Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3655, 15 Mars 1913, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: L'Illustration, No. 3655, 15 Mars 1913

Author: Various

Release Date: October 19, 2011 [EBook #37799]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3655, 15 ***




Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque






L'Illustration, No. 3655, 15 Mars 1913

AVEC CE NUMRO
La Petite Illustration
CONTENANT
LES ANGES GARDIENS
Roman par MARCEL PRVOST
DEUXIME PARTIE



LA REVUE COMIQUE, par Henriot.


Ce numro comprend VINGT-QUATRE PAGES.--Il est accompagn de LA PETITE
ILLUSTRATION, Srie-Roman n 2, contenant la deuxime partie du roman de
M. Marcel Prvost: LES ANGES GARDIENS.

[Illustration: L'ILLUSTRATION _Prix du Numro: Un Franc._ SAMEDI 15 MARS
1913 _71e Anne.--N 3655._]

[Illustration: DEVANT ANDRINOPLE: LE BLOCUS DES ASSIGEANTS PAR LA NEIGE
_Photographie du lieutenant G. Stanof, du 30e rgiment d'infanterie
bulgare.--Voir les autres photographies, pages 234 et 235._]



_La semaine prochaine,_ LA PETITE ILLUSTRATION _publiera:_

_L'Homme qui assassina pice en 4 actes de_ M. PIERRE FRONDAIE, _d'aprs
le roman de M. Claude Farrre._

_Le numro suivant (29 mars) contiendra la troisime partie du roman de_
M. MARCEL PRVOST: _Les Anges gardiens._

_Paratront ensuite, alternant avec les 4e et 5e parties des_ Anges
gardiens: _Les Flambeaux, de_ M. HENRY BATAILLE; _Servir et la Chienne
du roi, de_ M. HENRI LAVEDAN; _L'Embuscade_, de M. HENRY KISTEMAECKERS.

_Puis viendront:_

_Les claireuses, de_ M. MAURICE DONNAY; _Hlne Ardouin, de_ M.
ALFRED CAPUS; _L'Habit vert_, de MM. ROBERT DE FLERS ET G.-A. DE
CAILLAVET, _et le roman de_ M. PAUL BOURGET: _Le Dmon de midi_.



COURRIER DE PARIS

LES MAISONS EN CONSTRUCTION

De deux fentres loignes l'une de l'autre, situes chacune  une
extrmit de mon appartement, celle-ci au nord, celle-l au midi, de la
fentre de ma chambre et de celle de mon cabinet, je vois construire
deux maisons.

Je les regarde s'lever  la place mme o l'an dernier se tenaient, si
droites encore, celles que j'ai vu jeter  bas, dont il ne reste plus
trace que dans mon souvenir, et peut-tre dans celui des hommes qu'elles
ont abrits. Et ces deux maisons, je ne sais pourquoi, occupent ma vie.
Si ce n'est que toutes les deux elles sont de rapport et qu'elles
auront le mme nombre d'tages, elles prsentent dj un caractre trs
distinctif. L'une, sur laquelle donne ma chambre, est en bton arm ou
du moins jusqu' prsent, et rien ne permet de croire qu'il en sera
diffremment dans la suite. L'autre, qui forme le principal paysage de
mon cabinet, est en pierre.

                                  *
                                 * *

Ces deux maisons, qui sont spares par tout un pt d'immeubles, et
qui, par consquent, ne peuvent pas se voir, et qui ne sont pas dans
les mains des mmes entrepreneurs, ont cependant et gardent jusqu'ici
une hauteur pareille, montant chaque jour, en se suivant, comme si elles
le faisaient exprs, quoique la maison de pierre ait tendance  gagner
sur sa voisine. Chaque matin, ds que je me lve, il faut--c'est plus
fort que moi--que j'aille jeter mon premier coup d'oeil sur le chantier
qui m'attire au saut du lit, celui de la maison en bton. Je ne peux pas
dire que ce spectacle m'enchante et me procure un rveil clin. Rien
n'est moins gracieux dj que l'aspect des fondations bantes, des caves
entr'ouvertes et  ciel libre car une cave n'est belle et n'a sa
relative magnificence que vote, et basse, et bien noire, bien
salptre, bien feutre de poussire et de silence et ramone de ces
courants d'air d'outre-tombe qui soufflent le frisson. Il faut qu'elle
ait son sol lastique et mou, ses caresses de vent frais, ses toiles
d'araignes, ses suies de bouteilles, ses rats furtifs, son odeur de
bougie, de lige et de chat. Alors elle est explicable et parle. Mais en
cours de travaux, n'ayant pas encore mrit ni obtenu son mystre, elle
offre une laideur sinistre. Les caves en bton que je regarde triturer
m'affectent d'une faon spciale. Qu'elles sont peu engageantes! Je ne
puis penser que l'on y mettra du vin. Elles me paraissent propres plutt
 receler de l'argent, des caisses pleines de valeurs ou de la
ferraille. On dirait des petits sous-sols de Crdit lyonnais. Oui, osons
-l'avouer, le bton, mme arm, n'a pas de charme et de posie. D'un
gris de boue, d'une glaise infconde et dont ne consentira jamais 
sortir la moindre statue, il sent le faux, il donne l'impression d'tre
la singerie du solide et de vouloir pasticher le durable. J'ai beau voir
la pte paisse, le maussade limon se durcir dans l'armature et le
treillage des tiges de fer, je ne me dcide pas  m'imaginer que cette
crme saisie et coagule soit de la pierre et la remplace. C'est un
compos, ce n'est rien. Mais le travail est curieux, et les ouvriers
m'intressent.

Ds sept heures ils commencent  arriver. Ils sont mthodiques, prcis
et lents. Chacun sa besogne. Il y a ceux qui gchent, ceux qui coupent
le fer, ceux qui le tordent et l'assemblent, ceux qui manient la truelle
avec cette souplesse et cette virtuosit de poignet dont nous demeurons
confondus, ceux qui piochent  toute vole,  bout de bras, comme s'il
s'agissait de dfoncer un couvercle de coffre-fort, ceux qui, inclins
en oblique, poussent l grosse brouette, ou qui, pliant sur leurs jambes
nerveuses et nues dans les culottes flottantes de vieux velours aux
inconcevables reflets, raclent et ramassent  larges pelletes les
gravats pour les lancer en paquets dans le tombereau,  la petite place
o ils veulent. Ils poursuivent tous leur tche avec ordre et sans vaine
fivre.--Y a bien le temps! Et quand est arriv le moment capital du
repas,  la minute,  la seconde, ils quittent tout! C'est sacr. On
mange. Les uns vont chez le marchand de vins d' ct. Les autres, les
plus nombreux et les plus senss, restent dans le chantier pour djeuner
sur le tas. Il n'est pas rare de voir apparatre la mnagre qui
apportera  son homme sa portion, dans un panier noir  deux anses dont
l'une est raccommode avec une ficelle, ou bien dans une serviette.
C'est gnralement une pauvre et humble femme, vtue triste, et nu-tte,
bien calme, bien rsigne; la brave femme de l'ouvrier, aux mains
croises sur un ventre bomb comme un sac de pltre, et humble,
courageuse, docile, sereine. Elle en a tant vu, et tant endur, qu'elle
est toujours contente, pourvu que a n'aille qu' moiti bien. Elle est
exemplaire et magnifique  contempler quand elle se montre aux environs
de onze heures parmi les tas de pierre et les remparts inachevs de la
maison neuve, de la maison en construction, humide, et qui glace 
quarante pas. Avec la patience du peuple, elle attend que son homme soit
libre et lui fasse signe pour approcher. Et quand il s'avance elle le
rejoint. Lui, s'assied sur des planches, le dos au mur sec de la maison
voisine, au bon endroit qu'il a choisi et qu'claire le soleil, quand il
y en a. Elle, reste debout, le couvant du regard, pendant qu'il
s'installe et organise ses commodits. Et tour  tour sont sortis par
elle du panier le morceau de pain gros comme un pav, la viande froide,
le fromage pais, la haute bouteille de vin noir, pleine jusqu' toucher
le bouchon. Ces choses prcieuses sont tales et poses par terre, en
cercle, devant le travailleur aux jambes cartes qui a dj ouvert son
couteau fidle, et renvers, pour y poser le veau, son large pouce.
Enfin, sous la moustache aux poils gris, pareille  la brosse en balai
du colleur d'affiches, la bouche s'ouvre, et l'homme mange, avec paix et
gravit. Alors seulement, la femme, quelquefois, si elle est bien en
confiance, ose s'asseoir prs de lui et semble heureuse. Elle remportera
dans un instant la bouteille vide dans le panier plus lger.

D'autres camarades, qui, sans doute, n'ont point de femmes ou qui,
d'humeur indpendante, n'aiment pas que le sexe s'occupe d'eux, se
rassemblent par petits groupes pour faire la collation. Malins comme des
soldats, ils improvisent des cuisines en plein vent, coupent du menu
bois, allument des feux entre les pierres, accroupis tout autour  la
zouave. Et cette copieuse sance dure une bonne demi-heure, si ce n'est
plus. Aprs quoi, le travail reprend. Et voil de nouveau mes hommes
repartis entre les piliers de boue, d'o pointent les tiges de fer...

                                  *
                                 * *

Dcidment, s'il me fallait choisir, pour y demeurer, entre les deux
maisons que l'on btit sous mes yeux, ce n'est pas dans celle du bton
que j'lirais domicile. Plutt dans l'autre, dans celle en pierre, qui
me sourit. Sa couleur d'abord, apptissante, blanche, nacre et jaune 
la fois, sa couleur de chair et de rose-th ne chagrine pas, semble
faite pour rjouir la lumire. Et puis, cette maison-l est logique,
traditionnelle. Elle est leve selon les vieilles rgles. Comme
autrefois, comme toujours, depuis que la pierre est pierre, les blocs
sont apports tout taills, dgrossis et numrots. On les passe dans
leurs quatre attelles et ils sont hisss un peu de travers, en tournant,
 l'aide de la mcanique imperturbable et sre que manoeuvrent longtemps,
sans s'impatienter, les deux hommes au torse d'Ixion, comme s'ils
avaient  tirer de l'eau d'un puits trs profond!... Seulement, au lieu
de faire monter un seau d'eau frache, il s'agit d'envoyer doucement et
d'aller poser,  la hauteur d'un troisime tage, un ftu de 400 kilos.
Quel plaisir on prouve  voir tous les morceaux de ce jeu
d'architecture se placer et s'ajuster pour ainsi dire d'eux-mmes, l o
il le faut, les uns au-dessus des autres! La maison a l'air de se btir
toute seule comme si les ouvriers n'taient l que pour surveiller les
pierres, les matriaux, anims d'une vie intelligente. Et cette
impression est si vive qu'il m'arrive chaque matin de m'tonner que la
maison soit au mme point que la veille au soir. Je ne serais pas le
moins du monde surpris qu'elle et continu la nuit, qu'elle et avanc
par ses propres moyens, mme quand les hommes sont partis se coucher.

                                   *
                                  * *

Mes maisons me procurent d'autres penses, d'une indfinissable
mlancolie dans leur banalit.

Elles me font songer que j'ai pu voir, que j'ai vu le sol, invisible 
prsent et pour combien d'annes, o elles ont pris racine, qu'elles
couvrent dsormais ainsi qu'un monument funraire. Elles me font songer
 ceux qui ont vcu sur cet troit espace, qui sont aujourd'hui Dieu
sait o, disperss ou morts,  ceux qui viendront demain au mme endroit
croire qu'ils s'y fixent dans le repos, et qu'ils y sont  l'abri... Et
ce sont eux qui, trs probablement, d'en face, verront  leur tour,  un
moment que je ne sais pas, dmolir la maison o je suis, o je me crois
garanti de durer. O serai-je, moi, ce jour-l?... Dmnag? Ou bien...?

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



[Illustration: Les deux mille dtenus de la prison de Saint-Quentin (en
Californie) assistant  une reprsentation de Mme Sarah Bernhardt. Les
condamns  mort (une douzaine) ont t placs au premier rang devant la
scne.]

SARAH BERNHARDT

CHEZ LES PRISONNIERS CALIFORNIENS

San-Francisco, 22 fvrier 1913.

Les Californiens sont enclins  l'indulgence. La beaut des sites de
leur pays, la douceur du climat, les jardins fleuris qui potisent leurs
demeures, tout aide  dvelopper chez eux l'humaine tendresse, comme
disait Montaigne. Ils ont construit pour enfermer ceux qui dsobissent
aux lois une prison o rgne le plus grand libralisme. On cherche en
cet asile confortable  faire oublier aux condamns leurs rancunes
contre la socit et on les entrane  marcher correctement dans le
droit chemin en attendant la libration ou le pardon. En un mot, ils
sont traits comme des hommes atteints d'une maladie mentale passagre
qu'il importe de gurir, plutt que comme des individus  tout jamais
incorrigibles. La prison de Saint-Quentin n'est point une gele, mais un
tablissement de relvement social. Mieux que toute autre institution,
elle montre cet optimisme magnifique des gens du Far-West qui ne doutent
jamais du progrs ou de la renaissance morale, mme dans les cas en
apparence dsesprs.

Pour la fte de Washington, ce 22 fvrier, les autorits californiennes
avaient demand  Sarah Bernhardt, en tourne  San-Francisco juste  ce
moment-l, de vouloir bien jouer devant les pensionnaires de
Saint-Quentin. Toujours gnreuse, notre grande tragdienne avait
accept, et elle avait eu l'amabilit de m'inviter  cette excursion
pittoresque. J'avais accept, comme on pense, avec empressement, car le
spectacle promettait d'tre infiniment curieux. Sarah Bernhardt jouant
exclusivement pour deux mille dtenus et une douzaine de condamns 
mort, voil une manifestation qui valait la peine d'tre vue!

                                  *
                                 * *

Nous voil donc partis en automobile, et, aprs avoir travers la baie
sur le _ferry-boat_ de Sansalito, nous filons  toute vitesse vers le
nord dans la direction de Saint-Quentin, laissant derrire nous le
majestueux Tamalpas dans les ombres violettes. La prison est situe 
vingt kilomtres environ de San-Francisco, sur un cap qu'entourent des
collines aux ondulations harmonieuses. Tout le long de la route se
succdent de tendres paysages dans lesquels on distingue des villas aux
couleurs gaies, de sveltes bungalows, des auberges aux enseignes
allchantes, o les Californiens se rendent en promenade les jours de
fte.

[Illustration: Vue d'ensemble de la prison de Saint-Quentin.]

Aprs de nombreux dtours dans la valle, nous apercevons la maison
d'arrt. On dirait un vaste chteau fort gard par une srie de kiosques
surlevs, dans lesquels sont placs des gardiens prts  fusiller les
fugitifs. Ds que l'on pntre sur les terrains du pnitencier, cette
impression svre s'adoucit, car le chteau fort est entour de
paisibles jardins potagers, de tennis-courts, de parterres multicolores
et de vertes pelouses. Les premiers prisonniers que nous rencontrons,
rass de frais, dcemment habills dans leur uniforme de laine blanche 
larges raies noires, ont un air de prosprit qui empche qu'on ne
s'apitoie par trop sur leur sort.

_La Marseillaise_ retentit. C'est la fanfare des convicts qui salue
l'arrive de Sarah Bernhardt. La musique adoucit les moeurs, et les
dtenus, pour oublier les rigueurs de la captivit, ont leur orchestre
comprenant une trentaine d'instrumentistes. Tous les arts, d'ailleurs,
sont reprsents  Saint-Quentin...

[Illustration: Un des prisonniers, Abraham Ruef, lisant une adresse de
remerciements  Mme Sarah Bernhardt.]

Dans la cour intrieure, une scne a t improvise. Le rideau a t
taill dans une bche. Devant le thtre, un espace est rserv aux
membres de la fanfare. Deux mille prisonniers attendent fivreusement
l'apparition de notre grande artiste. Il y a l des gens de toutes les
nationalits, des Chinois, des Japonais, des multres, des ngres. Les
femmes (on en compte une quarantaine dans la prison) ont t aussi
admises. Les gardiens--munis de la canne et du revolver
rglementaires--encadrent les diverses sections qui ont t amenes dans
un ordre prcis. On a plac les condamns  mort au premier rang, et je
m'installe au milieu d'eux pour mieux juger de leurs impressions. Un
hydroaroplane, qui nous a suivis depuis San-Francisco, voltige
au-dessus de nos ttes. Mais la foule des prisonniers ne prend pas
beaucoup d'intrt  ses volutions. Dans le recueillement, elle attend
la venue de Sarah sur le trteau de fortune sur lequel il semble que la
Magie surgira tout  l'heure. On a distribu aux spectateurs une
analyse, rdige en anglais, de la pice choisie: _Une nuit de Nol sous
la Terreur_, de MM. Maurice Bernhardt et Henri Gain, que vont jouer, aux
cts de la grande artiste, MM. Lou Tellegen, Deneubourg, Favires,
Terestri, Mlles Seylor et Boulanger.

[Illustration: Aprs la reprsentation donne par Mme Sarah Bernhardt 
la prison de Saint-Quentin (Californie): un dlgu des prisonniers
baise la main de la grande artiste.]

                                  *
                                 * *

Quand soudain le rideau se lve, une formidable acclamation retentit.
Sarah, en Marion la vivandire, incarne si bien la gnrosit et la
vaillance franaises! Un groupe de dtenus franais (la colonie
franaise de Saint-Quentin!) crie  pleins poumons: Vive la France!
Vive la France! Un de mes voisins, un Belge qui a tu sa femme et
l'amant de sa femme, pleure  chaudes larmes, et, tout  coup, il se met
 rire nerveusement et il recommence  pleurer. L'autre est un Grec qui
assassina deux policemen, et il demeure hbt...

Chaque scne se termine au milieu de frntiques bravos et de
sifflements stridents (aux tats-Unis, en effet, le sifflet,
contrairement  notre coutume, marque l'approbation suraigu des
spectateurs). Les rpliques finales des acteurs sont changes dans un
enthousiasme extraordinaire. Le spectacle achev, un prisonnier s'avance
sur la scne et remet  Sarah Bernhardt une mlodie qui lui est ddie
par ses camarades, intitule: _Par del le sommet des collines_. Il
lui offre en mme temps un bouquet de violettes et prononce, en
franais, l'allocution suivante, qui vaut d'tre reproduite textuellement:

_A Madame Sarah Bernhardt,
 San Quentin, Californie._

Madame,

Dans cette vie la plupart de nous sont,  l'extrieur aussi bien qu'
l'intrieur des murs d'une prison, prisonniers, prisonniers au moins de
notre entourage. A de rares intervalles seulement nous est-il donn
d'tre absolument libres. Pour ceux qui sont enferms entre des murs
menaants, derrire des grilles de fer formidables, ces intervalles
sont, actuellement et  jamais dans l'avenir , vraisemblablement bien
loigns. Mais, aujourd'hui, pour une petite heure, ces murs de pierre
se sont vanouis. Pour une heure, grce  votre merveilleuse
personnalit et votre art enchanteur, nous avons t, en me et en
esprit, dans une libert parfaite, captifs seulement de ce gnie
remarquable et de cette ardeur incomparable qui,  juste titre, vous ont
gagn le nom de divine. Pour une petite heure nous avons t libres,
et sans contrainte en communion universelle avec l'esprit d'une grandeur
humaine, qui, aprs tout, est la vraie base de nos croyances 
l'immortalit. Cette grandeur n'a pas t tablie pour compltement et 
jamais disparatre. Ce moment de libert n'est pas, non plus, une
illusion temporaire; le souvenir sera vivant, la mmoire le rappellera
souvent, et son inspiration servira  nous librer des fardeaux et des
angoisses du jour. Soyez-en persuade, Madame, cette reprsentation
particulire sera longtemps rappele par tous ceux qui ont eu le
privilge d'y assister,--par l'humble aussi bien que par le plus lev.
La femme, l'actrice, la pice, toutes, ont fait vibrer les cordes de nos
cours. A la plupart de nous n'a jamais t accorde la distinction de
vous voir ni de goter les dlices de votre art incomparable. Eloigns,
nous vous avons regarde comme la radieuse toile de l'art dramatique,
couronne des lauriers d'un succs imprial,  la grce et au gnie de
laquelle les continents se sont volontiers rendus sujets. Les idals que
nous avions conus ont t en cette heure plus que confirms. Nous vous
prsentons nos remerciements reconnaissants pour les gloires et les
splendeurs de l'art dont votre gracieuse faveur nous a fait jouir, ainsi
que pour la bienveillance et la gnrosit qui vous ont induite  donner
un plaisir si vif aux infortuns proscrits et victimes des sorts
changeants de la vie.

Nous apprcions aussi profondment votre choix de la pice, non
seulement  cause de sa beaut intrinsque et de l'art qu'elle renferme,
mais aussi parce qu'elle exalte, par ses lans puissants, une humanit,
et la solidarit des mes, qui ne connaissent aucunes bornes, ni de
parti, de factions, ou de politique. De plus, nous vous remercions
particulirement que vous ayez jug  propos de nous prsenter une oeuvre
du gnie de votre fils. En ce choix, nous voyons non seulement votre
tmoignage de l'amour et des penses d'une mre, mais aussi en toute
probabilit la rflexion dans votre coeur que nous aussi avons des mres
qui nous chrissent,  qui notre amour se porte, et dans les coeurs
desquelles nous avons t une esprance et un orgueil. Nous souhaitons,
et pour vous et pour lui, beaucoup d'annes de joie et contentement
mutuels.

Nous prions aussi, Madame, par votre intermdiaire, d'exprimer  vos
artistes et  votre grance, notre chaleureuse apprciation de leur
bont et de leur talent. Et quand, dans l'avenir, vos penses se
porteront vers ce pays du soleil couchant, pour nous aujourd'hui si
brillant par votre bonne volont, nous esprons que ces quelques paroles
d'admiration sincre et de reconnaissance serviront  vous rappeler
cette heure, peut-tre de toutes en votre vaste exprience, la plus
trange et la plus frappante,--une heure dans un entourage svre et
mme repoussant, oubli par nous pour le moment grce  votre
personnalit,--une heure dans laquelle vous avez rendu cette multitude
de malheureux, plus heureux, adouci les lignes de leurs vies et rendu
leurs cours plus lgers, par votre prsence dans notre milieu
aujourd'hui.

De la part de

TOUS LES PRISONNIERS.

San Quentin, Californie, ce 22 fvrier 1913.

Ce discours est l'oeuvre d'Abraham Ruef, un fils d'Alsacien--qui parle
trs couramment notre langue et qui ne manque pas de littrature, comme
on voit, malgr les nombreux anglicismes dont il use. Ruef est clbre
sur toute la cte du Pacifique. Il fut un temps o le maire Schmidt
socialisait  sa manire les finances de San-Francisco avec l'aide de
Ruef, boss tout-puissant. Condamn pour concussion, ce dernier est
intern  Saint-Quentin pour une douzaine d'annes encore,  moins qu'on
ne lui rende la libert sur parole, systme appliqu en faveur des
repentis. Ruef est le personnage le plus en vedette de la prison. Dans
la salle se trouvaient aussi les fameux frres MacNamara, qui firent
sauter  la dynamite l'htel du _Los Angeles Times_, voici deux ans, et
causrent la mort de vingt-deux linotypistes. Ce fut l'un des pisodes
les plus cruels de cette guerre acharne que se livrent aux tats-Unis
syndicalistes et anti-syndicalistes.

L'orateur qui avait lu le compliment de circonstance, aprs lui en avoir
remis le texte, soigneusement calligraphi par lui-mme, demanda  Sarah
Bernhardt de lui baiser la main. Elle acquiesa gentiment, et une
indescriptible ovation la remercia de ce geste. Sur cet incident se
termina cette peu banale manifestation.

                                   *
                                  * *

Ayant regagn son auto, la grande tragdienne, heureuse d'avoir apport
de la joie  ce monde bizarre de prisonniers, me confia que c'tait l
une des aventures les plus tonnantes de sa vie de comdienne:

--J'ai prouv une sensation inoue, me dit-elle, en voyant fixs sur
moi avec un clat trange ces milliers d'yeux dont beaucoup ne verront
plus la lumire de la libert et dont certains seront avant peu
obscurcis par la mort. Si vous saviez comme c'est bon d'avoir pu donner
un peu d'illusion  ces gens pendant quelques instants! Il faudra que je
note cela dans mes Mmoires...

La relation que Sarah Bernhardt crira elle-mme de son voyage 
Saint-Quentin sera sans aucun doute l'un des chapitres les plus
mouvants de son autobiographie. Elle la complte  ses moments perdus,
et il faut souhaiter qu'elle la livre bientt au public pour qu'on y
lise le rcit de cette journe si originale du 22 fvrier passe parmi
les prisonniers californiens de Saint-Quentin.

FRANOIS DE TESSAN.



[Illustration: Le cortge des tudiants, se rendant place de la
Concorde, passe rue de Rivoli devant, la statue de Jeanne d'Arc.]

[Illustration: UNE MANIFESTATION PATRIOTIQUE DE LA JEUNESSE DES
COLES.--Le dfil devant la statue de Strasbourg.]

Dans l'aprs-midi de dimanche dernier, la manifestation traditionnelle
de la jeunesse des coles  la statue de Strasbourg a eu lieu au milieu
d'une affluence exceptionnelle et avec un calme, une pit silencieuse,
qui lui ont donn un aspect impressionnant. Les tudiants avaient on
effet rsolu de conserver  cette manifestation, d'o devait tre exclu
tout geste politique, un caractre exclusivement patriotique et
national. Lorsque,  deux heures, le cortge se forma sur la place de la
Sorbonne, les tudiants taient au nombre de trois  quatre mille. L'un
d'eux, en tte, portait un grand drapeau tricolore cravat de crpe.
Puis venaient les dlgus des diverses organisations, rpublicaine,
jeune-rpublicaine, plbiscitaire, nationaliste, et des universits de
province, notamment de Bordeaux. Huit tudiants suivaient, porteurs de
deux grandes couronnes endeuilles de crpe et coupes par un large
ruban tricolore. Derrire, marchait la foule des lves ou des aspirants
aux coles militaires, le bonnet de police sur l'oreille, et des
tudiants des diverses facults avec leurs brets aux couleurs
distinctives. La longue colonne gagna, par la rue de Rivoli, en saluant
la statue de Jeanne d'Arc, la place de la Concorde. Les couronnes et le
drapeau furent dposs sur le socle de la statue de Strasbourg, devant
laquelle les jeunes gens dfilrent ensuite, pieusement recueillis.



LE TRICENTENAIRE DES ROMANOF

Il y a encore, en Russie, du loyalisme pour le trne, un loyalisme
ardent et mystique, un loyalisme populaire des faubourgs des villes et
des immensits rurales, qui a donn, ces derniers jours,  l'occasion du
tricentenaire des Romanof,  ct du loyalisme officiel, militaire,
aristocratique ou bourgeois, sa mesure loquente et profonde.

Les ftes de ce Jubil exceptionnel ont commenc le 6 mars, au milieu de
l'enthousiasme national et dans une sorte d'extase religieuse, car, seul
maintenant en Europe o le sultan ne compte plus gure, le monarque
russe, chef d'glise,  la fois empereur et pape, conserve un caractre
sacr.

Le 6 mars donc, il y a eu exactement trois cents ans que le
Zemski-Sobor, ou assemble nationale russe, offrit, aprs une longue
priode d'anarchie, la couronne  Michel Feodorovitch Romanof, fondateur
de la dynastie qui s'est perptue sur le trne et dont certains
membres, illustres parmi les illustres, ont assur la grandeur de
l'empire et la magnifique expansion de la puissance russe.

En l'honneur de ces commmorations historiques, le tsar Nicolas a
d'abord publi un ukase d'amnistie, impatiemment attendu, car le
prcdent dcret de pardon datait de la naissance du prince hritier,
c'est--dire de 1904. Un grand nombre de dlits, et particulirement de
dlits politiques commis depuis cette poque, se sont donc trouvs
effacs, et quelques nobles exils pourront ds maintenant rentrer
impunment dans leur patrie. Les condamns  mort ont vu commuer leur
peine en vingt ans de travaux forcs et les prisons de Saint-Ptersbourg
ont, d'un coup, libr trois cents dtenus. Dix millions ont t
accords  la Finlande pour l'amlioration de ses tablissements
d'assistance et 50 millions de roubles ont t donns  la population
rurale sur le produit de la vente des terres de l'empereur.

Toutes ces mesures, trs heureuses, trs opportunes, ont produit, sur
les masses si profondment attaches d'ailleurs  la dynastie, la plus
heureuse impression, et la communion entre le souverain et le peuple, au
cours de ces grandioses journes, n'en a t que plus troite.

Des _Te Deum_ et des services d'actions de grces ont t clbrs, le 6
mars, dans les cathdrales de Saint-Ptersbourg, de Moscou et de Kief
comme dans les plus humbles chapelles et dans toutes les glises de
Russie  la mme heure, pendant le service divin, fut lu un manifeste
imprial faisant ressortir les efforts successifs des tsars et des plus
minents parmi leurs sujets pour raliser la prosprit actuelle,
conomique, militaire et intellectuelle de l'empire russe.

[Illustration: Le cortge quitte le Palais d'hiver pour se rendre  la
cathdrale de Kazan: le tsar et le tsarvitch sont en simple voiture
dcouverte; les impratrices suivent en carrosse de gala.]

A Saint-Ptersbourg, le tsar et le grand-duc hritier, qu'on tait mu
et joyeux de voir reparatre en public dans une voiture dcouverte, la
tsarine, l'impratrice douairire et toute la famille impriale se
rendirent  la cathdrale, en grand gala, pour assister au service
d'actions de grces. Et ce fut sur le passage du cortge imprial, dans
les rues o stationnait une foule norme, un vritable dlire populaire.
La circulation des voitures tait partout compltement interrompue. Les
monuments taient richement dcors et les ponts tellement transforms
par leur parure qu'ils semblaient reconstruits. Aux fentres, aux
balcons, c'taient des milliers d'oriflammes aux couleurs nationales et
impriales, avec partout les blasons des Romanof. Des maisons
disparaissaient entirement sous les draperies. La perspective Newsky
tait tout entire dcore dans le style empire. Le soir,
Saint-Ptersbourg s'illumina de millions de lampes lectriques; des
scnes d'histoire s'voqurent sur des transparents lumineux et des
cortges de patriotes parcoururent les avenues en chantant des hymnes
nationaux et en portant des portraits de l'empereur.

Le lendemain,  4 heures, il y eut au Palais d'hiver, autour duquel
continuait de se presser la foule, une grande rception impriale dans
la salle de Malachite. L se trouvaient runis tous les grands corps de
l'tat, avec de hauts dignitaires religieux d'Orient unis au tsar par le
lien orthodoxe, le patriarche d'Antioche, le mtropolite de Serbie. L
encore, on put voir, avec leur suite asiatique, des princes vassaux de
la Russie, l'mir de Boukhara, le khan de Khiva, et aussi des dlgus
mongols.

La famille impriale au grand complet vint recevoir tous ces hommages,
le tsar et le tsarvitch portant l'uniforme des chasseurs de la garde
avec le grand cordon de Saint-Andr. Et le prsident de la Douma, M.
Rodsianko, lorsque ce fut son tour de haranguer le souverain, employa le
tutoiement des heures historiques. Son discours dbutait ainsi:
Puissant empereur, ta sollicitude pour le peuple est grande...

Le 10 mars, les dlgations des paysans ont t reues au palais et le
tsar leur fit un accueil mouvant, embrassant les chefs de ces
dlgations qui furent retenues  dner.

Cependant que, dans tout l'empire, l'affluence joyeuse et enthousiaste
aux revues, aux illuminations, aux spectacles, tmoignait 'que la fte
de la dynastie demeurait bien la fte nationale, et que c'est encore et
toujours la _Vie pour le Tsar_ qui se joue sur la grande scne
populaire.

[Illustration: Sur le trajet, entre le Palais d'hiver et la Cathdrale
de Kazan.--La foule est nombreuse derrire la haie de soldats, mais
toutes les fentres sont fermes par mesure de police.]

[Illustration: Devant la cathdrale de Kazan pendant la clbration de
l'office divin en prsence de la famille impriale.]

LA CLBRATION DU TRICENTENAIRE DE LA DYNASTIE DES ROMANOF, A
SAINT-PTERSBOURG.

_Photographie C. O. Bulla._

LE TRICENTENAIRE DE LA DYNASTIE DES ROMANOF Le tsar Nicolas II et le
tsarvitch Alexis quittent la cathdrale de Kazan aprs la crmonie
religieuse du 6 mars (21 fvrier du calendrier russe). _Phot. A. Otzoup,
photographe de la Cour.--Voir!'article aux pages prcdentes._



[Illustration: Les contrastes de Pkin: l'antique chaise  porteurs et
la reine bicyclette.]

UN MOIS A PKIN

VI.--LE PROGRS CONTRE LE PASS

20 juin.

Je vous ai dj dit que les chaises  porteurs avaient presque
compltement disparu de Pkin. J'en ai pourtant rencontr ces jours-ci
une, bien amusante, et trs ancien rgime. Porte par deux mules, elle
longeait paisiblement la muraille de la ville impriale par-dessus
laquelle un pavillon en ruines dressait, au milieu de la verdure, son
toit aux tuiles d'or mlanges d'herbes folles. Un serviteur  pied
menait par la bride la mule de tte tandis qu'un autre,  cheval,
fermait la marche. Le propritaire, qui devait tre quelque rural ais
des environs, accroupi dans l'troite caisse, fumait sa pipe, trs
dignement.

Rien d'europen dans ce coin dsert, pas un poteau tlgraphique en vue;
on aurait pu se croire dans le Pkin du temps de Kang Hi.

Comme je m'extasiais, un cycliste en robe lilas, trs jeune Chine,
coiff d'un lgant canotier et chauss de bottines jaunes, dpassa
soudain  toute pdale l'antique quipage. Ce fut pour moi, durant une
seconde, une saisissante vision rsumant l'tat actuel du vieil empire.
Et, vraiment, la bicyclette et son cycliste taient en ce lieu quelque
chose de choquant et de dplac; je ressentis une impression analogue 
celle que j'prouve devant une belle chaumire ou un joli coin de
paysage de chez nous souill par quelque rvoltant panneau-rclame.

[Illustration: Le mandarin d'aujourd'hui et son escorte 
l'occidentale.]

Comme pendant  ce croquis en voici un qui vous donnera l'aspect d'un
autre Pkin, celui que les rvolutionnaires sont en train de nous
fabriquer.

C'est  l'arrive du train de Tien Tsin, un jour de pluie, un mandarin
nouveau style qui vient de dbarquer. Il est mont dans son coup dont
les glaces sont remplaces par des persiennes aux lames rabattues. Sur
les dalles de marbre disloques, la voiture file en cahotant avec fracas
vers la ville chinoise. Monts sur des bidets mongols assez laids, des
cavaliers l'escortent; ils sont arms de carabines  rptition et vtus
de toile kaki avec, aux manches, des galons de grade en coton blanc;
comme coiffures des canotiers et des panamas. Ce sont les satellites
particuliers du moderne _Ta jen_ qui, lui, est en veston et chapeau de
paille.

Dans ce tableau tout se tient: la vilaine gare, la range des boutiques
rcemment dposes le long du mur de Tien Men, les poteaux pour
l'clairage, le tlgraphe et le tlphone, constituent un cadre bien
digne de ce cortge et du Progrs qu'il reprsente.

... A l'occasion du jour de naissance du roi George, il y a eu, l'autre
jour, revue solennelle sur le glacis anglais, rception  la lgation et
dner de gala  l'Htel des Wagons-Lits. Le manager s'tait assur le
concours de la musique des Somerset qu'on a fait,  grands frais,
venir de Tien Tsin. Depuis huit jours, l'vnement tait annonc par la
voie de la presse et par des prospectus invitant les amateurs  retenir
leurs tables le plus tt possible. Tout Pkin-Lgations rpondit  cet
appel; la vaste salle  manger tait dbordante de dneurs sur lesquels
la band dversait de copieux et assourdissants flots d'harmonie. Ce
fut, ensuite, une soire dansante fort anime. Tout ce que le corps
international d'occupation compte d'officiers, jeunes ou mrs, fervents
de la valse ou du tango, s'tait mobilis pour assurer le service
chorgraphique et les danseuses ne chmrent point. La seule chose
regrettable,  mon gr, fut l'absence complte d'uniformes: rien que des
habits, des smokings blancs ou noirs et des Eton, ce drle de petit
veston de ptissier, pas plus long que le gilet, si dangereux  porter
parce que facilement ridicule. Tout le corps diplomatique tait prsent,
nombreuses les lgantes, dont quelques-unes trs jolies et trs
entoures. On remarquait mme deux couples _Jeunes Chinois_ trs dans le
train: les maris en parfaits gentlemen et les dames en combinaison, si
j'ose dire, moiti chinoise, moiti je ne sais quoi, avec des coiffures
ni l'un ni l'autre et des lunettes d'or. L'une d'elles, m'a-t-on dit,
est suffragette, et s'est faite,  Pkin, l'aptre des droits civiques
de la femme. Dj!

Enfin, cette soire aurait t tout  fait charmante si elle n'avait eu
pour principal rsultat de m'empcher de dormir jusqu' une heure fort
avance de la nuit.

LES BONS DOMESTIQUES

De temps en temps, un des nombreux boys qui servent  table se fait
couper la natte; ils sont bien une cinquantaine dont la moiti est
encore fidle  la vieille coiffure nationale; de la moiti moderniste,
les uns se sont fait raser compltement la tte et attendent que tout
repousse  la fois; les autres ont conserv une certaine longueur de
leur tresse dont ils se servent pour recouvrir la partie rase de leur
crne jusqu' ce qu'elle soit, elle aussi, garnie de cheveux; ce qui
leur fait de drles de figures. Ils n'ont pas encore la veste et le
tablier de nos garons de caf: ils attendent probablement que la
Rpublique soit mieux assise pour lui tmoigner leur indfectible
attachement en dpouillant la livre du rgime dchu. Ils portent la
longue robe de toile bleue, fendue sur le ct, borde d'un mince galon
blanc au col et aux poignets, recouvrant le caleon blanc serr aux
chevilles. Leurs pieds chausss de pantoufles feutres, lgrement
retrousses du bout, glissent, empresss et silencieux, sur les parquets
et les tapis, autour des tables et dans les couloirs.

Les Chinois sont trs observateurs, dit-on. Chez les boys d'htel, cette
facult est prcieuse, car les quelques mots europens qu'ils corchent
en les disant, ou entendent de travers, ne seraient pas suffisants pour
se faire servir mme approximativement. Ils s'intressent  leurs
clients, et, pour peu qu'on soit livr pendant quelques jours aux bons
soins du mme boy, il arrive  connatre vos habitudes et semble
prouver une vraie satisfaction  prvenir vos dsirs; c'est peut-tre
tout simplement la gloriole d'avoir fait preuve d'intelligence.

Dernirement, je voulais obtenir du mien une carotte crue dont j'avais
besoin pour humecter un peu ma provision de tabac que la chaleur avait
rendu sec comme un coup de trique. J'essayai vainement de me faire
comprendre en franais; en anglais, je ne fus pas plus heureux, le mot
se prononant exactement de la mme faon, sauf qu'il y a deux r en
anglais et pas d'e muet. Enfin, je me dcidai  faire un dessin et, pour
plus de prcision, je coloriai en rouge et en vert le lgume et son
feuillage. Mon boy, ravi, partit en courant et me rapporta un radis.
J'avoue qu' ce moment j'ai dout de mon talent. Il faut vous dire qu'
l'cole des Beaux-Arts on ne m'a jamais appris  dessiner une carotte.
Dieu sait, pourtant, la quantit de navets que nous devons 
l'enseignement officiel! Il faut vous dire aussi que les radis,  Pkin,
sont normes et de forme trs allonge; cette circonstance, jointe 
l'tranget de ma demande, excusait donc l'erreur du boy. Devant mon
geste de refus dcourag, le Chinois s'en fut chercher, derrire la
porte, la carotte demande dont il s'tait muni,  tout hasard, pour le
cas o le radis n'aurait pas fait mon affaire. Alors j'ai repris
confiance en moi-mme, et le boy, enchant et fier de sa perspicacit,
est all raconter  ses camarades qu'il avait un drle de client, qui
mangeait des carottes crues entre ses repas.

Car les Chinois sont trs ports  l'exagration.

Les domestiques indignes font le dsespoir des matresses de maison.
Les Europennes de toutes nations sont unanimes  dclarer qu'il est
aussi impossible de se soustraire  leurs malices,  leurs fantaisies, 
leurs gaspillages, que de les empcher de voler.

Le vol domestique est une institution officielle dont le fonctionnement
a t expliqu bien des fois par les auteurs qui ont crit sur la Chine.
C'est, en grand et en trs perfectionn, le sou du franc de nos
cuisinires, et cela prouve, une fois de plus, que les Chinois avaient
tout dcouvert avant nous. L'anse du panier dansait dans l'Empire du
Milieu bien avant que les paniers fussent invents  Paris.

[Illustration: LA VIE MONDAINE A PKIN,--Une soire  l'Htel des
Wagons-Lits.]

C'est comme le syndicalisme: les principes en sont appliqus ici dans
toute leur rigueur et avec la discipline la plus inflexible. Un boy qui
se considre comme injustement congdi entrane avec lui tous ses
camarades, et la maison est mise  l'index. Impossible de trouver
d'autres serviteurs tant que l'injustice n'est pas rpare. Il est
arriv qu'un malheureux mnage, nouveau venu, abandonn par ses
domestiques  la suite d'une histoire de ce genre et dans
l'impossibilit absolue d'en recruter d'autres, alla prendre ses repas
chez un ami compatissant. Le premier jour, tout alla bien: le mari
disait: Il faut montrer de la fermet, ne pas cder devant ces
exigences intolrables, le prestige europen est en cause, etc. Le
second jour, le cuisinier en chef de l'ami hospitalier vint trouver son
matre et lui demanda si le mnage Un Tel viendrait encore djeuner et
dner. Le matre, quelque peu suffoqu, voulut bien, toutefois, car il
cuisinait fort bien, rpondre affirmativement  son serviteur, non sans
lui demander de quoi il se mlait et pourquoi il lui posait cette
question. Le chef lui dclara alors que M. et Mme Un Tel ayant t
boycotts par leur personnel, il tait de son devoir  lui et  ses
collgues de quitter le service de Monsieur si les victimes de
l'interdiction syndicale parvenaient  se soustraire  ses effets en
prenant pension chez Monsieur. Une invitation, de temps en temps, passe
encore, mais tous les jours, jamais! Monsieur, qui tait gourmand,
hsita entre le coeur et l'estomac: celui-ci l'emporta, comme toujours.
M. et Mme Un Tel, bien chapitrs, se rendirent  discrtion et reprirent
leur boy, dont ils n'eurent, du reste, pas  se plaindre plus que de
raison par la suite.

Et voil qui pourrait expliquer l'origine du mot _boycotter_. Encore une
invention chinoise!

La jeune femme, un jour que la note avait t majore plus que de
coutume, voulut encore protester et dcida de faire elle-mme ses
provisions. Vains efforts! Le tout fut cuit et prpar de si belle sorte
que rien n'tait mangeable. Il fallut cder de nouveau.

[Illustration: UNE DES SORTIES DE PKIN: NAN SI HEU, LA PORTE DU
SUD-OUEST. Dessin de L. Sabattier.]

On me conte une autre anecdote, qui montre combien ces procds sont
considrs comme une chose toute naturelle par les Chinois. Le
sous-directeur d'une banque ou d'une socit quelconque fut appel 
remplacer pour quelque temps son chef, qui partait en cong: le jour
mme o il prit, par intrim, la direction de la maison, le prix des
poulets et du reste augmenta chez lui dans de notables proportions;
tonnement, questions auxquelles le chef cuisinier rpondit simplement
que Monsieur tait directeur, maintenant, et qu'il devait payer plus
cher, tant plus fortement appoint. Il fallut lui expliquer et lui
prouver que, si Monsieur remplissait les fonctions de directeur, ce
n'tait que provisoirement et que ses appointements restaient les mmes.
Ces raisons furent juges bonnes et les denres revinrent  leurs prix
ordinaires.

Il est des forces contre lesquelles on ne lutte pas.

Des anecdotes de toute sorte, on vous en raconte par centaines; il en
est qu'on entend plusieurs fois, avec des variantes, mais l'aventure est
rgulirement arrive  la personne qui vous la narre.

                                  *
                                 * *

Un dfaut commun  beaucoup de coloniaux et que je retrouve ici, chez
quelques jeunes dbarqus--heureusement fort rares--a le don de
m'exasprer: c'est celui qui consiste  traiter en tres infrieurs les
habitants du pays o l'Europen est arriv en intrus ou en conqurant,
avec des canons et des fusils, et  ne vouloir connatre que les coups
comme forme de discussion. Si ce raisonnement tait juste, il faudrait
admettre la rciproque et ne pas crier quand l'tre infrieur se
rebiffe, ou, alors, s'il est dans l'impossibilit de rpondre, c'est de
la lchet.

Rien ne m'est plus pnible que de voir un blanc, un Europen, un
Franais, frapper, mme lgrement, un pousse-pousse pour le faire aller
plus vite.

Je rpte que le cas est trs rare et que ce sont les tout jeunes gens
irrflchis qui se livrent  ces actes de brutalit qui ont, en outre,
l'inconvnient d'tre impolitiques au plus haut point. De petites causes
peuvent produire un effet dsastreux et la violence d'un isol peut
avoir des consquences incalculables pour la communaut.

LA COLONIE FRANAISE A PKIN

La lgation de France, reconstruite, comme la plupart des autres, aprs
les vnements de 1900, est, si on la compare  ses voisines qui lui
servent de repoussoir, d'une grande sobrit de lignes. Son auteur
n'avait pas encore invent le style Fallires. Par un hasard
inconcevable, elle est la seule dont l'entre soit agrmente de tas de
cailloux, destins  l'entretien de la rue. Et ces cailloux doivent tre
l depuis longtemps, car,  mon arrive, il y a un mois, une vgtation
assez luxuriante les ornait dj.

C'est un coin bien parisien, et les jeunes attachs, en passant devant
cet encombrement provisoire, peuvent rver du Boulevard qu'ils viennent
de quitter.

[Illustration: M. P. de Margerie, ministre de France, Actuellement
directeur adjoint des affaires politiques au ministre des Affaires
trangres.]

Notre sympathique ministre, M. de Margerie, n'assistera pas  la mise en
oeuvre de ces matriaux, car, appel  un poste important au ministre
des Affaires trangres, il quitte Pkin dans quelques jours, au grand
regret de tous les Franais, des Europens et aussi des Chinois, qui
avaient pu apprcier son caractre  la fois ferme et conciliant, sa
droiture et son exquise urbanit.

En attendant l'arrive de son successeur, la lgation sera gre par le
premier secrtaire, M. F. Georges-Picot, fils de l'illustre conomiste,
membre de l'Institut.

M. Georges-Picot, qui fut dj charg d'affaires lors du dpart du
prdcesseur de M. de Margerie, est la distinction et l'amnit mmes,
ce qui n'exclut pas, chez lui, la volont et la force de caractre.
C'est une belle et fine figure de diplomate, et je le vois trs bien
dessin par Ingres, en habit  haut collet, culotte et bas de soie.

[Illustration: M. Georges-Picot, premier secrtaire de la lgation de
France.]

Le personnel diplomatique franais est complt par MM. Blanchet,
consul, premier interprte, sinologue rudit et pratiquant, travailleur
acharn, que ses occupations trs absorbantes n'empchent pas d'tre
aimable et accueillant, Viennent ensuite les jeunes et sympathiques
attachs, MM. Valentin, Rhein et Dozon, qui font ici leurs _premires
armes_ dans la diplomatie. Et ce terme de premires armes pourrait bien,
avant peu, ne plus tre pris au figur si les affaires continuent  ne
pas s'arranger mieux. Mais les campagnes, c'est de l'avancement, et puis
a compte toujours pour la retraite.

M. de Margerie, qui est le beau-frre de Rostand, a pour secrtaire
particulier son neveu, M. Grard Mante, jeune, fougueux, sportif et
charmant, le plus agrable compagnon d'excursion qui se puisse voir.

L'lment militaire est reprsent par le commandant Vaudeseal, le
mdecin-major de premire classe Hazard, le capitaine Collardet, brevet
d'tat-major, attach militaire, le capitaine Renaud, les lieutenants
Marquer, Delafond, Mnigoz, Klepper, Grovalet et l'aide-major Guy, qui
ont, presque tous, dj vu le feu, soit ici, soit au Tonkin ou en
Afrique, et qui sont prts  faire leur devoir, vaillamment et gaiement,
 la franaise, ds que l'occasion s'en reprsentera.

Mmes de Margerie et Georges-Picot tant, depuis quelque temps, rentres
 Paris, la partie fminine des habitants de la lgation de France se
trouvait rduite, ces jours derniers,  la toute gracieuse Mme
Collardet, qui,  son tour, vient de quitter Pkin pour aller, avec ses
enfants, passer les mois de grosse chaleur  Chan Ha Kouan, au bord de
la mer, dans une pagode transforme en maison de campagne.

Chan Ha Kouan,  douze heures de chemin de fer de Pkin, est le
Trouville du Tch Li; c'est l que la Grande Muraille vient aboutir  la
mer. Les rsidants qui peuvent quitter la capitale pendant quelques
semaines y vont,  la chaude saison (41  l'ombre aujourd'hui) se
reposer et respirer autre chose que de la poussire. Ceux que leurs
occupations retiennent  la ville y envoient leurs femmes et leurs
enfants; le vendredi ou le samedi ils prennent le train des maris et
reviennent, le lundi,  leurs bureaux. Quelques-uns, plus fortuns ou
jouissant de plus de loisirs, vont passer l't au Japon.

Au bord de la mer, comme  Tien Tsin ou  Pkin, les distractions
mondaines tiennent une large place dans l'existence de la population
europenne.

[Illustration: L'entre de la lgation de France.]

[Illustration: Pkin sportif: le tennis  l'International Club.]

Les visites, les ths, les dners, les rceptions, le cheval, l'escrime,
le tennis, le bridge, les courses et les runions sportives, sans
oublier la chasse et les excursions, svissent, dans toute l'tendue de
l'extraordinaire garnison internationale, avec autant d'intensit et
d'entrain que dans nos villes d'eaux les plus frquentes. Il ne manque
ici que le thtre,--cela pour ceux dont le thtre est la grande
distraction.

Pour ma part, je ne me suis jamais tant _habill_, et vous savez si
c'est mon genre! Mais je compte cette sujtion au nombre des
inconvnients du voyage, avec la poussire, la nourriture d'htel et le
change des monnaies.

Je n'ai pu, faute de temps, me mettre en relations avec tous les
Franais de Pkin, et je le regrette vivement, ceux que j'ai pu
connatre m'ayant fait bien augurer des autres et m'en ayant dit
beaucoup de bien. Je vous citerai pourtant les noms de MM. Cazenave,
ancien ministre plnipotentiaire, directeur de la Banque de
l'Indo-Chine, Piry, directeur, et Roux-Lacordaire, sous-directeur des
postes chinoises, Millorat, directeur du chemin de fer du Chan Si,
Delon, de la poste franaise, vieux Parisien, quoique mridional, de
Rotrou, inspecteur du Chemin de fer Pkin-Hankeou, Redelsperger, etc.

Je m'en voudrais d'oublier dans cette rapide numration deux jeunes
gens de passage ici, deux Franais de la bonne espce, comme on aime 
en rencontrer en pays trangers o ils sont de vivants et sains
chantillons de notre race bien portante de corps et d'esprit.

L'un, M. F. Bernot, agrg de l'Universit, est titulaire d'une bourse
de voyage qui lui permet de faire, en deux ans, le tour du monde  son
gr,  sa fantaisie, sans obligations, sans programme si ce n'est
celui-ci: Regarde, compare, instruis-toi. Voil qui est autrement
compris que notre prix de Rome, si surann. M. Bernot est arriv  Pkin
quelque temps avant les troubles de fvrier dernier. Il a assist 
quelques nuits tragiques,  des journes mouvementes, ce qui ne l'a pas
empch d'tre, comme tant d'autres, sduit par ce pays, et il y est
encore.

L'autre, M. L. Aurousseau, est laurat de l'cole des Langues orientales
et pensionnaire de l'cole franaise d'Extrme-Orient  Hano. Il est
charg de rechercher, en Chine, pour la bibliothque de ce dernier
tablissement, des ouvrages et des manuscrits, des ditions rares, des
textes anciens. C'est un digne mule de Pelliot: il en a la science,
l'ardeur et le courage: le succs viendra.

LE CHAPITRE DES TOILETTES

La trs importante question des toilettes prend des proportions
insouponnes pour mesdames les rsidantes. Elles sont obliges d'avoir
recours  toutes sortes de combinaisons pour recevoir de Paris leurs
robes et leurs chapeaux avant qu'ils soient dmods. La France, on ne
sait pourquoi, est le seul pays d'Europe qui n'expdie pas ses colis
postaux en Extrme-Orient par le Transsibrien. Ce service se fait par
mer. La dure du voyage tant de quarante jours environ, de Marseille 
Pkin, au lieu de treize que met le chemin de fer, vous pouvez vous
rendre compte de ce que doit souffrir, ici, une pauvre lgante
attendant un envoi de sa couturire ou de sa modiste. Considrez qu'une
lettre met, par la Sibrie, quinze jours pour aller du quartier des
Lgations  la rue de la Paix; admettez que la commande soit claire et
ne donne lieu  aucune mprise; supposez qu'il n'y ait aucun retard et
que le travail soit fait en huit jours; il faut aussi que l'expdition
concide avec le dpart d'un paquebot (ce qui peut faire une diffrence
de quelques jours); ajoutez les quarante jours de mer; cela donne, en
mettant les choses au mieux, deux bons mois pendant lesquels tout peut
avoir t boulevers dans la mode.

C'est l un douloureux problme que quelques maisons de commerce
essaient de rsoudre en adressant le prcieux colis  leur correspondant
de Berlin ou de Moscou qui se chargera de le rexpdier en Chine par ce
Transsibrien interdit aux postaux franais. Mais c'est encore une perte
de temps considrable et, pour peu que la malechance s'en mle, il peut
arriver que ce soit aussi long que par le bateau, et mme plus.

Pour une lgre robe de soire, le meilleur moyen est encore de se la
faire envoyer sous enveloppe affranchie comme lettre recommande,--via
Sibrie. On a droit  un kilogramme. Au besoin on peut diviser l'objet
en deux parties qu'on rajustera facilement  la rception. Du reste,
aujourd'hui, il ne doit pas y avoir beaucoup de robes--de robes du soir,
surtout--qui psent un kilo. Pour les chapeaux, le moyen est absolument
impraticable, car, bien qu'il n'y ait pas de limites comme dimensions,
la poste refuserait un pli n'ayant pas, au moins vaguement, la forme et
l'aspect d'une lettre.

Vous le voyez, tout n'est pas rose pour ces malheureuses femmes.
L'arrive d'une voyageuse lgante est toujours, pour, elles, un
vnement considrable et d'un passionnant intrt. Les moindres dtails
de la toilette nouvellement dbarque sont aussitt, de leur part,
l'objet d'un examen minutieux et approfondi; rien ne leur chappe, en ce
fivreux inventaire, des plus lgers changements survenus dans la coupe
d'un revers, la hauteur d'une martingale, la faon de ne pas boutonner
un gant, de nouer et d'pingler la voilette, dans les mille petites
particularits, enfin, de l'quipement fminin sur quoi les moniteurs
illustrs de la Mode fugace ne donnent, pour ne pas se compromettre, que
de rares et vagues renseignements.

A la suite de ces constatations on peut souvent, par des moyens de
fortune, faire subir  une toilette de rapides transformations qui
permettront de ne pas avoir l'air trop en retard sur la nouvelle venue.
Pensez donc que, si le sac  main, par exemple, venait  tre supprim,
ou les fleurs sur les chapeaux rtablies, on ne le saurait, ici, que
quinze jours plus tard,  moins qu'une amie vritable ne vous en
prvienne par un tlgramme  cent sous le mot.

Les plus sportives parmi les rsidantes font,  cheval, des promenades
aux environs; mais il faut tre vraiment passionn d'quitation, car je
ne connais rien d'abominable comme les routes de ce pays. Que ce soit 
l'intrieur de la ville ou dans la campagne, c'est la poussire--et
quelle poussire!--ou la boue,--et quelle boue! Il est vrai que, hors de
l'enceinte, les chemins sont trs peu frquents et qu'on laisse
derrire soi sa propre poussire; mais, rien que pour sortir de Pkin,
il faut faire 4 ou 5 kilomtres au milieu de la cohue, dans le suffocant
et malodorant nuage jaune soulev par les charrettes, les pousse-pousse,
les pitons, les nes, les chevaux, les mulets et les chameaux.

Quand le vent s'en mle, il n'y a qu' rester chez soi.

Aussi le tennis est-il le sport le plus apprci. Il compte de trs
nombreux fervents, parmi lesquels jusqu' des Chinois et des Chinoises,
pris de modernisme. Dans les diffrents clubs de Pkin, les parties
quotidiennes sont trs animes. Autour des joueurs on prend le th et
l'on bavarde pendant qu'un orchestre chinois des plus europaniss fait
entendre, aux jours de rceptions, des danses amricaines ou des airs de
caf-concert allemand.

DERNIRES HEURES DE PKIN

22 juin.

Le jour du dpart est arriv bien vite. Nous sommes alls, hier soir,
avant dner, prendre l'air sur la muraille dont le fate dall, large
comme une avenue, merge au-dessus de l'habituelle couche de poussire.
Aprs la lourde chaleur de la journe il faisait relativement frais dans
la faible brise du nord qui loignait de nous les fumes de l'odieuse
gare colle au long du rempart mandchou.

Du quartier commerant de la ville chinoise, par del Tien Men, monte,
attnue, l'incessante clameur du peuple mystrieux. Les lampes
lectriques s'allument. Une publicit lumineuse  clipses, au coin de
la rue des Lanternes, jette,  intervalles rguliers, ses aveuglants
clats dans la poussire du carrefour. De temps en temps,  nos pieds,
siffle une locomotive en manoeuvre. Dans le ciel, encore clair, du
couchant, au-dessus de la formidable silhouette de la porte impriale,
un vol d'aigrettes passe, semblant surgir des toitures d'or de la Ville
Interdite qu'on distingue confusment dans l'ombre croissante. A
l'intrieur de la muraille, les btiments et les jardins des Lgations
et l'horrible btisse des Wagons-Lits ont presque disparu dans la nuit,
mais les alignements des fentres en sont brutalement indiqus par
l'clairage intrieur, et de puissantes lampes  are dcoupent de dures
ombres aux murs et sur le sol, pendant que l'obscurit s'paissit sur
les dalles dniveles et sur les crneaux dlabrs envahis par des
vgtations de ruines.

On ne peut pas venir  Pkin sans goter aux fameux nids d'hirondelle,
ailerons de requin, pousses de bambou et autres mets clbres. Nous
sommes donc alls, en compagnie de M. et Mme O'Neil et de M. Baudez,
dner dans un des grands restaurants de la cit commerante. Tout le
monde a entendu parler des innombrables et invraisemblables plats qui
composent un menu chinois. Je ne vous donnerai donc pas la longue liste
de ce qu'on nous a servi, dans le salon clair  l'lectricit et d'une
salet bien locale, o notre couvert se trouva mis. Sur une nappe plus
que douteuse taient amoncels, dans de petites soucoupes, les trente ou
quarante varits de sucreries, salades et fruits qui sont les
hors-d'oeuvre. Devant chaque convive,  ct des btonnets d'bne, une
provision de petits carrs de papier pour s'essuyer les doigts et la
bouche.

Sous la direction d'un matre d'htel  la natte somptueuse et au
sourire engageant, les plats dfilent, dfilent, tous moins excitants
les uns que les autres. A part quelques fruits confits et des foies de
canards vraiment dlicieux, je n'ai rien trouv de mangeable dans toutes
ces extravagances. Je ne serais mme pas loign de croire que les
malicieux Chinois se moquent de nous en nous les servant. Il n'est pas
possible qu'ils mangent toutes ces choses-l, et, pour moi, c'est une
cuisine qu'ils ont invente  l'usage des voyageurs avides d'trangets
et dsireux de pouvoir raconter, en rentrant chez eux, des choses
extraordinaires.

Ce qu'il y a de certain, c'est que toutes ces nourritures affolantes
sont trs mauvaises, du moins  mon got, car le mnage O'Neil prtend
se rgaler.

Le retour en pousse-pousse, la nuit, par les troites rues encombres
d'une cohue glapissante, est une des choses les plus fantastiques qui se
puissent voir. Ah! dans l'ombre, les tranges faces aux yeux de mystre,
aux regards de chats! Une sorte d'angoisse finit par vous pntrer et
vous treindre au milieu de ce grouillement dans l'obscurit; ces
hurlements, ces vocifrations forcenes, qu'on est port  croire
hostiles, cette foule s'ouvrant de mauvaise grce pour vous laisser
passer et se refermant sur vous avec, semble-t-il, des airs de menace,
vous donnent une sensation de cauchemar, et c'est avec un rel
soulagement que je me suis retrouv dans le calme quartier des
Lgations.

Le thermomtre marque, aujourd'hui, 42  l'ombre. Dans les bureaux de
la banque o je suis all retirer mes fonds avant le dpart, les
employs anglais, en bras de chemise, fument leurs pipes en attendant
l'heure du tennis. Les commis chinois, du bout dli de leurs doigts de
pianistes, manipulent les billes des abaques sur lesquels ils semblent
excuter de vertigineuses symphonies financires.

J'ai voulu emporter,  titre de curiosit, quelques-uns de ces _tals
_dont on parle tant et qu'on ne voit jamais. Ce sont de petits lingots
d'argent d'un poids assez variable et d'une valeur approximative d'un 
deux dollars mexicains. Ils reprsentent la plus grande partie de
l'encaisse mtallique des nombreuses banques, officielles ou prives,
dont le papier remplace cette encombrante monnaie. Le malheur est que ce
papier si commode n'a qu'un cours trs limit et qu'il faut en changer 
chaque instant: celui de Changha ne vaut rien  Tien Tsin et Pkin
n'accepte ni l'un ni l'autre. On perd au change, naturellement, et on
reoit, par-dessus le march, un certain nombre de billets faux qu'un
touriste est absolument incapable de distinguer des vrais. Mais ceci
n'est pas une spcialit de la Chine.

Les lingots, tout en n'offrant gure plus de garanties contre la fraude,
ont, au moins, le mrite du pittoresque. Chacun d'eux porte, imprim
dans le creux produit par le refroidissement du mtal, le caractre qui
signifie _bonheur_. Ce qui semblerait indiquer que, pour les Chinois, 
rencontre de notre proverbe, l'argent est une source de flicit. Ce
caractre est trs employ en Chine, on l'crit partout, on en fait des
bijoux et des ornements. Dans un dictionnaire de caractres sigillaires
je trouve cent six manires de le dessiner. Mais celui qui dtient le
record de la diversit c'est _longvit_ avec deux cent quatre-vingt-dix
formes diffrentes. Et cela nous prouve que leur indniable mpris de la
mort n'empche pas les Clestes d'aimer la vie.

A la Pagode du Mulet, o les fidles viennent dposer leurs offrandes
aux pieds des nombreux bouddhas dispensateurs, l'autel le plus
frquent, le mieux pousset et le plus encombr d'_ex votos_ est celui
du dieu prsidant  la longue vie.

Viennent ensuite ceux de qui dpendent la russite dans les examens,
l'obtention des charges et honneurs, la richesse et le bonheur (qui ne
font qu'un), la postrit. Les vertus et les talents sont moins demands
et une paisse couche de poussire empche de se rendre un compte exact
de la spcialit des autres influences divines.

                                   *
                                  * *

Sur le quai de la gare de nombreux compatriotes sont venus nous serrer
la main. Ce n'est pas sans une petite pointe d'motion que nous les
quittons; tous se sont vertus  nous rendre agrable notre trop court
sjour  Pkin et ils y ont russi.

Je suis heureux de terminer ces lignes en adressant mes meilleurs
souvenirs aux Franais de Pkin.

L. SABATTIER.

P. S.--J'apprends, d'une source autorise, que, dans six mois, des
tramways  trolley circuleront dans la capitale de l'Empire du Milieu.

[Illustration: _(Longvit.) (Bonheur.)_]



[Illustration: LE PRSIDENT DE LA RPUBLIQUE DINE CHEZ SES CONFRRES DU
BARREAU Au fond, la table d'honneur.--Phot. A. Braunstain.]

L'un des soirs de la dernire semaine, sans protocole, Me Raymond
Poincar, prsident de la Rpublique franaise, s'en alla dner chez ses
confrres, les avocats du barreau de Paris. Mille convives s'taient
runis rue Saint-Martin, dans l'immense hall  deux tages du Palais des
Ftes de Paris. M. Raymond Poincar trouva l pour l'accueillir, autour
du btonnier de l'ordre, Me Fernand Labori, plusieurs membres du
gouvernement et tout ce que le barreau compte,  Paris et en province,
d'illustrations. Au nom du Conseil de l'ordre, Me Labori salua le chef
de l'tat:

--Monsieur le prsident de la. Rpublique cher et illustre confrre....
commena-t-il.

Et il voqua ceux qui ayant appartenu au barreau furent levs aux
suprmes magistratures--un pape du treizime sicle, et un roi du
vingtime: Edouard VII--pour fliciter ensuite l'ordre d'avoir donn 
la France son prsident d'aujourd'hui.

Lorsque, pour serrer les mains du btonnier, M. Poincar se leva, ce fut
une ovation indescriptible de toute la salle qui s'tait leve aussi
d'un mme lan. Et le prsident de la Rpublique trouva les mots les
plus heureux et les plus loquents pour faire l'loge de ce cher barreau
parisien qu'il aimait tant, qui l'avait grandi et o il demandait qu'on
lui rservt la place qu'il comptait bien revenir prendre dans sept
ans...



[Illustration: Soldats  la corve de neige.]

[Illustration: AU CAMP SERBE.--Dans la tourmente.--Un canon  demi
enseveli.--_Photographies S. Tchernof._]

[Illustration: Les soldats bulgares se sont improviss sculpteurs
animaliers.--_Phot. du lieut. G. Stanof._ LA TRVE DE LA NEIGE]
AUTOUR D'ANDRINOPLE.

_Mieux que tout commentaire, ces photographies expliquent la longue
inaction des troupes runies autour d'Andrinople: la neige leur
imposait, comme  l'arme turque de Tchataldja, une trve naturelle, qui
arrta l'effort des combattants et empcha toute opration. Partags
entre les corves que ncessitaient les amoncellements de neige et les
rudes factions dans la tourmente, luttant sans cesse contre le froid qui
mord sous les capuchons et les couvertures, les soldats bulgares et
serbes mnent une dure vie, qu'ils s'ingnient pourtant  gayer, 
force d'entrain et de belle humeur. Dj la neige a commenc  fondre,
et d'pais bourbiers lui succdent._

[Illustration: Le camp du 9e rgiment serbe aprs une tempte.--_Phot.
S. Tchemo._]

[Illustration: L'enlvement d'un bless: au tond, deux trous creuss par
les obus ennemis.]

[Illustration: CHEZ LES BULGARES.--Amusements. _Photographies du lieut.
G. Stanof._]

[Illustration: Le dblaiement d'une tranche obstrue par deux mtres de
neige.]

[Illustration: Soldats serbes en faction, par un froid terrible,  300
mtres des avant-postes turcs.--_Phot. S. Tchernof._ LA TRVE DE LA
NEIGE AUTOUR D'ANDRINOPLE]



A WASHINGTON

LE NOUVEAU PRSIDENT

M. Woodrow Wilson, lu prsident de la Rpublique des tats-Unis le 5
novembre dernier, a pris, le mardi 4 mars, possession de ses nouvelles
fonctions.

[Illustration: Devant le Capitole: M. Woodrow Wilson lisant son message.
Assis derrire lui, son prdcesseur, M. Taft.]

Son prdcesseur, M. Taft, quitta joyeux, en plaisantant avec ses amis,
la rsidence prsidentielle, la Maison Blanche; M. Woodrow Wilson, a
remarqu le reporter du _New York Herald_, tait grave et portait dj
sur son masque troit la trace des proccupations que peut bien
engendrer la lourde tche de gouverner 90 millions de citoyens.
Pourtant, le ciel tait serein, et ce beau temps permit que le nouveau
prsident ft inaugur, selon l'expression amricaine, en plein air,
sur la terrasse du palais lgislatif. Le peuple put donc voir, avec
motion, son premier magistrat prter serment  la constitution entre
les mains du juge White, prsident de la Cour suprme, puis
entendre--ceux-l, du moins, des spectateurs qui avaient pu s'approcher
assez--la lecture du message prsidentiel. Des bravos enthousiastes
accueillirent et la formule du serment et la proraison du discours; et
on ne rit mme pas, tant la solennit de l'acte tait impressionnante,
quand un plaisant, qui et sans doute voulu voir M. Roosevelt aux cts
de M. Wilson et de M. Taft, lana d'une voix de stentor: O est
Teddy?. Mme Woodrow Wilson et ses trois jeunes filles assistaient de
l'intrieur du palais  la crmonie.



LES SUFFRAGETTES AMRICAINES

Les suffragettes amricaines n'avaient point voulu laisser chapper une
si belle occasion de manifester en faveur de leur ide fixe. Elles
avaient organis un dfil monstre de plus de 9.000 personnes, qui se
droula d'abord en bon ordre. Mais, par suite de mesures de police trop
rigoureuses, des rixes se produisirent bientt. On avait eu recours 
l'intervention de troupes de cavalerie, appeles de Fort Myer, pour
dissoudre la procession des suffragettes. Celles-ci rsistrent. Il en
rsulta quelques plaies et bosses. Et, parpilles par petits groupes,
dames et demoiselles fanatiques du bulletin de vote se retrouvrent dans
un meeting o, en des discours vhments, la police, le Parlement, le
prsident lui-mme, furent  leur tour copieusement houspills.

[Illustration: Le dfil d'une arme de 9.000 suffragettes dans les rues
de Washington.]

[Illustration: L'arrive aux portes de la ville.]



[Illustration: La rception des notables au consulat d'Espagne.--_Phot.
Rectoret._]

L'ENTRE DU GNRAL ALFAU  LA TTE DES TROUPES ESPAGNOLES A TTOUAN

AU MAROC ESPAGNOL

L'OCCUPATION DE TTOUAN

_Notre correspondant de Madrid nous crit:_

L'Espagne a pu enfin raliser le rve, conu depuis la conqute
sanglante par O'Donnell, en 1860, de Ttouan, de roccuper cette ville,
ancien refuge des Maures expulss d'Andalousie et future capitale de sa
zone nord au Maroc.

L'opration a t confie au gnral Alfau, qui l'excuta,  la fin du
mois dernier, avec des forces d'environ deux mille hommes. Aprs avoir
dtach en avant-garde deux compagnies de tirailleurs indignes, qui
s'emparrent de la kasbah, et le tabor de police monte, il fit son
entre dans la ville, reu en chemin par les autorits marocaines et
salu par le corps consulaire.

Cette opration sans coup frir a t facilite par la politique
d'attraction que les reprsentants de l'Espagne  Ttouan, et notamment
le consul, M. Lopez Ferrer, pratiquaient depuis longtemps  l'gard des
notables indignes et de la nombreuse population Isralite (8.000
habitants sur un total de 30.000). La colonie espagnole s'lve 
Ttouan  plus de 600 mes (le 80% de l'lment europen), quoique le
commerce de l'Espagne y reste infrieur  celui de la France et de
l'Angleterre. Malgr tous ces facteurs de succs, le mrite de
l'occupation revient pour une bonne part au gnral Alfau, dsign comme
futur haut commissaire de la zone espagnole.

Ag de cinquante-cinq ans, mari  une Franaise originaire d'Algrie,
pays qu'il connat aussi bien que le Maroc, parlant couramment le
franais et l'arabe, le gnral Alfau a toujours tmoign envers notre
pays des sympathies qui ne peuvent qu'amliorer les rapports et
faciliter la tche commune des deux nations au Maroc.

J. CAUSSE.



A CONSTANTINOPLE

_D'une nouvelle visite faite aux avant-postes turcs de Tchataldja, notre
collaborateur Georges Rmond a rapport la, conviction que d'ici
plusieurs semaines,  supposer que le beau temps revienne et dure, il ne
pourrait y avoir, de ce ct, d'oprations srieuses: c'est la trve du
dgel et de la boue aprs celle de la neige. A son retour 
Constantinople, il devait tre frapp, par le spectacle qu'offre cette
grande ville sans me, indiffrente, semble-t-il,  tous les maux. Il
nous adresse,  ce sujet, les lignes suivantes:_

CARNAVAL ET INCENDIES

Quelle trange ville! et que de singulier contrastes elle offre! Le
carnaval y bat son plein; il y a cinq bals par semaine; les masques et
les dominos passent ple-mle dans la grande rue de Pra avec les
blesss, avec les malades qu'on ramne des lignes de Tchataldja ou de
Gallipoli, des hommes aux pieds gels, aux mains mortes, et personne n'y
fait attention. Il y a des incendies tous les jours; on entend le cri
sinistre le celui qui annonce le feu; on voit passer au galop les pompes
municipales, puis les bandes dbrailles des touloumbadjis (pompiers
volontaires) en costumes d'acrobates de barrire portant une pompe
surmonte d'un ornement bizarre qui ressemble au Saint-Sacrement de nos
processions; et une grande aurore rouge se lve sur Galata ou sur
Stamboul. Cent maisons disparaissent un jour, cent cinquante le
lendemain. Comment en reste-t-il encore? L'autre soir Sainte-Sophie a
bien failli flamber; toutes les petites constructions de la place qui
l'avoisine ont t consumes. Et,  part quelques visages entrevus de
patriotes angoisss par l'incertitude de l'heure, pntrs de tristesse,
et redoutant les nouvelles ngociations de paix avec abandon
d'Andrinople dont on fait courir le bruit;  part l'expression des yeux
d'un bless passant  cheval au milieu de l'indiffrence publique et
qu'un camarade mne  l'hpital, rien d'autre ou presque rien ne trahit
tout cet amoncellement de dfaite, de fin de tragdie, de fin de peuple
qui pse sur cette ville. En somme, personne ne voit cela. Et pour
montrer un pareil spectacle, il ne faudrait pas seulement le dcrire,
mais inventer, en grand artiste, en historien vridique, et ayant une
me en plus des yeux, des figures qui donnent un nom, un sens, un
sentiment  ce qu'il a d'impersonnel et d'anonyme.



L'INCIDENT DE LA SUZETTE-FRAISSINET

... Je viens de me rendre  bord de la _Suzette-Fraissinet_, le cargo
franais bombard le 1er mars par les Bulgares. Le commandant Gibert m'a
reu et m'a dit qu'il se trouvait ce jour-l, par beau temps,  4 h. 30
de l'aprs-midi,  24 milles de Gallipoli et passait  3 milles de la
cte. Il venait de Ddagatch o il avait, avec l'autorisation des
autorits bulgares, embarqu 128 rfugis turcs dont beaucoup de femmes
et d'enfants. A ce moment il avanait prcd par un vapeur anglais, le
_Moeris_, et suivi par un italien, l'_Ausonia_, lorsque le premier,
l'anglais, fut canonn par des batteries bulgares de la cte qui
l'endommagrent dans ses ouvres mortes. A son tour, la
_Suzette-Fraissinet_ fut touche  bbord par le milieu, puis atteinte 
l'avant par un boulet qui creva l'arrire de la cloison tanche sparant
les cales numros 1 et 2, traversa les deux tles de blindage--en tout
une paisseur de 42 millimtres--et parpilla plusieurs rangs de briques
empiles contre la cloison. C'tait l prcisment que se trouvaient les
rfugis. Le commandant Gibert fit hisser au mt de misaine un pavillon
neuf, mais sans que les Bulgares cessassent le feu. Neuf autres
projectiles tombrent autour du navire, heureusement sans l'atteindre;
l'_Ausonia_ ne subit aucun dommage.

GEORGES RMOND

[Illustration: A Constantinople: Sainte-Sophie menace par un incendie
qui a dtruit un quartier voisin.--_Phot. Ferid Ibrahim._]



LES LIVRES & LES CRIVAINS

L'HISTOIRE PAR LES CORRESPONDANTS DE GUERRE

La guerre des Balkans n'est point acheve que dj son histoire, toute
pantelante, sort des presses, avec ses chapitres de feu et de sang, ses
pages d'orgueil, de folie et de deuil, et mme ses conclusions du
philosophe qui, parfois, devancent un peu les ralits. Cette histoire
de la formidable crise qui marque une si grande date dans la vie des
peuples de l'Europe orientale, ce sont les correspondants de guerre qui
l'auront, les premiers, crite avec les lments, les documents de vie
et de mort qu'ils ont t chercher eux-mmes si courageusement dans les
champs de la victoire et sur les routes de la dbcle. Rarement, et
parmi plus de difficults, de prils et de misres matrielles, le grand
reportage aura mieux ralis son effort d'information. Rarement, aussi,
ces correspondances--si nous ne considrons qu'une slection, celles que
tout le monde a suivies passionnment parce que loyales et
vraies--auront t plus prcises et plus minutieusement rvlatrices. Il
ne faut d'ailleurs point s'en tonner, car si tels de ces reprsentants
des grands journaux taient des spcialistes de la guerre, des officiers
instruits, entrans et clairvoyants, comme notre admirable
correspondant de Thrace, M. Alain de Penennrun, qui aura donn la
premire grande relation d'tat-major de cette campagne (1), tels
autres, comme notre trs distingu confrre du _Matin_, M. Stphane
Lauzanne, qui fut  Constantinople l'loquent et clairvoyant tmoin de
l'agonie d'un empire (2), ont prodigu les plus riches, les plus souples
et les plus pittoresques qualits de l'observateur et de l'crivain.

M. Ren Puaux, qui,  son tour, publie son livre de la guerre
turco-bulgare: _De Sofia  Tchataldja_ (3), doit tre, lui aussi, tenu
au premier rang de cette lite. Muni de la fameuse lettre blanche qui
lui permettait, avec quatre ou cinq autres privilgis, dont le
correspondant de _L'Illustration_, d'tre admis sur le terrain du feu,
M. Ren Puaux a adress au Temps une suite tout  fait remarquable de
lettres, que nous avons tous lues et qui sont autant de documents
prcieux par leur haute probit professionnelle et la richesse de leur
information. M. Ren Puaux devait tre, j'imagine, un trs rconfortant
compagnon de route. Il a de l'esprit, et du plus alertement franais. Il
fit preuve,  tout instant, de bonne sant et de bonne humeur et, s'il
eut du courage gai aux heures les plus sinistres, il manifeste en tels
de ses rcits la sensibilit d'un pote et l'loquence recueillie d'un
tmoin de l'histoire; par exemple, lorsqu'il nous donne cette vision du
vainqueur, bulgare progressant de Kirk-Kiliss  Tchataldja sur cette
route qui, pour les Turcs en droute, fut celle de la terreur et de la
honte: L'arme bulgare s'avance, rapide, silencieuse, disparate dans sa
tenue, mais une dans son coeur, comme marchaient les volontaires de 92.
C'est une arme farouche, impressionnante, o les barbes grises
voisinent avec l'adolescence, o les capuchons de bergers couvrent la
nuque de l'officier comme du soldat; c'est une arme qui trane derrire
elle ses convois, ses troupeaux, comme les conqurants d'autrefois,
nomades ternels qui descendaient vers les mers chaudes avec leurs chars
aux roues pleines. On sent qu'elle marchera jusqu'aux portes de
l'Orient, cohorte fantastique que dirigent des cerveaux modernes...

(1) _La Guerre des Balkans_, Lib. Lavauzelle, 4 fr.
(2) _Au chevet de la Turquie_. Lib. Fayard, 3 fr. 50.
(3) _De Sofia  Tchataldja_, Lib. Perrin, 3 fr. 50.

L'arme bulgare s'est avance, en effet, jusqu'aux portes de l'Orient.
Elle n'en a point cependant franchi le seuil et, si l'on en excepte M.
Alain de Penennrun qui rvla avant tous autres les raisons de l'chec
bulgare devant Tchataldja, ce sont surtout les correspondants du ct
turc, et en particulier Georges Rmond, qui ont pu nous dire
l'importance et la difficult de l'obstacle dress devant
Constantinople.

Justement, cette semaine encore, un journal des oprations du ct
ottoman (4) nous est prsent par le major allemand von Hochwchter. Le
major von Hochwchter ne fut pas,  vrai dire, un correspondant de
guerre. C'tait un instructeur de l'arme ottomane  l'cole de von der
Goltz, et ce qu'il est intressant de trouver et de discuter dans son
livre c'est un plaidoyer pour l'oeuvre allemande dans la prparation de
l'arme turque  la guerre. Le major avait, au mois de septembre 1912,
quitt sa garnison de Damas pour revenir, en cong, dans son pays. Mais
ds ce moment la situation dans les Balkans se rvlait menaante. M.
von Hochwchter tait personnellement convaincu de l'imminence de la
lutte et il savait qu'en haut lieu on brlait de montrer la valeur de
l'arme rorganise, car, bien que la refonte des institutions
militaires ne ft pas encore complte, les officiers turcs taient
persuads de leur supriorit sur leurs adversaires. En Allemagne, les
comptences militaires estimaient que les chances seraient pour la
Turquie, si elle pouvait se dcider  terminer tranquillement sa
mobilisation et  rester sur la dfensive jusqu' la fin des oprations
prliminaires. Mais la guerre, prmaturment, clata, et le major
aussitt regagna Constantinople, avec une lettre de recommandation du
marchal von der Goltz, pour faire campagne dans l'arme ottomane. Il
fut attach  l'tat-major de Mahmoud Mouktar pacha et il put suivre,
quoique souvent  distance du champ de l'action, toutes les oprations
de l'tat-major du 3e corps d'arme. Chaque soir, le major von
Hochwchter s'astreignit  rdiger ses impressions de la journe, et ce
sont ces impressions qu'il vient de runir en volume, des notes htives,
gnralement un peu sches, fugitives, pas toujours compltes ni
remises au point, mais intressantes cependant par la lumire simple
qu'elles portent sur certains faits. Ainsi ces lignes qui expliquent,
sans les justifier, les massacres de non-combattants commis par les
Turcs en certains villages chrtiens: 27 octobre.--Tous les soldats et
officiers cantonns dans un village ont t massacrs par les Grecs et
les Bulgares; on n'a plus trouv que des membres pars, les effets et
les fusils. Le gnral a fait fusiller toute la population masculine,
puis a fait brler le village aprs en avoir loigne les femmes et les
enfants.

(4)Au feu avec les Turcs_, Lib. Berger-Levrault, 3 fr.

Mais le chapitre le plus utile, le plus personnel, en tous cas, est
celui dans lequel sont exposes les causes de la rapide dsorganisation
de l'arme turque, encombre de redits ahuris, sans discipline et sans
officiers, cohue informe jete  l'abattoir et d'aprs laquelle, conclut
l'auteur, on ne saurait juger de la valeur du soldat turc, le vrai, ni
du systme allemand qui a prsid  son instruction militaire.

Les livres du major von Hochwchter et de M. Ren Puaux ont t crits
ou du moins documents sous les obus. L'tude purement technique de M.
le lieutenant-colonel brevet Boucabeille sur _la Guerre
turco-balkanique en 1912_ (5) a t rdige dans le calme et la
rflexion du cabinet de travail. L'auteur a fait tat des
correspondances de guerre, qu'il rapproche et critique, pour dgager la
vrit de certaines contradictions. L'ouvrage est clair, ordonn,
mthodique. C'est un bon livre de bibliothque militaire.

[Note 5: Avec 11 cartes en couleur et 10 croquis dans le texte. Lib.
Chapelot, 5 fr.]

ALBRIC CAHUET.

_Voir le compte rendu de_ Rouletabille chez le tsar, _de M. Gaston
Leroux; des_ Contes de Minnie, _de M. Andr Lichtenberger; du_ Journal
du comte Apponyi, _et des autres livres nouveaux, dans_ La Petite
Illustration _jointe  ce numro_.



UNE RCEPTION AU COUARAIL

Le Couarail, la vaillante acadmie de Nancy, continue  entretenir,
dans nos marches de l'Est, le culte des traditions lorraines, et le got
des manifestations littraires. Au mois de juillet 1911, elle ftait, 
l'htel de ville, son prsident d'honneur, M. Maurice Barrs; et nous
avons rendu compte, en son temps, de cette sance solennelle, o furent
acclams, aux cts de l'illustre crivain, les deux artistes alsaciens
Zislin et Hansi.

Le mois dernier, elle faisait appel  M. Stphane Lauzanne, qui venait
de vivre les premires heures de l'agonie ottomane, et lui demandait,
comme au tmoin le plus autoris, le plus loquent, de venir dire aux
Nancens ce qu'il avait vu au chevet de la Turquie. Enfin, la semaine
passer, le Couarail recevait M. Marcel Prvost, de l'Acadmie
franaise, et Mme Marcel Prvost, en un lgant th littraire; des
potes y rcitrent leurs ouvres, le directeur du Conservatoire de
Nancy, M. Guy Ropartz, accompagna au piano une charmante cantatrice, Mme
P. Mota, qui interprta ses mlodies, et l'auteur des _Anges gardiens_
remercia, en une improvisation spirituelle et dlicate, le directeur du
Couarail, M. Georges Garnier, et son secrtaire perptuel, M. Marcel
Knecht. M. Marcel Prvost tait invit, le soir mme,  faire une
confrence sur la Femme moderne. Quel sujet, trait par le psychologue
averti des _Lettres  Franoise_, pouvait davantage piquer la curiosit?
Une trs nombreuse assistance tait venue pour l'entendre, et sa parole
aise, sduisante, fut vivement gote et applaudie.



LES THTRES

Le thtre de la Gat-Lyrique vient de monter avec beaucoup de soin
_Carmosine_, une comdie musicale pour le livret de laquelle MM. Henri
Cain et Louis Payen se sont inspirs de Boccace, et aussi de Musset.
C'est un joli conte sentimental et tendre. Il a offert au jeune et
distingu compositeur qu'est M. Henry Fvrier la trame o broder ses
plus lgantes et agrables mlodies. Le public a fait un accueil
enthousiaste  cette oeuvre, prsente dans de trs beaux dcors, et
remarquablement interprte par des artistes tels que M. Fugre, Mmes
Lambert-Willaume et Firens, MM. Georges Petit et Maguenat.

Le thtre du Grand-Guignol a compos, suivant la formule de ses succs,
un spectacle vari, o domine le ralisme tragique, et auquel une pice
d'une dlicate fantaisie, _les Ficelles_, de M. Giacosa, traduite par
Mlle Darsenne et mise en vers par M. Paul Graldy, et une petite comdie
aimablement philosophique, _le Bonheur_, de M. Pierre Veber, ajoutent un
agrment de fine qualit. Aprs un acte gai de M. Andr Mycho, _le Joli
Garon_, on applaudit deux drames mouvants, qui s'inspirent
d'vnements actuels et rcents, _le Croissant noir_, de M. Jean
Loiller, dont l'action se passe dans une tranche bulgare, en face de
Tchataldja, et S.O.S. (c'est le signal de dtresse des paquebots en
perdition), o MM. Charles Millier et Maurice Level voquent puissamment
une grande catastrophe maritime de l'an pass.

[Illustration: M. Marcel Prvost. Rception de M. Marcel Prvost au
Couarail (acadmie lorraine) de Nancy.--_Phot. Dutey_]

M. Emile Bergerat, virtuose du vers de la ligne de Banville et de
Mends, a fait reprsenter avec succs,  l'Odon, _la Nuit florentine_,
comdie tire de la Mandragore de Machiavel. Le sujet en est d'une
grivoiserie qui prte d'ailleurs aux dveloppements comiques. Telle que
M. Bergerat nous la prsente, la pice est agrable et bien ordonne;
les vers sont brillants,  effets, le cliquetis des rimes est incessant.

_Le Garde du corps_, que la Comdie-Royale nous a fait connatre, est
encore une pice importe de l'tranger, et sur un sujet  peu prs
aussi risqu que la prcdente. Elle a du reste paru plaire au public
parisien. Elle a t fort adroitement adapte du texte d'un jeune auteur
hongrois, M. Molnar, par MM. Pierre Veber et Maurice Rmon, et
agrablement joue par Mlle Jeanne Provost.

Tandis que _la Demoiselle de magasin_ poursuit au Gymnase une fort jolie
carrire, ses deux auteurs, MM. Frantz Ponson et Fernand Wicheler voient
reprendre, et avec un succs nouveau, au thtre Djazet, _le Mariage de
Mlle Beulemans_, qui dcida, il y a trois ans,  la Renaissance, de leur
fortune dramatique.

Quelques tentatives de dcentralisation musicale ont eu lieu avec succs
ces temps derniers dans plusieurs grandes villes de province; signalons
tout d'abord  l'Opra de Monte-Carlo une trs belle oeuvre: _Pnlope_,
pome de M. Ren Fauchois et musique de M. Gabriel Faur; puis, au mme
thtre, _Venise_, scnario et musique de M. Raoul Gunsbourg; au
Grand-Thtre de Lyon, _le Vieux Roi_, de MM. Rmy de Gourmont pour le
livret et Mariotte pour la musique; au Grand-Thtre de Nmes, _Dans la
tourmente_, livret de M. Serge Basset, musique de M. Henri Confesse; 
l'Opra de Montpellier, _Gaspard de Besse_, livret de M. Paul Barlatier
et musique de M. de Lapeyrouse;  l'Opra de Marseille, _Annette_, de
MM. Jean Marsle pour le texte et A. Durand-Boch pour la musique; au
Thtre des Arts de Rouen, _Graziella_, de M. Jules Mazellier, rcent
grand prix de Rome, sur un sujet tir de Lamartine par MM. Henri Gain et
Raoul Gastambide.



ALFRED PICARD

M. Alfred Picard qui vient de mourir, aprs une maladie de quelques
jours, g de soixante-neuf ans, gardera une des premires places parmi
les grands esprits qui honorrent la France  l'aurore du vingtime
sicle. Chose curieuse, cet ingnieur, qui connaissait  fond tous les
secrets de son art, n'a attach son nom  aucun de ces ouvrages
audacieux qui assurent  leur auteur une clbrit bruyante, parfois
excessive; dans les diverses fonctions qu'il occupa, son rle fut
surtout administratif, et c'est dans ce rle, o il est si difficile de
donner et surtout de faire apprcier la mesure de sa valeur, qu'il
apparut comme un homme d'un mrite suprieur, apportant dans toutes ses
conceptions une science et une largeur de vues que secondait une
puissance de travail prodigieuse.

Alfred Picard tait n  Strasbourg en 1844. Sorti de l'cole des ponts
et chausses peu de temps avant la guerre de 1870, il fut attach aux
travaux de dfense de Metz; mais il profita de la premire occasion pour
sortir de la forteresse et s'enrla dans l'arme de la Loire. La paix
signe, il entre au service du contrle des chemins de fer et des
canaux; en 1880 il assume toute la responsabilit effective du ministre
des Travaux publics, prenant sous sa direction la navigation, les ponts
et chausses, les mines et les chemins de fer. Peu de temps aprs il
devient prsident de section au Conseil d'tat.

Nomm rapporteur gnral de l'Exposition de 1889, il rdige seul, en
quelques mois, un ouvrage considrable o il traite les questions les
plus varies, les plus disparates, avec une sret, une clart, une
lgance de forme inusites. On le nomme grand officier de la Lgion
d'honneur, puis on le choisit comme commissaire gnral de l'Exposition
de 1900.

[Illustration: M. Alfred Picard--_Phot. Pirou, bd Saint-Germain._]

Ici encore Alfred Picard fut  hauteur de sa tche, et c'est . tort
qu'on lui a imput la responsabilit des dsastres financiers
particuliers qui marqurent cette foire universelle. Il ne fit
qu'assurer, avec sa probit intransigeante, l'excution de contrats
commerciaux approuvs par le ministre aprs avoir t prpars par des
fonctionnaires spcialement chargs de la partie fiscale de
l'Exposition.

En 1904, M. Picard allait en Amrique pour rgler, au milieu d'assez
grandes difficults, les conditions de la participation franaise 
l'Exposition de Saint-Louis. A peine de retour, il dirigeait tous les
travaux de la commission charge d'organiser le nouveau rseau d'Etat, 
la suite du rachat de l'Ouest.

Tout en se donnant corps et me  ses fonctions officielles, Alfred
Picard trouvait encore le temps d'crire des volumes qui eussent suffi 
consacrer sa rputation. Ce travailleur extraordinaire ne savait pas se
reposer, il ne prenait jamais de vacances. Quand il rsolut de prsenter
_le Bilan d'un sicle_, il demanda la collaboration de plusieurs
spcialistes minents. Les manuscrits n'arrivant pas assez vite  son
gr, il dcida d'crire lui-mme tout l'ouvrage, et il avertit ses amis
qu'il n'accepterait plus  djeuner ou  dner en ville avant que
l'ouvrage ft fini. En effet, pendant trois ans, raconte notre confrre
Emile Berr, il prit tous ses repas, seul en face de sa soeur. Quand les
six volumes in-8 furent achevs, l'auteur avoua que, pour apprendre les
choses dont il avait d parler et qu'il ignorait, il avait t oblig de
lire environ 400 volumes. L'ouvrage paru, il se mit  recommencer le
_Trait des chemins de fer_, qu'il avait publi en 1887.

En 1908, cdant aux instances de M. Clemenceau, charg de former un
cabinet. M. Picard acceptait le ministre de la Marine. Il n'y testa que
quelques mois, et il reprit bientt ses travaux ordinaires.

Inspecteur gnral des ponts et chausses, ancien ministre, grand'croix
de la Lgion d'honneur, vice-prsident du Conseil d'tat, membre de
l'Acadmie des sciences, Alfred Picard avait atteint tous les sommets.
Sa modestie galait sa science; une grande bont temprait la svrit
qu'inspirait un amour suprieur de la justice; l'apparente mlancolie,
dont s'gayrent les caricaturistes, cachait une grande finesse d'esprit
et une rare sensibilit d'me.

Voici ce que ce scientifique doubl d'un juriste crivait dans _le Bilan
d'un sicle_:

Parfois, en songeant  l'extrme brivet de la vie, le penseur se
prend  prouver quelque regret. Ce n'est certes pas la perte plus ou
moins prochaine des satisfactions de l'existence qui l'attriste ainsi:
les joies sont, mme pour les plus heureux, compenses par trop d'ennuis
et de chagrins. Non, ce dont souffre le philosophe, c'est de
l'impuissance dans laquelle il se trouve d'explorer largement le domaine
encore si restreint des connaissances humaines, d'en tendre les limites
par de vastes conqutes, d'apporter une ample contribution  l'difice
de la science et du progrs... Mais cette tristesse s'efface, pour celui
qui, ayant mesur la marche de la civilisation dans le pass, la
pressent s'amliorant dans l'avenir: en largissant ainsi son horizon,
en faisant abstraction de l'individualisme pour ne voir que la
solidarit et ses effets, l'esprit le plus pessimiste se rouvre 
l'esprance. La perception d'une marche incessante en avant, d'un essor
continu de l'humanit, chasse le dcouragement et provoque un puissant
rconfort. Elle console la vieillesse, ranime la vaillance de l'ge mr,
inculque  la jeunesse la foi et l'mulation.

Et l'ingnieur ajoutait: La littrature, ne figure pas et ne peut pas
figurer dans le programme des expositions. Cependant elle joue un tel
rle dans la vie des peuples et. claire d'un jour si vif le mouvement
des esprits, qu'il est impossible de ne pas lui rserver une place 
ct des sciences et des arts dans cette revue du dix-neuvime sicle.

F. H.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES POULES PONDEUSES ET L'HRDIT.

M. Pearl, agronome anglais fort rput, a cherch  discerner
l'influence de l'hrdit dans la fcondit des poules.

D'aprs ces tudes, qui ont port sur plusieurs milliers de poules dont
l'ensemble reprsentait treize gnrations, l'abondance des oeufs pondus
par une poule n'apparat pas comme un pronostic certain des qualits de
ses filles. Dans quelques-unes des familles observes, les femelles
bonnes pondeuses transmettaient toujours leur fcondit  leur
descendance, mais la chose reste inexplique.

Par contre, les expriences de M. Pearl sembleraient confirmer les faits
suivants, dj plus ou moins connus:

1 Les filles peuvent hriter du pre une fcondit leve,
indpendamment de celle de la mre;

2 Un coq peut donner des filles d'une fcondit leve avec des poules
de fcondits diverses;

3 Les filles d'une bonne poule sont bonnes ou mauvaises, selon le coq
auquel elles s'allient;

4 La proportion de mauvaises pondeuses dans une descendance de mres
diverses est la mme si toutes les poules ont t accouples avec le
mme coq.

UTILISATION DES ONDES HERTZIENNES POUR TUDIER L'INTRIEUR DE LA TERRE.

De rcentes expriences sembleraient indiquer la possibilit de recourir
aux ondes hertziennes pour connatre certains dtails de la constitution
gologique du sol.

Ces ondes traversent les roches sches, tandis qu'elles sont arrtes
par les terrains humides et par les couches de mtal ou de minerai.
C'est ce qui, sous beaucoup de climats, les empche gnralement de se
transmettre par l'intrieur de la terre, les couches suprieures
renfermant toujours plus ou moins d'humidit. Mais ces ondes se
rflchissant sur les couches impermables, comme les rayons lumineux se
rflchissent sur certaines surfaces, on peut, avec des procds de
mesure spciaux, dterminer la situation des couches qui les arrtent.

Un ingnieur allemand, M. Levy, a pu ainsi faire pntrer les ondes
hertziennes  une profondeur de 1.300 mtres, et dterminer par leur
rflexion la position de la couche humide voisine.

Il y a lieu de remarquer, toutefois, que, les sols humides se comportant
vis--vis des ondes hertziennes anime les couches de minerai, les
indications fournies par cette curieuse mthode ont besoin d'tre
contrles par un autre procd.

LES CLAIREURS DE FRANCE.

La sortie gnrale des quipes parisiennes des Eclaireurs de France,
dont nous avons rendu compte dans notre dernier numro, a provoqu, dans
le grand public, un mouvement de vive sympathie--auquel les
proccupations militaires du moment ne sont point trangres--en faveur
de cette excellente association. Beaucoup de nos lecteurs nous
sollicitent de donner,  ce sujet, des renseignements prcis; c'est un
devoir que de les porter  la connaissance de tous ceux qui veulent
prparer  notre pays de bons et d'intelligents soldats.

La socit des Eclaireurs de France, dont le sige est  Paris, 146, rue
Montmartre, groupe, sous l'autorit d'un comit directeur et de comits
locaux, des jeunes gens de toutes les classes, gs de onze ans au
moins, auxquels on ne demande qu'une cotisation annuelle de 1 franc.
Toute nouvelle recrue--munie de l'autorisation crite de ses
parents--doit, pour servir comme novice, apprendre les douze articles du
code de l'claireur, qui consacre la pratique de ces belles vertus: la
discipline, la loyaut, la gnrosit, le respect de soi-mme,
l'honneur, et prter le serment dont nous avons dj reproduit les
termes. Aprs une priode d'un mois, le novice passe un examen et
devient claireur de 2e classe; un autre examen peut, plus tard,
l'lever au rang d'claireur de IIe classe. Enfin des brevets et des
signes distinctifs spciaux, correspondant aux aptitudes de tireur,
d'ambulancier, de cycliste, de cavalier, d'interprte, de mcanicien,
voire d'aide-aviateur, sont dcerns  ceux des claireurs qui font
preuve de capacits particulires.

Tous ces jeunes gens sont groups en patrouilles, qui comptent de
quatre  huit claireurs, commandes par un moniteur; plusieurs
patrouilles se runissent en partis, dirigs par un guide; et trois
ou six partis composent une troupe, sous les ordres d'un capitaine.

Telle est, en son principe, cette organisation, destine  former, comme
le dit excellemment un article du rglement intrieur, des hommes
d'lite, provenant de toutes les catgories sociales, qui, par la force
et la noblesse de leur caractre, autant que par leur jugement, leur
dcision et leur sens pratique, seront les guides, les vigies de la
France, les vrais pionniers de sa civilisation et de son action
commerciale, industrielle, maritime, militaire et coloniale. Les
enseignements trs varis qu'on leur donne, au cours de cette ducation
morale et sportive, ont t prsents par un officier, le capitaine
Royet, en un petit manuel prcis et bien ordonn, _le Livre de
l'claireur_ (Librairie illustre, 75, rue Dareau, et au sige de la
socit, 2 fr. 50). Le scoutisme y apparat parfaitement adapt au
temprament franais, et conforme au gnie de notre race. On ne pourrait
souhaiter, pour nos jeunes gens, meilleure cole de solidarit,
d'nergie et de patriotisme.

[Illustration: Le mouillage de mines  bord d'un des nouveaux navires
spciaux de la marine militaire franaise: _Cerbre_ et _Pluton_.]

Ces navires, qui ont extrieurement l'aspect paisible d'un chalutier,
cachent dans leurs flancs une infernale cargaison: 120 mines flottantes
places sur des voies, avec garages et aiguilles sont pousses  bras
d'homme jusqu' l'arrire, o par un sabord, elles sont jetes  la mer,
 intervalles rguliers, sur la ligne de dfense pralablement
dtermine,--Ces navires peuvent tre obligs de relever les mines
qu'ils ont mouilles ou celles de l'ennemi;  cet effet, ils sont munis
des tourets et des treuils ncessaires  cette opration.--Tous les
logements d'officiers sont  l'avant.

Au cours de la guerre russo-japonaise, la mine sous-marine, qu'on
appelle aussi torpille de blocus, a jou un rle des plus importants.
C'est un de ces engins sem par un torpilleur japonais qui amena la
destruction complte et instantane,  quelques milles de Port-Arthur,
du grand cuirass russe _Ptropawlosk_. A son bord se trouvait l'amiral
Makharof, espoir de la marine russe, qui prit dans cette catastrophe.
Un autre navire russe, l'_Ienisse_, un cuirass et deux croiseurs
cuirasss japonais, _Fuji, Yoshino et Nishio_, sombrrent galement,
crevs par l'explosion d'une mine sous-marine.

Les leons de toute nature qu'a fournies cette guerre ont t
soigneusement mises  profit par toutes les nations, mais on s'est
proccup, plus spcialement peut-tre, de prparer l'emploi intensif
dans ls guerres navales futures, de ces engins. En fait, la torpille de
blocus se compose actuellement de:

1 Un rcipient contenant  la fois la charge d'explosif destine 
crever la coque du navire qui le heurtera, et le systme d'inflammation
de cette charge. Celui-ci, variable suivant les modles adopts,
consiste le plus souvent en une lourde boule mtallique place dans une
coupelle. Lorsque le navire vient heurter la torpille, le choc fait
tomber la boule, celle-ci dclanche un percuteur qui dtermine
l'explosion de la charge.

2 Un systme d'ancrage assez compliqu qui maintient la torpille entre
deux eaux,  une profondeur exactement dtermine, tout en la fixant au
fond de faon dfinitive par l'intermdiaire d'un cordage. On conoit
que ces engins mouills en ligne,  des intervalles assez rapprochs, 
l'entre des rades, ou en travers des passes qui y conduisent, en
interdiront l'accs aux forces navales qui essaieraient d'y pntrer, 
moins que ces forces ne soient prcdes de navires de petites
dimensions et munis d'un matriel qui leur permettra de dblayer le
chemin en draguant les mines et en les faisant exploser.

Pour effectuer ces oprations de mouillage, et aussi de dragage, des
mines sous-marines, on a t conduit dans toutes les marines 
construire des btiments spcialement tudis, et outills.

La marine franaise ne possdait jusqu' prsent pour ce genre de
service, que des contre-torpilleurs et deux petits croiseurs installs 
faux frais et ne convenant par consquent qu' moiti au mtier qu'on
leur demandait. En ralit, nous manquions de ce matriel reconnu
ncessaire. Cette lacune va tre comble. Le _Cerbre_, actuellement en
achvement  Cherbourg, et le _Pluton_, construit aux Chantiers Normand
du Havre et mis  l'eau le 10 mars, sont deux navires de 600 tonnes dont
les plans sont dus  l'ingnieur en chef des constructions navales
Ferrand. On leur a donn des formes de chalutiers afin de tromper par
leur apparence la surveillance de l'ennemi. Ils marcheront 20 noeuds et
porteront chacun un approvisionnement de 120 torpilles, places sur des
rails longitudinaux, comme le montre notre dessin.

Si ce type de mouilleurs de mines donne satisfaction, il sera reproduit
au nombre d'exemplaires ncessaire pour assurer dans nos escadres du
Nord et du Midi ce service si important.



[Illustration: L'aviateur Perreyon au moment de son dpart pour le
record de l'altitude.]

UN AVIATEUR A 6.000 MTRES

Le record de l'altitude, port  5.600 mtres par Garros, au mois de
dcembre dernier, vient d'tre battu par l'aviateur Edmond Perreyon qui,
parti de l'arodrome de Buc, s'est lev, en moins d'une heure,  6.000
mtres.

Assez peu connu du grand public, l'auteur de cette prouesse est
considr, dans les milieux sportifs, comme un de nos plus brillants
pilotes ariens. Chef pilote de l'cole Blriot, charg d'essayer les
appareils et d'en diriger la mise au point, il montre, presque chaque
jour, autant d'audace et de matrise que les plus rputs parmi les
aviateurs.



UN ATTELAGE DE POLICEMEN

L'ouverture solennelle du Parlement britannique a t marque par un
incident que la presse londonienne commente avec un humour qui trouvera
son cho  Berlin.

Le corps diplomatique se rendait  Westminster en carrosses de gala,
quand une batterie du Royal Horse Artillery, poste dans le parc de
Saint-James, tira le premier coup de la salve rglementaire.

Les attelages des divers ambassadeurs dressrent bien l'oreille, mais ne
bronchrent pas. Il n'en fut pas ainsi des chevaux de l'ambassadeur
d'Allemagne. Affols par le fracas de la dtonation, ils se sabrrent,
et, malgr tous les efforts du cocher et des valets, rompirent leurs
harnais et brisrent les brancards.

On put les matriser  temps, au moment o ils devenaient un danger pour
la foule masse sur les trottoirs, et des policemen furent requis de
traner le carrosse jusqu' la Chambre des lords.

Esclaves de la discipline, ils consentirent volontiers  traner
l'ambassadeur; mais les valets en pompeux uniforme durent suivre  pied.

[Illustration: Le carrosse de l'ambassadeur d'Allemagne  Londres tran
par des policemen.]



LA MNAGERIE DE LA DANSE, par Henriot.







End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3655, 15 Mars 1913, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3655, 15 ***

***** This file should be named 37799-8.txt or 37799-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/7/7/9/37799/

Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
