Project Gutenberg's L'Illustration, No. 1598, 11 octobre 1873, by Various

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Title: L'Illustration, No. 1598, 11 octobre 1873

Author: Various

Release Date: November 27, 2014 [EBook #47477]

Language: French

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*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, 11 OCTOBRE 1873 ***




Produced by Rnald Lvesque








L'ILLUSTRATION
JOURNAL UNIVERSEL

31e Anne.--VOL. LXII.--N 1598
SAMEDI 11 OCTOBRE 1873

[Illustration.]

Prix du numro: 75 centimes
La collection mensuelle, 3 fr.; le vol. semestriel,
broch, 18 fr.; reli et dor sur tranches, 23 fr.

Abonnements
Paris et dpartements: 3 mois, 9 fr.;--6 mois,
18 fr.;--un an, 36 fr.; tranger, le port en sus.

[Illustration: LE PROCS DU MARCHAL BAZAINE.--Le Grand-Trianon.]



SOMMAIRE

_Texte_: Histoire de la semaine.--Courrier de Paris, par M. Philibert
Audebrand.--Les Thtres.--Les Domestiques modernes, par M. Hippolyte
Lucas.--L'esprit de Parti (suite).--Nos gravures.--Les Mystres de la
Bourse (fin).--Bulletin bibliographique.--Revue financire.--Appareils
Savalle pour la distillation.

_Gravures_: Le procs du marchal Bazaine: le Grand-Trianon.--La pche
des hutres (5 gravures).--Procs du marchal Bazaine; une sance du
Conseil de guerre sigeant  Trianon.--Nuka-Hiva: la reine Vakhu;--La
reine Vakhu et ses fils.--Le djeuner, d'aprs le tableau de M.
Garaud.--Exposition universelle de Vienne: les appareils distillatoires
de M. Saville.--Rbus.



HISTOIRE DE LA SEMAINE

FRANCE

Depuis la semaine dernire, un certain dsarroi semble s'tre mis de
nouveau dans les affaires de la fusion qui paraissaient cette fois
dfinitivement arranges, ou  peu prs. Tous les journaux du parti
triomphaient. C'tait trop tt, parat-il, ou peut-tre prenaient-ils
leurs dsirs pour la ralit. Peut-tre, aussi jugeaient-ils qu'ils
avaient intrt  ne pas dire toute la vrit. Dans ce cas, ils avaient
tort; car s'il est un devoir qui s'impose aux journaux dans les
circonstances actuelles, c'est celui de ne pas tromper le public. Or,
c'tait le tromper que de proclamer  son de trompe que le centre droit
se trouvait en pleine conformit d'opinion et d'action avec la droite,
quand, en ralit, chacun maintient ses positions, et qu'on n'est pas
plus avanc qu'au premier jour; c'tait le tromper que d'affirmer que la
question du drapeau ne soulevait plus de difficults, quand il est vrai
que, sur ce point, l'_Union_ le dit et doit tre bien informe,
l'accord n'est pas fait. Non-seulement on est divis encore sur la
question du drapeau, mais on ne s'entend mme pas sur les principes
fondamentaux de la monarchie  restaurer.

Un vnement important est venu ajouter  ce dsarroi. C'est la
publication d'une lettre adresse par M. Thiers  M. Bernard, maire de
Nancy. Voici cette lettre date du 29 septembre, dans laquelle l'ancien
Prsident de la rpublique dcline l'invitation qui lui avait t faite
de se rendre  Nancy. M. Thiers redoute l'agitation  laquelle pourrait
donner lieu son voyage dans une ville qui l'appelle et qui se prparait
 lui faire un sympathique accueil. Sans doute, crit M. Thiers, il est
des calomnies qu'il faut savoir mpriser; sans doute aussi, au sein d'un
pays qui serait fait aux moeurs de la libert, l'agitation serait
permise dans un moment o sans consulter la France, on prtend dcider
de ses destines. On voit que le chef de l'opposition n'est point la
dupe des phrases toutes faites ni des hypocrites conseils par lesquels
on voudrait enchaner la protestation lgitime de la moiti des
reprsentants de la nation. S'il s'abstient d'aller soulever et
recueillir  travers la France les ovations qui l'attendent et qui dans
sa personne salueraient la rpublique conservatrice, c'est parce qu'il
le juge utile  la cause mme de cette rpublique. Les adversaires des
institutions existantes auraient donc tort de compter sur le silence
et la neutralit de M. Thiers; M. Thiers parlera, il agira! Bientt,
crit-il, nous aurons  dfendre non-seulement la rpublique qui, pour
moi, reste le seul gouvernement capable de rallier, au nom de l'intrt
commun, les partis si profondment diviss, et qui seule peut parler 
la dmocratie avec une autorit suffisante... Nous aurons  dfendre
tous les droits de la France, ses liberts civiles, politiques et
religieuses, son tat social, ses principes qui, proclams en 1789, sont
devenus ceux du monde, entier.

Il n'en faut donc plus douter; un combat, une bataille solennelle et
dcisive se prpare. Dans cette bataille, tous les fils de la Rvolution
combattront sous le mme drapeau,--le drapeau tricolore, accept sans
rserve, ni restrictions d'aucune sorte, ni mensonge, pour employer
l'expression nergique de M. Thiers; ils combattront enfin sous les
auspices et sous la conduite du librateur du territoire. Ce n'est pas
la premire fois qu'en face de l'ancien rgime, M. Thiers aura lev
courageusement l'tendard de la Rvolution de 1789; ce n'est pas la
premire fois qu'il aura pris les initiatives hardies et gnreuses, et
que la nation aura rpondu  son appel. La parole est  la France,
crivait nagure M. le comte de Chambord. Il ne restait plus qu' savoir
ce que disait et voulait la France: nous allons bientt le connatre.

Avec cette, lettre, presque aussitt suivie des dclarations
rpublicaines des membres les plus considrables et les plus considrs
du centre gauche, l'vnement de la semaine a t l'ouverture, au
Grand-Trianon, du procs du marchal Bazaine, sous la prsidence de M.
le duc d'Aumale.

La loi veut que tout chef de corps qui capitule soit appel  rendre
compte de sa conduite au mme titre qu'un commandant de vaisseau est
appel  rendre compte de la perte du btiment qui lui tait confi.

Ce n'est pas seulement le marchal Bazaine, mais ce sont tous les
commandants des places de l'Est ayant capitul dans la dernire guerre
qui ont t soumis  cette loi et qui ont rendu compte de leur conduite
devant un conseil d'enqute que prsidait le marchal
Baraguey-d'Hilliers, assist de quatre officiers gnraux.

On peut se rappeler ce qu'ont t les avis mis par ce conseil
d'enqute, car ces avis ont, en vertu d'une loi spciale, t livrs 
la publicit. Ces avis ont t svres,  des degrs diffrents, pour
presque tous les commandants de place, sauf pour l'officier qui
commandait la petite place de Bitche.

Pour le marchal Bazaine le blme a t nergique, et surtout motiv de
telle faon que l'Assemble nationale comprit la ncessit d'exercer
dans toute leur tendue les droits svres qui lui taient confrs en
dcrtant, dans sa sance du 16 mai 1872, la mise en jugement du
marchal Bazaine.

C'est en consquence de cette dcision que le ministre de la guerre
dlivra un ordre d'informer.

Le gnral Rivire, charg de l'instruction, a entendu plus de 500
tmoins. Son avis a t, aprs de longs mois de travail, que le marchal
devait tre renvoy devant la justice militaire pour y tre jug.

L'avis du gnral Rivire a ensuite t soumis au ministre de la guerre
avec toutes les pices  l'appui. C'est donc en conformit de cet avis,
rendu aprs celui du conseil d'enqute, que le ministre de la guerre
s'est dcid  convoquer le conseil qui vient de se runir pour juger le
marchal Bazaine.

Les deux articles viss dans le rapport sont les articles 209 et 210 du
Code militaire, ainsi conus;

Art. 409.--Est puni de mort avec dgradation militaire tout gouverneur
ou commandant qui, mis en jugement aprs avis d'un conseil d'enqute,
est reconnu coupable d'avoir capitul avec l'ennemi, et rendu la place
qui lui tait confie sans avoir puis tous les moyens de dfense et
sans avoir fait tout ce que prescrivaient le devoir et l'honneur.

Art. 210.--Tout gnral, tout commandant d'une troupe arme qui
capitule en rase campagne est puni 1 de la peine de mort avec
dgradation militaire si la capitulation a eu pour but de faire poser
les armes  sa troupe, ou si, avant de traiter verbalement ou par crit,
il n'a pas fait tout ce que lui prescrivaient le devoir et l'honneur; 2
de la destitution dans tous les autres cas.

Rien n'est modifi dans le nombre de voix ncessaires pour la
condamnation. Il y a sept juges, il faut cinq voix pour la condamnation.
Si l'accus n'a que deux voix pour lui sur sept, il est condamn; s'il
en a trois, il est acquitt.

Aucune rcusation n'est permise  l'accus. II n'a que le recours en
rvision.

Le conseil de guerre a dj tenu trois audiences au moment o nous
traons ces lignes, et ces trois audiences ont t presque exclusivement
consacres  la lecture, qui n'est pas encore termine, du rapport du
gnral Rivire. Ce rapport trs-net et trs-bien fait, est, disons-le,
accablant pour le marchal. On n'attend pas de nous que nous le
reproduisions, mme en substance, vu sa longueur. Ce serait un travail
long, difficile, et qui resterait, malgr tout, incomplet! De tels
documents d'ailleurs demandent  tre lus _in extenso._ Nous renvoyons
donc nos lecteurs aux journaux quotidiens.


ESPAGNE

Les corts se sont proroges le 20 septembre jusqu'au 2 janvier
prochain, laissant le chef du pouvoir excutif, M. Emilio Castelar,
investi d'une dictature sans limites.

Les efforts du gouvernement, qui semble entretenir l'espoir d'une
reddition volontaire des insurgs de Carthagne, se concentrent
principalement sur le renforcement des diffrents corps d'arme tenus en
chec par les carlistes dans les provinces septentrionales. Dj le
gnral Moriones a pris le commandement provisoire de l'arme du Nord,
dont le commandant dfinitif doit tre, dit-on, le marchal Serrano; le
gnral Turon est all se mettre  la tte des troupes de la Catalogne.

Bilbao est toujours cern par les carlistes, qui, par contre, auraient
abandonn l'attaque de Tolosa pour se replier dans les montagnes de la
Navarre,  l'approche des renforts amens par le gnral Moriones.

Les insurgs de Carthagne ont mis  excution la menace dont
l'intervention des amiraux trangers avait jusqu' prsent fait retarder
l'accomplissement; il ont bombard Alicante, sous les yeux mme des
navires anglais, franais et allemands, prsents dans les eaux du port.
Le 27 septembre au matin, les frgates insurges _Mendez-Nunez_ et
_Numancia_ ouvraient le feu sur le fort en ruines qui domine une partie
de la ville et sur les fortifications qu'on avait leves  la hte. Les
frgates portaient le drapeau rouge. Le _Fernando-el-Catolica_, qui les
avait accompagnes d'abord, tait all faire  Villajoyosa, au nord
d'Alicante, une expdition semblable  celle de las Aguilas; le _Tetuan_
n'avait pu sortir de Carthagne, sa machine ayant refus le service.

Le feu des frgates, mal dirig, ne causa que peu de dommages; il y fut
vigoureusement rpondu par l'artillerie rpublicaine, commande par ses
anciens officiers. Prs de cinq cents projectiles ont t lancs;
plusieurs difices, entre autres le palais du gouverneur civil, ont t
atteints; onze personnes ont t tues. A une heure, aprs une tentative
pour s'approcher du quai, tentative que la batterie tablie sur ce point
arrta, les frgates se retiraient, non sans avoir reu des avaries
notables, l'une d'elles  la remorque de l'autre.


ITALIE

L'anniversaire du plbiscite qui a consacr la chute du pouvoir temporel
du pape, a t clbr jeudi 4 octobre,  Rome, au milieu de la joie
gnrale, avec force transparents reprsentant le roi Victor-Emmanuel,
l'empereur Guillaume et l'empereur Franois-Joseph les mains
entrelaces, force vivats en l'honneur de l'Autriche, mais surtout de la
Prusse, et plusieurs douzaines d'orchestres faisant retentir les places
publiques de l'air national prussien.

M. Minghetti parat dsireux de hter le plus possible la convocation du
Parlement. La nouvelle a t donne que, dans un rcent conseil des
ministres, le gouvernement aurait dcid de clore la session actuelle de
la Chambre et de fixer aux premiers jours de novembre l'ouverture du
prochain Parlement. On dment aujourd'hui,  Rome, le bruit que le
ministre ait l'intention de prsenter un projet d'appendice  la loi
sur les garanties pour rgler les rapports de l'glise avec l'tat.

Toutefois on maintient que M. Vigliani, tudie en ce moment un projet de
loi qui, tout en respectant la libert du clerg, marquerait le point o
cette libert se changerait en licence et se transformerait en dlit
commun.



Courrier de Paris

Mme Marie Rattazzi est de retour; elle a repris ses rceptions. D'autres
hsitent ou attendent. Quant  elle,  peine revenue, elle s'est
empresse de donner  souper  ses amis. Ceux qui sont venus sont les
mmes qu'on voyait autour d'elle pendant le dernier hiver. On pourra
dire que c'est un monde un peu bigarr, d'accord; il n'en faudra pas
moins reconnatre que c'est l'amalgame le plus joyeux qu'on puisse voir.
D'anciens dignitaires s'y montrent, d'abord comme le dessus du panier,
des diplomates d'autrefois, un ex-chambellan, des naufrags de la
politique, deux ou trois acadmiciens; au milieu de tout cela, des
peintres, des journalistes, des musiciens, ce qu'Horace appelle
_ambubaja rum collegi._ A la musique de l'htesse se marie la bonne
chre;  la causerie la danse. Quand la neige poudre nos toits 
frimais, il ne faut pas que l'htel soit trop morose. On improvise alors
un petit thtre, o la matresse conserve le privilge de jouer les
premiers rles. Au milieu de Paris, tel qu'il est en ce moment, rien de
plus curieux qu'un tel train de vie o chaque jour se change en fte. La
rsidence de la Petite Princesse, comme on l'appelle encore, ressemble 
une dcoupure du joli tableau sur lequel Watteau a jet, il y a cent
ans, les groupes de la Comdie italienne.

Ce qu'il y a de plus remarquable l-dedans, c'est que rien n'arrte
jamais la marche de ces loisirs. Notez qu'il y a tantt quinze ans que
cela dure. En 1858, c'tait tantt  Aix-les-Bains, tantt  Annecy.
Eugne Sue est mort, par l, un jour, subitement ou  peu prs; la
Petite Princesse, qui tait un peu son lve, a-t-elle pleur? Oui,
dit-on, mais la musique, le thtre, les bons moments n'ont pas chm
pour si peu. On est revenu  Paris, on s'y est install; on a appel
autour de soi des personnalits graves et l'on est parvenu  en faire
des personnalits foltres, Sainte-Beuve y venait, Sainte-Beuve qui
toussait pour rire quand il faisait _Joseph Delorme_; le pre Viennet y
rcitait ses fables; M. Dupin an y jouait au whist; on y coudoyait
aussi le dieu Ponsard. Toutes ces toiles ont disparu; avec elles,
l'empire est tomb, les cousins sont partis, probablement pour toujours;
eh bien! n'importe, la jolie vie a continu, et il y a mieux, le veuvage
s'est prsent pour la seconde fois, la jolie vie poursuit son cours, et
elle sera un dsagrments de cet hiver.

La politique est partout avec ses fureurs, ses apptits, ses nuits
blanches, ses rves et ses dceptions. Dans les deux faubourgs, cette
grande dame consacre son nergie  accoupler des chiffres qui se sont
fait cinquante ans la guerre; telle autre use ses yeux et son aiguille 
broder des cocardes. La Petite Princesse n'en est plus l, Dieu merci.
Elle sait la fable du chien qui jette la proie pour l'ombre. Elle ne
veut plus d'illusions. Elle s'en tient philosophiquement au plaisir qui
se prsente aujourd'hui sans s'embarrasser de ce que pourra tre demain.
Cueille l'heure prsente. _Carpe diem._ Elle s'amuse, elle demande
qu'on s'amuse chez elle et autour d'elle, et n'admet rien de ce qui
serait tranger  l'action de s'amuser. A sa premire soire, on a
beaucoup admir son buste nouveau par Clsinger, trop dcollet,
parat-il, mais tout le monde sait bien aussi que c'est le genre du
sculpteur qui a fait la _Femme  l'aspic._ Il y avait aussi un portrait
de la mme par un peintre italien.

A propos de princes, un de nos confrres en chronique vient de nous
apprendre de quelle faon comique le gardien du chteau d'Amboise a t
rcemment congdi. On doit se rappeler que ce vieux nid de vautour,
bti sur le haut d'un roc, thtre de tant de drames, de ftes et de
crimes, appartient aujourd'hui  la famille d'Orlans. C'est pour cette
raison que Louis-Philippe avait fait de ces murs de granit la prison
d'Abd-el-Kader et de toute sa smalah. En dcret de Napolon III avait
bien confisqu Amboise, mais l'Assemble nationale a biff la
disposition qui concerne ce domaine. Or, il y a quelque temps, un jeune
couple s'abattait au milieu des galeries en ruines. Mari et femme, ils
avaient tout visit, la merveilleuse chapelle dans laquelle Charles XIII
s'est mari, le parc au milieu duquel on voit le tombeau de Lonard de
Vinci, l'incomparable voie souterraine qu'on parcourait en carrosse avec
des flambeaux. Il ne restait plus  voir que le balcon, o la tradition
dit que La Renaudie et ses compagnons ont t pendus. Voulant d'ailleurs
jouir du point de vue qu'on a de l sur la Loire, le jeune tranger
ouvrit brusquement une des fentres.

--Eh! l-bas, s'cria le gardien en s'avanant, dites donc, vous, fermez
donc cette fentre, que vous venez d'ouvrir sans ma permission.

--Mon brave homme, rpondit le jeune monsieur, je suis ici chez moi; je
m'appelle le comte de Paris.

Il se peut que le fait soit vrai, mais si le gardien a t congdi, c'a
t pour avoir dit autre chose.

Pas plus tard que l'an dernier, le hasard m'ayant pouss par l, ce mme
gardien, le cicrone le plus discret qu'on ait jamais vu, nous exposait
 un officier d'artillerie et  moi tout ce qui s'tait pass de
mystres dans cet endroit terrible. Il nous disait les visites soudaines
de Louis XI, escort de Tristan l'Hermite, son compre; il nous
racontait l'arrive soudaine d'Henri III amenant lui-mme ses
prisonniers aprs avoir assassin les Guises  Blois. Tout  coup il
nous fit entrer dans la partie du chteau qui est demeure la plus
habitable.

--Ah! quant  a, reprit-il, a n'est plus du moyen ge, c'est du
moderne. Ces magnifiques galeries, vous le voyez, ont t dcoupes en
une multitude de petits cabinets  la parisienne, des cages  poulets.
Ainsi l'a voulu, sur la fin du rgne de Louis XVI, un certain prince de
Penthivre, le propritaire du temps. Le pauvre homme! la pauvre
cervelle! Ses petites btisses ont masqu les salamandres, les fleurs de
lis, les grandes moulures. C'tait un bourgeois, ce Penthivre et, par
dessus le march, il avait le dsagrment d'tre le beau-pre d'un assez
mauvais garnement appel, je crois, Philippe-galit. Pour ne parler que
d'architecture, il n'y entendait goutte. Tenez, quand Napolon III a
pass par ici, je lui ai montr tout a, le chef-d'oeuvre du Penthivre.
Il en riait comme moi. Je vous laisse  penser si l'empereur et moi nous
nous sommes fait alors une pinte de bon sang.

Il n'y aurait rien de risqu  supposer que notre susdit gardien qui
faisait ce boniment  tous ceux qui visitaient le chteau, l'a rpt au
comte et  la comtesse de Paris. On conoit ds lors le dnoment
annonc par notre confrre en chronique, c'est- dire la destitution de
l'homme qui a la langue trop bien pendue.

Un peintre de talent vient de disparatre; Edwin Landseer vient de
mourir  l'ge de soixante-six ans; c'est une perte pour l'Angleterre
qui ne donne pas souvent naissance  des artistes de cette trempe. Peu
d'_animaliers_ auront produit autant de sensation. Edwin Landseer ne
manquait pas de dfauts sans doute; il voyait les choses trop en joli.
Toutes les scnes qu'il dcrivait taient d'une propret irrprochable;
ses basses-cours avaient l'air d'un boudoir; chacune de ses curies peut
lutter d'lgance avec le salon d'une lady. Et ses chevaux! et ses
chiens! quelles btes toujours soigneusement brosses, lustres, cires,
poussetes! Cinq ou six de ses tableaux, reproduits par la gravure,
sont rpandus  profusion dans les deux mondes. Tels sont _Les chiens du
mont Saint-Gothard (1829), La chasse aux faucons (1832), Les animaux 
la forge (1835), Sauv!_ (une trs-belle scne d'inondation qui date de
1856).

Celle de ses toiles qui a obtenu le plus de succs est une page
familire de la vie de l'auteur d'Ivanoh. Qui n'a vu _Sir Walter Scott
et ses chiens?_ Le laird d'Abbotsford, sa belle tte carre, si
puissante et si calme, son oeil si vif, tout cela s'harmonisant 
merveille au milieu de ces beaux peintres d'cosse dont le grand
romancier avait voulu faire ses meilleurs amis. Assurment le jour o
Landseer a compos cette scne, il a fait un tableau d'histoire. Nous
n'aimons plus les parallles; nous ne sommes plus  l'poque des
pendants, mais combien on aurait aim  voir, en regard de sir Walter
Scott et ses chiens, lord Byron et son ours  Newstead-Abbey! Mais
lorsque le fou sublime qui devait crire _Don Juan_ menait la vie
romantique dans son chteau, Edwin Landseer n'tait encore qu'un enfant
et s'exerait  peine  tailler ses crayons.

Nos voisins d'outre-Manche ont une qualit dont on ne saurait trop faire
l'loge. Une fois le talent admis par eux, consacr par la Renomme et
ses trompettes, ils lui jettent l'or  pleines mains. Edwin Landseer a
pu voir quelle diffrence il y avait entre la rputation dans la
Grande-Bretagne et la rputation en France. Chez nous, ce n'est le plus
souvent qu'un vain bruit, sauf annexe, sans couronnement d'aucune sorte;
chez les Anglais, c'est la conqute de toutes les jouissances sociales,
une maison, une famille, la vie intime s'appuyant sur la richesse, ou,
pour le moins, sur l'abondance. Ce peintre qui faisait si bien les
chiens et les chevaux pouvait s'acheter,  son tour, une rsidence,
mieux qu'un cottage, un beau toit d'ardoises au milieu des prs, une
curie, un chenil, des poules, un tang, des bois dont l'ombre et le
murmure lui appartenaient. Tous ces _boni_ de la gloire ne le mettaient
pas, il est vrai,  l'abri des malignits de la critique; mais quel est
l'heureux du monde que l'pigramme des contemporains a jamais pargn?

Votre Landseer, crivait un jour une feuille satirique, il a du talent,
du talent sans aucun doute, mais toujours, toujours le mme talent. Il
fait des chiens et des chevaux, rien que des chevaux et des chiens. On
prtend qu'il a fait une fois un cerf; ce devait tre pendant l'anne de
la comte. a ne s'est pas renouvel. En certain jour, lord Devons.... a
voulu lui faire faire le portrait d'un trs-joli cochon blanc et rose
dont il est l'inventeur; Landseer s'est mis  l'oeuvre, et, au bout du
compte, son cochon, tait un chien. N'est-ce pas  donner envie de le
mordre?

Puisque tout change sans cesse autour de nous, il faut bien admettre
qu'il y a aussi une mobilit raisonnable dans ce que Talleyrand
appelait: _Le grand art de la gueule_. On ne mangeait plus du temps de
Scarron comme on avait mang  l'poque de Rabelais. On ne dnait dj
pas avec Brillat-Savarin, sous la Restauration, comme on avait dn avec
Barras, sous le Directoire. Tout cela pour vous dire qu'on s'occupe en
ce moment mme de codifier la table, ses frontires, ses lois et sa
pnalit. Le dernier _Code gourmand_, qui est d'Horace Raisson, le
premier collaborateur d'H. de Balzac, date de 1827, c'est--dire qu'il
est g d'un demi-sicle. Evidemment c'est un code  mettre  la
rforme.

Avant que ce livre typique ne soit remplac par celui qu'on prpare, il
est tout simple qu'on jette sur son contenu un dernier coup d'oeil, une
sorte d'adieu. En trois cents pages il rsumait toute la science parse
dans les admirables prceptes de l'cole de Salerne, dans Berchoux, dans
Henrion de Pansev, dans Brillat-Savarin, dj nomm, dans Carme, dans
les cinquante tomes qui forment les Annales du Caveau, et, en un mot,
dans les oeuvres succulentes de tous ceux qui se sont religieusement
occups de faire de la table,--ce qu'elle doit tre,--le pivot de la
civilisation moderne. Que de choses curieuses dans ce vieux livre! mais
aussi que de choses que nous ne comprenons dj plus! Ainsi, sous forme
d'annotation, le _Code gourmand_ cite deux vers du Don Juan de Byron:

Rien de plus dlicieux dans la vie que le coin du feu, une salade de
homards, du champagne et la causette.

Du champagne, mme du Mol, en mme temps que la salade de homards, cela
serait considr de nos jours tout  la fois comme une hrsie et comme
un barbarisme.--Mais voyez la contradiction! Byron est le mme qui
crivait de Venise  Thomas Moore: Ah! mon ami, pourquoi faut-il qu'on
mange? Manger, boire; boire, manger, c'est travail de bte! Le bruit de
la mastication et de la trituration est celui qui m'afflige le plus. Je
ne puis surtout me dcider  voir manger les femmes. Si la belle mchait
un os de poulet  ct de moi, je serais capable de la poignarder avec
ma fourchette!--Voil encore une chose que le temps a bien chang.
Aujourd'hui la mode est que les femmes mangent beaucoup.--Que l'ombre du
grand pote vienne faire un tour  Paris un de ces soirs,  l'heure o
les cabarets allument les bougies, et elle en verra de drles sous ce
rapport!--Non-seulement les femmes mangent grandement, mais elles
commencent  boire avec une certaine bravoure. Il y a mieux, c'est une
fort jolie femme, une actrice qui a dterr dans une lettre de Voltaire
 d'Alembert ce tronon de prose: Je ne connais de srieux ici-bas que
la culture de la vigne.

Pour en finir avec le _Code gourmand_ en train de trpasser, je
signalerai encore une proposition suranne de cet ouvrage. A la page 180
on lit ce qui suit; Quand vous verrez un pote boire de l'eau pendant
tout le dner, pariez hardiment que c'est un pote didactique. Or, les
contemporains ont pu tre tmoins de plusieurs faits qui battaient cette
manire d'aphorisme en brche: 1 Branger buvait de l'eau; M. Ernest
Rendu le lui a mme amrement reproch: Il chantait le vin et buvait de
l'eau; il chantait aussi le Dieu des bonnes gens et il avait la
simplicit de croire  ce dieu-l; 2 Alexandre Dumas pre aussi tait
un buveur d'eau (et il n'tait gure didactique); 3 Par contre,
Sainte-Beuve buvait du Chambertin, et c'tait l'homme enseignant,
l'homme des compas, des rgles et des mesures.--Mais le _Code gourmand_
de 1827 n'est plus; le _Code gourmand_ de 1873 va venir en mme temps
que les vraies truffes et les bcasses. Disons comme Alceste: Nous
verrons bien.

Philibert Audebrand.



[Illustration: PCHE A LA DRAGUE, A L'AVIRON, RIVIRE DU TRIEUX.]

[Illustration: Drague de rivire pour petites embarcations.]

[Illustration: Drague des bateaux Cancalais et Granvillais.]



LA PCHE DES HUTRES

[Illustration: Bateaux dragueurs d'hutres de la cte anglaise de
Dungeness.]

[Illustration: Cutters pcheurs d'hutres de la cte de Plymouth.]



LES THTRES

L'Opra.--_La Mlodie_, tudes complmentaires vocales et dramatiques de
l'art du chant, par G. Duprez.

Depuis quelque temps le thtre de l'Opra, toujours en cherche de
premiers sujets, nous a fait entendre des dbutantes. Si nous n'avons
pas parl de ces tentatives de notre Acadmie de musique, c'est qu'elles
n'ont pas t heureuses. Les toiles nouvelles dcouvertes par M.
Halanzier ont fait une apparition de quelques soires au ciel de l'Opra
et se sont clipses. Ces exhibitions de talents d'une soire n'ont pas
eu de lendemain et les grands rles de femme attendent toujours leur
interprte. Mlle Ferrucci, que nous avons entendue hier dans les
_Huguenots_, nous semble devoir tre plus heureuse que ses devancires,
et il pourrait bien se faire que l'Opra gardt cette pensionnaire, qui,
croyons-nous, peut lui rendre quelques services.

Mlle Ferrucci est une fort belle personne  laquelle l'motion, dans
cette premire soire, enlevait sans doute ses moyens de tragdienne
lyrique, car elle a jou avec un embarras extrme ce grand rle de
Valentine; mais la dbutante, dont l'organe est bien faible et bien
insuffisant dans le registre grave, a une voix des plus heureuses et des
mieux timbres  l'octave suprieur. La note est claire, vibrante,
chaleureuse; le clavier roule, rsonne avec une grande galit. Mais
tout cela est bien loin encore de constituer un rel talent, et la
cantatrice tant cherche est encore  trouver.

Quelle cause a donc rendu si rare ce phnomne si frquent autrefois?
Voici M. Strakosch, l'homme  coup sur des grandes dcouvertes en ce
genre; grce  lui nous allons voir renatre ce malheureux
Thtre-Italien, mort faute de sujets. Eh bien, M. Strakosch lui-mme
cherche,  l'heure qu'il est, une virtuose; il nous promet de nous faire
entendre une srie de jeunes talents. A voir la liste de ses
pensionnaires, vous diriez tout le personnel d'un Conservatoire: belles
promesses; mais des promesses pour l'avenir. Rien qui s'impose encore
par le talent reconnu. Les impresarii de l'autre ct des Alpes ne sont
pas plus heureux que M. Strakosch et M. Halanzier. Un de mes amis qui
vient de parcourir toute l'Italie n'a pas rencontr une seule chanteuse
sur les thtres de Milan, de Venise, de Florence et de Naples. Il ne
faut pas s'y tromper, l'art du chant se perd de jour en jour. Et
pourquoi? C'est que les artistes qui ne peuvent ni ne veulent attendre,
se prcipitent trop rapidement sur la scne. C'est qu'ils bauchent 
peine quelques tudes pour entrer immdiatement en jouissance des moyens
vocaux que la nature leur a donns. Malgr les thories nouvelles,
l'ducation srieuse est indispensable pour un tel art.

C'tait l'opinion du fameux Lagingeole, de l'_Ours et le Pacha._--Mais
c'est merveilleux! disait Schahabaham; comment avez-vous pu rendre cet
ours musicien?--En lui apprenant la musique. Contrairement  cette
mthode, ce que les chanteurs apprennent le moins  l'heure qu'il est,
c'est la musique. D'ailleurs, il ne faut pas s'y tromper, l'enseignement
fait dfaut partout. De toutes parts on le nglige. Les matres
eux-mmes semblent avoir abandonn ce travail excellent qui rpandait la
saine et robuste instruction musicale par les solfges et les vocalises.
Cette pdagogie de l'artiste a t dlaisse. Et pourtant que d'ouvrages
prcieux elle avait produits: et les _Exercices et Vocalises_, par
Crescentini, et les _Exercices_, de Garcia. Les variations vocales sur
une phrase, et l'excellente _Mthode d'artiste_, de Mme Conti-Damoreau,
et les _Gorgheggi e solfeggi_, de Rossini, les _Vocalises lgantes_, de
Guillot de Sainbris, et enfin ce prcieux _Recueil de Vocalises_, de
Bordogni, ces morceaux d'un got exquis, d'une science parfaite, dans
lesquels se rsumaient tout l'enseignement vocal de l'cole italienne.

Le got change; si parfaite que soit cette petite bibliothque classique
du chanteur, il faut la renouveler; aussi avons-nous ouvert avec le plus
grand intrt ce volume qui a pour titre: _La Mlodie_, et qui complte
le _Trait de l'art du chant_ publi par M. Duprez en 1845. M. Duprez
est peut-tre  l'heure qu'il est la seule gloire qui existe encore de
ce grand pass qui compta tant d'illustres chanteurs. Son passage au
thtre a t lumineux, clatant. Lorsque l'admirable chanteur se retira
de la scne, son enseignement devint des plus fconds; nous lui devons
des talents hors ligne; son cole se maintint dans les doctrines les
plus nobles et les plus pures. Elle se rpandit dans le public  l'aide
de cet art du chant que nous venons de citer; aujourd'hui il se complte
par ces tudes vocales et dramatiques. Ce n'est pas seulement pour le
clavier vocal que le matre a crit ces exercices; si le dveloppement
de la voix gagne  ces tudes savamment diriges, le got du chanteur,
dans les passions et les sentiments  exprimer, y bnficie plus encore.
L'enseignement s'lve au style et dans les morceaux de chant, et dans
les tudes dramatiques, et dans les grands airs que M. Duprez a tirs de
ses propres oeuvres. Il y a l de fort belles pages; mais ce qui me
frappe le plus, c'est l'habilet apporte dans cette progression
d'tudes.

Pour donner plus d'autorit encore  cet important ouvrage, M. Duprez a
fait un choix dans les classiques du chant. Il a cherch, en les
transcrivant, les plus beaux morceaux des sicles passs, les plus
grandes inspirations de ces matres qui ont nom: Carissimi, Cesti,
Campra, Lo, Porpora, Pergolse, Gluck, Sacchini, Cimarosa, Mozart,
Mhul, et qui dans ces chefs-d'oeuvre portrent l'art du chant  sa plus
haute et sa plus puissante expression dramatique. Cette seconde partie
de l'ouvrage de M. Duprez forme mieux encore qu'un curieux recueil; en
s'ouvrant  l'anne 1500, pour finir avec le commencement de ce sicle,
elle donne dans ces pages savamment choisies une sorte d'histoire de
l'art qui se traduit elle-mme par les oeuvres de ses matres immortels.

M. Savigny.

_P.-S._--A voir mardi dans la salle Ventadour restaure avec got ce
monde lgant d'trangers et de Parisiens, on se serait cru aux beaux
jours du Thtre-Italien. La nouvelle direction de M. Strakosch
s'annonce donc sous les auspices les plus favorables, puisque le public
a rpondu avec empressement  son appel. C'est  elle  rpondre
maintenant  la sympathie du public pour ce thtre. M. Strakosch nous
fait les plus belles promesses, et il est homme  les tenir. Si nous
parlons de cette premire soire, c'est pour signaler l'ouverture de la
salle Ventadour, et pour annoncer la rentre de deux excellents
artistes, MM. Zucchini et Delle-Sedie dans _Don Pasquale_, qu'on a fort
applaudis l'un et l'autre. Une jeune artiste, Mlle Belval, a dbut dans
le rle de Norine. Mlle Belval a une voix agrable, mais bien mince.
Elle chante avec got; mais elle compromet un peu son succs par des
faons un peu brusques, pour ne pas dire cavalires.

M. S.



LES DOMESTIQUES MODERNES

Le duc de R...., ex-ambassadeur, ex-pair de France, ex-snateur; et,
plus heureusement pour lui, grand propritaire foncier, tait assis
aprs son djeuner dans son cabinet de travail, devant son bureau, les
yeux plongs dans la lecture d'un rapport d'une des entreprises
industrielles auxquelles il prte son concours, pour utiliser ses
loisirs. Le duc de R... est un homme trs-fin, trs-expriment,
trs-rompu aux affaires, dont on recherche les judicieux conseils.
C'est, en outre, un homme du plus bienveillant esprit, et d'une
courtoisie  toute preuve, surtout vis--vis de ses infrieurs. Justin,
son valet de chambre, entra et dposa quelques brochures devant lui.

Le duc, au bout de quelques instants n'entendant pas Justin s'en aller,
releva la tte, et le vit tourner sa casquette entre ses doigts comme un
domestique embarrass qui dsirait videmment avoir une conversation
importante avec son matre, et qui ne savait trop par o commencer.

--Vous avez quelque chose  me dire, Justin?

--Oui, monsieur le duc, si c'est un effet de votre bont!

--Parlez, quoique je sois trs-occup en ce moment.

Justin continuait  tourner sa casquette et se taisait.

--Est-ce de votre prochain mariage avec Justine, la femme de chambre de
la duchesse, que vous voulez m'entretenir?

--Ce n'est pas prcisment du mariage qu'il s'agit, mais c'est un peu 
propos de ce mariage que je me dcide  faire  M. le duc une
communication.

--Une communication! cela annonce quelque chose de grave.

--Assez grave en effet!

Le duc le regarda Fixement et, habitu  lire dans la pense des autres,
lui dit;

--Vous venez me demander une augmentation de gages!

--C'est cela mme, rpondit Justin, soulag d'avoir t devin.

--Je vous ai pris tout enfant sur ma terre de R... Je vous ai fait
lever; je vous ai amen un peu gauche  Paris, mais vous vous tes
form vite au service, vous tes intelligent. Je ne suis pas mcontent
de vous. Vous avez eu douze cents francs d'abord, vous en avez dix-huit
aujourd'hui; je porterai vos gages  deux mille francs; voyez si la
duchesse veut faire pour Justine ce que je fais pour vous. La duchesse a
sa fortune personnelle.

--Beaucoup plus considrable mme que celle de M. le duc, ajouta Justin.

--C'est vrai, dit le duc, avec un lger mouvement de surprise.

--Justine est entre chez la duchesse pour lui faire sa rclamation,
mais nous sommes loin de compte, monsieur le duc.

--Comment, loin de compte? s'cria le duc avec un tonnement plus
prononc.

--Oh! oui, les gages que vous m'offrez ne sont pas en rapport avec la
fortune de M. le duc, ni avec les rglements de l'_Union._

--Ma fortune, l'_Union!_... Qu'est-ce que cela veut dire?
Qu'entendez-vous par l'_Union._

--L'Association gnrale des domestiques... M. le duc n'en a donc pas
entendu parler. Nous avons eu dj plusieurs assembles... Nous avons
fait venir de Londres un guide, un leader, un homme trs-habile, un
orateur qui s'exprime en trs-bon franais, et qui nous a enseign nos
droits...

--Et vos devoirs, sans doute, dit le duc  moiti tourdi par cette
rvlation inattendue.

--Et nos devoirs aussi. Nous devons  l'_Union_ un schelling, 1 fr. 25.
par semaine, comme en Angleterre, pour les frais gnraux, et pour le
cas o une grve serait ncessaire.

--Ah! c'est diffrent, dit le duc, qui avait repris tout son sang-froid,
je faisais navement allusion  vos devoirs envers vos anciens matres:
la reconnaissance, par exemple, qui a toujours pass pour une vertu.

--La reconnaissance abaisse la fiert de l'homme, monsieur le duc, tout
doit se passer raisonnablement  notre poque, et si j'osais employer
une expression toute rcente, contractuellement.

--Et quel est le contrat que vous avez  me proposer.

--Ce n'est pas moi qui en ai dtermin les conditions, monsieur le duc,
l'_Union_ ne permettra pas dsormais un mode de rtribution _ad
libitum._

--Je m'aperois que vous tes devenu trs-instruit, M. Justin.
L'anglais, le latin, ne sont plus pour vous des langues trangres.

--M. le duc doit tre fier de ce progrs qu'il veut bien remarquer,
puisque c'est lui qui m'a fait apprendre  lire,  crire.

--Et  compter. Vous avez vraiment profit de l'ducation. Mais je suis
curieux de savoir quel est au juste ce mode de rtribution.

--Ah! Il est bien simple. Un salaire proportionnel tout bonnement: cinq
pour cent sur la fortune du matre dans les grandes maisons. Or M. le
duc ayant cent mille francs de revenus, en bons biens au soleil, comme
son notaire peut en tmoigner, et madame la duchesse en ayant deux cent
mille de son chef!...

--Cela fait que vous me demandez cinq mille francs de gages par an, et
que Justine se hasarde  en demander dix mille  la duchesse.

--Voil tout. N'est-il pas temps que, sans bouleverser la socit de
fond en comble, comme le veulent des gens avancs, l'ingalit des
conditions humaines soit justement adoucie.

--Je vois avec plaisir que vous n'tes pas encore de ceux qui demandent
 retourner du haut en bas l'chelle sociale, et que vous n'exigez pas
que je devienne votre valet de chambre...

Justin ne prit pas garde au ton railleur du duc, et crut qu'il adressait
des compliments sincres  l'_Union_ dont il tait membre.

--Oh! nous respectons, s'cria-t-il, les faits accomplis, les positions
acquises, tout en essayant d'amliorer notre industrie.

--Ne vous servez pas de ce mot d'industrie, M. Justin, on le prend
quelquefois en mauvaise part; on en a fait un ordre, et, comme vous avez
l'esprit trs-progressif, vous pourriez tre tent d'y prendre un grade.

--Je voulais dire, pour amliorer nos moyens, d'existence, reprit Justin
un peu dconcert; mais, aprs tout et entre nous, M. le due, ne
pourriez-vous pas convenir que vos aeux ont abus des miens...

--Vos aeux, M. Justin, rpondit le duc quelque peu froiss, taient de
bons et loyaux fermiers que mes aeux,  moi, ont nourri dans leurs
terres durant des sicles, et qui seraient bien tonns de votre
langage...

--Que voulez-vous! C'est le langage du jour. Les temps de sacrifice et
d'abngation sont passs. Chacun ne doit avoir en vue que son bien-tre
ici-bas. Si vous entendiez notre leader...

--Je me priverai de cette distraction.

Le duc avait de la peine  se contenir, mais il ne se dpartait pas de
sa politesse habituelle.

--Finissons, dit-il en se levant, je rflchirai.

Justin allait se retirer sur le geste de son matre, lorsque la
duchesse, moins patiente que son mari, entra avec imptuosit dans le
cabinet du duc, suivie de Justine, dont le bonnet tait hardiment pos
sur l'oreille.

--Croiriez-vous bien, M. le duc, dit la duchesse  demi suffoque, que
cette effronte de Justine est venue me proposer d'lever ses gages 
dix mille francs par an...

--Et qu'avez-vous rpondu, chre amie? repartit froidement le duc.

--Je l'ai _chasse_.

--Monsieur Justin, reprit le duc en se tournant vers son valet de
chambre d'une faon significative, les femmes mettent les points sur les
i.

--Vous me chassez aussi? dit Justin.

--Vous savez que je n'aime pas les gros mots. Mais vous pouvez suivre
Justine, bien digne d'tre votre compagne...

Justine s'approcha de Justin et lui dit  l'oreille.

--Prviens le cocher, je vais prvenir la cuisinire, la grve va
commencer par nous.

--Ils se retirrent  reculons d'un air insolent et, sur le seuil du
cabinet, Justin dit brusquement:

--On fait ce qu'on peut, pour prvenir les rvolutions et voil comment
on est reu!...

--C'est trop fort, s'cria le duc en cherchant sa canne... La duchesse
l'arrta.

Aprs la sortie de Justine et de Justin, le duc et la duchesse se
regardrent les larmes presque aux yeux; ils s'assirent et causrent
longtemps des jours de leur enfance, o les serviteurs de leurs nobles
parents faisaient presque partie de la famille... Que les temps taient
changs!...

La journe s'avanait. Vers l'heure du dner, la duchesse sonna
machinalement, personne ne vint de la maison  son appel, si ce n'est le
concierge rest  son poste, et qui lui apprit que la maison avait t
dserte par tous les gens.

--Comment allons-nous dner, s'cria la duchesse...

--Prends mon bras, lui dit galamment le duc, nous irons dner en
tte--tte dans quelque restaurant du boulevard; il faut s'accommoder 
tout.

--Mais ce soir, reprit la duchesse un moment abattue, comment me passer
des soins de ma femme de chambre...

--Je vous demanderai la permission de la remplacer, reprit le duc, et il
lui serra affectueusement la main; ils sortirent  pied, et je les
rencontrai chez Brbant. C'est ce qui fait que j'ai su cette histoire un
des premiers.

_Hippolyte Lucas._



L'ESPRIT DE PARTI

LE CHARIVARI

1832

On a tort de prtendre que la Restauration ne protgeait pas
l'industrie. Elle tait trop dvote pour ne pas encourager les
fabriques.

Il y a, prtend Odry, cette diffrence entre les moutons et les valets
du ministre qu'on marque les premiers quand ils sont  vendre et les
seconds quand ils sont vendus.

Monsieur le prsident de la Chambre a dit avant-hier: Je mets aux voix
le chiffre le plus lev. Une faute typographique lui fait dire dans un
journal ministriel: Je mets les voix au chiffre le plus lev.

On suspend les pices qui dplaisent; on suspend les journaux qui
gnent. La censure est dcidment commue en suspension.

Si le peuple, disait hier un dput, s'avisait  son tour de suspendre
tout ce qui le froisse, le budget pourrait bien tre suspendu.--Dieu
nous en prserve, rpondit M. de Corcelles, il est dj bien assez
lev.

Un inventeur de nouvelles lampes dit dans son prospectus, pour les faire
valoir, qu'elles servent  l'clairage du bureau de la Chambre des
dputs. C'est une triste recommandation.

Un journal ministriel dit ce matin que la monarchie est le seul remde
qui puisse gurir les maux de la France. Il n'y a pourtant que les
imbciles qui croient encore  la mdecine _Leroi._

S. M. Louis-Philippe vient de donner son..... nom  une nouvelle rue.

1833

On assure qu'il a t question au parquet de saisir le _Journal du
Commerce_,  cause d'une annonce qui commence ainsi: Tous les fruits
verts et notamment la poire, ne seront pas de conserve cette anne.

On nous dit que la Rpublique plit. C'est probablement qu'elle n'a pas
 rougir comme certaines gens.

Nous jouissons d'une _immense_ libert...

N. B.--Ce _carillon_ est de M. de Broglie.

M. Thiers a dit: J'ai une foi absolue dans la dure du systme que j'ai
l'honneur de servir.--Il faut que M. Thiers soit bien crdule.

Nous n'avons jamais t moins libres que depuis que nous vivons sous la
meilleure des rpubliques. On a bien raison de dire que le mieux est
l'ennemi du bien.

Le juste milieu est gard  Paris par l'amour des citoyens et par six
rgiments d'infanterie, quatre de cavalerie et deux d'artillerie.

Un journal ministriel dit ce matin qu'en fait de Rpublique la
meilleure ne vaut rien. C'est ce que nous rptons tous les jours  ceux
qui prtendent que nous vivons sous la meilleure des rpubliques.

Eh bien! que dites-vous de la mre de votre roi? demandait dernirement
M. de Schossen  M. Berryer.--Et vous, rpliqua celui-ci, que dites-vous
du pre du vtre?... (_Historique._)

A propos des bruits qui courent sur l'intention qu'aurait le juste
milieu d'employer quelque jour contre le peuple les nouvelles
fortifications de Paris, le _Journal des Dbats_ s'crie:
S'imagine-t-on donc avoir  faire  un _despote imbcile?_ A un
despote non.

On assure que l'on va abolir le bureau des longitudes pour le remplacer
par un autre beaucoup plus convenable sous l'ordre de chose actuel,
c'est--dire par un bureau des _platitudes._

Dsormais le juste milieu nous parlera par la bouche.... des canons.

Les forts autour de Paris seront _dtachs._ C'est comme les cours.

Voici comment les choses se passeront dans l'affaire des fortifications
de Paris: d'abord le corps de la place, puis un paulement, puis un
rempart, puis un foss, et au bout du foss...

Avant-hier la monarchie citoyenne a reu la visite de M. Vitet,
l'inspecteur des ruines.

Il n y a rien de tel qu'une _clef d'or_ pour ouvrir et fermer une
chambre  volont.

Un journal ministriel s'tonne qu'il se rencontre des gens qui osent se
moquer de la majorit; car jamais, ajoute-t-il, on ne vit de Chambre
plus _imposante_. C'est prcisment ce dont se plaignent les
contribuables.

La Gat nous annonce une prtendue premire reprsentation de _la Fte
du voleur_. Il nous semble que nous avons dj vu quelque chose dans ce
genre (1).

      [Note 1: Ce carillon est du 5 mai. Quatre jours par consquent
      aprs la fte du roi.]

Sur toutes les scnes  prsent, le beau rle est pour les voleurs. On
sait que le thtre a la prtention d'tre le miroir de l'poque.

Sa Majest doit, dit-on, partir pour les dpartements le 20 mai. Les
prfets ont dj reu l'ordre de prparer l'enthousiasme et d'organiser
l'ivresse.

Il a fallu  Lyon mettre en rquisition l'artillerie et les baonnettes
pour empcher la Rpublique d'hberger ses amis. On ne sera jamais
oblig, pour un pareil motif, d'en venir  ces extrmits  l'gard de
la royaut citoyenne.

Le grand Turc vient d'accorder une amnistie pleine et entire  tous les
prvenus des dlits politiques. Ceci est une nouvelle preuve que
l'influence du gouvernement franais est nulle  Constantinople.

On sait que le savetier de La Fontaine ne chanta plus ds qu'il ft
devenu riche. Si l'accumulation des cus produit cet effet, il ne faut
pas s'tonner que certain gros et gras personnage ait cess ses refrains
patriotiques.

Le _Constitutionnel_ signale l'existence d'un nouveau _banc d'hutres._
Il veut sans doute parler d'une banquette qui vient d'tre ajoute au
centre de l'enceinte lgislative au Palais-Bourbon.

L'autre jour un amateur, arrt devant les carreaux d'Aubert, ayant vu
un certain personnage appuy sur un norme coq, s'cria en poussant son
voisin:--Voil un fameux coq, hein?

La saisie de la _Tribune_ nous a beaucoup tonns; nous ne pensions plus
qu'il tait possible d'exciter  la haine et au mpris du gouvernement
du roi.

On a bien tort de dire que l'ordre de choses n'a pas de tendresse pour
Paris. C'est, au contraire, pour lui qu'il rserve tous ses feux.

On est tonn qu'un gouvernement qui absorbe tant de millions ait si peu
de valeur.

On disait autrefois: Pour faire la guerre, il faut de l'argent, de
l'argent, et encore de l'argent.--L'ordre de choses emploie la mme
recette pour la paix.

Le jour de l'inauguration de la statue de Napolon sur la place Vendme
bien des gens n'taient pas de l'avis du bon Lafontaine quand il dit:
Mieux vaut goujat debout qu'empereur enterr.

La France ne songe qu' recouvrer ses frontires. L'ordre de choses
pense  recouvrer ses cus.

Le juste-milieu ressemble  ces poltrons qui se sont fait de mauvaises
affaires et que la pour force  garder la _chambre._

M. Thiers soutient qu'en fait d'impts il ne faut pas ngliger les
petites tailles.

Jules Rohaut.

(A suivre.)



[Illustration: PROCS DU MARCHAL BAZAINE UNE SANCE DU
CONSEIL DE GUERRE SIGEANT A TRIANON.]



NOS GRAVURES

Trianon

Le 6 octobre, il y avait  Versailles un mouvement inusit. Depuis les
vacances de l'Assemble nationale, jamais le chemin de fer n'avait
dpos  la gare de cette ville un pareil nombre de visiteurs, bien que
ce nombre fut relativement restreint.

Mais le flot ne faisait que passer.

A peine arriv, il repartait dans la direction du chteau, envahissait
le parc peupl de desses de marbre et de bronze, traversait les grandes
prairies plantes d'arbres superbes, et s'coulait finalement le long du
bras septentrional du grand canal pour venir enfin s'arrter devant le
Grand-Trianon, ce charmant chteau, lev sous Louis XIV par Mansard, au
milieu des massifs de verdure et des pelouses.

Le Grand-Trianon, un beau jour, on ne sait pourquoi, avait pris la place
de la _maison de porcelaine_, une bonbonnire btie vingt ans auparavant
pour Mme de Montespan. Mais alors Mme de Montespan avait perdu l'oreille
et le coeur du roi; et, de mme que Mlle de La Vallire battant en
retraite devant elle, s'tait retire aux Carmlites, ainsi elle-mme
avait dj cd le pas  Mme de Maintenon et gagn de son pied qui
n'tait plus lger la communaut de Saint-Joseph. Le roi d'ailleurs
avait vieilli, pas assez toutefois pour que le nouveau chteau ne
retentit pas encore du bruit des ftes. Mais cela ne devait pas durer.
Bientt, il se lit autour du joli pied--terre un silence que
troublrent  peine, vers le milieu du XVIIIe sicle, les clats de rire
de Louis XV foltrant en traneau  travers les alles de son parterre.
Louis XVI, Napolon, Louis XVIII, Charles X, s'y montrrent de loin en
loin seulement. Le Grand-Trianon avait dcidment perdu toute faveur. Ce
ne fut que sous Louis-Philippe qu'il cessa d'tre dlaiss et sortit de
l'oubli. Ce roi l'aima, l'habita, et lui fit subir de notables et
heureuses modifications. On montre aux visiteurs les appartements qu'il
y occupa, sa chambre  coucher modestement meuble, son cabinet de
travail o l'on remarque une table d'acajou fort simple qui lui servait
de bureau. Mais Louis-Philippe tait un roi bourgeois. Il vivait en bon
pre de famille, et n'avait jamais figur dans le moindre ballet. Aussi
passa-t-il au Grand-Trianon sans bruit, et depuis lors, de cette
rsidence princire, personne n'avait plus entendu parler. D'o vient
donc que sortant de son sommeil de Belle au bois dormant, tout  coup
voil qu'elle ouvre ses portes  deux battants; que devant sa belle
faade  toit plat, aux fentres en portiques, les voitures s'arrtent;
que, dans sa cour d'honneur, circulent des groupes d'officiers; qu'enfin
dans un coin,  quelques pas de sa grille, se trouve, champignon en une
nuit pouss, une guinguette pleine de bruit?

Vous le savez, et je n'ai pas besoin de vous le dire, car c'est le
bruit, sinon de la cour, au moins de la ville. De ce nid bti pour les
amours on a fait une salle de justice. C'est Thines qui y rgne
maintenant, tenant une pe nue d'une main et de l'autre une balance.
Mtamorphose au moins singulire! Comment on en a eu l'ide, je
l'ignore; mais ci-dessous on vous dira comment elle s'est effectue.

L. C.



Procs du marchal Bazaine

PREMIRE SEANCE DU CONSEIL DE GUERRE

Dans notre prcdent numro nous avons dit, et nos lecteurs savent que
c'est dans la galerie servant de vestibule au chteau du Grand-Trianon,
qu'a t tablie la salle des sances du conseil de guerre charg de
juger le marchal Bazaine.

Notre grand dessin reprsente cette salle et donne la physionomie exacte
de la premire sance du conseil.

Transformer ce magnifique pristyle en salle d'audience n'tait pas
chose facile. On y est cependant parvenu, grce  l'habilet des
dispositions prises. La salle offre l'aspect d'un long paralllogramme,
dont une partie a t surleve par des travaux de charpente. Dans cette
partie se trouvent: au fond, un large bureau en forme d'hmicycle pour
les juges militaires; puis  gauche, pour l'accus, un fauteuil et une
table recouverte d'un tapis vert, et la barre de la dfense;  droite,
le bureau rserv au commissaire du gouvernement, et la tribune des
journalistes, leve derrire les colonnes de marbre de la galerie.
Cette tribune est dispose en gradins et peut contenir soixante-dix
personnes environ. Enfin, au milieu, devant le bureau du conseil, est
tabli le greffier. Une lgre balustrade recouverte de velours rouge
spare cette premire partie de la salle de la seconde,  laquelle on
arrive en descendant une marche.

Cette seconde partie est coupe par une enceinte rserve au publie muni
de cartes et aux tmoins. Derrire est un espace assez troit pour le
commun des martyrs qui ne craindront pas de demeurer cinq heures debout,
chaque jour, aprs avoir fait queue, s'ils veulent suivre les dbats de
ce procs, qui sera long.

La dcoration de cette salle est des plus simples. Les murs sont en
granit rouge vein de blanc et orn de distance en distance de fausses
colonnes blanches,  chapiteaux contourns. Les tentures sont en reps
vert. Quatorze grosses colonnes en granit rouge sparent la salle en
deux dans toute sa longueur, gnant beaucoup la vue de la tribune de la
presse. Derrire les fauteuils des juges et au-dessus de la porte
d'entre de la chambre du conseil, on voit un grand Christ en croix.
Puis, pour parer au froid, qui est imminent, quatre poles sont aligns
de distance en distance. Cependant la temprature n'a pas cess d'tre
douce, et  travers les fentres largement ouvertes sur la cour d'entre
du chteau, on aperoit les grands arbres du parc,  la verdure encore
vigoureuse.

Mais il est temps de pntrer dans la salle du conseil de guerre. A midi
un quart, on annonce l'entre des juges militaires. La sance est
ouverte. Les membres du conseil sont: MM. le duc d'Aumale, prsident,
tournure militaire, moustaches et barbiche blondes, voix forte et
sonore, habitue au commandement; de Chabaud-Latour, officier gnral du
gnie, soixante-dix ans environ, un peu fatigu; de la Motterouge, plus
g que le prcdent, mais portant plus gaillardement son ge; Tripier,
vieux et un peu cass, appartenant au gnie, bless  l'Alma, porte
lunettes; Guyot, artillerie, petit et gros, mais vif et alerte;
Lallemant, trs-grand, air grave et rflchi, serait le plus jeune ou le
moins g du conseil si le gnral de cavalerie Princeteau n'en faisait
pas partie; de Malroy, regard doux, air dcid, chauve, soixante ans;
Ressayre, figure d'anachorte, a command une division  la bataille de
Coulmiers, o il fut bless grivement; enfin le gnral Pourcet, petit,
maigre, impatient, coiff  la Titus. Trs-savant, m'a-t-on dit, il
reprsente, comme on sait, le ministre public.

Quelques minutes aprs l'entre en sance du conseil, ordre est donn
par le prsident d'introduire le marchal. Mouvement de curiosit
trs-marqu. L'accus entre d'un pas lourd et avec un certain embarras.
Il porte le costume de marchal, petite tenue, et la grand'croix de la
Lgion d'honneur. Il a de l'embonpoint; ses yeux sont petits, son visage
est gras, son crne absolument chauve. Deux sourcils trs-fins, deux
petites moustaches brunes se dessinent seuls dans cet ensemble de
rondeurs grasses. Il est d'ailleurs un peu ple: on le serait  moins.
Calme en apparence, sa proccupation ne se trahit que par certains
gestes. Ainsi il porte frquemment sa main  ses lvres ou  son front,
ou bien il joue machinalement avec une bague qui brille  l'un de ses
doigts.

Avec l'entre du marchal, le dfil des tmoins a t l'intrt de
cette premire audience. Ces tmoins, fort nombreux, peuvent se diviser
en trois catgories: les militaires, marchaux, gnraux, officiers
suprieurs ayant fait partie de l'arme du Rhin; les tmoins politiques,
tels que MM. Jules Favre, Gambetta, de Kratry, et les tmoins qui
n'entrent ni dans l'une ni dans l'autre de ces catgories, tels que
douaniers, employs de chemins de fer, ingnieurs. Le premier tmoin
appel a t le marchal Canrobert, et le second le marchal Leboeuf,
sur lequel tous les yeux se sont fixs avec une attention particulire.
Le gnral Changarnier a aussi beaucoup attir les regards, avec son
pantalon gris-perle et sa redingote bleu clair lgamment boutonne.
Mais celui qui a excit la curiosit la plus vive est encore le fameux
M. Rgnier, cet envoy mystrieux qui alla trouver le marchal au
travers des lignes prussiennes, ouvertes pour lui, et amena en
Angleterre le gnral Bourbaki.

L'appel des tmoins termin, la sance a t suspendue pendant dix
minutes. A la reprise de l'audience, il a t donn lecture des tats de
service du marchal Bazaine et de la premire partie du rapport du
gnral Rivire, rapport net, clair, prcis, et du plus haut intrt.
Mais arrtons-nous. Ce serait sortir du cadre de cet article que
d'entrer ici dans des dtails qui ne sont point de notre comptence et
que d'ailleurs tout le monde connat.

L. G.


La pche des hutres

L'humeur mdisante qui caractrise notre espce s'est exerce aux dpens
de cet aimable mollusque, la fleur et la joie des soupers fins. Sous
prtexte qu'il consacre  biller une bonne part de son existence, nous
en avons fait le type de l'engourdissement intellectuel, et bte comme
une hutre est devenu un de nos dictons les plus familiers. Si Dieu
daignait un jour lui accorder la parole, le bivalve nous rpondrai,
probablement que si l'esprit ne court pas ses bancs comme il est entendu
qu'il court nos rues, en revanche on n'a jamais rencontr une hutre
plus sotte que ses soeurs les autres hutres, ce qui est bien un
avantage. J'ai connu un hutrier forcen qu'indignait cette injustice.
Tous les soirs, quand il achevait sa quatrime douzaine, ses yeux
s'humectaient, deux larmes descendaient sur ses joues et venaient se
confondre avec l'eau sale dont ruisselait sa barbe, et la bouche pleine
il s'criait:--Les ingrats! en d'autres temps ou lui eut dress des
autels. Sans s'lever  cet enthousiasme, on peut prtendre que ses
mrites comestibles auraient d nous rendre beaucoup plus indulgents
pour sa pauvret en matire d'idal.

J'affiche quelque dsintressement en embrassant sa dfense, car je ne
vous dissimulerai pas que je nourris contre elle un fort gros grief, que
probablement vous partagez avec moi. Ce grief se fonde sur les prix
exagrs que cette belle des mers a mis depuis quelques annes,  ses
faveurs. Au bon vieux temps, qui n'est pas si loin de nous que vous le
supposez peut-tre, pour douze sols,--vieux style aussi,--on vous en
servait une douzaine toutes frmissantes dans leurs cailles nacres.
Que dis-je? A cette heureuse poque,  l'instar de la Desse  la voix
rauque de Barbier, l'hutre ne ddaignait pas la populace. La charrette
de l'caillre nomade la dbitait,--un peu dfrachie sans doute,--
raison de trente centimes et moins encore, dans les rues, dans les
carrefours. Tout cela est bien loin de nous; tandis que le monde se
dmocratisait au-dessus d'elle, elle s'aristocratisait  nos dpens; la
voil devenue un mets de luxe, peu accessible  la mdiocrit, mme
dore; elle cote juste le triple de ce qu'elle valait autrefois.

Ce renchrissement progressif et excessif de ces mollusques a des
raisons multiples. Il tient  la fois  la facilit des transports par
voie ferre et  la spculation, qui s'est mle de ce commerce. En mme
temps, et ne le regrettons pas, les pcheurs mieux renseigns sont
devenus plus exigeants. Et puis on avait quelque peu abus des bancs, il
y a quelques annes. Enfin, des causes compltement indpendantes de
l'action humaine ont leur influence sur la production hutrire. La
temprature agit nergiquement sur la croissance de l'hutre, beaucoup
plus lente dans les eaux froides du large, que sur certaines parties de
la cte; il est constant que la multiplication a singulirement souffert
du manque de naissain dans la dernire priode.

Heureusement notre malchance n'est pas sans appel et cet tat de choses
peut se modifier. Il y a lieu d'esprer que nos bancs se relveront de
l'tat de marasme que nous signalons. On leur rendrait plus rapidement
leur prosprit premire en tablissant des rserves o l'on dposerait
le naissain lorsqu'il serait abondant.

Les annales de l'hutre ne sont pas sans gloire; elle a inspir de
luxueuses folies aux matres fous de la gastronomie, les Romains; mais
le cadre purement pittoresque et industriel de cette tude ne nous
permet pas un retour dans le pass du coquillage qui nous occupe, si
flatteur qu'il puisse tre pour lui.

Sa description, je rougirais de l'entreprendre; je vous l'assure, vous
vous renseignerez beaucoup plus agrablement sur ce point chez
l'caillre du coin, qu'en ayant recours  tous les traits d'histoire
naturelle. Prodigue de tout ce qui est bon, la nature l'a largement
distribue dans les mers de toutes les latitudes; ses espces sont
nombreuses; nous ne nous occuperons que de celles qui se trouvent sur
notre littoral. Ce sont:

1 L'hutre pied de cheval, diamtre 12 centimtres; les amateurs de
grosses bouches, les gourmands seuls en font quelque cas. On la pche
sur tous les fonds rocailleux.

2 L'hutre normande ou cancalire, hutre blanche dont la dimension est
de 7  8 centimtres, l'caille paisse et la qualit suprieure, bien
qu'elle reste au-dessous de sa voisine l'armoricaine.

3 L'hutre bretonne, petite de taille, 4  5 centimtres de dimension;
 coquille mince et narre, d'un got exquis, pouvant rivaliser avec
celui de l'hutre anglaise, qui est d'un vert fonc  cailles rondes et
de dimensions moindres encore.

4 L'hutre de Marennes, qui se rapproche de la prcdente par ses
qualits, s'en distingue par la nuance verdtre, qu'elle affecte et
qu'elle doit aux fonds vaseux sur lesquels elle a vcu.

Nous aurons plus tard  nous occuper des moeurs, des habitudes de
l'hutre,--en dpit du prjug elle en a,--de sa reproduction, des
tentatives d'ducation hutrire, du parcage, etc.; mais avant d'aborder
ces questions, il faut savoir comment on la pche.

La drague est l'instrument le plus en usage pour aller la chercher au
fond des mers. Cette drague consiste en une sorte de sac  mailles de
fil de fer ou de corde. Il est muni  son ouverture d'une forte armature
de fer figurant un trapze trs-allong. L'appareil est maintenu par
trois tringles du mme mtal dont deux partent de ses extrmits, une de
son milieu, pour se runir  un anneau de traction sur lequel est frapp
un cordage amarr lui-mme  l'arrire du bateau. Cette disposition
maintenant l'engin horizontal lui permet de racler les fonds et de
dtacher les hutres, qui tombent alors dans le filet.

La drague, on le comprend, doit souvent rencontrer des obstacles:
pierres, roches, dbris de navires qui, non-seulement peuvent l'arrter,
mais briser son armature. On pare  ces accidents en frappant  l'une de
ses extrmits un petit orin muni d'une boue qui permet de la
retrouver. Une autre mthode trs-ingnieuse consiste  talinguer
l'amarre de traction fixe  un des angles de l'armature par un faible
filin; en cas d'arrt srieux, ce filin se brise, l'appareil se
renverse, et, ne formant plus rteau, il est aisment dgag.

La largeur de la drague varie en raison des difficults que prsentent
les fonds  explorer. Un des meilleurs types, la drague cancalaise,
mesure de 1m50 jusqu' 2m50 de lame. La grandeur de la maille est
rglemente administrativement suivant la taille des coquillages. Son
minimum est fix  5 centimtres carrs.

Dans nos pcheries en rivire de la Seurre, de Pont-l'Abb, du Sucidy et
mme dans la baie d'Arcachon, on emploie pour pcher l'hutre de simples
canots ou _tillotes_  deux ou quatre avirons, munis d'une drague lgre
qu'un seul homme plac  l'arrire peut manoeuvrer. Les bancs du large
sont exploits  l'aide d'embarcations pontes et d'un tonnage moyen de
sept tonneaux, qui marchent  la voile et peuvent avoir plusieurs
dragues  la trane. A Cancale, chaque bateau en possde trois; dans le
passage de la Droute, j'ai vu des embarcations anglaises en mettre
jusqu' sept  la mer..

Les bateaux destins  cette pche doivent runir deux qualits
essentielles: la solidit et la vitesse. La rapidit de la marche donne
de grands avantages aux pcheurs, non-seulement sur les bancs, mais dans
le transport du chargement aux parcs, claies et dpts de la cte. Les
cutters anglais de Jersey, Liverpool, Ry, etc., auxquels leur
construction  clins procure cette rapidit en mme temps qu'elle leur
donne une grande lgance, sont de parfaits modles du bateau pcheur
d'hutres.

Par un bon temps et une jolie brise, rien n'est beau connue le tableau
d'une flottille de pcheurs en action. Les carnes noires des bateaux
ruisselantes sous les caresses de la vague tincellent au soleil; avec
leurs voiles blanches effiles, ils ressemblent  une nue d'oiseaux
parpills sur la mer, et malgr le poids des dragues qu'ils tranent 
leur suite, comme l'oiseau, ils semblent voler en laissant une lgre
trane d'cume sur sa surface.

 bord, quelle fivreuse activit! Il faut voir la prestesse avec
laquelle, quand l'hutrire est riche, l'appareil est vid et rejet 
la mer.

Quelquefois, lorsque la scne se passe sur un banc interdit, elle se
complique. Un de ces avisos de l'tat qui jouent sur ces plaines
liquides le rle des gardes champtres dans nos campagnes surgit tout 
coup de quelque coin de l'horizon, tombe comme la foudre sur les
dlinquants, amarin les plus maladroits et gte un peu le plaisir de la
fte. Celles des embarcations qui ont eu la chance de lui chapper,
quelquefois en sacrifiant leurs engins de pche, se couvrent de toile,
font force de voiles et s'parpillent dans toutes les directions.

Le dpart et l'arrive de la caravane, c'est ainsi que l'on appelle 
Cancale la drague annuelle des hutres, est encore un spectacle auquel
le plus indiffrent ne saurait assister sans prouver une certaine
motion. Il donne la mesure de l'importance de la rcolte du coquillage
pour ces populations. Aussitt que les bateaux sont signals, tout le
littoral est en mouvement; les falaises, les grves se couvrent de
monde; une fourmilire humaine s'y presse, s'y amoncelle. Femmes,
enfants, vieillards sont accourus pour assister au triage du prcieux
mollusque et constater les rsultats de cette campagne, qui apportera
l'aisance dans chaque foyer, qui peut-tre aussi les laissera dans la
gne. Les premires, les poings sur les hanches, le teint allum, l'oeil
fivreux, comptant les paniers qui se vident avec cette pre cupidit
que l'on a si peu le droit de reprocher aux pauvres gens; les petits,
les yeux carquills, s'merveillant devant ces trsors avec la navet
de leur ge; les vieux y trouvant un prtexte pour revivre les jours du
pass, et constater sa supriorit sur le prsent: les hutres taient
bien plus grosses de leur temps, on en cueillait aussi bien davantage.
Si la pche est plus faible, c'est que les quipages sont moins
vaillants; et tout fier de l'avoir constat, redressant son buste vot,
le bonhomme reprend sa chique, qu'il avait pieusement dpose dans un
coin de son bret pour prorer plus  son aise.

Nous parlions tout  l'heure de la pche sur les bancs prohibs; les
Anglais sont nos matres dans ce genre de maraude; mais malheureusement
ce n'est pas seulement en fait de pche illicite que s'affirme la
supriorit de leurs pcheurs. Leur caractre froid et calculateur, un
instinct plus raisonn de leurs intrts leur ont permis de former entre
eux des _guilds_ ou corporations o se runissent les capitaux et qui
rpartissent quitablement entre les intresss les produits de la
commune industrie.

Si, hors de chez eux, ils cdent un peu trop aisment  l'attrait du
fruit dfendu, en revanche ils respectent strictement, rigoureusement
les prohibitions de leur littoral, et notamment celles des baies de
Portland, Falmouth, Swansea pendant la priode de fermeture. On les voit
aussi se donner la peine de dbarrasser les fonds de pche pendant l't
des herbes, des plantes marines qui nuisent singulirement  la
production du _brood_ ou naissain. Chez nous, au contraire, et si
avantageux que soit le tranage du chalut sur les bancs, pour les
approprier, la crainte que les pcheurs n'abusent de cette opration
conservatrice pour capturer des hutres hors saison fait qu'elle est
trs-peu pratique.

On voit que nous avons encore bien  faire pour galer nos voisins.
L'envasement a fait disparatre les hutres des bancs des Maronnes, des
Flamands, Mrignac, Lamouroux, Dugnas, Martin-Gne, La Tremblade; mais
la grande dcroissance que nous avons signale dans notre production
hutrire revient aussi pour une bonne part  l'imprvoyance, nous
devrions dire  l'imprvoyante cupidit des exploitants. La fable de la
poule aux oeufs d'or restera une ternelle vrit.

L'administration de la marine s'est vivement proccupe de cette
situation, et grce  elle, si toutes nos hutrires ne sont pas encore
releves, du moins celles d'Arcachon, de Cancale, donnent-elles
aujourd'hui d'excellents rsultats; elles sont parvenues  alimenter,
concurremment avec un certain nombre d'achats effectus en Angleterre,
les parcs de Loc-Tudy, Cancale, Saint-Waast, Courseuilles, o l'hutre
acquiert toute sa finesse et son embonpoint avant d'tre livre  la
consommation.

Si satisfaisant que soit le progrs, nous devons souhaiter mieux encore;
avec l'tendue de ctes que nous possdons, avec un peu de sagesse, nous
cesserions rapidement d'tre sous ce rapport les tributaires de
l'tranger.

Le nombre des bateaux pcheurs d'hutres est;

         Arcachon, de              620
        Cancale                         100
        Granville                         30
        Trguier           }
        Lzardrieux      }            700
        Pont-l'Abb     }
                     En total...       1,450

embarcations, sans compter celles de la haute Normandie, qui draguent
l'hutre au moins par intervalles.

En supposant cinq hommes d'quipage pour chacun de ces bateaux, on
obtient le chiffre respectable de 7,250 pcheurs. Si l'on veut bien
observer que sur toute cette partie de nos ctes, 12,000 individus au
moins trouvent encore un certain salaire en ramassant les hutres  la
main  la mare basse, on en conclura que le prcieux coquillage peut 
bon droit tre considr comme la manne de ces populations du littoral.

Les prix des hutres sont:

        A Arcachon                         20  25 fr. le mille.
        Marennes.                           30   35        
        Pont-l'Abb, le Tudy           60  70         
        Cancale                               60  70        
        Lzardrieux                         50  60        
        Saint-Waast                         60  65        
        Dunkerque (hutres angl.)    90  100       
        Ostende                            100  110      

L. Faudacq.


Nuka-Hiva

En suivant vers la gauche la rue de Taoha, on arrive, prs d'un
ruisseau limpide, aux quartiers de la reine. Un figuier des Banians,
dvelopp dans des proportions gigantesques, tend son ombre triste sur
la case royale. Dans les replis de ses racines, contournes comme des
reptiles, on trouve des femmes assises, vtues le plus souvent de
tuniques d'une couleur jaune d'or qui donne  leur teint l'aspect du
cuivre. Leur figure est d'une duret farouche; elles vous regardent
venir avec une expression de sauvage ironie.

Tout le jour assises, dans un demi-sommeil, elles sont immobiles et
silencieuses comme des idoles. C'est la cour de Nuka-Hiva, la reine
Vakhu et ses suivantes.

Sous cette apparence peu engageante, ces femmes sont douces et
hospitalires; elles sont charmes qu'un tranger prenne place prs
d'elles, et vous offrent toujours des cocos ou des oranges.

Elisabeth et Atria, deux suivantes qui parlent franais, vous adressent
alors, de la part de la reine, quelques questions saugrenues au sujet de
la dernire guerre d'Allemagne. Elles parlent fort, mais lentement, et
accentuent chaque mot d'une manire originale. Les batailles o plus de
mille hommes sont engags excitent leur sourire incrdule; la grandeur
de nos armes dpasse leurs conceptions.

L'entretien pourtant languit bientt; quelques phrases changes leur
suffisent, leur curiosit est satisfaite et la rception termine; la
cour se momifie de nouveau, et, quoi que vous fassiez pour rveiller
l'attention, on ne prend plus garde  vous.

La demeure royale, leve par les soins du gouvernement franais, est
situe dans un recoin solitaire, entoure de cocotiers et de tamaris.

Mais, au bord de la mer,  ct de cette habitation modeste, une autre
case, case d'apparat, construite avec tout le luxe indigne, rvle
encore l'lgance de cette architecture primitive.

Sur une estrade de larges galets noirs, de lourdes pices de magnifique
bois des les soutiennent la charpente. La vote et les murailles de
l'difice sont formes de branches de citronniers, choisies entre mille,
droites et polies comme des joncs; tous ces bois sont lis entre eux par
des amarrages de cordes de diverses couleurs, disposs de manire 
former des dessins rguliers et compliqus.

L encore, la cour, la reine et ses fils passent de longues heures
d'immobilit et de repos, en regardant scher leurs filets  l'ardent
soleil.

Les penses qui contractent le visage trange de la reine restent un
mystre pour tous, et le secret de ses ternelles rveries est
impntrable. Est-ce tristesse, ou abrutissement? Songe-t-elle  quelque
chose, ou bien  rien? Regrette-t-elle son indpendance et la sauvagerie
qui s'en va, et son peuple qui dgnre et lui chappe?...

Atria, qui est son ombre et son chien, serait en position de le savoir;
peut-tre cette invitable fille nous rapprendrait-elle. Mais tout porte
 croire qu'elle l'ignore, et il est possible mme qu'elle ne se le soit
jamais demand.

Vakhu consentit avec une bonne grce parfaite  poser pour plusieurs
ditions de son portrait; jamais modle plus calme ne se laissa examiner
plus  loisir.

Cette reine dchue, avec ses grands cheveux en crinire et son fier
silence, conserve encore une certaine grandeur.

Un soir, au clair de lune, comme je passais seul dans un sentier bois
qui mne  la montagne, les suivantes m'appelrent.

Depuis longtemps malade, leur souveraine, disaient-elles, s'en allait
mourir.

Elle avait reu l'extrme-onction de l'vque missionnaire.

Vakhu tait tendue  terre et tordait ses bras tatous avec toutes
les marques de la plus vive souffrance; ses femmes, accroupies autour
d'elle, avec leurs grands cheveux bouriffs, poussaient des
gmissements et menaient deuil (suivant l'expression biblique qui
exprime parfaitement leur faon particulire de se lamenter).

On voit rarement dans notre monde civilis des scnes aussi
saisissantes; dans cette case nue, ignorante de tout l'appareil lugubre
qui ajoute en Europe aux horreurs de la mort, l'agonie de cette femme
rvlait une posie inconnue, pleine d'une amre tristesse.

Le lendemain de grand matin, je quittai Nuka-Hiva pour n'y plus revenir,
et sans savoir si la souveraine tait alle rejoindre les vieux rois
tatous ses anctres.

Vakhu est la dernire des reines de Nuka-Hiva; autrefois paenne et
quelque peu cannibale, elle s'tait convertie au christianisme et
l'approche de la mort ne lui causait aucune terreur.

Julien V...


NUKA-HIVA

[Illustration: La reine Vakhu.]

[Illustration: La Reine Vakhu et ses fils.--D'aprs les croquis de M.
Julien V.]


[Illustration: LE DJEUNER.--D'aprs le tableau de M. Caraud.]

Le djeuner

Prs d'une table toute servie une jeune fille est debout.

Sa taille est fine et souple, son air  la fois malin et candide, son
front pur. Bon pied, bon oeil, bon coeur et bon apptit.

Elle tient  la main une assiette dans laquelle fume le potage qu'elle
s'apprte  manger. Elle y a plong une premire fois la cuiller qu'elle
a approche de sa bouche. Mais le potage, brlant, a tromp son attente.
Vite, soufflons. Donc elle souffle, en attendant mieux. Elle ne semble
pas d'ailleurs presse outre mesure. Elle a l, sous les yeux, un
spectacle qui la rjouit, et semble captiver son attention. La table est
pose prs de la fentre, la fentre est ouverte et par cette fentre,
une bande d'aimables parasites, les htes du pigeonnier,  tout coup
fait irruption dans la chambre. Elle a pris possession de la table, et
comme en pays conquis elle en use ou plutt en abuse.

Ce n'est rien, comme vous voyez, ce sujet de tableau, choisi par M.
Caraud; et cependant, de ce rien, il a fait une chose charmante, devant
laquelle, au Salon de cette anne, on s'oubliait volontiers. Toile
trs-gracieuse et trs-dlicate, oeuvre d'un artiste du talent le plus
fin.

L. C.


LES MYSTRES DE LA BOURSE

Ce qu'il faut faire pour moraliser la bourse

Que de choses nous aurions encore  mettre en lumire pour bien faire
comprendre les envahissements du Jeu de la Bourse et les ravages qu'il a
produits dans les familles depuis un demi-sicle! Mais il nous suffira
de nous arrter  deux considrations dernires.

                                                      *
                                                    * *

Non-seulement tout le monde est attir par un irrsistible penchant vers
le tourbillon de la Bourse, mais ce tourbillon va si bien s'largissant
qu'il ne fait plus de tout l'occident de l'Europe qu'un seul et unique
march.

Ds qu'un premier cours a t cot par la Coulisse sous le pristyle de
la Bourse, on voit s'tablir un va-et-vient du tlgraphe  la Bourse et
de la Bourse au tlgraphe. C'est un feu roulant de dpches pour les
dpartements, pour Londres, Bruxelles, Amsterdam, Vienne, Berlin. Agents
de change, coulissiers, banquiers, socits de crdit, changeurs, font
parvenir toutes les variations  leurs correspondants, de manire 
profiter, si c'est possible, d'une place  l'autre, des moindres
fluctuations de la rente. Tout mouvement de nos fonds publics se
rpercute ainsi sur toutes les bourses par une gerbe de dpches qui se
croisent  travers l'Europe et qui donne au march des proportions
infinies. Ce n'est plus un march, c'est un monde en bullition.

Songez enfin que, bien souvent, quand les cours, sauf l'imprvu, sont au
calme plat, les acheteurs savent, par la multiplicit de leurs
oprations, compenser l'atonie des affaires. On vend et l'on achte
alors par brasses. Ainsi nous nous rappelons avoir assist  ce
gigantesque coup de crayon.

La rente, suffoque de chaleur, haletait  71 fr. 20 c.

--A vingt-deux et demie, envoyez! glapit un agent acheteur.

--Oui, cria un autre agent vendeur.

--Combien? quinze mille?

--Oui.

--Trente mille?

--Oui.

--Soixante mille?

--Oui.

--Cent vingt mille?

--Oui.

--Trois cent mille?

--Oui.

--Six cent mille?

--Oui.

--Neuf cent mille?

--Oui.

--Douze cent mille?

--Oui.

Et les deux agents de la Coulisse inscrivirent d'un seul coup de crayon,
sur leurs carnets, l'un un achat de DOUZE CENT MILLE FRANCS DE RENTE
TROIS POUR CENT, l'autre une vente de la mme somme. Vingt mille francs
de courtage!

Avec un franc de hausse ou de baisse, c'tait pour l'acheteur ou le
vendeur une perte de 400,000 fr.! tonnez-vous donc auprs cela de voir
arriver des fuites, des culbutes et des suicides! Qui aime le danger y
prit, et l'on rcolte toujours ce qu'on a sem.

                                                      *
                                                    * *

tant donn cet expos sincre du march de la Bourse, la premire
pense qui surgit dans l'esprit de l'observateur est celle-ci:--Que
faudrait-il faire pour moraliser le march de la Bourse?

Ce qu'il faudrait faire? Bien peu de chose, un tout petit article de loi
que nous allons vous faire connatre et qui ferait de la Bourse un
march semblable  tous les autres.

C'est l, en effet, la question mre auprs de laquelle disparaissent
toutes les autres. Qu'importe que la Bourse fasse danser sur les
raquettes de la hausse et de la baisse des millions et des milliards, si
ce march ne doit ternellement rappeler que la rue Quincampoix, et si
foutes ces oprations ne doivent reprsenter que le jeu.

Que disons-nous, le jeu? C'est la friponnerie qu'il faut dire, et nous
appelons sur ce point toute l'attention de nos lecteurs, car c'est avec
le vif dsir de voir disparatre le jeu et les duperies de la Bourse que
nous avons publi cette tude.

Le jeu de la Bourse n'est en ralit qu'une duperie. Et pourquoi? Est-ce
parce que ces oprations ne reposent que sur la spculation? Nullement.
On spcule sur les alcools, on spcule sur les farines, on spcule sur
les cotons, et ces spculations qui ruinent et enrichissent aussi bien
que la hausse et la baisse de la rente, n'ont jamais donn lieu au
reproche de friponnerie. La spculation est le grand moteur des
affaires.

Pourquoi donc la Bourse est-elle seule  soulever  bon droit les
colres de l'opinion et la rprobation de la conscience publique?

Parce que la loi n'admet que le march au comptant, et permet au
spculateur de faire du march  terme, un pari non reconnu par le Code.
Or tant que ce march  terme sera ainsi livr  la merci de la mauvaise
foi, tant qu'un fripon pourra recevoir ses bnfices quand il aura
gagn, et refuser de payer, la loi  la main, quand il aura perdu, la
Bourse souffrira du triste renom qui s'attache aux maisons de jeu, et la
fortune mobilire de la France n'aura pas pour son march l'autorit
morale que donne la sanction invariable de la loi.

Voici, en effet, ce qui se passe tous les jours. Un spculateur se
prsente. Il opre  terme, et avant que le compte soit rgl  la
liquidation, il est impossible de savoir si l'opration est fictive ou
srieuse! Bien mieux: plus l'opration est forte, c'est--dire plus elle
engage le client, l'agent de change et le march, plus aussi cette
opration prsentera de risques, car l'importance de la vente ou de
l'achat est prcisment l'argument favori, presque toujours mis en
avant, pour tablir l'opration comme un pari et pour refuser le
payement.

Et voil plus d'un demi-sicle que la Bourse ouvre ainsi ses portes  la
malhonntet! Voil plus d'un demi-sicle que le crdit de l'tat roule
sur une pareille normit, et que la friponnerie a ses coudes franches
sur un march qui remue journellement des milliards! Un pari? A la
Bourse? Quand il s'agit de la rente? Un pari, quand il s'agit d'actions
et d'obligations? La conscience se rvolte devant un tel scandale et
devant les mfaits sans nombre qu'il peut engendrer.

Voyez jusqu'o peut aller la duperie. Un spculateur achte 100,000 fr.
de rente  terme chez un agent. Mais qui peut savoir si, au moment o il
achte ces 100,000 fr. de rente, il ne fait pas la contre-partie chez un
autre agent? Et cette double opration commande en vue de la fraude,
qui peut savoir si elle ne se reproduit pas deux fois, trois fois chez
d'autres agents?

Vous voyez le rsultat, et que de fois n'a-t-on pas eu  le constater?
L'opration qui donne un compte crditeur voit arriver le client qui
reoit son argent, tandis que l'opration qui donne un compte dbiteur
n'obtient de lui qu'un refus, et aux sommations ritres de l'agent de
change,  l'assignation qui le fait paratre devant un tribunal, il
invoque la loi et rpond tranquillement: J'ai jou! Et le tribunal
rsilie le march!

tonnez-vous donc que l'opinion reste hostile  la Bourse?

                                                      *
                                                    * *

Un pareil tat de choses est-il tolrable? Pourquoi donc le march 
terme, qui est l'me du commerce dans le monde entier, ne serait-il pas
admis  la Bourse? Pourquoi donc la rente qui est le titre de l'tat,
qui donne la mesure du crdit public, serait-elle rserve au rle
indigne des spculations immorales?

Il n'y a pas deux poids et deux mesures. A la Bourse, comme ailleurs,
acheter et vendre, soit au comptant, soit  terme, sont deux actes
lgaux, srieux, indniables, parfaitement dtermins et qui doivent
produire pour la rente les mmes effets que pour toute autre proprit.
Le droit commun, voil la rgle, et en dehors d'elle, il n'y a point
d'autre solution.

Le march  terme a t la plaie de la Bourse, il faut que cette plaie
disparaisse; il a caus de graves dsordres, il faut que l'ordre les
fasse oublier; il a souffert de l'ambigut de la loi, il faut que la
loi, dpouille de ses ambages, lui rende l'estime, la faveur et la
confiance du publie.

Une loi est donc ncessaire, et cette loi que nous invoquons est facile
 faire. Une phrase peut la rsumer tout entire, et cette phrase la
voici:

La loi reconnat, sans aucune distinction, toutes les oprations faites
 la Bourse. Cette solution est la seule pratique, la seule juste, la
seule vraie, la seule conforme aux principes du droit et aux progrs des
temps. Le march au comptant est le march des peuples primitifs, le
march  terme est le march des peuples civiliss qui font plus
d'affaires par le crdit que par les capitaux.

Devant un texte aussi prcis, la fraude n'aura plus rien  tenter, et la
suspicion ne troublera pas de ses nuages malsains les oprations 
ternie. La loi tant prcise, les actes deviendront galement prcis.
Tout ordre donn sera un engagement ferme. Chacun saura  quoi il
s'engage, et quand le spculateur saura qu' chacune de ses oprations,
il suspend sa fortune, son honneur et le repos de sa famille, il fera de
mres rflexions avant d'engager inconsidrment, dans une vente ou dans
un achat, ce qu'il a de plus prcieux au monde!

Lon Creil.



BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

_Itinraire descriptif_, historique et archologique de l'Orient, par M.
Emile Isambert. Premire partie, Grce et Turquie d'Europe, 2e dition.
Paris, Hachette, 1873.--Si le principal mrite d'un livre doit tre de
satisfaire pleinement aux besoins et aux gots de ceux auxquels il est
destin, on peut dire, sans s'exposer  aucune contradiction, que
l'ouvrage compos par M. Emile Isambert est, sous tous les points,
excellent. Celui qui voyagera en Grce et dans la Turquie d'Europe,
ayant  la main ce guide fidle, verra sans aucun doute, beaucoup plus
de choses que s'il marchait  l'aventure, et surtout il les verra mieux.

La premire partie de cet itinraire de l'Orient embrasse la Grce et la
Turquie d'Europe. Elle est naturellement divise en deux sections
prcdes, l'une et l'autre, d'un abrg substantiel o sont rsumes la
gographie et les conditions climatriques des diverses localits, les
volutions historiques des Grecs anciens et modernes, l'invasion des
Turcs, la situation relle qu'ils ont en Orient, leur religion, leurs
usages, le caractre de leur architecture, etc. les notions
prliminaires, indispensables  ceux qui ne sont pas trs-familiers avec
le monde oriental, seront utiles aux rudits eux-mmes qui rencontreront
l, condens en quelques pages, ce qu'il faudrait chercher parmi plus de
cent volumes.

Faisons d'abord observer que la Grce proprement dite et la Turquie
d'Europe ont une physionomie diffrente et ne produisent pas le mme
genre d'impression. Le voyage de Grce est surtout archologique.
L'homme y joue le premier rle, on en voit la grandeur et la faiblesse
dans ce peuple qui a lev de si belles oeuvres aujourd'hui en ruines.
C'est presque exclusivement le pass qui nous attire lorsque l'on se
rend en Grce, et le prsent humble ou misrable fait encore ressortir
davantage quelle devait tre l'lvation de ce qui n'est plus.

Le voyage de la Turquie d'Europe est au moins aussi pittoresque
qu'historique. L'homme des temps anciens s'efface devant la nature; la
nature se montre l  la fois charmante et grandiose, prte  prodiguer
d'inpuisables richesses au travail qui daignerait la solliciter.

L'itinraire gnral est partag en un grand nombre d'itinraires
particuliers; le livre fait connatre les distances  parcourir, les
moyens de transport et de dpense: chaque route est trs-minutieusement
dtaille; l'aspect changeant des paysages, la succession des valles et
des collines, les montagnes et les rochers, les rivires, les sources,
les lacs; les constructions plasgiques, les temples grecs, les
tombeaux, les chteaux francs, vestiges de la conqute latine du XIIIe
sicle, les glises et les monastres, les traces de campement militaire
et les lieux clbres par quelque grande bataille, rien, en un mot, n'a
t oubli.

Pour la partie archologique, M. Emile Isambert a consult les mmoires
si remarquables des lves de notre cole d'Athnes et les travaux des
plus savants explorateurs modernes de la Grce. Dans la partie
topographique et pittoresque, il se plat  citer plusieurs clbres
crivains voyageurs, Lamartine, Chateaubriand, Thophile Gautier. Ces
emprunts habilement intercals par l'auteur dans son propre texte, lui
permettent d'chapper  la scheresse d'une nomenclature gographique.
Quoi de plus potique, pour ne citer qu'un exemple, que le tableau si
anim des deux rives du Bosphore! Les descriptions des villes, toutes
prcdes d'une notice historique, sont quelquefois assez tendues,
comme celles d'Athnes et de Constantinople; celui qui suivra
scrupuleusement toutes les indications du livre, pourra s'loigner
d'Orient avec la certitude, presque absolue d'avoir vu tout ce qui tait
digne d'intrt.

Tel est l'ouvrage de M. Emile Isambert. C'est un immense et trs-srieux
travail qui a exig les plus longues et les plus patientes recherches.
De pareils livres sont trs-propres  rpandre parmi tous le got des
voyages en les rendant plus faciles et plus agrables. On dit que les
Franais devraient sortir de chez eux pour tudier les autres peuples.
Or, nous pensons qu'une frquentation de la Grce nous serait
profitable. Nous y verrions qu'un peuple, aprs avoir fait de grandes
choses, doit invitablement, quoique dou de qualits suprieures, s'il
manque d'esprit politique et se consume en divisions striles, perdre la
vitalit premire de sa nationalit; nous verrions qu'en suivant cette
voie, toute nation marche infailliblement  la dgradation et  la
servitude.

Richard Cortambert.


M. Jouaust, qui a achev ses deux ouvrages exquis, les _Contes_ de
Boccace et ceux de Marguerite de Navarre (deux rarets dj, deux
chefs-d'oeuvre), va publier tantt un _La Fontaine_ tonnant, avec des
dessins de Grme et de Detaille, une oeuvre d'art  propos d'une
inimitable oeuvre littraire.

_Almanach lorrain de Pont--Mousson_ (Premire anne).--Il faut signaler
 l'Alsace et  la Lorraine tout ce que la France essaie de faire pour
entretenir dans ces provinces l'amour de ta mre patrie. En diteur de
Pont--Mousson,--la frontire de France aujourd'hui,--M. Ory, publie
ainsi la premire anne d'un almanach lorrain qui, rpandu dans les
campagnes autour de Metz, pourra apprendre  bien des gens qu'ici ou ne
les oublie pas. M. Georges Perrot a donn  cet almanach une page
excellente sur le sige de Paris et j'y ai trouv, signs L. F., des
souvenirs d'une intensit d'motion et de vrit tout  fait
remarquables, des souvenirs d'un soldat du 94e de ligne (2e arme de la
Loire). M. Grardin a crit aussi de bien curieuses recherches sur
l'histoire de Pont--Mousson pendant le rgne de Louis XVI et la
Rvolution franaise, et M. Claude, dput de Meurthe-et-Moselle, y
conte loquemment la lgende de Jacques Bonhomme.

OEuvre utile entre toutes, cet almanach est un lien populaire entre la
France franaise et ce qu'on pourrait appeler, hlas, la _France
allemande!...._


_Rves et devoirs_, par M. Thodore Froment (I vol., A.
Lemerre).--Chaque pote prend ses inspirations o il les trouve. M.
Froment est professeur et son horizon d'habitude c'est la classe avec
ses murs nus, son tableau noir, ses pupitres luisants. Il a log sa Muse
dans une tude de collge et il a caractris ses vers par ces deux
mots: _Rves et devoirs._ Les rves sont simples et honntes, les
devoirs sont de tous les jours. M. Froment a ddi ses vers  ses
lves,  ceux qu'il enseigne et guide:

        Ainsi donc  vous cet ouvrage:
        Si peu qu'il soit, c'est votre bien.
        Amis, je vous en fais hommage
        Et mets  la premire page
        Votre nom  ct du mien.

Ces vers intimes, sincres, profondment sentis, manquent de varit
sans doute. Le devoir universitaire est un peu uniforme. Pourtant M.
Froment a su dgager une posie vraie et souvent touchante de sa pense
et de ses occupations quotidiennes.


_Le Roman de l'histoire_, par M. Jules d'Argis (1 vol., Socit des gens
de lettres).--C'est un gros volume compact o le roman et l'histoire,
comme le promet le titre, s'entremlent. On y trouve de tout un peu,
comme dans les oeuvres compltes; des nouvelles, des chroniques, des
voyages et de la critique. _Les Fianailles de mademoiselle de
Bourgogne, le Dernier sourire de Charles II et Franois 1er  Madrid_,
sont des chapitres intressants. A propos du premier Empire, de M.
Thiers et de M. Lanfrey, M. Jules d'Argis a trouv le moyen de dire des
choses intressantes et nouvelles. C'est ce qu'il voulait, lorsqu'il
donnait  son livre cette pigraphe tire de Buffon:

L'art de dire de petites choses devient peut-tre plus difficile que
l'art d'en dire de grandes.


_La Ligue d'Alsace_, premire srie, 1871-1872 (1 vol. in-18).--Depuis
la conqute prussienne, une puissante socit secrte, la Ligue
d'Alsace, s'est fonde en Alsace-Lorraine et y imprime une feuille
clandestine, qu'elle fait largement distribuer par ses adhrents avec la
complicit unanime du pays. Cette feuille, qui s'imprime on ne sait o,
qui est glisse sous les portes on ne sait par qui, est petite,
typographie sur deux colonnes, en franais d'un ct, en allemand de
l'autre. Jamais la police prussienne n'a pu saisir les distributeurs de
ces patriotiques feuilles volantes. L'diteur Lemerre a eu l'ide de
publier les numros de cette gazette clandestine parus depuis le 1er
mars 1871 jusqu'au 1er janvier 1872. C'est la chronique mme des efforts
de l'Alsace-Lorraine, de ses protestations et de ses luttes contre les
conqurants. _La Ligue d'Alsace_ stimule le patriotisme, fltrit les
dsertions, ravive les souvenirs de la patrie. Cette sorte de
_charbonnerie_ organise, riche, intrpide, tient en chec l'empire
d'Allemagne et ne regarde point comme accomplie l'oeuvre de M. de
Bismarck. Elle a ses presses, ses armes de distributeurs et de
contrebandiers, ses dpts, ses runions rgulires, et la police
allemande sent autour d'elle l'influence de cette _Ligue_ insaisissable.

Tout le monde, tout ce qui est franais, voudra connatre les numros de
_la Ligue d'Alsace_ ainsi runis en volume. Le livre se vend au profil
de l'oeuvre d'Alsace-Lorraine. Ce n'est pas une oeuvre de littrature,
c'est mieux que cela, c'est une oeuvre de combat et de patriotisme.


_Le Travail, base de la synthse de l'histoire_, par Auguste Deschamps
(1 broc. in-18).--Le travail, c'est la vie, a dit Mirabeau. M. Auguste
Deschamps, l'auteur d'une biographie estime, _Eugne Cavaignac_, et de
l'_Histoire de la chute du second Empire_, a dvelopp cette parole de
Mirabeau dans une confrence faite  l'htel de ville de Melun, au mois
d'avril dernier, et qu'il runit aujourd'hui en brochure. Ce travail est
fort savant et anim d'une noble ide. M. Deschamps ne voit de progrs
possible que par le travail. Ce progrs, dit-il, c'est le travail,
toujours le travail qui le produira, le travail pratiqu par tous,
respect et honor de tous. On ne saurait mieux dire. Toute la brochure
est anime de ce mme esprit sage et libre.

Jules Claretie.



REVUE FINANCIRE

LE NOUVEL EMPRUNT OTTOMAN

La Bourse a commenc le mois en pleine hausse, et le 5 p. 100 se cote
triomphalement au-dessus de 93 fr. 50 c., aprs avoir franchi un instant
le cours de 94 fr. Les socits financires ont beaucoup de capitaux
disponibles, et tout dmontre que notre pargne nationale ne demande
qu' entreprendre une grande et fructueuse campagne d'affaires.

Le nouvel Emprunt ottoman que vient d'mettre le Crdit mobilier se
prsente donc aux souscripteurs dans les meilleures conditions
possibles. A cet gard, on a tant mdit chez nous de la Turquie et de
l'homme malade, qu'il importe, au point de vue de l'exactitude des
faits, de redresser les prjugs et les faux calculs qui se glissent
injustement dans l'opinion.

Il sufft d'ailleurs de rappeler le rsultat des emprunts antrieurs
pour clairer les capitalistes sur ce qu'on doit attendre de l'mission
nouvelle. Si nous nous demandons ce qu'ont produit les emprunts
antrieurs de la Turquie, nous resterons convaincus que l'Empire
ottoman, la France et les souscripteurs n'ont eu qu' s'en fliciter.

Pour la Turquie,--comment ne pas s'apercevoir que, depuis vingt ans que
la Turquie a commenc ses emprunts, le revenu de la Sublime-Porte a
presque tripl, et il est encore aujourd'hui en pleine marche
ascendante. Ces emprunts ont donc t une semence qui a surabondamment
fructifi, et la Turquie, nous devons le dire, n'a fait que toucher
encore aux immenses richesses qu'elle veut aujourd'hui mettre en valeur.

Pour la France,--on peut dire, sans doute, qu'elle a beaucoup perdu dans
les valeurs trangres; mais il n'est que juste de reconnatre que
l'Empire ottoman ne lui a rien fait perdre, et ses placements en Turquie
sont au nombre de ceux qui ont facilit, dans ces deux dernires annes,
le paiement de l'indemnit de guerre. C'est en vendant ses valeurs
trangres que la France a pu conserver une bonne partie de son
numraire.

Pour le public,--la Turquie est un des pays qui ont compens pour notre
pargne les pertes qu'elle a subies. Les valeurs turques rapportent 10
p. 100, et les Obligations que le Crdit mobilier vient d'mettre
rapporteront, en comptant toutes leurs bonifications, 12 p. 100. C'est
l, on le comprendra, un motif suffisant pour expliquer l'empressement
des souscripteurs.

Lon Creil.



[Illustration: EXPOSITION DE VIENNE.--Les appareils distillatoires de M.
Savalle.]

APPAREILS SAVALLE POUR LA DISTILLATION

De nombreux appareils de distillation ont t envoys  l'Exposition de
Vienne: mais l encore, la France remporte un succs incontestable, par
l'exposition de la maison D. Savalle fils et Cie, de Paris.

Le jury des rcompenses a dcern  cette maison une mdaille de
progrs, et certes elle tait bien mrite; nous dirons mme que le jury
eut pu faire quelque chose de plus, en considration des services rendus
et des nombreux perfectionnements raliss par M. Dsir Savalle depuis
1867.

Pour donner une ide de l'importance des travaux excuts par la maison
Savalle, nous citerons la puissance du travail des nombreuses usines
installes par elle dans les diverses contres du globe. Cette puissance
reprsentait en 1872 une production journalire de un million et demi de
litres d'alcool: dans ce chiffre, la production du 3/6 de mlasses entre
pour 555,111 litres, et celle du 3/6 de betteraves pour 572,800 litres.
Le surplus reprsente la production des alcools de pommes de terre, des
alcools de grains, de vins, et la production des rhums par les appareils
Savalle.

Pendant l'Exposition de Vienne, vingt-huit appareils de grande dimension
ont dj t vendus; ils reprsentent une valeur de plus de huit cent
mille francs.

Ces appareils sont destins aux contres ci-aprs, pour:

        L'gypte (pour les usines du khdive). 5 appareils.
        La Russie.                                             4       --
        La Hollande                                           1       --
        Le Portugal                                            2       --
        L'Autriche                                              2       --
        La France                                              7       --
        Rio-Janeiro                                            1       --
        L'Angleterre                                           1       --
        L'Allemagne                                           1       --
        La Bavire rhnane                                 2       --
        L'Espagne                                              1       --
        Total des appareils vendus pendant
        l'Exposition                                          27

C'est la maison Savalle qui, la premire, a import la distillation de
la betterave en Autriche et y a install les distilleries de ce genre
qui existent aujourd'hui.

Les personnes intresses  la question distillerie feront bien de se
procurer chez M. Georges Masson, diteur, 17, place de
l'cole-de-Mdecine,  Paris, la brochure de M. Dsir Savalle,
intitule: _Progrs rcents de la distillation_; elles y trouveront des
renseignements prcieux sur la distillation de toutes les matires
alcoolisables, et sur de nouveaux appareils appliqus  la fabrication
de couleurs d'aniline et  l'puration des mthylnes.



Rbus

[Illustration.]


EXPLICATION DU DERNIER RBUS:

Avant dner et aprs un grand chagrin, l'apptit est coup.








End of the Project Gutenberg EBook of L'Illustration, No. 1598, 11 octobre
1873, by Various

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or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org



Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search
facility: www.gutenberg.org

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including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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