmosphriques; en gnral, on injecte la masse ligneuse
d'une substance aseptique formant avec les lments du bois des
combinaisons stables. C'est ainsi que les traverses de chemins de fer
sont injectes de crosote, de chlorure de zinc ou de sulfate de cuivre.

Un chimiste allemand a imagin de plonger le bois dans une solution de
sucre de betterave. Le sirop s'infiltre dans les pores du bois et y
forme une combinaison spciale, car, aprs dessiccation, on ne retrouve
aucun cristal de sucre. Le bois ainsi trait prsente, affirme-t-on, une
grande cohsion molculaire et acquiert une grande force de rsistance
aux injures du temps.

TACHES IMMENSES SUR LE SOLEIL.

Un immense groupe de taches vient d'tre visible sur la surface du
soleil. Il apparaissait le 14 octobre sur le bord oriental, passait au
mridien central le 20 et disparaissait sur le limbe occidental le 26.
Les photographies que nous donnons montrent, par le dplacement de cette
tache, que le soleil tourne, comme on sait, sur lui-mme, en vingt-cinq
jours environ. Ces photographies sont orientes comme on voit les images
dans une lunette astronomique, c'est--dire le sud en haut et l'est 
droite.

Une autre magnifique tache est apparue le 21 octobre. Sa profondeur
s'est accuse nettement, par le fait qu'elle a creus sensiblement le
limbe solaire. Cette tache sera visible sur le disque solaire jusqu'au 2
novembre prochain. Elle est visible  l'oeil nu comme un point noir.

[Illustration: Le grand groupe de taches solaires: 20 octobre 1905  1
h. 48 m. soir.]

Le soleil est, en ce moment, dans une priode d'activit assez intense.
On sait qu'il est des poques o l'on ne voit presque pas de taches  sa
surface, d'autres, au contraire, o elles sont nombreuses. La priode
est de onze ans environ et le maximum arrive quatre ans et demi aprs le
minimum. Le dernier maximum des taches solaires est arriv en aot 1893
et le dernier minimum en aot 1901. Nous devons donc nous attendre 
voir de trs grandes taches cette anne et l'anne prochaine. Pour les
observer, la plus petite lunette peut tre employe,  la condition
d'interposer entre l'oculaire et l'oeil un verre noir assez fonc.

Un trs intressant problme est  l'tude en ce moment. C'est la
relation possible de l'tat du soleil avec les diffrents phnomnes qui
se passent au sein de l'atmosphre terrestre. Des donnes fort utiles
pourront ainsi tre obtenues et tre d'une grande porte pratique pour
l'avenir.

LA FORCE DU BOEUF.

Au concours organis par la Socit d'agriculture de la Haute-Vienne et
tenu rcemment  Limoges, de fort intressantes constatations ont t
faites.

Les boeufs taient mens par leurs conducteurs habituels, mais ils
taient si bien dresss que les conducteurs se bornaient  faire le
simulacre de se servir d'un fouet ou d'un aiguillon, mais sans frapper
ni piquer les animaux.

La plus forte paire de boeufs, gs de quatre ans et demi, pesant 1.380
kilos, se montra capable de fournir, en travail normal, un effort moyen
de 317 kilogrammes  une vitesse moyenne de 60 centimtres par seconde,
soit une puissance mcanique utilisable de plus de 190 kilos par
seconde, ou un peu plus de 2 chevaux-vapeur et demi.

Ces chiffres prouvent que le boeuf en gnral et les boeufs limousins en
particulier sont d'excellents animaux de travail.

Les rsultats tiennent d'ailleurs en grande partie  la manire de
conduire les boeufs. Avec la mme paire d'animaux, le rendement varie
beaucoup et, suivant l'adresse ou l'inexprience du conducteur, il peut
tre suprieur ou infrieur, mme avec une plus grande fatigue des
animaux.

[Illustration: 16 octobre 1905: 11 h. 37 m. du matin.]

[Illustration: 20 octobre 1905: 11 h. 44 m. du matin.]

[Illustration: 22 octobre 1905: 8 h. 53 m. du matin.]

PHOTOGRAPHIES DES TACHES DU SOLEIL PRISES PAR M. F. QUNISSET, DE
L'OBSERVATOIRE ASTROPHOTOGRAPHIQUE DE NANTERRE.



[Illustration: La fte vnitienne et le feu d'artifice en l'honneur du
prsident de la Rpublique, dans la baie de Cascas, prs Lisbonne, le
28 octobre.--_Dessin d'aprs nature de Georges Scott_.]

LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE EN PORTUGAL

Ainsi que tous les bulletins quotidiens du sjour de M. Loubet en
Portugal se sont accords  le constater, la rception faite au
prsident de la Rpublique franaise a t remarquablement cordiale et
brillante. Si, d'une part, la population, trs dmonstrative, n'a pas
mnag ses chaleureuses ovations, d'autre part, les souverains n'ont
rien nglig pour rehausser l'clat des ftes donnes en l'honneur de
leur hte. Celui-ci a, d'ailleurs, exprim  plusieurs reprises son
impression personnelle en des termes significatifs, notamment le dernier
jour, lorsque,  l'occasion de sa visite  l'htel de ville de Lisbonne,
rpondant au discours du prsident de la municipalit, il a dit: Je vis
ici dans un enchantement perptuel, De mon arrive jusqu' mon dpart,
j'ai rsid dans un palais des _Mille et une Nuits._

La mise en scne dploye fut, en effet, d'une magnificence
merveilleuse. On peut citer, comme exemple, les sept voitures de grand
gala de la cour, sorties pour la circonstance du muse de Belem,
superbes modles de carrosserie et d'art dcoratif des dix-septime et
dix-huitime sicles. Le plus beau carrosse, attel de huit chevaux, o
les deux chefs d'tat prirent place--les personnages de la suite
occupant les autres--a t construit sous le rgne du fastueux Jean V:
surcharg d'ornements et d'ors, ses panneaux sont dcors de sujets
genre Watteau, excuts par le peintre franais Quillard; l'intrieur
est tendu de soie cramoisie.

A signaler encore la surprise finale d'une curieuse reconstitution:
trois vnrables reliques du dix-septime sicle, trois galres royales,
 la proue dore en forme de chimre,  la vaste cabine d'arrire,
tires exceptionnellement de l'arsenal et quipes de leurs rameurs, au
nombre de cent, quatre-vingts et quarante, revtus du costume des
anciens galriens, vareuse rouge et bonnet rouge lisr de jaune aux
armes portugaises, maniant en cadence des avirons  manche rouge, 
palette blanche seme de dauphins bleus. C'est une de ces embarcations
historiques qui, le dimanche 29 octobre, transporta le roi, la reine et
M. Loubet  bord du cuirass _Lon-Gambetta_, o, avant l'appareillage,
devait avoir lieu le djeuner offert par le prsident.

[Illustration: En rade de Lisbonne, le 29 octobre, pendant le djeuner
d'adieu offert par le prsident de la Rpublique au roi et  la reine de
Portugal,  bord du _Lon-Gambetta_: les galres royales accostes au
cuirass franais.]

[Illustration: De gauche  droite, au premier rang: MM. Jean Bonnenille,
prsident; Charles Rouvier, ministre de France; Max Doyan. Au deuxime
rang: MM. Lucien Lallemant; docteur Pompei; A. Leroux; Emile Lefrapper;
Fernand Pouget; Maurice Garrelon; Georges Chaigneau; Lon Lacombe. Les
dlgus de la colonie franaise  Lisbonne chargs d'organiser les
ftes en l'honneur du prsident de la Rpublique.--_Phot. Benoliel._]



LE MONUMENT D'OMER SARRAUT

Dimanche dernier, a eu lieu, en prsence de MM. Gauthier, ministre des
Travaux publics, et Dujardin-Beaumetz, sous-secrtaire d'Etat aux
Beaux-Arts, l'inauguration du monument commmoratif lev par ses
concitoyens  Orner Sarraut, ancien maire de Carcassonne, mort en 1887,
 l'ge de quarante-trois ans, pendant l'exercice de ses fonctions
municipales. Ce monument, rig au Jardin des Plantes, est l'oeuvre du
sculpteur Ducuing; en bronze et granit, il se compose d'une stle
supportant un buste vers lequel un enfant des coles, que soutient une
femme symbolisant la ville de Carcassonne, tend une palme en signe
d'hommage et de gratitude; le soubassement repose dans la vasque d'une
fontaine.

Les fils du dfunt: MM. Albert et Maurice Sarraut, l'un dput de
Narbonne, l'autre directeur des services parisiens de _la Dpche de
Toulouse_, assistaient  la crmonie, o plusieurs orateurs ont rappel
les vertus civiques de leur pre et ses minentes qualits
d'administrateur.

[Illustration: Le monument d'Orner Sarraut  Carcassonne.]



[Illustration: LES AVATARS DE DON QUICHOTTE, par Henriot.]



NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles compris sous cette rubrique sent entirement
gratuits.)


LA JUMELLE TOM POUCE

M. Balbreck, l'opticien bien connu, vient de lancer dans le commerce la
jumelle Tom Pouce, dont le dernier modle est muni de tous les
perfectionnements que la science moderne lui a permis d'y apporter. Nous
n'avons pas  rappeler ici les remarquables qualits de cet ingnieur,
dont les appareils de prcision sont particulirement apprcis dans le
monde scientifique. Il nous suffira de rappeler que nous devons  cet
habile et savant constructeur le tlmtre, la boussole directrice de
reconnaissance militaire, la boussole nivelante, le mridien portatif,
l'orographe Schrader et tant d'autres instruments qui rendent  l'arme
et  la marine d'inestimables services.

Cette prcision mathmatique qui lui est familire, M. Balbreck a pu
l'appliquer, et cela sans augmentation de prix, aux jumelles de thtre
ou de campagne fabriques habituellement avec des tubes tirs ou du
laiton repouss.

Une visite tout particulirement instructive et intressante aux
ateliers de ce constructeur, rue de Vaugirard, nous a permis de suivre
de trs prs le nouveau procd de fabrication et de nous convaincre de
sa grande supriorit. Comme nous le savons tous, une lorgnette se
compose de deux verres, l'oculaire par lequel on regarde et l'objectif
tourn vers l'objet regard. Pour que l'image soit nette, il faut que le
centre des deux lentilles concorde mathmatiquement, sinon le rayon
visuel dvie et l'image est brouille.

Cette exactitude mathmatique existe toujours dans les lorgnettes et
jumelles neuves, mais elle se perd rapidement  l'usage.

Cet inconvnient est d au mode de construction. La partie extrieure,
en effet, l'enveloppe, se fait en cuivre ou en fer-blanc repouss. C'est
ainsi qu'on lui donne sa forme bombe. Quant aux pices droites, elles
sont en mtal tir et, si adroit que puisse tre l'ouvrier qui les
confectionne, la coulisse qui sert  loigner ou  rapprocher l'oculaire
de l'objectif n'est pas toujours d'une forme cylindrique parfaite. On
remdie  cet inconvnient en feutrant cette coulisse. Cela va bien dans
les premiers temps, mais peu  peu le feutrage s'use et la concordance
des centres n'existe plus.

[Illustration: La jumelle Tom Pouce ouverte. (Grandeur nature.) AA,
oculaires; BB. objectifs; C, traits numrots indiquant l'cartement des
oculaires; D, bielle et mcanisme de mise au point.]

De l le brouillard et le halo multicolore que l'on constate souvent
dans les jumelles de thtre.

L'unique instrument de travail employ dans les ateliers de M. Balbreck
est le tour: il permet, seul, d'obtenir des tubes absolument ronds et
droits, susceptibles de coulisser l'un dans l'autre sans jeu
apprciable, et cela pendant une dure de service indfinie. Il est
d'ailleurs extrmement curieux de voir des barres de laiton, aprs
perforage et filetage  l'aide de tours-revolvers perfectionns, se
transformer en un rien de temps en lgantes montures de lorgnette qu'il
suffit de voir pour les dsirer.

Puisque nous en sommes  la partie mcanique, donnons une mention toute
spciale au mcanisme qui commande la mise au point: nous n'avons plus
affaire cette fois au systme ordinaire  vis, mais bien  un systme de
bielle double des plus originaux. Cette bielle, que l'on peut trs bien
voir sur notre gravure, commande les tubes porte-objectifs toutcomme une
bielle ordinaire commande un piston de moteur; il suffit de tourner un
bouton dont la manoeuvre est plus commode et plus rapide que celle des
vis ordinaires.

La jumelle est munie d'un dispositif d'cartement variable pour
oculaires. L'cartement des yeux varie, en effet, suivant les personnes,
entre 60 et 70 millimtres et il en rsulte une gne trs sensible
lorsqu'on regarde dans une lorgnette ordinaire ne concordant pas avec
les yeux du spectateur. On voit trs souvent deux images spares que
l'on fusionne avec peine; cet inconvnient est vit dans la jumelle
Tom Pouce, il suffit de retenir une fois pour toutes l'cartement qui
convient et qui se trouve indiqu par des traits numrots visibles sur
notre gravure.

La partie optique a t l'objet de soins spciaux: il s'agissait
d'obtenir un grossissement considrable sous une longueur et un volume
minuscules. Seul l'emploi de douze verres, trois par oculaire et trois
par objectif, permettait d'obtenir ces rsultats; tout systme optique
achromatique, c'est--dire ne donnant pas d'images colores, et
anastigmate, c'est--dire donnant des images nettes, rclame, en effet,
l'association de trois verres parfaitement taills et centrs.

Cet ensemble de perfectionnements fait de la jumelle Tom Pouce, un
instrument puissant et commode sous un volume trs faible. L'lgance en
est d'ailleurs remarquable.

La jumelle Tom Pouce se trouve aux prix de 30 et 45 francs, suivant
qualits, chez _M. Dwelleroy_, l'ventailliste bien connu, _35,
boulevard des Capucines, et 17, passage des Panoramas,  Paris_. Joindre
0 fr. 75 pour le port.


UN ENDUIT CONTRE LA ROUILLE

Un produit non salissant et susceptible de protger les mtaux contre la
rouille serait assurment bien accueilli du public. A vrai dire, nous
avons dj pour ce but diffrents produits, en particulier de nombreux
vernis  mtaux, sans parler d'une simple couche de graisse quelconque,
mais tous ces corps sont plus ou moins salissants et peu agrables 
manier. Les vernis, d'autre part, dnaturent la surface ou la teinte du
mtal et, dans tous les cas, sont dlicats  appliquer.

Le produit antirouille que nous a indiqu M. Bourdais ne prsenterait
aucun de ces dfauts; il sche vite, sans former d'paisseur apprciable
et sans altrer la couleur des mtaux. On pourrait, d'autre part, manier
longtemps les objets traits avec ce produit sans que la couche
protectrice disparaisse.

D'aprs les indications qu'a bien voulu nous fournir l'inventeur, la
base de cet antirouille serait le tannin associ  la trbne. Il
existe toutefois deux sortes de produits, l'un destin au fer et 
l'acier, l'autre  tous autres mtaux oxydables, le cuivre et le laiton,
ainsi que les mtaux d'orfvrerie. On trouve ces deux antirouilles au
prix de 0 fr. 75 le flacon (pour fer et acier) et 1 fr. 25 (pour tous
autres mtaux), port non compris, chez _M. Marcel Bourdais, 4, rue des
Filles-du-Calvaire, Paris_.


Note du transcripteur: Les supplments mentionns en titre ne nous ont
pas t fournis.





End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 3271, 4 Novembre
1905, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK
L'ILLUSTRATION, NO. 3271, 4 NOVEMBRE 1905 ***

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both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

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effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
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property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
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Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
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LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
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DAMAGE.

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that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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